En publiant sur Citizen Jazz un portfolio de ma rencontre avec le saxophoniste Lionel Martin, le photographe Christophe Charpenel m'a fait penser que son tir groupé était une sorte de shrapnel. Wikipedia en donne d'ailleurs cette définition : "Shrapnel, du nom de son inventeur Henry Shrapnel, est le nom désignant l'« obus à balles ». Le terme « shrapnel » a souvent été utilisé, de manière extensive, pour désigner des petits fragments projetés par une explosion, quelle que soit leur origine." Choisie méticuleusement parmi les prises réalisées le 10 mai dernier au Studio GRRR, chacune est bien un fragment projeté produisant une explosion de bonheur, rencontre inattendue entre deux musiciens qui ne se connaissaient qu'au travers de quelques enregistrements. Christophe suivant Lionel dans toutes ses activités en vue d'un reportage à publier sur un prochain vinyle du saxophoniste, notre session représentait une étape éminemment plus sympathique que l'usage absurde et suicidaire de n'importe quelle arme létale. La violence reste l'énigme fondamentale devant laquelle je reste sans réponse lorsque je tente de comprendre l'humanité. Heureusement la musique adoucit les mœurs. Je fais abstraction de la militaire dont le kitsch égale la pauvreté du formatage. Les Fictions de Borges qui inspirèrent nos compositions instantanées sont d'un réel autrement plus passionnant que ce qu'on essaie de nous vendre sous le concept de réalité.
Christophe Charpenel ouvre sur la fresque d'Ella & Pitr qui orne ma façade et dont le héros se nomme Bientôt. Si nous tendons ensuite l'oreille au bruit du monde, nous les interprétons avec nos instruments. Je fume ainsi The Pipe des Russes de Soma sur Ut nihil non iisdem verbis redderetur auditum. Quelle phrase exprime mieux le rôle de l'artiste ? En français : De sorte que rien de ce que nous entendons ne peut être redit avec les mêmes mots ? Tandis que Lionel Martin surveille le cochon volant que m'avait offert Ève Risser, ma main caresse les touches veloutées de mon clavier 5D. Chacun a beau posséder sa version du recueil de nouvelles, nous sommes branchés sur la même longueur d'ondes. Ces images enjôleuses me permettent d'attendre patiemment le long article promis qui saura me surprendre... Car il existe encore des hommes et des femmes qui savent écouter, regarder, sentir, toucher et jouer avec les mots...

→ Le portfolio de Christophe Charpenel sur Citizen Jazz
→ L'album Fictions, en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org
→ Les deux articles du blog relatifs à cette rencontre illustrés d'autres photographies de Christophe Charpenel : 1 / 2