Jean-Jacques Birgé

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mardi 25 juin 2019

Hautaine au thym


Oulala préfère le thym à tous les autres pots du jardin tandis que le canard se contente de mauvaises herbes. On les appelle mauvaises par ignorance et parce que souvent elle colonise les autres. Oulala n'est pas plus mauvaise, c'est un petit cœur, mais elle écrabouille mon thym. En général elle se love en rond petit patapon, épousant le cercle. Les chats trouvent la terre plus fraîche. Peut-être incarnerait-elle bien un sourcier pour déterminer où creuser le puits ? Mais on ne dresse pas les chats comme on dresse un buffet, en tout cas pas sous nos latitudes. Django choisit l'ombre pour s'y allonger de tout son long. Il fait bien son mètre. Cela me rappelle une histoire terrible que m'ont racontée Elsa et Lulu hier soir. Une amie avait un boa apprivoisé qui s'enroulait autour d'elle lorsqu'ils dormaient ensemble. Comme le reptile ne mangeait plus et se tenait à côté d'elle de tout son long, raide comme un piquet, elle est allée consulter un vétérinaire. Il lui a alors expliqué que le boa simplement jeûnait et mesurait la taille de sa maîtresse pour pouvoir l'engloutir quand il aurait vraiment faim. J'ignore si elle était menue ou s'il avait les yeux plus grands que le ventre, mais cela en dit long sur notre manière de voir.

lundi 24 juin 2019

Sur le nouveau site de Raymond Sarti


Je devrais peut-être en faire autant. Le scénographe Raymond Sarti a entièrement réactualisé son site personnel.
En 2010, épaulé par Jacques Perconte, j'avais complètement repensé le mien qui datait de 1997. Conçu et réalisé à l'origine par Hyptique avec Étienne Mineur comme directeur graphique assisté d'Arnaud Dangeul, il avait fallu treize ans avant que je me décide, mais là cela ne fait que neuf ans que la nouvelle version est en ligne avec sa radio aléatoire et ses 153 heures de musique inédite. Chaque fois j'avais demandé un petit coup de main au plasticien Nicolas Clauss et ces dernières années Pat Joub en avait assuré la maintenance. La console d'administration est suffisamment bien conçue pour que j'en assume la mise à jour régulière.
Sarti, épaulé par le web designer Philippe Dubessay, a classé quelques centaines de documents en artsde la scène, décors de cinéma ou de théâtre, pour les expositions, les intérieurs et les paysages. J'écris Sarti, mais je devrais plutôt l'appeler Raymond, car je l'ai toujours considéré comme mon petit frère. Nous sommes amis depuis trente ans, depuis qu'il m'a été imposé sur le spectacle J'accuse que j'avais monté avec Un Drame Musical Instantané, l'acteur Richard Bohringer, la chanteuse Dominique Fonfrède et un orchestre d'harmonie de 80 musiciens ! Ahmed Madani, le metteur en scène, aussi doué que mon nouveau camarade, faisait partie de la corbeille de mariage. Le spectacle avait été filmé, mais je suis heureux de découvrir ici des photos dont j'ignorais l'existence...


En 1992 Raymond a réalisé la scénographie du K de Buzzati, toujours avec le Drame et Bohringer, puis Daniel Laloux. Il a commis nombreuses affiches, pochettes de disques, cartons d'invitation, vitrines, costumes pour notre groupe. De mon côté j'ai composé la musique et la partition sonore des expositions Il était une fois la fête foraine à La Grande Halle de La Villette, The Extraordinary Museum au Japon, Jours de cirque au Grimaldi Forum à Monaco, Electra à La Cité des Sciences et de l'Industrie, un atelier au département scénographie de l'ENSAD, etc. Notre plus récente collaboration fut pour moi un modeste environnement sonore au nouveau Conseil Général de l’Ile de la Réunion à Paris. Mais c'est une toute petite partie de l'œuvre de mon camarade.
D'autres projets sur lesquels nous avons planché n'ont d'ailleurs jamais vu le jour. C'est le lot des appels d'offres dont beaucoup sont pipés comme chacun sait. Aujourd'hui les commanditaires font plus attention au budget qu'aux aspects artistiques. C'est un peu partout pareil. L'économie de marché gagnant tous les secteurs d'activité, notre pays s'appauvrit doucement, mais sûrement. Heureusement qu'il continue à y avoir des artistes et des artisans qui ne sacrifient pas leur passion aux chimères du succès. Paradoxalement c'est en restant intègre que l'on a des chances de perdurer. Comme pour tout, le pire des risques est de n'en prendre aucun, et lorsqu'on est prêt à tout perdre, on a de bonnes chances de remporter la timbale.
J'ai toujours adoré la manière de travailler de Raymond, capable de s'adapter à n'importe quelle situation en inventant des cadres qui collent au sens sans sacrifier à la beauté des choses, et ce avec parfois les matériaux les plus simples...

vendredi 21 juin 2019

Séries Bibi


Mise à part la grande bataille de Winterfell contre l'Armée des Morts la huitième et dernière saison de Game of Thrones fut plutôt décevante, chaque épisode rendant prévisible le suivant. Par contre la seconde saison de Happy! fut encore plus délirante que la première. Il sera difficile de faire de la surenchère. Imaginez que les scénaristes de Fargo (mais oubliez la saison 3) aient pris du LSD et vous aurez une petite idée de ce jeu de massacre. J'ai essayé d'autres séries, mais rien récemment qui m'ait véritablement accroché. Idem pour les films de cinéma, que je regarde/écoute surtout en DVD ou Blu-Ray, qui me laissent froid et m'obligent à plonger dans ma cinéphilie pour exhumer quelques trésors oubliés, à part Le livre d'image de Jean-Luc Godard et le film d'animation Ruben Brandt, collector. J'accueille donc avec impatience et curiosité les premiers épisodes de Pose et Big Little Lies...


Amateur de sapes colorées et d'élégance chorégraphique, je me régale des séquences ball et voguing de cette série américaine qui se déroule dans les années 80 pour la première saison et qui continue en 1990 avec la nouvelle. Elle est interprétée majoritairement par des actrices transgenres, Pose relatant essentiellement l'émergence de la scène culturelle et littéraire underground queer noire et latino dans les quartiers populaires new yorkais. La seconde saison de cette série passionnante au niveau social commence avec les premières manifestations d'Act Up...


On raconte que la seconde saison de Big Little Lies, dont Jean-Marc Vallée avait réalisé la première ainsi que récemment Sharp Objects, serait encore meilleure que la précédente, mais l'abus de flashbacks du premier épisode m'a laissé sceptique. Pourtant Nicole Kidman, Laura Dern, Reese Witherspoon, Shailene Woodley auxquelles se joint Meryl Streep sont toujours aussi épatantes en desperate housewives de la côte ouest. Je suis curieux de savoir comment les scénaristes ont réussi à relancer la machine de cette mini-série dramatique qui semblait arrivée à son terme...

jeudi 20 juin 2019

Pas au bout de mes peines...


Incroyable ! Après plus d'un an de tergiversations, Orange a fini par m'installer la fibre.
Si la connexion est techniquement ultra rapide, elle est encore très fragile, car je ne suis pas à l'abri d'un acte malveillant des trois sœurs foldingues qui habitent au fond de l'allée et attaquent mon mur régulièrement en prétendant être les propriétaires de l'allée privée sans n'avoir jamais évidemment produit aucune preuve, et pour cause. J'ai déjà évoqué ici ce conflit ridicule, mais hautement handicapant. Leur acte de propriété, comme tous ceux dont les murs ou les portes donnent sur l'impasse, ne spécifie aucune suzeraineté. Par contre la Mairie a confirmé ce qui apparaît sur le cadastre, à savoir que l'impasse n'existe pas juridiquement, puisqu'elle est constituée des fonds de parcelles. Si elles étaient propriétaires elles me devraient le droit d'échelle qu'elles me refusent manu militari. Par contre je leur dois le passage puisqu'elles passent sur mes terres pour rentrer chez elles. En attendant je suis bien ennuyé car elles m'interdisent abusivement de réparer mon mur qui s'abîme en attendant que la Justice fasse son boulot puisqu'il est impossible de discuter calmement avec elles sans essuyer une salve d'insultes, voire d'attaques physiques. Ma non-violence m'interdit évidemment de répondre à leur folie qui trouvera d'autres souffre-douleur lorsque les deux parcelles à vendre dans l'impasse seront attribuées à de nouveaux propriétaires qui ne manqueront pas de faire des travaux autrement plus importants que mon modeste passage de câble collé sur mon propre mur ou une journée de ravalement de la façade plein nord !
Comme si cela ne suffisait pas de courir après les fournisseurs d'accès à Internet qui se font eux-mêmes une gueguerre dont les usagers paient évidemment les pots cassés. Le sous-traitant Circet ayant installé la fibre Orange avec succès, j'ai aussitôt appelé Free qui depuis novembre refuse de réparer l'ADSL de ma FreeBox sous prétexte que je suis éligible à la fibre. Malgré une trentaine de coups de téléphone ils ne rappellent jamais. Je les ai donc mis en demeure de faire leur travail, faute de quoi je migrerai vers un autre opérateur. On aura compris que j'avais deux boîtes Internet, ce qui m'a permis de continuer à travailler... Ah que la vie pourrait être simple sans que forces obscures de la bêtise et de la méchanceté conjuguées s'exercent régulièrement !

mercredi 19 juin 2019

Inextinguible


Aucun trucage. C'est juste réfléchi. Le masque cache à la fois l'appareil et le photographe. J'ai oublié ce que c'était. Un stéréoscope ? Un loup vénitien ? La vision du monde des esprits ? Il a forcément un nom bizarre qui ferait rêver les lecteurs de Jules Verne. À l'époque du tout connecté lit-on encore cet auteur ? Lorsque j'étais enfant c'était notre science-fiction. La technologie est allée au delà de bien de ses rêves, mais mon goût des aventures est resté le même. Que je plonge en profondeur, vole au-dessus des pics, gravisse un volcan ou regarde la Terre depuis la Lune, c'est à lui que je dois de m'y être préparé. J'arpenterai bientôt les ruelles de Venise ou m'enfoncerai dans la forêt des Carpathes avec la passion inextinguible de la découverte. Peu importe que j'y ai ou non déjà mis les pieds, c'est toujours la première fois. Je m'y emploie chaque matin. Cette soif de créer me jette hors du lit aux aurores. Retrouver chaque jour l'innocence de la jeunesse avant que l'école nous ait imposé les réponses, avant que notre passion soit devenue un métier, avant que les illusions se soient perdues dans le cynisme d'une réalité factice. Et je n'oublie jamais la maxime de Cocteau, "le matin ne pas se raser les antennes".

mardi 18 juin 2019

Quel temps fera-t-il demain...


Lundi dernier l'empereur, sa femme et les petits princes sont venus chez moi pour me serrer la pince... Sauf qu'aucun d'eux ne se prend réellement au sérieux, ou plus exactement qu'Ella & Pitr forment un duo égalitaire qui ont fondu le style de chacun/e dans une signature commune à laquelle participent de temps en temps leurs deux jeunes enfants. Des affiches détourées et découpées comme jadis Ernest Pignon Ernest ils sont passés aux anamorphoses à la Georges Rousse avant de réaliser les plus grandes œuvres de la planète, peintures éphémères que l'on ne voit totalement que depuis l'espace ! Eux-mêmes utilisent un drone pour voir comment étaler les 1500 litres de peinture acrylique qu'ils pulvérisent en même temps que leur propre record, peignant la dernière en date sur le toit du Parc des Expositions à la Porte de Versailles, soit 25 000 mètres carrés. Elle représente une nouvelle géante, vieille dame pensive devant la futilité orgueilleuse des petites voitures roulant sure le Boulevard Périphérique parisien, un sac en plastique s'envolant polluer notre univers absurde... L'ont-ils appelé Quel temps fera-t-il demain... en référence au seul lien qui relie l'ensemble de ces automobilistes tournant en rond, les infos diffusées par FIP ?


J'étais donc tout heureux de leur montrer le bleu ciel sur lequel se détache maintenant Bientôt, le personnage qu'ils avaient peint tout en haut de ma façade. Leur empire n'est que celui de l'imagination et les deux petits princes facétieux étaient restés à Saint-Étienne où la famille Trapp des arts plastiques a élu domicile. Pour fêter leur venue à Bagnolet j'avais préparé un poulet à la grecque consistant à cuire au four cuisses et ailes immergées dans l'origan et le citron, recette familiale que je tiens de ma maman. Le dessert dont ils raffolent ne pouvait provenir que du plus célèbre glacier parisien auquel je suis maladivement abonné. Ils n'ont pourtant jamais encore travaillé sur ce support alors qu'ils préparent un nouvel emballage pour le chocolat stéphanois Weiss après le succulent blanc aux fruits rouges qu'ils ont orné d'un cœur qui s'envole !


Je ne pouvais partager les images d'Ella & Pitr avant la diffusion du reportage de TF1. Aussitôt l'embargo levé et lu le superbe article d'Emmanuelle Jardonnet dans le Monde dressant le portrait de ce couple d'artistes qu'on affuble "de rue", mais qui se moquent du street art comme jadis, disent-ils, le trio des Inconnus épinglaient le rap ! Cela n'empêche pas Loïc dit Pitr de m'indiquer le sulfureux Booba tandis que nous regardons les épatants clips d'OrelSan. Ella & Pitr critiquent essentiellement les fresques murales qui ne tiennent pas compte du contexte urbain... Leurs interventions tiennent toujours compte de l'espace social et géographique dans lequel se lovent leurs géants, souvent des laissés pour compte de notre société malade. Leurs personnages "énormissimes" n'étant pas visibles à l'œil nu le couple d'artistes prend de la hauteur sans en rajouter à la pollution visuelle qu'engendre entre autres la publicité. Entre ces encombrements et ceux des automobiles, véritable cancer de la ville, ils nous renvoient à notre condition humaine de fourmis dans l'immensité du cosmos, éphémérité n'empêchant pourtant pas le gâchis dont nous sommes les auteurs.


Comme on peut le voir dans le long métrage Baiser d'encre que leur avait consacré Françoise Romand et dont j'avais composé la partition sonore, l'univers pictural d'Ella & Pitr alimente leur quotidien autant que celui-ci les inspire. Leurs fantaisies narratives sont composées d'une vision critique du réel et d'une poésie de l'enfance qui s'interpénètrent au point de créer un réalisme poétique laissant deviner un imaginaire plus vrai que nature...

lundi 17 juin 2019

Cafouillage informatique


Article seulement pour geeks Macophiles. Les autres, à demain ! Ou bien rattrapez les billets qui vous ont échappé ;-)
Je m'en doutais. Juste après avoir installé une mise à jour d'une application VPN, plus aucune connexion Internet ne fonctionnait. J'ai cherché dans tous les sens jusque tard dans la nuit sans trouver la solution. Le lendemain j'appelai Apple Assistance qui comme chaque fois répond diligemment. Sauf que, passé les mêmes tests que les miens, leurs solutions sont draconiennes. Leurs techniciennes me suggèrent d'abord de réinstaller le système (Command-R) et comme cela ne marche pas d'effacer le disque dur après avoir fait une copie de sauvegarde, etc. Les techniciens/ciennes ne s'ennuient pas trop en proposant ces mesures, au mieux, terriblement chronophages. En désespoir de cause j'appelle mon camarade Francis qui est plus calé que moi en la matière. Ses tests sont toujours logiques. Il faut dire que j'ai déjà déplacé le Mac pour qu'il intercepte le wi-fi, car je le branche habituellement en Ethernet pour une question de distance, et que les préférences Réseau indiquent bien que je suis connecté avec une adresse IP. Pourtant aucun site n'est accessible. J'avais bien pensé que cela pouvait venir d'un bug au niveau des DNS, mais je n'osais pas les effacer. Francis m'y encourageant, tout est revenu dans l'ordre, j'ai rebranché mon bardas de fils, réinstallé Tunnelblick et retrouvé le sourire. Face à cette dépendance de la technologie nous sommes bien peu de choses. Cette inquiétude est bien plus grave qu'une panne momentanée.

vendredi 14 juin 2019

Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer.


Chaque fois que je réécoute le premier disque de Jacques Thollot, Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer., j'ai la vertigineuse impression de le découvrir comme si je ne l'avais jamais entendu ! Peut-être y a-t-il une raison à cela ? La réédition vinyle du disque de 1971 réalisée par Le Souffle Continu bénéficie d'un nouveau mastering particulièrement soigné. Le second morceau a même été stéréophonisé, la mono ayant toujours contrarié Thollot qui avait souhaité régler cette question à l'occasion d'une éventuelle réédition sur le label d'origine, Futura Records, dont Gérard Terronès était l'astucieux producteur. Le magnifique livret de 16 pages est orné d'une photographie inédite pleine page 30x30cm et qui d'autre que Jean Rochard, qui produisit les derniers albums du compositeur-batteur, pouvait rédiger le très beau texte qui l'accompagne ?!
Ces petits détails sont de taille, car Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer. est un véritable chef d'œuvre, un bijou d'intelligence et de sensibilité comme il en existe peu. J'ai beaucoup écrit sur Jacques Thollot, à l'occasion de son décès le 2 octobre 2014, lors du concert d'hommages à la Java en janvier 2015 où je jouai avec Fantazio et Antonin-Tri Hoang, pour la réédition de l'album Tenga Niña, l'inédit Thollot In Extenso également chez nato où figure le long entretien que Raymond Vurluz et moi eûmes avec lui fin 2002 pour le Cours du Temps du Journal des Allumés du Jazz.
Dans cet album magique Thollot ne joue pas seulement de la batterie, il empile les pianos, monte des bandes électroniques, convoque un violoncelle, toujours avec la poésie inouïe qui le caractérisait. Car quoi qu'il fasse, Jacques Thollot était avant tout un poète, jouant des fûts et des cymbales comme on compose des vers, des vers étranges comme ceux d'Henri Michaux qu'il adorait au point d'y trouver le titre de cet album assemblé lorsqu'il n'avait que 24 ans. S'il est considéré comme un musicien de jazz ou de free jazz, on ferait mieux d'évoquer l'OVNI ou l'objet difficile à ramasser dont parlait Cocteau, car sa manière de jouer ne ressemble à celle d'aucun de ses maîtres, Max Roach ou Kenny Clarke, Donald Byrd ou Eric Dolphy. Il faut aller fouiner du côté des impressionnistes français, de Jean Barraqué ou Terry Riley pour comprendre de quelles sphères vient sa musique. Mon camarade Bernard Vitet avait été un des premiers à repérer à la fois la richesse du gamin et sa fragilité lorsqu'il avait commencé avec les grands alors qu'il portait encore des culottes courtes. Dans cet album étonnant au sens fort du terme il joue avec lui-même, arpentant la dizaine d'années qu'il a derrière lui, se servant du re-recording avec une simplicité de virtuose. Or toutes les notes construisent une évidence, d'une liberté totale, celle d'un artiste dont tout qualificatif ne pourrait que le réduire, ayant seulement choisi la musique comme vecteur à son imagination... On se surprend à rêver devant cette cathédrale engloutie dont les tours émergent chaque fois qu'on le réécoute...

→ Jacques Thollot, Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer., LP Le souffle Continu, 22€ (il reste peut-être quelques uns des 111 exemplaires transparents de l'édition limitée à 111 avec un dessin original signé de Stéfan Thanneur...)

jeudi 13 juin 2019

China Gate


Si China Gate n'est pas mon Fuller préféré, j'ai eu beaucoup de plaisir à le revoir dans sa version restaurée, une première ! Son anti communisme primaire avait probablement valu à Samuel Fuller sa mauvaise réputation auprès de critiques de l'époque, mais ce film de guerre est surtout un pamphlet contre le racisme et la guerre, sujets qui ont toujours préoccupé le cinéaste indépendant. Même dessinés au couteau, les personnages ne sont jamais manichéens. Gene Barry qu'on retrouvera dans Forty Guns, Angie Dickinson qui était au début de sa carrière et Nat King Cole qui chante la merveilleuse chanson-titre forment un trio étonnant comme on en voyait peu en 1957. Dans le bonus Peace of Mind, la compagne et la fille de Fuller s'évertuent une fois de plus à redorer son blason, car il reste largement mésestimé alors que c'est un de mes cinéastes préférés pour ses directs et uppercuts cinématographiques, de Park Row à White Dog en passant par Pickup on South Street, House of Bamboo, Run of the Arrow, Verboten, Underworld U.S.A., Shock Corridor, The Naked Kiss, etc. Un bémol tout de même dont on a hélas l'habitude : il est dommage d'entendre des dialogues anglais alors que l'action se passant pendant la guerre d'Indochine la véracité à laquelle Fuller est très attaché devrait entraîner des échanges en français. Le montage de stockshots documentaires est d'ailleurs ici très intéressant dans la fiction dramatique. Enfin Lucky Legs est un rôle de femme forte comme Fuller les a souvent montrées, et le jeu réservé de Nat King Cole procure un recul critique déterminant dans le scénario...



→ Samuel Fuller, China Gate, DVD ou Blu-Ray Carlotta, 20,06€

mercredi 12 juin 2019

La voix de Loïs Le Van


Repérée sur le disque Murmures de Tom Bourgeois, la voix de Loïs Le Van est terriblement prenante, aussi envoûtante qu'aérienne. Pour l'album Vind, le chanteur est accompagné par la pianiste Sandrine Marchetti et le guitariste Paul Jarret. Tout n'y est que délicatesse. J'avais déjà cité Robert Wyatt en référence pour la tessiture et le timbre de Le Van, et la chanson Wind Song rappelle pas mal Yael Naïm. Après trois écoutes je n'ai toujours pas compris les paroles écrites par Laura Karst, mais les syllabes dessinent des nuages dont on se plaît à imaginer les figures. Quant au Vind, c'est effectivement un vent du nord, franchement scandinave. Je ne vais pas en écrire des tartines, mais cette musique douce et enveloppante accompagne aussi bien un petit-déjeuner en plein air qu'un dîner aux chandelles.

→ Loïs Le Van, Vind, cd Cristal Records, 13€, sortie le 30 août 2019
→ concert de sortie le 19 septembre au Studio L'Hermitage, Paris

mardi 11 juin 2019

Plage arrière


Même sans soleil, je n'en finis pas de rêver devant la translation du bleu du ciel. Les miroirs renvoient une image illusoire qui réchauffe le cœur. Voilà 20 ans que j'avais envie de donner des couleurs à la maison, mais je n'en avais pas les moyens. C'est dire si je suis heureux et comblé. Il restera évidemment le quatrième pignon à restaurer quand les foldingues qui m'empêchent d'accéder à mon mur auront été mises au pas. En attendant je voyage en pensée vers des contrées où les couleurs sont la norme. Le vert, le jaune et l'orange du jardin donnent à ma jungle parisienne des allures tropicales. Bambous, yuccas et palmier. Je vois la côte depuis mon île. Les accents circonflexes évoquent l'entretien dont a encore besoin le toit du studio. Chaque chose en son temps.
Le temps me manque pour rédiger des articles plus sérieux. Ne me demandez pas pourquoi. Je suis content du jingle que j'ai enregistré pour le podcast sur la cybercriminalité, mais je dois encore travailler les annonces vocales de chaque épisode et les virgules à insérer dans le texte que dit Sonia. Nous avons perdu l'appel d'offres de celui de l'INA à partir de leurs archives ; c'est dommage, je pense que nous aurions fait un truc vraiment original, mais la logique des concours m'a toujours échappé. Comme dit ma camarade, l'avantage est que nous pouvons partir tranquilles en vacances ! D'un autre côté je réfléchis à mes deux prochains disques, pour 2020 et 2021, ainsi qu'aux futurs albums virtuels dont un avec Jonathan Pontier et Christelle Séry, à mes concerts de l'été et de l'automne qui seront littéralement épatants, trop tôt pour tout révéler, mais je suis excité comme un pou. Par la vie aussi qui réserve tant de surprises, entre bonnes et mauvaises nouvelles, les premières faisant passer au second plan l'inquiétude générée par les secondes, "au final" (comme répètent inlassablement les djeunz) une manière positive d'appréhender ce délicat équilibre !

lundi 10 juin 2019

Pas que beau


Le niveau d'eau d'une mer d'huile trace l'horizontale d'une sieste majeure. L'idée fixe est encombrante. Je me noie dans un océan de feu. Mais c'est l'eau qui m'attire. S'il a toujours fallu me retenir, je m'en barbouillais les yeux. Que le ciel marin se sente. Vue de la terre j'avais les cartes en main, les cinq éléments en une seule image, le son dessinant le hors-champ. Or il n'est pas que beau de gâcher l'horizon de son arrogante silhouette. Qu'on le devine ou pas il n'est qu'un seul mirage, du latin miror signifiant s'étonner. Car j'ai quitté Paris en 1904 pour que le contrechant rime avec soleil couchant tandis que sur la platine je reposais Poulenc avant d'aller souper.

vendredi 7 juin 2019

La théorie du handicap


Dans le film 1+1 une histoire naturelle du sexe de Pierre Morize dont j'avais composé la musique, un biologiste rappelait la Théorie du handicap formulée par Amotz Zahavi en 1975. Dans la nature les mâles sont souvent très colorés alors que les femelles ont des robes plus ternes. Il s'agirait pour eux de les séduire en étant le plus flashy possible. L'opération est couronnée de succès lorsque les femelles se disent qu'en se signalant ainsi aux prédateurs les survivants doivent avoir de sacrés bons gènes. L'enjeu est tout de même pour chacune d'abandonner la moitié des siens pour perpétuer l'espèce en adoptant la moitié de ceux du mâle. Dans le film on pouvait constater que les hommes fonctionnent exactement comme n'importe quelle cellule mâle, à savoir que ce qui les caractérisent est de ne rien faire, mais ça c'est une autre histoire. Ayant moi-même une forte inclinaison pour les couleurs vives, que ce soit pour ma maison ou pour mon accoutrement quotidien, je me demande régulièrement si je ne participe pas moi-même à ce numéro de claquettes, en en sortant souvent gagnant malgré les bosses récoltées en marchant sur le fil. Se relever après chaque accident mène forcément à la chute, qui ne peut être alors que triomphale. Je mise donc sur l'attrait que peut représenter un type qui ne craint pas le ridicule en composant une musique de fada, en se livrant impudiquement dans ses articles ou en se vêtant d'habits qui se voient de loin ! Les claquettes en tennis sur galets ne sont qu'un indice de mon état d'Étretat ponctué par les cris des goélands sur fonds de sacs et ressacs.

jeudi 6 juin 2019

Mon D-Day


Des bombardiers passent au-dessus de nos têtes. Hélices contre galets. Chacun son D-Day.

mercredi 5 juin 2019

Le calme avant et après la tempête


Juste besoin de vacances. Cela fait des mois et des mois que je n'ai pas pris l'air. L'air du temps. Tant qu'on a la santé. Té, là y a un blème. Je ne peux pas continuer mon marabout de ficelle comme si de rien n'était. Aux tests d'effort hier matin le cardiologue s'est inquiété. Rien de grave, mais tout de même... Comme je suis résident de la république, je tiendrai mes lecteurs/trices au courant après une série d'analyses plus ou moins sympas que le corps médical a commencé à m'infliger. Lorsque je cours comme un malade j'ai un étau dans la poitrine qui ne passe qu'au bout de trois heures. Alerte. Évidemment c'est "comme" un malade, méthode Stanislawski ! Pour l'instant je fais semblant. Pas la peine d'en faire des tonnes tant que le malaise coronarien n'est pas identifié.
Donc courtes vacances. Avoir une résidence secondaire ou du moins en profiter régulièrement (j'avais écrit légumérient) empêche de partir ailleurs, or c'est l'ailleurs qui m'a toujours attiré. Que ce soit une virée vers la mer la plus proche ou dans la jungle asiatique j'ai besoin de changer d'atmosphère, d'arpenter des pays dont je ne parle pas la langue, de vivre comme les autochtones, de couper la perfusion numérique... Aujourd'hui c'est plein ouest, les grands espaces ! Jonathan nourrira les chats qui font la gueule de n'être pas du voyage...

Joseph Mallord William Turner, Seascape with Buoy, c.1840

mardi 4 juin 2019

Demain dehors, hier dedans


Hier je postais un billet sur le futur de la maison. Aujourd'hui je reviens sur son passé. Dehors, dedans. C'est drôle de voir son domicile habité par une autre famille. Le décorateur de À cause des filles..?, le dernier film de Pascal Thomas, a conservé certains éléments d'origine et en a ajouté d'autres pour correspondre au scénario...


Devant mon imposante bibliothèque le réalisateur eut l'idée de transformer le personnage interprété par José Garcia en chauffeur de taxi poète.


Pascal Thomas aurait souhaité mettre en valeur le tableau où un garçon nage vers une fille qui dort dans son lit, mais je n'ai jamais pu retrouver le peintre qui l'a réalisé. De toute manière, cette allégorie a depuis quitté mon domicile et j'ai tourné la page de toute une époque...


Les amis reconnaîtront ici et là le salon ou la cuisine, les étagères couvertes de CD, les fauteuils orange, la cheminée...


Le synopsis est plutôt sympathique, mais je n'ai pas encore vu le film complet.


Depuis qu'il est sorti en DVD, la production n'a pas eu l'idée de m'envoyer un exemplaire de ce film à sketches relié par un fil. C'est dommage, j'aurais apprécié le geste, d'autant que pour un tournage cela s'était plutôt bien passé. Imaginez une équipe de quarante personnes qui débarque chez vous, fait valser les meubles, coupe le courant du réfrigérateur et de la boîte Internet sans prévenir, remplit les deux jardins de projecteurs et réflecteurs, transforme le garage en catering, etc. Ensuite j'avais tout de même dû repeindre par endroits le sol de la cuisine, mais tout cela avait été plutôt amusant...

lundi 3 juin 2019

Des bleus


Youpi ! Ma maison ressemble enfin à celles de Burano ou d'autres villages méditerranéens. Tous les artifices sont bons pour lutter contre la grisaille de la capitale polluée. "Bientôt", le personnage d'Ella & Pitr, ressort encore mieux sur le bleu du ciel. Les passants s'arrêtent pour nous féliciter, mais tout le monde n'est pas aussi bien intentionné...
L'épicier kabyle du quartier me raconte qu'au bled on dit qu'il vaut mieux une mauvaise année qu'un mauvais voisin. De ce côté je suis servi. Une folle agressive, bête et méchante prétend, sans fondement, qu'elle est propriétaire de l'allée privée qui longe ma maison. Depuis vingt ans que j'habite là ses victimes se comptent par dizaines... On raconte même qu'un cambrioleur surpris par elle et ses deux sœurs, aussi sympathiques qu'elle, aurait lui-même appelé le 17 pour que les policiers viennent le délivrer ! Jusque là je n'avais rien à faire de ses hurlements, insultes et invectives, n'ayant pas besoin d'avoir accès à cette impasse pour rentrer chez moi. Mais lorsqu'elle en a interdit l'accès aux techniciens Free et Orange venus installer la fibre, pour un autre voisin et moi, j'ai tenté de discuter. Pas moyen. Deux fois de suite elle a coupé le fil, installé par le génie civil, qui aurait permis de tirer le câble. Ils ont dû revenir défoncer le trottoir et je suis toujours handicapé d'Internet. En effet Free refuse de réparer mon ADSL en panne depuis novembre puisque je suis éligible pour la fibre, et Orange fait des promesses depuis un an qu'il ne tient pas, rejetant la responsabilité sur Sosh.


Avant-hier le délire est monté d'un cran lorsque l'horrible dame a empêché les ouvriers de ravaler mon pignon qui donne sur l'allée, or les fissures doivent être rapidement comblées pour empêcher les infiltrations. Légalement cette impasse n'existe pas, elle est constituée de fonds de parcelles, dont la mienne. Je lui dois le passage, mais je n'ai évidemment pas à lui demander d'autorisation écrite d'autant qu'elle habite toute au fond de cette allée maudite. Elle a installé un portail, au niveau de la rue, qu'elle ferme à clef. J'en possède un double grâce à la gentillesse de tous les autres propriétaires qui sont obligés de passer par là pour rentrer chez eux. Si l'absurde n'est pas fait pour me déplaire, cette histoire m'affecte considérablement car je ne supporte ni la mauvaise foi, ni la bêtise, ni la violence. En plein délire elle a en effet agressé physiquement un de ses voisins de l'impasse. En attendant que la Justice s'en mêle sérieusement, j'ai choisi de ne faire ravaler que les 3 autres pignons. Je me souviens de la morale que me raconta un metteur en scène bosniaque pendant le Siège de Sarajevo : "Lorsque tu arriveras au ciel, Dieu te demandera ce qu'il en était de ton voisin et de ton chat". Si les chats plaideront aisément en ma faveur, je crains que l'horrible sorcière fasse baisser ma cotte malgré tous mes efforts pacificateurs !
Heureusement je ne serai pas étonné que dans le quartier d'autres sourires colorés viennent bientôt répondre au mien...