Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 13 juin 2020

Faut de tout pour faire un monde ! [archive]


Article du 10 janvier 2007

Ce n'est pas parce que l'on fait de la musique brintzingue que l'on n'apprécie pas les tubes qui marchent ou font danser. Ce n'est pas parce que l'on fait du cinéma expérimental que l'on n'aime pas se vautrer devant un gros film d'action hollywoodien ou une bluette à l'eau de rose. À la fin du sublime film de Jean Renoir, La chienne, à Michel Simon avouant "J'ai été marchand d'habits, trimardeur, ivrogne, voleur, et pour commencer... assassin !", Gaillard répond : "... faut de tout pour faire un monde !". C'est vrai dans les deux sens , car pour qu'une société perdure, elle a besoin de ses marges et de ses empêcheurs de tourner en rond. Pourquoi la plupart des spectateurs craignent-ils ce qui dérange et vous oblige à réfléchir ? Et si nous rêvons de changer le monde, ne faut-il pas avant tout nous donner les moyens de transmettre et, au-delà, d'être compréhensibles ?
En discutant avec des amis, je me rends compte à quel point notre univers culturel est un tout petit monde. Ce qui me paraît classique leur semble terriblement moderne. La moindre dissonance musicale stresse tant d'auditeurs qui risquent aussi de prendre la plus élémentaire réflexion cinématographique pour une "prise de tête". Le dogme est là, ancré en nous : la mélodie tient le haut du pavé et un film doit raconter une histoire. À l'aube du XXIème siècle, le XXème n'est toujours pas assimilé. Mes amis sont des personnes cultivées qui sortent au cinéma, vont au spectacle, lisent et regardent peu la télévision. On est donc loin de l'univers de la Star Academy. Pourtant l'art moderne et contemporain représente souvent une agression. Craindrait-on les images critiques du monde dans lequel nous évoluons ? Rechercherait-on, avant tout, à nous distraire pour oublier les tracas de la journée ? Confusion du "nous" et du "on" : nous sommes l'un et l'autre. Combattants fatigués et rêveurs vigilants, au choix, selon les instants. Partout sur le territoire existent pourtant des poches de résistance. La publicité faite à ces marges, dans certains quotidiens comme Le Monde ou Libération, est paradoxalement disproportionnée en regard de notre champ d'action réel. Nos succès sont négligeables si on compare les ventes de nos disques, le nombre d'entrées en salles de cinéma ou la fréquentation de nos spectacles avec ce que consomme régulièrement le grand public. La vitesse de communication s'accroît exponentiellement, mais la distance entre la création et sa réception fait de même. Plus d'un siècle nous sépare. Une énigme.
L'éducation artistique est défaillante. La télévision est de plus en plus rétrograde. Nous vivons dans un monde de plus en plus uniforme malgré les possibilités qu'il offre. Il n'existe aucun accompagnement qui permette de fournir des clefs pour accéder à ce qui interroge. Tout le monde trouve Au clair de la lune exemplaire parce qu'on nous l'a seriné depuis notre tendre enfance. Cocteau disait que le public préfère reconnaître que connaître.
Confusion. Quelle est la place de l'art dans un vieux monde qui joue les jeunots, mais ne convainc plus personne ? Ce n'est pas une question de communication, c'est la nature-même des œuvres qui est en question.

dimanche 31 mai 2020

La mue [archive]


Articles des 27 et 30 juillet 2006

Il n'est pas facile de changer de peau. Parfois les événements nous y aident. Que l'on perde son emploi ou la personne qui partage notre vie par exemple, et nous y sommes forcés. Toute résistance à ces transformations est encore plus dangereuse, jusqu'à s'y perdre, corps et âme. L'animal reste le même, mais il change de peau pour s'adapter à ses nouvelles conditions de vie. Le besoin de ce que l'on a coutume d'appeler "changer" n'est rien d'autre que la nécessité d'accepter ce que nous sommes, pour réduire la souffrance que génère la "difficulté d'être".
Nous ne sommes pas à un paradoxe près. La douleur ne se contrôle pas en la refusant, mais en l'apprivoisant. Le fakir connaît la chanson. Lorsque la douleur se présente, donnons lui des noms, décrivons la avec force détails, elle s'estompera comme par magie. Sur les montagnes russes de la fête foraine, il y a deux sortes de réactions devant la peur, certains hurlent en se penchant dans le sens de la pente et s'amusent, les autres crient tout autant mais se cabrent en arrière et finiront par aller vomir dans un coin sombre. Je rends grâce à Jean-André Fieschi qui, lorsque j'avais vingt ans et souffrant d'un panaris, me donna à lire Le bras cassé d'Henri Michaux. Je réussis à m'endormir. Vingt-cinq ans plus tard, j'en cueillis enfin les fruits en contrôlant la douleur par le seul fait de l'accepter. N'oublions pas que je suis un homme, et les garçons supportent beaucoup moins bien d'avoir mal que les filles. En 1975, je n'avais assimilé de Michaux que l'exergue : "Nous ne sommes pas un siècle à paradis, nous sommes un siècle à savoir". Pas si mal !
Revenons à nos moutons, ceux sur lesquels nous comptons pour sombrer dans les bras de Morphée. Du dieu des rêves à leur maître il n'y a qu'un pas, et la lecture de leur interprétation fut d'une aide précieuse pour comprendre comment ça marche. Comme je me plaignais à une amie philosophe de reprocher toujours les mêmes griefs à mes compagnes et ce malgré leurs différences fondamentales, je compris que le seul point commun était moi. Je ne pouvais donc leur en vouloir que de moi-même. Les conflits se désamorceraient d'eux-mêmes dès lors que j'accepterai l'autre au lieu de tenter vainement de le changer. Car on ne change personne, ni soi ni les autres. Un peu bouddhiste, n'est-ce pas ? Et pourquoi pas ! Les religions partent souvent de bons sentiments et d'analyses brillantes. Les prêtres les pervertissent en voulant les rendre accessibles au peuple et en profitent pour les transformer en armes de contrôle. Toutes les révolutions sont brèves, ou plus justement, les rêves durent peu, mais les conter prend du temps.
Les différents âges de la vie exigent d'adapter notre vision à notre corps. Chaque période a ses bienfaits et ses inconvénients. Réussir sa mue, c'est accepter qui nous sommes, en en précisant les perspectives vectorielles, sans se réfugier dans le passé par crainte du futur. Il faut toute une vie pour apprendre qui nous sommes, à savoir autre que ce que nos parents ont rêvé faire de nous. Et nous nous éteignons enfin dans la paix retrouvée. Entre temps, il aura fallu plusieurs fois changer de peau pour conserver l'équilibre précaire qu’on appelle une vie.

L'ANIMALITÉ DE L'HOMME


Le titre de cet article ne suggère nullement qu'un baiser pourrait transformer cette grenouille en prince charmant. Rien ne me détend plus qu'admirer la nature. La contemplation des animaux me plonge dans un abîme de perplexité et me renvoie à l'animalité de l'homme. Voilà longtemps que j'essaie d'imaginer une vision complexe de l'être humain, quelque théorie qui associerait Freud, Marx et cette troisième composante. Tenter de comprendre l'homme sans évoquer sa nature de mammifère me semble vouer à l'échec. Si le matérialisme historique me semble toujours le meilleur système analytique pour comprendre les grands mouvements de civilisation et si la notion d'inconscient renvoie aux motivations secrètes qui forgent chaque individu dans leur différence, la biologie me séduit par ce que tous les êtres vivants ont de commun, et la génétique fait parfois exploser à notre figure des évidences brutales. Le pourquoi reste toujours aussi énigmatique, mais on commence à effleurer une réalité complexe montrant que nos motivations ne peuvent s'arrêter à un seul système d'analyse. On ne pourra comprendre nos créations, nos crimes et nos suicides en restreignant l'analyse aux phénomènes sociaux (Marx) et à ce qui leur résiste en chaque individu (Freud). S'en contenter, c'est réfléchir comme si l'homme était seul sur Terre. C'est vrai, il agit comme tel. Pourtant, quel vecteur porte donc l'espèce, qui nous rapproche de ce qui nous est le plus étranger, la nature ? De quelles forces sommes-nous les enjeux, voire les véhicules ?
Hier soir, près de la piscine, sur une frite bleue rêvait une rainette arboricole. Les canards ne l'avaient pas encore repérée. Le matin, nous suivions sous l'eau les bancs de girelles, de saupes et d'autres petits poissons très joueurs comme ces minuscules virgules violet électrique. Pas de rapport. C'est dimanche.

mercredi 27 mai 2020

Chef d'œuvre ?

...
Ici ou là on entend clamer tel ou tel chef d'œuvre, mais qu'est-ce que c'est ? Où va se nicher la subjectivité ? Existe-t-il des chefs d'œuvre incontournables ? J'ai l'habitude de penser qu'un chef d'œuvre s'évalue au nombre d'interprétations qu'il suscite. Car c'est bien d'appropriation qu'il s'agit, l'œuvre, dès lors qu'elle est achevée, n'appartenant plus à celle ou celui qui l'a commise, mais au public qui la savoure.
Les générations successives revendiquent tel ou tel chef d'œuvre. Encore faut-il le replacer dans son contexte social, historique ou géographique. Le nombre d'interprétations que je suggérais plus haut est aussi fonction du cercle où elles s'exercent. Un changement de repère s'impose alors. Pour un public restreint, par exemple les amateurs de jazz, le concept n'aura pas la même envergure qu'avec la Joconde. Qu'on apprécie le tableau de Leonardo da Vinci ou pas n'a aucune importance. Il procure à chacun/e une histoire, un rêve, une idée, une réminiscence, une invitation qui lui confère son statut de chef d'œuvre. Par contre, que l'on place A Love Supreme de John Coltrane, Sergent Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles ou Laborintus 2 de Luciano Berio comme des chefs d'œuvre ne convaincra jamais un public hermétique à ces musiques. De plus, chacun/e a son propre système de références. Ainsi je doute que Cover To Cover de Michael Snow, Die Parallele Strasse de Ferdinand Khittl, Anima de Wajdi Mouawad ou Le Trésor de la langue de René Lussier, que je considère comme des chefs d'œuvre, disent même grand chose à la plupart de mes lecteurs/trices. Si l'on a vécu ou pas à l'époque où fut créée telle ou telle œuvre joue aussi, les plus jeunes s'inventant des mythes qui n'existaient pas dans le passé, ou, au contraire, reproduisant servilement les coteries de journalistes de cette époque.
Chaque artiste peut encore revendiquer son ou ses chefs d'œuvre, les pièces qu'il ou elle trouve les plus fidèles à ses expectations. Ce n'est pas un hasard si j'ai ce sentiment avec le CD-Rom Alphabet, l'opéra Nabaz'mob ou l'album de mon Centenaire, qui furent plébiscités par la presse ou par un public plus large que d'habitude... Sans parler de ce blog au su de sa constance sur 15 ans et au nombre grandissant de ses lecteurs/trices ! On retrouve alors l'idée de chef d'œuvre des Compagnons du Devoir, pour lequel chaque artisan doit faire ses preuves... Et puis on espère toujours que le prochain sera encore meilleur !

mardi 26 mai 2020

Lysistrata [archives]


Articles des 1er juillet 2006 et 1er janvier 2016

En commentaire du billet d'hier 30 juin, la lectrice "Alibi à la une" écrivait :
"Alors ils s'y sont tous et toutes mis..."
toutes ??? je voudrais bien LES y voir !
Allez sans rancune (?) c'est partout les grandes absentes même si c'est la moitié de l'humanité. Je sais elles ressassent et ne prennent pas le pouvoir.
À qui la faute ?

Je commençai par répondre :
"Toutes" pas plus que "tous", mais c'est vrai, beaucoup moins. Toutes celles qui ont répondu "présente !", celles qui sont là, celles qu'on est allés chercher pour ne pas rester qu'entre hommes : quel ennui une fratrie de mecs, quelle obscénité ! Le jazz est un monde masculin où les femmes sont des emblèmes de publicité ou, au mieux, des égéries alcoolisées.
Heureusement celui de l'improvisation libre, des musiques barjos, est un peu plus ouvert, les filles y font leur place, pas facile. Les plus militantes ont d'abord revendiqué leur homosexualité, les plus ambitieuses rejetaient le féminisme pour être considérées à l'égal des hommes, les plus laborieuses se contentaient d'un strapontin...
Y a-t-il une expression féminine ? Je le crois. Leur sensibilité d'artiste ne s'exprime pas de la même manière. C'est moins tranché, arrondi aux entournures, c'est plus fin, parfois, comme chez les mecs pas trop machos, leur part de féminité s'exprimant plus ou moins librement...
C'est à ce moment-là que je choisis d'en faire le billet de ce matin, sachant bien que ce ne sera qu'une parole d'homme de plus, pas le choix cette fois !
Pour compléter le petit panorama rapide et réducteur, j'ajoute aux lignes précédentes que le monde de la musique classique, et, par extension, contemporaine, est tristement potache et réactionnaire, l'esprit de compétition qui y règne en fait une foire d'empoigne où les femmes n'ont à y gagner qu'une forme de contamination. La question des variétés se pose un peu moins, parce qu'on est en milieu populaire, l'enjeu n'est pas le même dans la chanson, l'arrogance porte un bémol à la boutonnière. On préfère y faire pousser des étoiles, quitte à mépriser là aussi le petit peuple des musiciens qui les accompagne, encore des mecs. Les musiques savantes, élitaires, sont chasse gardée, chasse à cour(re) ! On se plaît à croire qu'il y est question de pouvoir. Mais le pouvoir, c'est "pouvoir" faire, c'est le potentiel à créer, à diriger, à diriger sa vie, et malheureusement trop souvent celle des autres, et celle des femmes certainement.
Vaste sujet, "la moitié de l'humanité" ! Cela méritera qu'on y revienne, souvent ?! Alors autant commencer dès aujourd'hui. La parité me semble une mystification de plus, un truc en plumes inventé par les hommes pour que les femmes qui la ramènent leur ressemblent. Regardez Ségolène Royal sur les pas de Margaret Thatcher et Condolezza Rice, quelle horreur ! Il en est d'autres qui se battent avec plus de jugeotte, mais n'y a-t-il pas d'alternative à prendre le pouvoir en package avec la stupidité des mâles ? Faut-il qu'à leur tour les femmes nous gouvernent avec la même brutalité, carnage destructeur et suicidaire ? Au secours, Lysistrata (texte de la pièce d'Aristophane) ! Adolescent féministe et non-violent, j'avais trouvé géniale cette grève du sexe pour arrêter la guerre. Pourquoi les femmes qui y perdent leurs enfants, leurs frères, leur père et leur époux, ont-elles toujours été solidaires de ces bouchers sanguinaires ? Faut-il aller chercher quelque explication dans la biologie comme le fait le documentaire 1+1, une histoire naturelle du sexe (et dont j'eus la joie de composer la musique) ? Doit-on en passer par la barbarie ? Ou bien est-ce l'absurde qui nous gouverne ?
Ayant grandi dans les années 70 au milieu de femmes revendiquant l'émancipation féminine, la question n'a eu de cesse de me poursuivre. Sur les murs de la cuisine étaient épinglés des petits papiers découpés portant tous les slogans de l'époque, certains même ambigus : "Une femme sans homme, c'est comme un poisson sans bicyclette". J'aimais l'impossible. J'en rêve toujours. Attention à moi si, en discutant, j'accordais mal un adjectif, j'étais immédiatement repris et le e final était accentué avec sa liaison phonétique, appendice qui pour une fois dépassait du mot féminin. J'ai pris ainsi l'habitude d'accorder les fonctions, surtout en haut de l'échelle sociale, Madame la présidente, Madame la directrice, une écrivaine, etc.
Dans le Drame, nous n'avions qu'un tiers de musiciennes, cinq sur quinze, l'atmosphère y était tout de même plus digne, ça changeait des chambrées des autres orchestres. Dans le Journal des Allumés, chaque fois que nous le pouvons nous invitons ces dames au parloir, cette fois la harpiste Hélène Breschand, la compositrice et chef d'orchestre Sylvia Versini, les dessinatrices Chantal Montellier et Laurel (son blog). Nous le savons, c'est peu et ce n'est pas le reflet du monde réel, nous forçons les portes. Un seul des Cours du Temps fut consacré à une femme, la contrebassiste Joëlle Léandre, sa parole y est emblématique. Même si Valérie Crinière réalise le Journal (et pas seulement techniquement !), il n'y a que des hommes au comité de rédaction, et peu de femmes dirigent parmi les 42 labels de l'association. Notre trésorière, Françoise Bastianelli, en charge du label Émouvance, a redressé les comptes de l'assoc lorsque nous étions au plus mal. J'aurais pu écrire "au plus mâle" tant l'unisexicité peut être nauséabonde. Les femmes entre elles ne valent guère mieux, c'est pour cela que Lysistrata n'eut jamais gain de cause. Il faut la mixité, le partage des tâches, oui si c'est ensemble, pas de prérogatives ni de territoires réservés, l'échange est plus juste que le partage.
Je repense toujours aux derniers mots de L'innocente de Lucchino Visconti, son dernier film, quelque chose du genre : ''Pourquoi faut-il que, vous les hommes, vous nous portiez aux nues ou nous traitiez comme moins que rien ? "

AVEC "CHI-RAQ" SPIKE LEE RETROUVE LE TON DE SES DÉBUTS


Depuis que je connais Lysistrata je me suis toujours demandé pourquoi les femmes acceptaient la mort de leurs maris, fils, pères ou frères. Comment peuvent-elles être complices de la violence des hommes ? Quel pouvoir ont-elles oublié qui ne leur permettent pas d'enrayer la folie des brutes machistes qui ne trouvent jamais que la guerre pour (ne pas) régler leurs conflits ou asseoir leur emprise ? Est-ce que la mort est intrinsèquement liée au sexe ? Les explications psychanalytiques ne sont pas de mon ressort, mais Aristophane a su proposer une solution pacifique qui ne semble pas avoir convaincu puisque cela continue de plus belle !
Spike Lee s'empare donc de cette comédie pour dénoncer la violence qui s'exerce entre Afro-Américains. Il y a plus de morts à Chicago liés aux bagarres entre gangs qu'il n'y en eut en Iraq, d'où le surnom du quartier sud, contraction de Chicago et Irak. Comme dans la comédie grecque le réalisateur de Do The Right Thing, Mo Better Blues et Malcolm X emploie un langage direct qui sied à l'argot des rues, les acteurs s'exprimant en vers, rap nerveux de cette comédie musicale où l'on retrouve le ton de ses premiers films. Spike Lee n'évite pas quelques longueurs, mais le sujet est formidable et son adaptation parfaitement à propos.


Chi-Raq est un film militant à la portée populaire. Il devrait être projeté dans les quartiers, là où l'esprit de clan a remplacé la solidarité de classe. Le prêche du pasteur Michael Pfleger interprété par John Cusack est explicite, la misère entretenue par le capitalisme et le chômage poussent ces jeunes à s'entretuer, ce dont profitent les marchands d'armes soutenus par la NRA, la criminelle National Rifle Association. Samuel L. Jackson joue le rôle du chœur commentant les péripéties de cette bande de filles qui décident de faire la grève du sexe tant que leurs mecs utiliseront leurs armes. Elles s'opposent aux gangsters et à la police, à l'armée et à la résistance de leurs sœurs. Dans cette South Side Story Wesley Snipes et le rappeur Nick Cannon sont les chefs des Spartans et des Trojans, Teyonah Parris est Lysistrata, Angela Bassett est Helen et Dave Chapelle fait partie de la bande. La musique nerveuse porte le film, les couleurs éclatent sur l'écran, orange et violet représentant celles des deux gangs. Des vers scandés s'affichent parfois en infographie, plus agit-prop que clip-vidéo. Chi-Raq est à la fois drôle et sérieux, swing et sexy.
Mais est-ce que cela changera grand chose à la violence absurde, criminelle et suicidaire des hommes ? Cette brutalité mortifère reste pour moi un mystère. À moins qu'elle ne s'explique par l'intérêt des pouvoirs en place, et ce depuis des millénaires (Aristophane a écrit sa pièce cinq siècles avant J-C), à exciter les pauvres les uns contre les autres pour mieux les contrôler et les opprimer ? Cette culture de la guerre est-elle inhérente à l'espèce, le fruit d'un calcul cynique ou de l'inconséquence des chefs ? Peace and Love revendique Lysistrata et à sa suite le réalisateur Spike Lee, fatigué de voir sa communauté s'entretuer. C'est ce que je vous souhaite pour cette nouvelle année en cette période qui pue le sang et les larmes, l'exploitation et le profit, la manipulation et l'aveuglement.

vendredi 22 mai 2020

Tombeau d'Abricot [archive]


Article du 23 juin 2006

Que peut-on écrire dans un blog, journal intime devenu public ? Quelles limites puis-je me fixer dans la catégorie dite Perso ? Certains rédacteurs attendent la mort des protagonistes, d'autres la leur propre. On peut toujours changer les noms, brouiller les pistes, romancer l'affaire, mais quel besoin, quelle impudeur, nous pousse à publier les détails intimes de notre vie et de celles et ceux qui la partagent ? Le "politiquement correct" ne me préoccupe pas, on peut modifier les usages, bouleverser les conventions, c'est même salutaire. L'intérêt d'un texte est lié à l'indépendance de vue de son auteur, sa libre pensée, son style aussi. Les confessions ont d'autant plus de valeur qu'elles abordent des sujets tabous. Ils sont si nombreux. On se croit isolé, promeneur solitaire portant le fardeau de ses fantasmes, de ses handicaps, de secrets honteusement gardés, de vieux mensonges. La psychanalyse ne fait que régler, au mieux, sa propre petite note, mais on ne partage pas.
Lorsqu'il m'arrive de transmettre (n'étant point professeur le mot enseigner ne me convient pas), j'essaie d'aborder tous les aspects de mon sujet, de changer d'angle le plus souvent possible, pratiquant l'art de la digression. Je m'aperçois que les étudiants ne savent rien de ce qui les attend, réalités du monde de l'entreprise, salaires, droits du travail et droits d'auteur, relations avec les clients ou les employeurs, esprit d'équipe, solidarité, gestion quotidienne de son temps, difficultés à se renouveler, etc. Aborder sincèrement l'un des trois grands sujets préoccupant tout un chacun, sexe, mort ou argent, est un pavé dans la mare éclaboussant toute l'assemblée, fut-elle réduite à un seul interlocuteur. Les confessions intimes mettent en confiance, chacun est libre à son tour de se livrer, de se décharger de ce qu'il ou elle a sur le cœur, simplifiant les échanges en évitant les quiproquos et les mascarades, souvent anciennes ! Il y a des professionnels pour cela, thérapeutes indispensables à celles et ceux qui souffrent trop, mais ils ne répondent pas à toutes les questions. Certaines réclament la confrontation. En clair, il est bon de savoir que l'on n'est pas tout seul à vivre ainsi, à penser cela. Connivence des salles d'attente ? La lecture est un réconfort. La conversation peut devenir un soulagement, un révélateur, une étincelle... Si les secrets de famille nous empoisonnent, sortons donc les fantômes du placard. Mais la question de la publication reste entière, crotte de bique !

J'ai souhaité parler de la douleur de mon ami Bernard face à la mort de son chat Abricot mercredi midi, le 21 juin. L'arrivée de l'été est toujours un moment pénible pour celui qui craint la chaleur. Ce n'est pas la première disparition à laquelle il soit confronté. Bernard a perdu tant d'êtres proches. Plus on vieillit plus les amis peuplent les cimetières. L'isolement progressif peut devenir insupportable. Pour d'autres, la mort à l'œuvre rassure, c'est qu'on est toujours là pour l'apprendre. La dernière sera mon tour. Un camarade médecin me rappelait que souffrir, c'est être vivant. Les jeunes s'angoissent parfois, peine perdue, ce n'est pas l'heure. Ne meurt-on que parce qu'on en a marre ? Sauf accident, et la vie est injuste avec ceux qu'elle quitte prématurément, sans cette fatigue, on vivrait éternellement. Il faut prendre le temps. Les jeunes et les vieux traversent toujours n'importe comment, ils se jettent sous les voitures. Les jeunes n'ont pas conscience de la mort et c'est tant mieux, les vieux n'en ont plus rien à faire et c'est tant pis. Temps mieux temps pis, chacun fait son petit ménage dans sa tête, et dans son corps.
Tout a commencé lorsque Bernard avait dix ans, avec la déportation de son frère aîné à l'âge de 18 ans, jeune résistant communiste. C'était l'âge de Ann, son plus jeune fils, que Bernard accompagna de manière exemplaire touts sa dernière année de 1984 lorsqu'il fut atteint d'un cancer du rein. Abricot avait vingt ans, comme Radiguet, l'auteur du Bal du Comte d'Orgel d'où vient le prénom de Ann. Les cycles sous-tendent notre vie, mouvements vibratoires qui se superposent comme les harmoniques d'un instrument de musique. Les drames et les miracles arriveraient aux nœuds de vibration, le fond de la piscine, ou aux crêtes, rendez-vous en haut du pic. Il n'y pas que les femmes qui soient réglées comme du papier à musique.
C'est chaque fois un drame. Je comprends la douleur de mon ami et respecte ses choix même si je ne les partage pas. À ma dernière visite, je n'arrivais pas à regarder Abricot, défiguré, cela me faisait trop mal. Je ne suis pas courageux en face de la maladie, je ne supporte pas les hôpitaux. Bernard est un ardent partisan de l'acharnement thérapeutique. Mais il a aussi des envies de mort, la sienne, celle des autres. Il est en colère. Les animaux qui l'accompagnent le rappellent à l'ordre. La veille, je lui avouai mes doutes sur ses motivations. Il se réveille toujours lorsque la mort se dévoile. C'est le chantre du paradoxe. Depuis trente ans, nos conversations "de bistro" alimentent nos œuvres communes. Évidemment nous transposons le réel, le travestissant des oripeaux de l'art, une chienlit bien portante. Aujourd'hui encore, le travail du deuil fait grandir, mais Bernard est trop malheureux. Nous lui conseillons d'aller voir l'exposition d'Agnès Varda à l'Espace Cartier : le Tombeau de Zgougou (photo du catalogue ci-dessus) ne pourra que lui redonner le calme de la tendresse. Se réconcilier avec soi-même.

Bernard Vitet est décédé le 3 juillet 2013.

dimanche 17 mai 2020

Pourquoi faire ? [archive]


En me réveillant, je me demandais "pourquoi faire ?" que j'écris parfois "pour quoi faire ?". Régulièrement je remets ma vie en question. Pas trop souvent tout de même. Quatorze ans plus tard, je m'interroge sur le bien-fondé de mes choix. Tout s'articule, comme des paragraphes... Il faut savoir saisir l'opportunité des "à la ligne"...

Article du 4 juin 2006

Un rouge-queue nargue le chat depuis plusieurs jours dans le jardin. Il vole bas. Que cherche-t-il ? Il s'approche de plus en plus près. Je suis fasciné et un peu inquiet.
En février 1902, Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, publie le pamphlet Que faire ?, ouvrage fondateur reprenant les idées développées dans le journal Iskra (l'étincelle, en russe). En 1971, Chris Marker et ses camarades reprendront le nom d'Iskra (Image, Son, Kinescope et Réalisations Audiovisuelles) pour leur coopérative de production de films. Rien n'a vraiment changé de ce qui a motivé l'écriture de l'un et la fondation de l'autre. La question "Par où commencer ?" reste entière. Les sources de la production et les canaux de diffusion sont-ils maintenant plus ouverts à la différence, à la contestation salutaire, à la projection de vérités soigneusement enfouies ? (Bernard Benoliel, Entre Vue). Des questions, toujours. Les réponses calment le jeu et tuent l'imagination. L'enfant enfile les pourquoi ? à s'en faire un collier. Dès le CP, l'école casse son élan créatif en imposant les réponses avant qu'il ait le temps de s'interroger. Les perles se répandent par terre. Révolutionnaires en herbe, artistes, déviants, délinquants, souffrants, seuls quelques récalcitrants n'acceptent pas les nouvelles règles. L'agnostique laisse la question sans réponse (elle donnera son titre à l'œuvre la plus célèbre du compositeur Charles Ives).
En me réveillant, je me demande "pourquoi faire ?" que j'écris parfois "pour quoi faire ?". J'ai souvent dit que je fais ce qui ne se fait pas puisque ce qui est fait n'est plus à faire. Bon gars malgré tout et probablement en référence au chien de Léo Ferré, j'ajoutais je fais là où on me dit de faire.
Pourquoi faire ? Pourquoi faire une œuvre de plus, sur un marché saturé ? L'art est devenu à la portée de tous, du moins la société souhaite en donner l'illusion. Les outils se démocratisent, chacun pense savoir photographier, filmer, composer, écrire, mais trop souvent c'est le stylo qui écrit, la caméra qui filme, le filtre Photoshop qui commande. Bon de commande. C'est ce qu'on vend : objets de consommation, nouveaux marchés, cibler les jeunes... Pour faire l'artiste, il faut une vision. Cette vision ne découle pas de l'usage des machines, elle est le fruit d'une souffrance, d'une colère, d'un espoir, d'un rêve, elle n'est qu'une question qui répond à la précédente. Qu'est-ce qu'un auteur ? Une personne qui pense par elle-même et met en forme cette réflexion ? La production est-elle le contraire de la reproduction ?
Pourquoi faire une œuvre de plus lorsque l'on a des dizaines de disques et des centaines d'œuvres à son actif, et que le monde continue de glisser ? Échec. Le succès est relatif. Miles Davis, par exemple, a échoué, lui qui briguait la reconnaissance du Great Black People n'a jamais été adulé que par la bourgeoisie blanche. Pourquoi composerais-je un nouveau disque alors que la majorité sont toujours disponibles, il est vrai de manière de plus en plus clandestine (aux Allumés, chez GRRR ou Orkhêstra) ? On me fait remarquer que mon impressionnante biographie donne l'illusion que j'ai au moins cent ans ! (P.S.: douze ans plus tard, en 2018, je publierai en effet mon Centenaire !). Ai-je tout dit, tout exprimé ? Heureusement j'évolue, petit à petit, le mouvement me porte, vecteur social qui me pousse sans cesse vers de nouveaux horizons. Mais je ne voudrais pas faire une œuvre de plus, jamais ! J'enchaîne les succès d'estime, mais rencontre rarement le succès populaire. Un enjeu pas si nouveau depuis qu'avec Bernard Vitet nous avons décidé d'enregistrer des chansons (Kind Lieder, Crasse-Tignasse, et surtout Carton), depuis le cd-rom Alphabet, le film Le sniper ou les modules interactifs des sites réalisés avec Frédéric Durieu ou Nicolas Clauss. Aujourd'hui les lapins-robots font le tour du monde en se tenant par les oreilles.
Faire ce qui ne se fait pas, c'est jouer les trouble-fête et les provocateurs, c'est oser dire (écrire) ce que d'autres taisent de peur de représailles, c'est être avant tout fidèle à sa morale et la mettre en pratique, sacro-sainte dualité "théorie-pratique" héritée d'une époque où la jeunesse décidait de porter l'imagination au pouvoir. Faire ce qui ne se fait pas, c'est faire fi des conventions, des impossibilités, c'est sauter les obstacles, l'un après l'autre, pour prouver que si, c'est réalisable, avec du travail et de la persévérance, sans négliger l'amour ni l'humour. C'est ne pas craindre le ridicule.
J'ai toujours ressenti du soulagement lorsqu'un camarade, un collègue (jamais un concurrent), réalisait une idée que j'avais eue, ou pas. Ce qui est fait n'est plus à faire. Rien de perso dans l'avancée des idées. Bonne chose de faite, me dis-je en admirant le chef d'œuvre mis en forme par un autre créateur. Une tâche de moins sur la longue liste des utopies ! Passons à autre chose...
Alors, quoi faire ? Lorsque la suite ne vient pas, c'est que le problème est mal posé. La question du quoi n'est que la conclusion du pourquoi. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pour changer le monde, pardi ! Mais comment s'y prendre, tout petit bonhomme ou petite bonne femme perdus dans son coin ? Une trilogie puisque le qui n'a jamais été de notre ressort : pourquoi, quoi, comment ? Mais d'abord pourquoi, la question fondatrice, celle qu'on a le tort d'oublier en devenant des professionnels. La motivation première, celle qui donne le goût, le goût de faire. Et peu importe la réponse, elle coule de source, elle ne nous appartient pas, elle est entre les mains du public, de nos lecteurs. Ensuite, le quoi et le comment ne sont que questions de méthode, tandis que pourquoi est LA question, celle qui fait toute la différence entre un faiseur et un créateur, entre un accident et une catastrophe.
Une catastrophe, à entendre dans son sens premier : un bouleversement, dernier et principal événement d'un poème ou d'une tragédie, le dénouement.

Image : manifestation à Johannesburg après l'assassinat de Chris Hani, photogramme de mon film Idir et Johnny Clegg a capella (1993).

lundi 27 avril 2020

Manuel de survie (2)


Je suis furieux. C'est à l'épreuve du feu que l'on apprend si certaines astuces fonctionnent. Or mon Manuel de survie ne délivre aucun conseil en cas de pandémie. On y trouve bien comment sortir de sables mouvants, comment échapper à un ours, un puma, un requin ou des abeilles tueuses, comment sauter d'une voiture en marche depuis une moto ou entrer dans un train en marche quand on se trouve sur le toit, il y a même que faire si une dame accouche dans un taxi, comment survivre si on est perdu dans le désert, que faire si mon parachute ne s'ouvre pas... Mais franchement à quoi cela peut-il servir en temps de confinement ?! J'entrevois pourtant comment forcer une porte, sauter du haut d'un immeuble dans un containeur puis soigner une fracture de la jambe. Là on se rapproche du réel et de la sortie de crise...
Je cherche aussi sur Internet où nous pourrons nous réfugier sur la planète pour échapper à la folie et la stupidité de l'espèce humaine, mais cette autre pandémie, bien plus virulente que le Covid-19, semble avoir gagné tous les continents. Je ne trouve pas un seul pays où me sentir en sécurité. Les anciens de Lehman Brothers ont infiltré les gouvernements, et quand ils n'y sont pas de sombres imitateurs servent les intérêts de banquiers sanguinaires ! Le confinement n'aura donc servi à rien. Il aura tué plus de monde que le virus et ouvert les portes à l'obéissance de groupe. Le test est positif. Nous sommes infectés, mais sommes-nous pour autant condamnés à vivre sous le joug d'une autorité absurde ? Aurais-je besoin d'un manuel de survie un peu plus conséquent ?

jeudi 16 avril 2020

Vivre enfermé ou mourir libre


Vivre libre ou mourir enfermé. Mon premier titre exprimait-il vraiment le contraire ? L'humeur et le caractère de chacun/e impliquent des tournures de pensée qui peuvent sembler étranges aux autres. On ne sait plus où donner de la tête. L'absurde de la situation critique nous déstabilise tous et toutes. Il y a quelque chose d'incompréhensible dans ce que nous vivons, trop d'incohérences. J'ai exprimé ces doutes. Les questions sont plus nombreuses que les réponses. C'est déjà ça !

Je vais probablement me faire haïr et insulter, parce que je pense sincèrement que le confinement tel qu'il nous est imposé est une aberration, dans le meilleur des cas. Mon avis n'est pas très important puisque je n'ai aucun pouvoir, ni même aucune compétence. Je ne suis ni président de la chose publique, ni médecin. Par contre, je ne cesse de m'interroger sur les tenants et aboutissants de la crise et surtout sur sa gestion, comparant les options choisies en France, en Corée du Sud, en Islande, en Suède ou en Allemagne, et cherchant la cohérence des chiffres qui en découlent. Pour tout dire, je suis plus inquiet de la vie qu'on nous prépare que de la mort qui nous guette inéluctablement.

Il n'y a que deux manières de se débarrasser d'un virus, l'attraper en groupe ou vacciner à tours de bras. Le vaccin ne serait pas prêt avant au moins un an, le temps que le Covid-19 s'incrémente d'une unité, rendant l'intervention caduque. Il faudrait qu'entre 60% à 80% de la population soit infectés pour que le virus s'épuise. Le confinement n'aura servi au mieux qu'à désengorger les hôpitaux, situation catastrophique due à la gestion criminelle du système de santé par les gouvernements successifs depuis une quinzaine d'années. En dehors de cela, nous ne faisons que reculer pour mieux sauter. Tout déconfinement mènera forcément à une recrudescence de la pandémie. Le 12 mai ou le 15 juin, peu importe ! À moins de repousser la sortie à la Saint-Glin-Glin, nous sommes condamnés à la même punition (rien de christique, je fais référence à la gestion pitoyable évoquée plus haut, suite au choix que nous avons fait de nos représentants). J'ignore si la seconde vague nous touchera en juillet ou en octobre, mais comment l'éviter ? On pourrait tester la population pour savoir qui fut infecté et peut s''occuper des autres, malades ou négatifs. On pourrait porter plus systématiquement des masques. Mais la loi biologique est incontournable. Par contre, analysons les conséquences de ce confinement à rallonges, pour ne pas dire sans fin.

On pouvait lire hier que l'Allemagne envisage de fermer ses salles de spectacles pour 18 mois. Quelles garanties avons-nous qu'elles rouvrent un jour ? Ici ou ailleurs, combien de temps faudra-t-il pour nous relever, si les forces de création, qu'elles soient artistiques, artisanales ou industrielles sont systématiquement assassinées au profit de seules celles considérées comme nécessaires ? On sait déjà qu'une quantité colossale de petites structures ne survivront pas à cette crise, alors que les grands groupes sauront toujours exploiter la situation, quitte à réajuster leur ligne de produits. Après chaque crise majeure, les grandes entreprises s'épanouissent merveilleusement dans la reconstruction. Déjà certains s'enrichissent grassement grâce à la panique boursière tandis que les petits porteurs qui s'affolent voient leurs économies fondre au soleil d'avril. Que dire de celles et ceux qui avaient tant de mal à boucler les fins de mois qu'ils se trouvèrent contraints d'endosser un gilet jaune ? Et les plus pauvres, quel sort cette société leur réserve ? Ma crainte ne concerne pas seulement le quotidien domestique (manger, se loger, se soigner...), mais le décervelage provoqué par la peur, l'ignorance et la détresse. La délation, l'interprétation abusive des décrets par la police, les discours bidons de Macron sont des indices. Pensez-vous réellement que le virtuel puisse remplacer le vécu ? Sommes-nous ces "animaux dénaturés" qu'évoquait l'écrivain Vercors pour ne plus connaître que nos écrans, sans campagne ni montagnes, sans mer ni rivières, sans vent ni mouvement, sans même square ni parc, sans contact avec nos voisins, sans plus aucun lien qui nous relie avec quoi que ce soit d'autre qu'un cercle familial restreint, absorbant chaque nouvelle ordonnance sans pouvoir nous rebeller.

Les vaccins deviendront-ils obligatoires ? Le traçage des citoyens par smartphone ou puçage est sérieusement envisagé. On a déjà accouché de lois muselant les lanceurs d'alertes. Tout était presque en place...

Le capitalisme était sur le point de s'écrouler selon les lois logiques de l'entropie, livré à de cyniques arrogants, nullement préoccupés des dizaines de milliers de morts par jour que génèrent la famine, la maladie, l'industrie de l'armement, l'exploitation des métaux lourds, la pollution, etc. La liste est trop longue. Le coronavirus est un amateur. Mais il endossera la responsabilité de la gestion inique de la vie sur Terre par quelques nantis, ultra-riches pensant naïvement échapper à la catastrophe en acquérant une résidence en Nouvelle-Zélande (puisque la colonisation d'une autre planète est pour l'instant compromise) avec construction d'un bunker à l'appui. Or ils ne contrôlent pas vraiment les bouleversements que cette "crise sanitaire" est en train d'opérer. Les conséquences sont plus importantes qu'elles peuvent nous paraître. Les choix politiques qui sont faits risquent de battre les cartes du monde comme au lendemain de la Second Guerre Mondiale. Pour y arriver, le confinement, fruit de la menace virale, nous prépare une vie que nous n'aurions jamais acceptée autrement.

Si le ciel est moins pollué, il manque l'essentiel pour sortir par le haut. L'humanité n'a pas que des défauts. Elle a aussi ses qualités. Or la solidarité et le partage ne peuvent se résumer à taper des mains tous les soirs à 20 heures ou arborer quelque insigne sur son écran. Il est impossible de faire confiance à la bande qui nous dirige. Si nous voulons tirer profit de l'épreuve, c'est ensemble. L'atomisation du confinement replie chacun chez soi, dans le chaos de son incompréhension. Déjà la délation s'épanouit et le communautarisme grandit. Nous nous confondons avec nos communications à distance, robotisés en l'absence du contact direct. En annihilant socialement notre corps, le confinement tue nos neurones. Il faut rétablir les synapses qui font si peur à ceux qui nous exploitent. Nous n'avons que le partage pour exister. Ensemble.

mardi 14 avril 2020

Dans le doute pourquoi s'abstenir ?


Mon choix de lever le pied des réseaux sociaux ne m'empêche pas de réfléchir. Je me connecte beaucoup moins dans la journée, privilégiant des échanges directs, quitte à respecter les distances de sécurité, histoire de ne pas inquiéter ma famille... Ces discussions sont souvent passionnantes, même si pour l'instant elles n'aboutissent nulle part...
Car nous nageons en pleine confusion. Nous sommes de plus en plus nombreux à exprimer des doutes sur la crise sanitaire, sur sa nature ou l'exploitation qui en est faite. Il y a quelque chose qui d'évidence cloche dans le bel équilibre sociétal qu'on prétendait nous vendre ou dans la gestion de la pandémie. Soit le Covid-19 est beaucoup plus dangereux qu'on nous le raconte, soit sa dangerosité est surestimée, mais à quelles fins ? Dans tous les cas, les mesures prises semblent inappropriées.
La presse nationale épouse largement les mouvements contradictoires de notre gouvernement dont l'incompétence égale l'ignominie. Valet des banques à la solde des ultra-riches, il casse les acquis sociaux en préservant les avantages fiscaux qui leur sont faits. D'un autre côté, la majorité de la population sent bien que la pénurie de tests ou de masques lui incombe, et l'on finit pas se demander sérieusement à quoi rime le confinement. N'est-ce pas reculer pour mieux sauter ? Quel que soient ses modalités, le déconfinement refera automatiquement repartir la contagion. Il aura simplement servi à décongestionner les hôpitaux victimes d'une politique criminelle dénoncée toutes ces dernières années.
Or le virus ne s'épuisera que lorsque 60% à 80% de la population l'aura attrapé, un vaccin ne semblant pas être prêt avant plus d'un an. Et tant bien même, on a l'habitude avec la grippe saisonnière, ces petits organismes ont la fâcheuse tendance à muer. Le corona ne serait qu'un virus un peu plus méchant que d'habitude, ses symptômes étant très divers et variant selon les défenses immunitaires des individus. Des asymptomatiques aux cas mortels l'échelle est la même que pour n'importe quelle grippe. Rappelons que, sur les environ 5 000 espèces de virus connues, seules 129 sont pathogènes pour les humains. Souvenons-nous aussi que personne ne parla de la grippe de Hong Kong qui fit plus de 30 000 morts en France et environ un million dans le monde en 68-69. Constatons encore que le nombre de morts dû au coronavirus est tellement loin de celui des décès liés à la famine (25 000 par jour dans le monde) ou provoqués par d'autres pathologies et accidents. Si dans des articles précédents j'ai déjà évoqué additions et soustractions, il faut noter que nombreuses morts imputées au virus n'ont fait l'objet d'aucun test. Les statistiques correspondent aux sondages avant des élections, du marketing !
Quelles que soient les réponses à ces nombreuses questions, le confinement global semble une faillite des responsables au pouvoir, sauf dans de rares pays où seuls les plus fragiles et leurs proches ont été isolés, avec distribution de masques suffisante et tests idoines. La méthode est digne du Moyen-Âge. Que ce soit à des fins mercantiles et cyniques comme le Medef ou par inquiétude de privation de libertés comme peuvent le craindre les plus rebelles, de plus en plus de monde s'interroge sur l'opportunité du confinement global et l'allongement répété des délais. Le 11 mai est une date aussi bidon que les précédentes évidemment. La prochaine fois le guignol annoncera le 15 juin !
Si vous êtes d'humeur "conspirationniste" (n'y voyez aucun mépris, c'est ainsi que le pouvoir appelle ceux qui remettent en doute le discours officiel), vous adorerez la prestation vidéo de Jean-Jacques Crèvecoeur, dans son 33ème monologue qu'il nomme abusivement "conversation", intitulé se soumettre ou se mettre debout. Le vaccin obligatoire et le puçage de toute la population font bien partie des questions à l'ordre du jour. L'histoire de l'humanité s'est construite sur la violence et des génocides (pas seulement humains puisque les autres espèces y passent régulièrement, et de manière exponentielle) en s'appuyant toujours sur des manipulations de l'opinion et de fausses légitimités. Pour quelles raisons notre société prétendument démocratique échapperait-elle à cette loi ? Sommes-nous à l'abri du retour de la Bête ? Il est certain que nous sommes bien sages, obéissant gentiment à la police passée de la castagne aux contraventions, la peur fonctionnant magnifiquement. Je ne peux m'empêcher de penser à la France de Vichy où la plupart des gens faisaient simplement l'autruche, sans parler de la délation.
Si vous préférez les essais expérimentaux des médecins mosellans constatant l’efficacité d’un protocole à base d’azithromycine, vous vous intéresserez aux alternatives à l'industrie pharmaceutique, toujours aussi vénale. Comme celle du Professeur Raoult, un mandarin parmi les autres dont la communication médiatique n'est pas différente des confrères qui l'attaquent. Et alors ? Il reste incroyable que l'hydrochloroquine ait été inscrite sur la liste II des substances vénéneuses après avoir été utilisée contre le palud par des centaines de millions de personnes pendant 70 ans sous le nom de nivaquine et que le gouvernement l'ait ensuite conseillée pour les patients en phase terminale alors qu'elle ne serait efficace que dans les premiers jours de l'infection... Vous avez entendu son coût par rapport à celui du protocole avancé par les laboratoires pharmaceutiques, quelques euros contre 400 ! Si vous voulez flipper à propos de l'origine du virus, sachant que le pangolin a été mis hors de cause, vous pourrez imaginer une guerre bactériologique (Chine ou USA ?) ou l'accident de laboratoire (celui du Wuhan est classé 4e du monde en virologie)... On a vraiment l'embarras du choix ! À défaut d'être vraisemblables, tous les scénarios dystopiques ont déjà été traités par les auteurs de science-fiction et les pires exactions ont été expérimentées au cours de l'Histoire. Rien de rassurant !
Plus certainement, on aura assassiné quantité de PME, de petits commerces, fragilisé les artistes et les artisans au profit des multinationales et de la grande distribution, réduit le salaire des plus pauvres et engraissé comme d'habitude les plus riches. Les pertes des uns fait toujours le bonheur de quelques autres. L'économie repartira de plus belle sans redistribution des cartes. Le gentil capital pourra justifier son échec en faisant porter le chapeau au méchant virus.
Certain/e/s ne manqueront pas de me demander quelle est mon intime conviction. Je n'ai aucune réponse. Je ne suis pas devin. Les informations que je reçois sont souvent contradictoires (sic). Comme nombreux d'entre nous. Nous vivons en pleine confusion et les décisions des politiques ne font qu'amplifier notre désarroi. Il me semble simplement absurde de ne pas nous interroger. Il est indispensable de rester en veille, en tentant de décrypter les discours alarmistes ou rassurants de ceux qui nous gouvernent et de leurs maîtres. Ces incompétents nous prennent sans nul doute pour des imbéciles. Préparons-nous au pire en espérant de bonnes surprises.
La vie est ainsi faite de cette alternance de bonnes et mauvaises nouvelles. Tout est construit sur des cycles. On peut jouer sur les amplitudes, mais les fréquences sont hélas incertaines...

lundi 13 avril 2020

Gavé


J'ai fait une overdose de réseaux sociaux. On a certes envie de s'informer mieux qu'en écoutant la voix de son maître, mais la polarisation presqu'exclusive sur la crise finit par m'étouffer. Je suis gavé d'informations contradictoires, de concerts solo en appartement, de journaux de la crise, de chaînes à partager, de listes insignifiantes, de mails, sms, etc. qui, au lieu de m'envoyer ailleurs pour voir si j'y suis, m'enferment entre quatre murs, ou plus exactement face à une surface myope. Même cet article y participe, contre mon gré !
J'ai donc décidé de lever le pied, ignorant encore comment. Vais-je continuer à bloguer quotidiennement ou devrai-je m'éloigner de l'écran comme j'avais décidé de le faire si notre voyage au Japon n'avait pas été annulé ? Privilégier la lecture (je suis plongé dans l'auto-biographie de Keith Richards, extrêmement bien écrite et palpitante, comme me l'avait conseillée Jean Rochard), les prises d'air (il est indispensable de faire un peu de gymnastique et de marche à pied), les apéros-vidéos (fenêtres sur l'extérieur étonnamment oxygénantes, et non occis-gênantes comme le reste de ce qui défile sur mon écran), les coups de fil aux copains (à condition de ne pas parler que du coronavirus), la musique (en écouter, en faire pour moi, histoire de fourbir mes armes, mais j'ai du mal), écrire (Marc Jacquin me demande un texte sur la voix pour Les mangeurs de sons), faire la sieste (j'ai probablement du sommeil en retard), échanger avec mes gentils voisins de trottoir à trottoir, travailler au projet de film avec Sonia et Nicolas (à partir de mon prochain CD dont la sortie a été momentanément reportée), m'occuper de l'intendance de la maison (prochaine étape, passer le Kärcher dans la cour) et du jardin (je crois savoir que les pépiniéristes sont ouverts, mais je n'ai pas le courage d'y aller), regarder les films que je n'ai pas eu le temps de regarder ou ceux que j'aimerais revoir, vivre sans attendre des jours meilleurs (ne pas se précipiter au déconfinement qui risque d'être dangereux, car notre absurde enfermement ne fait que repousser le problème)... Je ne prétends pas me passer d'Internet, mais je me connecterai beaucoup moins souvent et jouerai à saute-moutons en prenant une saine distance. Ami/e/s, si je vous manque, appelez-moi. Ne m'en voulez pas si je ne réponds pas, si je ne "like pas", si je ne commente pas. J'ai besoin de focaliser loin... Et je vous conseille d'en faire autant... Surtout si ça dure...

jeudi 9 avril 2020

S'en sortir sans sortir


Le confinement m'avait déjà permis de classer mes archives presse bousculées par deux déménagements successifs. Cela faisait vingt ans que je me défilais. Voilà bien aussi longtemps que j'annonce devoir ranger le secteur bricolage de la cave. En triant vis, clous, boulons, écrous, crochets, poulies, câbles, ficelles, colles, adhésifs, matériel de plomberie, d'électricité et de peinture, outils en tous genres, sans parler de choses dont j'ignore le nom et dont j'entrevois à peine l'utilisation, je pensais aux inégalités de chacun devant le virus et l'éventuel déconfinement.
Je ne vais pas évoquer les différences fondamentales entre riches et pauvres, avec toutes les nuances que ce concept implique, mais on ne sait surtout pas jusqu'à quand nous serons cloîtrés. Le gouvernement, qui sait très bien à quoi s'en tenir malgré son incompétence notoire, rajoute quinze jours toutes les deux semaines. Or, si l'on en croit certaines administrations, la date du 15 juin semble de plus en plus probable. Nous en serions aujourd'hui à trois semaines sur treize, soit le quart ! Comment les autorités pensent-elles s'y prendre ? Si le critère est l'âge du capitaine, je crains d'être libéré avant Noël, au plus tôt en septembre ! En haut lieu on parle d'opérer plutôt par régions. Si on testait la population, on pourrait classer les positifs qui ont été infectés ou ont résisté, et les autres qui restent menacés. En l'absence de vaccin, on sait bien que le confinement risque seulement de repousser le problème. Les premiers, autorisés à sortir puisqu'ils ne sont plus contagieux, aideraient ainsi celles et ceux qui restent prisonniers. Ils porteraient par exemple une casquette rouge, au risque de créer un marché noir de casquettes rouges.
Les Français n'ont jamais supporté la discipline. Cela a certains avantages. En évoquant le fascisme, Jean Cocteau disait que notre pays est "une cuve qui bout, qui bout, mais qui ne déborde pas". Il suffit qu'on interdise quoi que ce soit pour que nos concitoyens s'évertuent à désobéir. La triche y a toujours été un marqueur de la liberté, concept national à peine moins galvaudé que l'égalité et la fraternité. Le problème, c'est que le classement devra tenir compte des morts, ceux dont les poumons auront cédé, celles qui auront succombé sous les coups de leur conjoint, les vieux des Ehpad, les malades qui auront préféré rester chez eux plutôt que rejoindre la salle d'attente de leur médecin, ceux que le personnel hospitalier surchargé n'aura pu sauver faute de moyens, etc. Pour que le compte soit juste, il faudra retrancher ceux que la baisse de pollution aura miraculeusement épargnés (il y a tout de même 48 000 victimes chaque année en France), la diminution d'accidents de la route, ceux qui n'auront pas été tentés de faire les kakous... D'un autre côté il faudra noter la recrudescence d'accidents domestiques...
Ces temps-ci je me refuse à suivre les chiffres. Les statistiques sont de l'ordre du marketing. Les pourcentages avancés quotidiennement me mettent autant en colère que les sondages à la veille des élections, manipulations de masse, qu'elles soient anxiogènes ou rassurantes. Cela ne change rien à l'affaire. La prudence est de mise. Alors je reste à la maison et je m'occupe. Au lieu de classer la population selon des critères plus ou moins vaseux, je sépare consciencieusement les clous des vis. Toute avancée en période de confinement sera récompensée à terme !
Et puis heureusement il y a les voisins. Mardi, j'ai dû faire face à une inondation à la cave justement. En l'absence du camarade plombier probablement coincé au Sénégal, Eric m'a prêté son ruban multi-fonctions auto-amalgamant de 25mm de large. J'écris son nom, GEB, pour penser à en acheter lorsque j'aurai le droit de rejoindre le magasin qui en vend. C'est génial, ce truc, rien à voir avec l'étroit ruban blanc qui se tortille ou casse quand on l'étire. Ce n'était pourtant pas commode à enrouler si près du mur. Chaque fois que je réussis à m'en sortir seul, j'ai l'impression de vivre une victoire sur la nature. J'espère ainsi impressionner le virus pour qu'il ne s'aventure pas par ici...

vendredi 3 avril 2020

Aller voir ailleurs si j'y suis


Les informations sont contradictoires. Paniques anxiogènes ou dangereux je-m'en-foutisme, intérêt des États ou solidarité internationale, précautions qui ne mange pas de pain ou abus policiers... Spécialistes et néophytes jouent avec les chiffres sans que personne ne sache vraiment quel sera le bilan final. Comparée aux autres causes de mort (de la guerre à la famine en passant par la pollution, le cancer, les maladies cardio-vasculaires, etc.), le coronavirus n'est (encore) qu'une vulgaire épidémie. S'intéresser aux Ehpad fait froid dans le dos, comme écouter les urgentistes débordés condamnés à choisir de sauver un jeune de 30 ans ou un vieux de 70 ans. Penser à celles et ceux qui sont entassés nombreux au mètre carré renvoie à l'inégalité des milieux sociaux. Suicides et violence conjugale risquent d'alourdir la facture du confinement. Ne pas oublier les SDF sortis de mon champ de vision, les camps de Roms déboussolés et affamés, les prisons... Nous plaindre ici de notre sort serait vraiment indécent. Croiser des types seuls au volant mais masqués souligne l'absurdité de la situation. Par contre, le pouvoir ultra-libéral en profite pour accélérer la casse sociale, et là il y aura de quoi nous mettre en colère et nous révolter. L'incompétence, l'arrogance et la brutalité de notre gouvernement laissent espérer que cette bande sera traduite en justice quand les jours heureux reviendront...


Alors il y a des jours où je préfère partir en voyage, de chez moi à chez moi, pas trop le choix ! Il suffit qu'un camarade me conseille un film ou un disque. Si j'accroche, je tire doucement sur le fil et la bobine déroule une guirlande de petits trésors qui m'étaient passés inaperçus. Je suis ainsi tombé sur Travelogue de Joni Mitchell. En 2000 j'avais acheté son album de standards jazz, Both Sides Now avec en invités Wayne Shorter, Herbie Hancock et Mark Isham, mais ce double qui date de deux ans plus tard m'avait complètement échappé. Toujours produit par Larry Klein et orchestré par Vince Mendoza, il dessine le parcours de la chanteuse cette fois au travers de ses propres compositions. En plus de Hancock et Shorter on trouve Kenny Wheeler et Billy Preston, mais c'est surtout l'orchestre qui m'intéresse. Rien à voir avec le sirop de cordes de Ray Ellis, qui n'est Sy Oliver ni Quincy Jones, accompagnant Billie Holiday sur Lady in Satin. Autres mœurs, autre époque, les arrangements de Vince Mendoza sonnent parfois comme de la musique de film, avec une variété de timbres servant les émotions de chaque chanson, utilisant bois, cuivres, cordes, mais aussi de manière très intéressante la caisse claire et les percussions. Sa modernité, très influencée par Leonard Bernstein, lui permettra ensuite de travailler avec Björk, Randy Brecker, Jo Zawinul, Elvis Costello, Melody Gardot, Al Jarreau, Gregory Porter... Le climat unique, lyrique et dramatique, tient beaucoup à Joni Mitchell qui n'essaie jamais de singer les chanteuses noires américaines, mais garde son côté folk ou pop, comme on voudra l'appeler, sans que cela l'empêche de swinguer. La version de Woodstock est sublime. L'artiste canadienne démontre que les frontières de style n'existent pas. Blues, jazz, folk, rock, soul, free, électro sont les branches d'un même arbre dont les racines remontent certainement à l'Afrique, mais dont le terreau est constitué de la décomposition de quantité de végétaux, parfois même importés d'Europe.

jeudi 26 mars 2020

Les assurances rapaces surfent sur le virus


Surprise hier matin de recevoir un coup de téléphone de Provitalia pour me proposer un contrat complémentaire à ma mutuelle, la Smacem. L'assureur, déjà condamné l'an passé pour non respect de ses obligations d’information envers ses clients, m'explique qu'il travaille avec toutes les mutuelles de France, mais comme j'insiste pour savoir comment il a mes coordonnées il me raccroche au nez.
M'être inscrit sur BlocTel ne m'évite pas de recevoir plusieurs coups de téléphone par jour de télédémarcheurs outrepassant leurs droits. Depuis le début du confinement, ces intrusions téléphoniques avaient totalement cessé, mais les rapaces se sont ressaisis, surfant sur la vague de la peur d'une éventuelle hospitalisation. Nous avons des tas de manières d'envoyer paître ces insupportables coups de téléphone, raccrocher, les faire attendre dans le silence, menacer de l'amende de 15000€, les tourner en dérision, compatir avec les employés, argumenter, etc. J'ai récemment choisi de leur demander chaque fois comment ils avaient mon numéro. La fois précédente, j'ai été surpris d'apprendre que leur source était les notaires de France ! Il n'y a pas de petit profit. Notre gouvernement, le premier, fait passer des lois dégueulasses pour supprimer les 35 heures ou faire prendre ses congés payés sur le temps de confinement, et ce n'est qu'un début avec ce que lui permet l'état d'urgence sanitaire. Le virus a bon goût, les rapaces n'en ratent pas une miette.

Illustration : petit musée d'un collège de Victoria, Transylvanie, Roumanie

mardi 24 mars 2020

Logorrhée virale


Comment échapper à la logorrhée virale qui nous secoue dans le roller coaster des informations sociales ? On y lit tout et son contraire, choisissant de croire celles qui répondent le mieux à notre névrose ou correspondent à nos opinions politiques. On se fait aussitôt insulté si l'on émet un doute sur les consignes officielles comme du temps de Je suis Charlie. S'interroger tient automatiquement de l'inconscience et de l'incivisme. Les médias aux ordres montent les Français les uns contre les autres. Ici ce sont les Parisiens qui apportent la peste sur les plages, là ce sont les campagnes qui se pensent en dehors du coup, quand ce ne sont pas les Chinois ou les jeunes des cités. Le pouvoir interdit globalement au lieu de sérier précisément les risques. Or les Français ont toujours été rétifs à l'ordre imposé sans comprendre. Dans certaines périodes de l'Histoire cette indiscipline sauva le pays des pires dérives. Nos concitoyens ne sont pas des enfants, du moins ils ne se pensent pas tels. La manière de s'adresser à la population est contagieuse. Si les responsables au plus haut niveau de l'État ont des pratiques imbéciles, elles s'attrapent.
Faut-il confiner ou dépister systématiquement ? Porter des masques ou rester chez soi ? Utiliser dès maintenant la chloroquine ou attendre les longs protocoles habituels imposés par l'Ordre des Médecins ? D'un pays à l'autre, les gouvernements font des choix plus ou moins judicieux. Il est certain qu'il serait plus malin d'analyser les méthodes et les résultats en Chine, à Hong Kong, en Corée du Sud, mais aussi en Italie, en Suisse, en Allemagne, etc. au lieu de s'enferrer dans un confinement dit total, car cette totalité est de toute manière inapplicable en France, en en profitant pour déclarer l'état d'urgence sanitaire autorisant tous les abus politiques et économiques. Supprimer les libertés individuelles n'a heureusement jamais été efficace dans notre pays, particulièrement en temps de véritable guerre. Ainsi je voudrais qu'on m'explique en quoi l'exercice solitaire du jogging met-il en danger qui que ce soit ? Ou encore pourquoi fermer les marchés couverts et laisser ouverts les super et les hyper ! Au marché des Lilas par exemple, la police avait astucieusement installé des chicanes, les consommateurs restant à bonne distance les uns des autres et rejoignant les commerçants au compte-goutte tant et si bien qu'il n'y avait pas un chat à l'intérieur. Le maraîcher qui nous livre chaque semaine les légumes qu'il fait pousser sans aucun engrais, même biologique, pourra-t-il franchir les barrages ? Sa camionnette remplie de cageots et nos contrats devraient convaincre de le laisser passer. Les mesures idiotes favorisent les grands groupes au détriment des petits producteurs, or plus que jamais ces circuits courts montrent leur efficacité en cas de crise. De même les arrêtés sur les congés payés que les entreprises peuvent décompter honteusement sur les jours de confinement vont encore profiter aux plus gros. Celles qui vont morfler sont surtout les PME. À moins que les actionnaires des grands groupes et les salariés fortunés qui les dirigent crachent au bassinet, dans un surprenant élan de solidarité. Mais rappelez-vous que les banques, que nous avons renflouées avec nos impôts en 2008, n'ont jamais rendu l'argent après s'être refait une santé...
À l'Amap de Bagnolet, par exemple, tous les paniers sont prêts à emporter, les distances de sécurité sont matérialisées, personne ne touche rien d'autre que son panier, on répartit par tranche horaire en fonction de l'ordre alphabétique du nom de famille, il n'y a aucun échange d'argent puisque tout est payé en amont dans ce système d'économie solidaire... Quel supermarché offre les mêmes précautions ? Les amis qui sont partis se confiner chez leurs parents à la campagne sortent avec les enfants dans la forêt totalement déserte, empruntant les petits chemins pour ne pas rencontrer de gendarmes. Quelle critique leur opposer ? Prendre le soleil renforce les défenses immunitaires, contrairement au stress qui les affaiblit. Vaut-il mieux vivre à la cave si l'on ne s'approche de personne et ne touche à rien ? Seul le bon sens nous sortira des ornières de la psychose générée par le virus et entretenue par les autorités.

lundi 23 mars 2020

Prolongation du confinement


Jeudi soir, Air France annonce l'annulation de tous ses vols jusqu'au 31 mai. Cela vous donne une idée du délai supposé de confinement.
L'idée que nous sortirions de cette crise par un voyage génial au pays du soleil levant s'est envolée en fumée. Et me voilà enchaînant les annulations avec le même zèle que j'avais eu à choisir l'itinéraire, les ryokans, onsens, transports, etc. Si Booking et Nissan sont d'une clarté et probité exemplaires, je n'ai pas réussi à me faire rembourser intégralement par un malhonnête Tokyoïte sur AirBnB qui y pourvoira peut-être. L'agence Keikaku semble correcte, quitte à faire jouer l'assurance complémentaire liée au paiement par carte. Quant à Opodo et Air France, submergés par les demandes, c'est une prise de tête qui me fait remettre à plus tard l'opération soustractive.
J'avais besoin de me changer d'air, de vivre une expérience inédite qui remette en question mes habitudes. Je ne vais pas me plaindre. Avec l'assignation à résidence je suis servi. N'en jetez plus ! C'est moins sympa que de se plonger dans la nature sur l'île de Shikoku, mais beaucoup plus confortable que la prison ou ce que j'avais vécu à Sarajevo pendant le siège. Au moins ici, ce n'est pas la guerre, on ne risque pas de prendre un obus sur la figure. Quant aux malades adeptes de la gâchette, il n'y a qu'aux USA qu'ils font la queue devant les boutiques d'armuriers. En France on préfère le papier hygiénique et les provisions de bouffe.
Certains amis ont plus de difficultés que d'autres à supporter le confinement. Les conseils bienveillants affluent sur les réseaux sociaux, la télévision, les journaux. Ils sont certainement plus utiles que les avis et commentaires relativisant la pandémie, qu'ils soient monstrueusement alarmistes ou plus ou moins rassurants. Les toux nerveuses sont légion. À l'issue de la crise, les divorces vont exploser et dans neuf mois ce sera au tour des maternités ! L'incompétence crasse du gouvernement me fait craindre une dérive autoritaire accentuée, comportement déjà bien avancé. Il est aussi possible que cela fasse réfléchir beaucoup de monde sur nos manières de vivre. En quelques jours l'air est plus pur dans les villes, les oiseaux affluent, les poissons rejoignent les canaux de Venise, et beaucoup d'humains formatés sont dans l'obligation de sortir de leur coquille, puisqu'il n'y a plus nulle part autre où aller.

vendredi 20 mars 2020

L'odeur du large


Les nouvelles technologies nous désenclavent efficacement. J'appelle ma petite famille en Bretagne. Ils sont évidemment mieux au grand air, au bord de la mer, que confinés à Paris, surtout avec un enfant en bas âge. Certains autochtones prennent mal que les citadins leur apportent la peste, alors qu'ils étaient si bien entre eux. La consanguinité, réelle ou communautaire, a toujours produit des imbéciles. Pour ceux-là, délation sonne mieux que solidarité. Par exemple, lors de l'exode en mai-juin 1940, les Français étaient divisés entre ceux qui fichaient le camp, ceux qui les accueillaient et ceux qui les dénonceraient. Il est certain que les populations qui ne vivent que du tourisme l'ont généralement en horreur parce qu'elles en dépendent exclusivement. Heureusement tous ne partagent pas ces vues étriquées, préférant partager le vent et les embruns, quitte à se parler de loin. Il y a toujours des gens pour râler et d'autres pour se réjouir, ou du moins apprendre à profiter de la situation, fut-elle contrariante.
La commune où ils sont est déserte l'hiver, surpeuplée l'été. Même en juin ou septembre il n'y a pas d'autre chat que ceux qui vivent là, avec les mouettes et les goélands. La plage est immense et s'y promener ne risque pas de propager l'épidémie. Pourtant les pandores sont susceptibles de vous coller une contredanse à 135 euros au lieu de vous laisser vous livrer à la dérobée, l'an-dro, la ridée ou la gavotte bigoudène. On peut se rouler un palot à la maison, à ses risques et périls certes, mais sur le sable c'est interdit, même si le plus proche promeneur est à des centaines de mètres à la ronde. À croire que les verbalisateurs aient consigne de l'attraper ?! Les chanceux qui ont fui les villes, où le virus est susceptible de se propager plus vite qu'ailleurs, sont condamnés à faire semblant d'avoir "une activité physique individuelle" ou de promener leur animal de compagnie. Les couples se tiendront donc à vingt mètres de distance, des fois que la police assimile leur footing à "une pratique sportive collective". On pourra aussi arguer qu'un enfant de deux ans a besoin de se dépenser, qu'on ne peut pas le laisser tout seul à la maison pendant sa gymnastique matinale, que la condition physique (et, par delà, mentale) des humains renforce leur immunité contre les attaques virales ou autres, etc. Il est toujours difficile de se battre sur plusieurs fronts à la fois. C'est peut-être même la condition sine qua non pour tomber, ou pas, malade...


S'il faut empêcher les idiots de propager la maladie, il est indispensable de montrer un peu de jugeote au lieu de déclarer l'état de guerre, terme disproportionné en face de circonstances beaucoup plus graves. Je me souviens que l'école communale de ma fille avait simulé une attaque terroriste sans prévenir les gamins que c'était pour de faux, générant des crises traumatisantes. Le danger encouru ou engendré peut susciter une loi, mais pas d'appliquer stupidement un arrêté dont le flou n'a rien d'artistique. Cela me rappelle une histoire d'humour noir que les Sarajeviens m'avaient racontée pendant que je filmais le Siège en 1993. Alors que le couvre-feu est à 22 heures, un type passe à proximité de deux gars chargés de le faire respecter. Comme l'un d'eux abat le passant, l'autre s'insurge qu'il n'est que 21h50. Alors le tireur lui répond : "Peut-être, mais je sais où il habite. Il n'avait pas le temps de rentrer."
Franchement, si j'habitais au bord de la mer, j'en profiterais au lieu de rester à contempler l'horizon derrière la vitre. Mais je n'y suis pas, et plutôt que de jalouser celles et ceux qui ont eu la chance de pouvoir prendre la poudre d'escampette ou de vivre à la campagne, je préfère les laisser me faire rêver. Car le temps de taper ces mots, j'ai réussi à m'évader et à sentir l'odeur du large...

mercredi 18 mars 2020

Par les toits


Comme je travaille d'habitude chez moi, et beaucoup, je ne sens pas trop la différence avec le confinement obligatoire. La maison est grande, il ya un jardin et tout ce qu'il faut pour tenir un siège. J'ai imprimé l'attestation de déplacement obligatoire pour traverser la rue et risquer un échange verbal avec mes voisins. Mais je pense à celles et ceux qui vivent dans un 15m², seul ou hélas parfois nombreux. Si vous avez accès au toit, par un vasistas, un vélux ou en retirant quelques tuiles, c'est une manière sûre de prendre l'air et changer de point de vue.
Vous avez vraiment peu de chance d'infecter qui que ce soit, de prendre une contravention, d'y être intercepté par des types en armes ou les mêmes qui vous ont cassé la gueule lors des récentes manifestations. Leur présence m'inquiète. Je comprends qu'on refroidisse les kakous qui font prendre des risques à leurs congénères (entendez qu'on les calme, pas qu'on les fusille), mais je crains que la population s'habitue plus tard à croiser l'armée ou la police encore plus souvent que par le passé. Rencontrer des jeunes gens en uniforme avec une mitraillette en bandoulière m'a toujours plus angoissé que d'être victime d'un hypothétique attentat terroriste. S'ils sont là pour faire peur, c'est réussi, mais bizarre dans une société qui met en avant les concepts de liberté et de démocratie. De même que les mesures Vigipirate n'ont jamais été levées plus de vingt ans après leur instauration, je crains que notre gouvernement, qui laisse régulièrement le police braver la loi, prenne goût à nous laisser les treillis militaires quadriller nos rues. "Nous sommes en guerre", martèle le représentant élu des banques, manière de nous faire avaler les couleuvres. Déclarera-t-il un jour l'armistice ? Il semble surtout qu'il se la joue ! Plus tard, cela fera peut-être au moins un truc pas totalement négatif de son règne putride, mais cela ne rétablira jamais l'équilibre avec le saccage du service public vendu au privé, du système de santé, de la protection sociale, du soutien à la culture, ni avec la brutalité de la répression, l'incompétence de ses équipes, l'arrivisme de ses députés aux ordres, etc.
Donc on ne prend pas de risques en évitant de refiler le virus potentiellement assassin, mais on garde la tête froide face au déploiement de forces armées. À l'issue de cette période traumatisante, on constatera l'efficacité du dispositif et s'il était adéquat. Il est surtout important de protéger nos vieux et les personnes fragiles. On glissera donc les tranches de jambon sous la porte et on évitera les câlins avec les petits porteurs, bien que je doute que les plus jeunes comprennent pourquoi on les boude. Bonnes lectures, laissez vous porter par la musique, faites le ménage, il y a tant de choses à faire chez soi qu'on prétend ne jamais avoir le temps de résoudre... Et autant que vous le pouvez, prenez l'air, par le fenêtre ou les toits... Ce matin, un rouge-gorge est venu se poser à côté de moi, il s'est évidemment envolé, mais il m'accompagnera toute la journée...

lundi 16 mars 2020

Cadenassés


Imaginez d'abord que nous serons confinés, assignés à résidence, dès demain mardi. Armée, couvre-feu sont des mots qui pendent au-dessus de nos têtes.
Jusqu'ici je me demandais comment faire ? Comment feraient les travailleurs dont les enfants en bas âge sont en crèche ? Comment se comporteraient les usagers des transports en commun ? Comment conduiraient sur la route ceux qui ne pensent qu'à ça ? Ces questions ne se poseront plus demain ! Mais comment feront tout de même les intermittents dont les spectacles sont annulés et qui n'auront pas leurs heures ? Comment les artisans et les petites entreprises survivront à la crise ? Comment le capital saura-t-il en profiter ? Et les gouvernements ? Auront-ils un sursaut de lucidité sur le saccage du monde hospitalier et la santé ? Comment ne pas se refermer sur soi ? Comment ne pas se méfier de tous et de tout ?
Trop de questions. De quoi rendre fou. La déraison guette les plus fragiles. En période de crise, chacun, chacune révèle son humanité. Jusqu'où la solidarité peut-elle s'exercer ? Travaillant chez moi, j'étais peu sorti ces dernières semaines. J'envoie ma musique et mes articles par Internet. Privilégié, ma bibliothèque, ma vidéothèque, le congélateur, la fibre, le jardin me permettent de tenir un siège. Pas trop long. J'en ai connu un, terrible, qui dura trois ans et demi. Ma compagne emprunte un Vélib', elle prend le métro, elle assure la permanence de son exposition collective. Peut-être rapportera-t-elle le virus à la maison ? Je lui demande ce qu'elle a touché, si elle s'est chaque fois lavée les mains, si elle a réussi à ne pas se frotter les yeux, le nez... ? Même à vivre en scaphandre le risque zéro n'existe pas. Sauf à s'empêcher de respirer ou de toucher quoi que ce soit...
L'ambiance générale est déstabilisante quel que soit son propre caractère. Les cerveaux sont démantibulés. Comment penser juste ? Comment faire la part des choses ? Comment accepter cet état d'urgence sans sombrer dans la paranoïa ? Comment relativiser les mesures alarmistes sans prendre de risques imbéciles ?
Il est évident qu'il y aura un avant et un après. Continuerons-nous à délocaliser, à importer autant de Chine, d'Inde ou d'ailleurs ? Certains pays seront-ils tentés de reconstruire leurs barrières frontalières ? Si l'ultra-libéralisme se renforce, la résistance saura-t-elle s'organiser ? Quel bilan saurons-nous tirer de cette Europe du fric et de ce monde embourbé dans son cynisme eugéniste ? Ce genre de crise change la donne, gauchit le sens. La gestion de la crise du coronavirus marquera une nouvelle ère. Comment fera-t-elle évoluer les mentalités ? Je n'en ai pas la moindre idée. Cela dépend de chacun et chacune d'entre nous. Seul nous ne pouvons rien. Ensemble nous pouvons tout. Or nous sommes confinés, ou plus exactement nous allons le devenir. Mais rien ni personne ne peut nous empêcher de réfléchir, à condition de ne pas céder à la panique. On se téléphonera, on se retrouvera sur les réseaux sociaux, on se parlera aux fenêtres.
Pour les détails, suivez les informations qui ne sauraient tarder...

dimanche 15 mars 2020

Le virus, mutant social


Ce qui suit ne remet pas en cause le danger du coronavirus. Ce sont simplement quelques constatations et interrogations qui en découlent.
À la pharmacie, devant moi, une femme souhaite acheter du gel hydroalcoolique et un thermomètre frontal. La pharmacienne lui répondant que ces deux produits sont épuisés, la femme demande à ce qu'on lui en réserve. La pharmacienne lui explique qu'aucune réservation n'est envisageable, mais qu'il lui reste des thermomètres rectaux. La femme, dépitée, lui répond : "J'en ai déjà un, mais je vais en prendre un quand même, on ne sait jamais !".
Où s'arrêtera le virus de la paranoïa ? S'il est indéniable que cette méchante "grippe" peut être fatale majoritairement aux séniors déjà fragilisés par la maladie, le coronavirus est-il le monstre apocalyptique annoncé ? Comme d'habitude avec les manipulations d'opinion, on ignore la réalité de la pandémie, mais on peut juger de la manière dont les gouvernements s'en servent. Pour eux, c'est une aubaine. Non parce qu'elle va permettre de résorber le nombre des retraités à indemniser (voir Boris Johnson et son immunisation de groupe, prêt à sacrifier 500 000 Britanniques : « beaucoup de familles vont perdre des proches de façon prématurée »), mais la gestion de la menace fera accepter la crise économique mondiale qui nous pendait inévitablement au nez et que les puissants ne savaient pas comment nous servir. Le virus aura bon dos. Il y aura un avant et un après, comme le fut le 11 septembre 2001 ou, à un moindre niveau, le Plan Vigipirate. L'attaque sur le World Trade Center permit à Bush de faire voter les lois scélérates une semaine plus tard et d'envahir l'Afghanistan, puis l'Irak. En France voilà plus de 20 ans que la psychose des attentats est entretenue ; j'y pense chaque fois que je passe près d'une école maternelle devant laquelle il est interdit de se garer ! Avec le Coronavirus nous allons prendre l'habitude de fermer les frontières à telle ou telle population, nous accepterons les interdictions de rassemblements trop importants, etc. Notez que ces mesures seront prises pour notre bien ! L'important n'est pas que les migrations climatiques et politiques ou les manifestations de colère des opprimés soient jugulées, mais que ces choix soient acceptés, entérinés par l'opinion publique.
En regardant la photo des chaises vides que j'ai prise dans un blockhaus roumain construit du temps de la Guerre Froide, j'ai pensé à Kafka et au film La route parallèle de Ferdinand Khittl. Pourtant, c'est juché sur un tabouret que l'auteur du Château lisait son roman en public, s'étranglant de rire. Et les protagonistes du film allemand achevé en 1962 ne comprenaient pas ce qu'on attendait d'eux et apprenaient trop tard l'enjeu dont ils étaient victimes.
On ferme tout, mais interdira-t-on les attroupements de brutes casquées qui dépassent largement la centaine ! Comme beaucoup, je n'ai pas compris que les élections municipales soient maintenues. J'irai voter avec mon stylo et j'appuierai ganté sur le bouton puisqu'à Bagnolet c'est informatisé. Pour s'insurger, reste l'espace virtuel où je m'exprime encore sans risque. Sans risque d'attraper une mystérieuse maladie létale. Mais on y lit aujourd'hui n'importe quoi.
Car "en même temps", le pouvoir tente de faire taire ce qui remet en cause le discours officiel sous prétexte de fake news, avec la complicité des opérateurs que sont, entre autres, FaceBook, YouTube ou Google. Or l'État est le premier fournisseur de ces fake news ! Et lorsque j'écris l'État, je ne parle pas seulement de notre pays, mais de presque tous les États de la planète aux mains d'une mafia bancaire internationale servant les intérêts d'un tout petit nombre d'êtres humains. Humains, j'en doute. Des animaux dénaturés plus certainement, comme les appelait Vercors ! Certains m'imagineront complotiste, comme si Edward Bernays n'avait pas cyniquement inventé la société de consommation, que les services secrets de tous les pays étaient là seulement pour faire fantasmer les amateurs de romans d'espionnage, que l'industrie pharmaceutique n'était motivée que par une honnête compassion. Le complot n'est jamais l'évènement, mais son exploitation par le pouvoir.
La Bourse dégringolant, les petits épargnants vendront à la baisse et les gros magouilleurs rachèteront au plus bas. La peur est toujours mauvaise conseillère. La panique fait bizarrement vider les rayons de papier hygiénique, de pâtes et de riz. En 1968, c'était le sucre. Pendant ce temps, on ne pense pas aux migrants qui se noient, aux populations déplacées qui se meurent, aux millions de victimes de la famine, aux Gilets Jaunes qui se serrent la ceinture en fin de mois, à l'incompétence de ceux et celles qui nous gouvernent. L'ennemi est ailleurs. C'est un alien. Comme jadis le juif ou le communiste. L'ennemi est petit, sournois. L'ennemi est partout. Chez vos voisins. Dans votre propre famille. Le virus est en nous. Comment ne pas se méfier de tout et de tous. C'est ainsi que se façonnent les opinions de masse et que mutent les sociétés...

vendredi 6 mars 2020

Mouais, bof, pfff !


Je n'arrive pas à faire l'école buissonnière du blog. J'ai l'impression que si je manquais à cette discipline, je risquerais de m'arrêter à tout jamais. On me prend pour un hyperactif alors que je me vois comme un flemmard. Mais chaque jour et à peu près dans cet ordre, je passe une quinzaine de minutes au sauna, me lave, me brosse les dents, me rase, m'habille fut-ce tard, fais mon lit, cuisine, ne saute aucun repas, même si l'une ou l'autre de ces obligations me gave. Je ne parle pas du travail qui m'occupe de très tôt le matin jusqu'au dîner, parce qu'il m'arrive de flâner, pas assez à mon goût, ou de partir en vacances. La même discipline m'interdit de bloguer pendant les grandes, histoire de débrancher la perfusion dont je suis victime comme tant de monde. Je serai donc absent du 19 mai au 12 juin, quitte à relater notre séjour japonais au retour. Par contre, les petites incartades ne justifient aucune défection et je trouve toujours le moyen d'envoyer mon article où que je sois sur la planète. Ce n'est pas tout à fait vrai puisque j'avais continué à bloguer lors des récents séjours à Venise et en Roumanie.
Je raconte cela car il m'arrive tout de même de manquer d'inspiration alors que l'heure tourne. Je feuillète alors les images en attente, mais j'ai déjà exploité la plupart de celles susceptibles de produire un déclic dans mon ciboulot. Je jette un œil aux infos, via les mails, FaceBook, Mediapart, mais c'est généralement déprimant. J'aimerais prendre de la hauteur comme sur la photo, même si j'y vois une ombre au tableau, éviter de transformer mon blog en rubrique nécrologique ou en chroniques musicales ou cinématographiques, mais plutôt rapporter des idées séduisantes, en soignant le style par dessus le marché. Mais voilà, non, cela ne marche pas à tous les coups, en particulier les jours où j'ai travaillé comme un fou, pratiquant le forcing qui met en danger toutes mes bonnes résolutions disciplinaires. Par exemple aujourd'hui, j'ai bouclé mon nouvel album sur lequel je sue depuis un an, envoyé les dernières mises en son du MOOC sur l'intelligence artificielle et fait d'ultimes corrections à la partition musicale de l'installation générative Omni-Vermille d'Anne-Sarah Le Meur qui nous occupera la semaine prochaine puisque nous partons lundi à Karsruhe pour la mettre en place. J'ai parfois l'impression que je vais avoir le temps de me reposer, mais le téléphone sonne, il faut que je prépare la newsletter de mars, les réservations pour Hiroshima et la fin de notre périple nippon urgent, car même deux mois à l'avance beaucoup d'endroits sont déjà complets et il faut qu'ils coïncident avec les trajets en train, en automobile qui roule à gauche, en ferry, en bus, à bicyclette, que sais-je... Parfois, je reçois un disque, un film, une nouvelle qui éclaire ma journée et me donne envie de partager ma joie avec vous. Je préfère évoquer ce qui me sourit, évitant de dégommer ce qui m'ennuie et m'endort, sauf pour des raisons politiques. Vous ai-je d'ailleurs raconté que je suis 39e sur 39 de la liste Bagnolet en commun pour les élections municipales ? Inéligible donc, mais avec l'espoir de redresser une ville gangrénée par les dettes, la corruption et le clientélisme. Je sais bien que le vote est un leurre de notre pseudo démocratie, mais le combat de proximité est un des rares atouts qu'il nous reste, si ce n'est faire la révolution, qui est une idée qui ne me déplaît pas...
Enfin, même si ce 4371ème billet me semble faible, si je rabâche, il reste les liens hypertexte qui renvoient à des jours où j'étais plus en verve...