Jean-Jacques Birgé

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mardi 29 décembre 2020

Submersion


Article du 23 novembre 2007

Depuis que j'écris des chroniques de cd et de dvd dans les journaux ou sur le Net, je me rends mieux compte des difficultés que rencontrent les journalistes qui veulent réaliser correctement leur travail. À commencer déjà par faire le tri.
De nombreux musiciens m'envoient leur disque en pensant que je suis susceptible de les produire, mais ils ne se sont pas donner la peine de se renseigner sur notre label. Je me retrouve souvent avec des albums de variétés, de jazz-rock ou n'importe quoi qui ne me dit rien du tout. Ce sont d'une part des exemplaires qu'ils fichent en l'air, et d'autre part, ils perdent tout crédit en semblant ne pas se soucier de la personne qu'ils sollicitent. Mieux vaut envoyer peu d'exemplaires, mais cibler. Il m'est souvent répondu que le label GRRR est qualifié de "musique nouvelle" dans L'Officiel de la Musique. Cet étiquetage ouvre évidemment la porte à toutes les interprétations.
Le "critique" peut toujours zapper un disque ; c'est plus difficile avec un film. C'est le problème des œuvres d'art qui se jouent dans la durée. Il faut donner du temps au livre tandis qu'un tableau peut s'embrasser d'un coup d'œil. Il est physiquement impossible de tout écouter. Un disque dure une heure, un film une heure trente minimum, un livre plusieurs heures voire quelques jours. Comment s'y prendre ? Si la musique m'accroche, je suis obligé de la réécouter une seconde fois pendant laquelle je prends des notes. Pour un film, j'essaie de réagir à chaud. Mais chaque fois je dois me référer à d'autres œuvres, fouiller dans des bouquins, réécouter un passage, etc. À la fin, il reste à peaufiner le style, ce qui peut exiger plusieurs relectures espacées.
Un journaliste peut recevoir deux cents disques par mois. Certains films que j'ai chroniqués durent plus de quinze heures. Lorsque l'on sait ce qu'est payé un feuillet, il est évidemment très difficile d'en vivre, surtout si l'on espère faire œuvre de sa critique ! C'est aussi une lourde responsabilité, donner des clefs pour comprendre le travail d'un artiste et pousser le lecteur à devenir à son tour auditeur ou spectateur.
En endossant les rôles des professionnels à qui nous avons à faire, nous nous rendons mieux compte de leurs difficultés, de leurs besoins et de leurs responsabilités. À l'Idhec, nous occupions à tour de rôle tous les postes d'une équipe de cinéma. Lorsque je dus remplir une feuille de salaire, tenir une caméra, m'occuper du plan de travail, réaliser un mixage, j'étais déjà passé par là. Musicien, j'entrevois la position du producteur, de son distributeur et du diffuseur qui, en bout de chaîne, fait la loi. Il est important de connaître les marges de bénéfice, les véritables chiffres de vente, les pressions éditoriales, les enjeux économiques ou artistiques qui se jouent en sous-main. Et puis après on oublie vite tout cela, on fait comme on veut, ou comme on peut !

lundi 28 décembre 2020

Autant en emporte le vent


Le vent a soufflé sur les côtes bretonnes. Les vagues suivent avec vingt-quatre heures de retard. Elles viennent se fracasser en gerbes devant la maison qui, heureusement, est orientée à l'est. C'est un paradoxe de l'Île-Tudy, mais l'horizon tourne le dos à l'Amérique...

Article du 18 novembre 2007


Beaucoup ne le savent pas, mais les fumées, pas seulement celles des usines, se répandent d'ouest en est. Une raison suffisante pour que les quartiers populaires soient situés à l'est de la capitale. Il en est ainsi partout, question de vent... Les nantis se retrouvaient à l'ouest. La centrifugeuse spéculatrice a un peu changé le découpage. La pieuvre étendant son emprise sur tous les arrondissements intramuros, les pauvres ont dû déserter le centre pour aller vivre en périphérie, de plus en plus lointaine.
Sans frontière, la pollution ne se cantonne plus à un seul point cardinal. Elle envahit le moindre espace respirable. Nous en savons quelque chose. Il est une heure du matin à la Porte des Lilas et nous arrivons de la rue Ordener à bicyclettes. Jour et nuit, la vapeur d'eau s'échappe des deux immenses cheminées de l'usine d'incinération d'Ivry qui traite ordures et mâchefers. Mais outre du soufre et des poussières, elles rejettent également de la dioxine.
Je m'en étais servi il y a dix ans pour le scractch vidéo Machiavel. J'ai à nouveau capturé l'un des monstres cet après-midi en revenant d'Emmaüs par l'A6. Achab criait : "elle souffle !" Carette et Gabin l'appelaient "la Louison". Ce n'est pas elle, la bête humaine, mais ceux qui l'ont construite, ou plus exactement ce pourquoi on l'a construite.

mercredi 23 décembre 2020

Vue d'une chambre de bonne


Article du 15 octobre 2007 et son P.S. du jour

Il n'y a plus de bonnes, rien que des familles d'immigrés, avec ou sans papiers. Ils vivent souvent nombreux dans une petite pièce. On ne sait pas qui est le frère, qui est le père, qui est la tante ou la voisine. Les liens du sang sont élastiques, on peut être cousins à la mode de Bretagne. On dit "mon frère" en parlant à un ami, "ma sœur" à une fille que l'on drague. Mon père me dit un jour que la famille n'est rien, qu'il faut choisir ses proches en fonction de leurs idées et de leurs actes. Dans Mischka, Jean-François Stévenin raconte qu'il y a la famille que l'on a et celle que l'on se choisit. L'une subit le passé, l'autre prépare l'avenir. Sans amour, c'est un concept vide. Le reste concerne les gènes, mais là nous sommes hors du coup, réduits à jouer notre rôle de véhicule, un point c'est tout. Les tests ADN peuvent répondre à une question intime, mais aucune loi ne peut les justifier. Le secret est une bombe à retardement avec laquelle chacun peut jouer au risque d'y perdre son âme. Si l'État s'en mêle en ajoutant des quotas, c'est l'horreur la plus abjecte qui se dévoile. Combien de nègres tiennent dans un wagon à bestiaux ? Combien de Boings pour faire le vide ? (je me référais aux expulsions initiées par Jean-Pierre Chevènement et continuées par la suite) Combien d'envols assassins pour que les voisins se réveillent ? Combien de temps avant que cela soit mon tour ?
Du haut de la chambre de bonne, on peut admirer le Sacré-Cœur, monument élevé pour célébrer la chute de la Commune. Thiers aurait aimé Sarkozy. Au premier plan, un autre siège, celui d'une banque. On continue le pano vers le bas. Hors-champ, Barbès. L'arc-en-ciel des peuples laisse espérer des lendemains colorés qui nous feront peut-être oublier notre époque grise, couleur de l'argent. Comble du goût poulbot, le soleil laisse traîner quelques rayons d'or sur la basilique de merde qui continue de jouer les immaculées. "Ah ça non... Tout de même !" s'exclame Brialy dans Le fantôme de la liberté en déchirant la photo. Si j'avais tourné la tête à gauche, j'aurais vu la Tour Eiffel et mon billet aurait été tout autre.

P.S. d'un autre ton :
car treize ans plus tard j'ai tourné la tête à droite, à l'extrême, quitte à me taper un torticolis. Ce que Sarkozy et Hollande ont essayé, Macron, dauphin de son prédécesseur, ici l'a transformé. À l'étranger, ses collègues, tous liés au monde de la finance, s'y emploient de même. Grâce au virus et sa gestion planétaire, le capitalisme rebat les cartes et se refait une santé. Grâce à la crise, le profit des plus riches approche les 1000 milliards ! Les déficits justifieront la vente des biens de l'État, payés par nos impôts, au privé. Les pauvres vont crever, mais le pouvoir prend des risques, car la famine pointe son nez, et elle a toujours précédé les révolutions, quelles que soient leur couleur. En France les lois votées par les idiots de l'Assemblée Nationale permettront à n'importe quel dictateur de régner sans avoir besoin d'en promouvoir de nouvelles. Pour cette fin d'année, nous avons le choix entre l'anesthésie générale, la dépression et son cortège de suicides ou bien la Résistance. Quelques indécis, qui se sont souvent laissés berner par des élections dites démocratiques, tentent les mélanges. C'est écœurant.
Je préférais le texte de 2007 avec tous ses sous-entendus...

vendredi 11 décembre 2020

Désobéissance civile


Pourquoi tous les acteurs de l'art et de la culture qui sont opposés aux mesures absurdes de notre gouvernement corrompu et criminel ne désobéissent-ils pas tous ensemble et ne rouvrent pas leurs théâtres, leurs cinémas, leurs salles de concert, etc. ? Si tous le font ensemble, aucune mesure de rétorsion ne sera possible. Alors que les grèves n'ont plus d'effet (à part la grève générale, mais c'est ce que nous impose déjà la gestion calamiteuse de cette crise) et que les manifestations sont réprimées dans la violence pour nous dissuader d'y aller, nous nous demandons souvent comment exprimer notre mécontentement de manière inventive. Nous pouvons très bien respecter la santé des uns et des autres par des mesures intelligentes. Qu'y a t-il de plus inventif que de diffuser nos créations ? Qu'y a-t-il de plus libérateur, de plus émancipateur, de plus réjouissant que de recommencer à nous amuser ou à réfléchir ?

Illustration: Jody, Jody, Jody d'Edward et Nancy Kienholz (1994)

mardi 8 décembre 2020

Abus de faiblesse


Les escrocs sont souvent sympathiques. Sinon cela ne marcherait pas. Ma naïveté me semble préférable à la suspicion. Jeune homme, j'ai acheté un piano qui n'existait pas, une veste en suédine qui n'était pas du daim, et pendant une dizaine d'années je me suis laissé flouer par un chauffagiste qui me vendait les pièces jusqu'à cinq fois leur prix. En outre, Viengsak (dit Sak) m'a probablement fait exécuter de nombreux travaux qui n'étaient pas nécessaires. Il faut bien dire qu'il était extrêmement sympathique, m'invitant au restaurant, m'appelant "son ami", etc. C'est à ce petit prix que les escrocs remportent le gros lot. Comme beaucoup de bandits (y compris ceux qui nous dirigent !), un sentiment d'impunité et un appétit sans limites leur font souvent dépasser les bornes. J'ai fini par avoir la puce à l'oreille et arrêté le massacre en m'adressant à une entreprise de bonne réputation. J'ai besoin d'avoir confiance en les gens avec qui je traite, travaille ou vis, quitte à rompre parfois lorsqu'ils ou elles en abusent.
C'est justement un abus autrement plus grave qui me tarabuste ces temps derniers. Ma tante Catherine, seule rescapée des aînées de ma famille, est victime d'un abus de faiblesse de la part d'une ancienne employée de la clinique où elle avait séjourné. Cette Gisèle lui a soutiré quelques 80 000 euros, lui faisant vendre, entre autres, son appartement en viager, sous prétexte d'une petite retraite, de soins nécessaires à son petit chat, etc. Petit chèque de 35 000 € à la bonne âme ! Depuis une huitaine d'années ma tante lui verse aussi 1500 euros par mois, mettant en danger ses propres moyens de subsistance. La dame "bien" intentionnée, qui l'invite de temps en temps au restaurant, lui a aussi fichu deux fois son poing sur la figure, la renversant par terre. Dans un premier temps ma tante s'en est plainte à ma sœur et à moi, puis, comme nous menacions de porter plainte contre la vilaine bonne femme, elle a fait marche arrière, nous exhortant à ne pas intervenir. Ma tante est complètement folle depuis un accident de la route il y a une soixantaine d'années. Elle l'a toujours su, mais je ne suis pas certain qu'elle s'en souvienne aujourd'hui. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais c'est costaud des épinettes, et on en rigolait plutôt dans la famille, car cela ne faisait de mal à personne. Aujourd'hui c'est elle qui morfle. Il lui arrive de m'appeler quinze fois de suite et, comme je ne réponds plus, laisser autant de messages de cinq minutes, en boucle évidemment, quand elle ne téléphone pas toute la nuit en faisant sonner les heures. Nous avons beau lui conseiller de rompre avec l'escroque, elle la protège, terrorisée à l'idée d'être seule. Ne me demandez pas d'aller lui tenir compagnie, elle habite à l'autre bout de la capitale, mais surtout son égocentrisme est absolu et légendaire ; elle l'a montré vis à vis de ses deux sœurs aînées lorsqu'elles étaient en fin de vie, beaucoup plus âgées qu'elle ne l'est elle-même aujourd'hui. Elle n'ose d'ailleurs plus appeler mes deux cousins qui l'ont envoyée paître depuis belles lurettes.
Ces abus de faiblesse sont courants chez les vieux isolés. Nous avons réussi à nous débarrasser de la femme de ménage qui sadisait ma mère que lorsque celle-ci fut partie en maison de retraite. Maman s'en plaignait, mais refusait que nous intervenions. Le mélange d'habitudes et de peur de la solitude rend possible ces exactions. Mon meilleur ami a adopté son ex-maîtresse six mois avant de mourir alors qu'elle le maltraitait. Je connais plusieurs personnes âgées qui signent n'importe quoi auprès de démarcheurs ; il faut ensuite menacer pour annuler ces achats forcés. Parfois ce sont les tutelles qui, par exemple, de mèche avec un commissaire-priseur, dépossèdent totalement les ayant-droit...
Nous pourrions demander la curatelle pour éviter à ma tante ces déboires, mais d'une part ce n'est pas si simple pour un neveu ou une nièce (ni ma sœur, ni moi, ni mes cousins n'attendons d'héritage) et d'autre part ma tante nous supplie de n'en rien faire. Après nous avoir harcelés parce qu'elle se sentait victime, elle continue d'une manière encore plus asphyxiante, mais cette fois pour protéger l'escroque, nous implorant de ne pas porter plainte. Faut-il empêcher de nuire la bandite et que ma tante se retrouve totalement seule, ou bien lui permettre d'avoir un peu de compagnie quitte à ce que cela lui coûte toute sa retraite ?
La solution serait qu'elle accepte de quitter son domicile pour une maison pour seniors comme ma sœur lui a suggéré plusieurs fois. Ce n'est pas une maison de retraite, mais un lieu de vie où les vieux ne sont plus seuls. Mais, sans aborder les détails scabreux qui l'obsèdent, sa simple inversion du rythme nycthéméral est probablement incompatible avec une vie collective...

mardi 24 novembre 2020

Le masque


Après avoir moulé son masque en résine, Bernard Vitet l'avait peint argenté. Plus tard il fera le mouvement inverse en se teignant en noir les cheveux et la barbe, me faisant penser au Masque de Maupassant que Max Ophüls adapta au cinéma dans Le Plaisir. Bernard avait découpé un trou rond à l'endroit des lèvres, au diamètre de l'embouchure de sa trompette. Celle qui lui servait à produire son timbre velouté était évidemment derrière le masque, une fausse coulissant du tuyau jusqu'au lèvres pour faire illusion. Lorsqu'il tombait le masque, la trompette, ou le bugle, restait accrochée à ce visage semblable au sien. À la fin des années 70, pour une photo de groupe réalisée par Guy Le Querrec, dans le cadre de Jazz Magazine, réunissant la plupart des musiciens ayant joué avec Michel Portal, je ne sais plus qui s'était dévoué pour le porter en l'absence de Bernard. Mon camarade, qui ne terminait presque jamais ce qu'il avait commencé, m'imposa une séance pénible pour fabriquer également un masque à mon effigie, des pailles me sortant du nez pour respirer pendant qu'il étalait le plâtre sur mon visage. Mais il n'est pas allé jusqu'au bout...
Enfant j'adorais me déguiser en détournant les tissus de leur propos initial. J'ignore pourquoi cela déplaisait à mon père qui parlait de chienlit. Je portais des loups, des masques de carton, des postiches comme font les gosses, avec un col en fourrure en guise de barbe ou un bouchon de liège chauffé pour se dessiner des moustaches.


Rien à voir avec le torchon dont on nous oblige à nous couvrir le nez en plein air et que tout le monde tripote avec ses mains sales. Suffoquant, je n'en porte que dans les espaces fermés. Ma petite insuffisance respiratoire me le rend insupportable. Encore Le Masque d'Ophüls. J'en ai pourtant de très amusants commandés en Pologne chez Mr Gugu, Anonymous pour exprimer mon désaccord, le Joker terrorisant, coloré pour le quotidien, dragonisant très élégant, bandana intégré pour l'hiver aux références cosmique, Douanier Rousseau ou Klimt selon l'humeur. Le masque est devenu un accessoire vestimentaire comme les chaussettes et les chaussures, le bonnet et la ceinture...
Je me demande qu'est-ce que Bernard inventerait aujourd'hui. Il adorait bricoler des trucs auxquels personne n'aurait jamais pensé. La plupart du temps, il s'en serait passé, avec le prétexte de son éternelle clope au bec. Je l'ai vu en allumer une troisième alors qu'il en avait déjà une aux lèvres et qu'une seconde fumait seule dans le cendrier. Il a malheureusement fini sous assistance respiratoire, comme une sorte de masque mortuaire, mais il fumait toujours à côté de la bombonne d'oxygène au risque de faire exploser la baraque. Mon camarade ne faisait rien comme tout le monde, prenant souvent le pied inverse de l'évidence, avec une chance de tomber juste, tant les hommes se trompent. J'ai appris de lui à me demander s'il ne faudrait pas faire le contraire de ce qui est exigé ou attendu. Ce n'est pas systématique, mais c'est toujours une bonne question... Bernard me manque.

samedi 14 novembre 2020

Hold-Up contre hold-up


J'ai envoyé, très tôt et sans commentaire, un lien vers Hold-Up à quelques amis avant de le regarder moi-même. Ayant pressenti que ce "film" allait faire polémique, j'ai pensé qu'il fallait mieux le voir (dans son intégralité) avant de lire les réactions de chacun/e, les lecteurs se contentant le plus souvent de reproduire les réactions de la presse aux ordres. Si Hold-Up est un fourre-tout aussi mal fichu sur le fond que sur la forme, il aborde néanmoins certaines questions intéressantes. Comme d'habitude, les lecteurs se contentent de peu avec les articles du Monde ou de Libé qui sont aussi superficiels que le film qu'ils critiquent. Le débat n'a pas lieu. Il le mériterait pourtant, analyse sérieuse à l'appui. D'une certaine manière, la mise au point de Monique Pinçon-Charlot amorce ce dont il est question...
J'ajoute que les qualificatifs conspirationniste ou complotiste qui fleurissent empêchent de réfléchir, même lorsqu'il s'agit d'inepties infondées... Quant aux fake news, les États en sont les spécialistes et les initiateurs, bien avant les réseaux sociaux qui leur emboîtent le pas... L'ambiance sociale est toujours pyramidale, le ton étant donné au plus haut niveau, que ce soit à la tête des États ou des entreprises... On s'inquiétera donc, par exemple, de la brutalité et de l'arbitraire du pouvoir actuel...

Illustration : André Robillard

jeudi 12 novembre 2020

La haine est le salaire des pauvres


Depuis cet article du 27 juillet 2007, les propriétaires de certaines plateformes se sont érigés en censeurs et des lecteurs en délateurs. C'est le lot du bénévolat participatif anonyme. La brutalité des échanges virtuels n'a rien à voir avec la nécessité de composer dans la vie réelle en général.
Quant à la haine, elle se retranche derrière la liberté d'expression. Je chantais alors "Moins on en parle mieux on se porte." comme ma mère le répétait lorsqu'un journal pointait l'antisémitisme en gros titre de sa une. Les médias aux ordres qui dénoncent les crimes de désaxés en les attribuant à une quelconque idéologie savent très bien qu'ils créent des vocations morbides. Et ces leurres cachent les vrais problèmes, jamais abordés au Journal de 20 heures. Les faits, amplifiés ou édulcorés, remplacent l'analyse et la réflexion. Chaque fois que l'État interdit abusivement, il fabrique ce qu'il est censé combattre. Parfois sous contrôle, d'autres fois cela lui échappe simplement. Bête et méchant. Nocif, certainement...
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Hier [26 juillet 2007] j'ai dû effacer un paquet de propos racistes sur YouTube en commentaires de mon film Le sniper et j'ai techniquement interdit à leurs auteurs de continuer de se répandre. Internet favorise les échanges, mais certaines limites s'imposent. Libre à chaque rédacteur de jouer son rôle de modérateur en excluant la haine de son site.
Les commentaires qui y sont commis, souvent sous couvert d'anonymat, sont aussi de la responsabilité légale de celui qui les gère. Il est parfaitement attaquable en justice même si les phrases litigieuses ont été supprimées très vite. Cela explique que les commentaires de certains blogs nécessitent de passer par l'acceptation d'un modérateur avant de pouvoir être publiés.
N'empêche que cette haine est un douloureux retour à la réalité, même et surtout si elle est niée et bafouée. En 1991, je chantais Der Hass ist der Armen Lohn sur le disque Kind Lieder d'Un Drame Musical Instantané, une chanson que j'écrivis en partie en allemand avec en tête Un survivant de Varsovie, une des dernières œuvres d'Arnold Schönberg :



Der Rassenhass.
Je weniger davon dir Rede ist, um so besser fühlt man sich.
La haine raciale
Profitverschleierung'
La haine Le profit.

Der Hass ist der Armen Lohn
Je weniger davon dir Rede ist, um so besser fühlt man sich.
Denn diejenigen, die ihn einimpfen, wollen seinen Pelz,
Sein Robbenfell oder seine Schlangenhaut:
Elefanten Sterne!
Profit,
Je mehr davon die Rede ist, um so besser wird man sich fühlen.

La haine est le salaire des pauvres.
Moins on en parle mieux on se porte.
Targui, Palestiniens,
Le profit, source des maux,
Vous arrache la peau.

Was gibt es gerechteres als man selbst, der sich vermengt?
Völker in der Mehrzahl der Arten
Geben wir Cäsar das wenige, das ihm gebührt.
Für jeden einzelnen ist es viel,
Für alle zusammen ist es alles.

Photo de l'expo Kiefer au Grand Palais
Le texte du sniper - Exposition à Soft Target (Utrecht)
Texte original d'Un survivant de Varsovie (1947)

dimanche 1 novembre 2020

La privatisation en marche


Blog spécial Toussaint !
Des amis défendent les choix de nos gouvernements en matière de gestion de la crise dite sanitaire en prédisant que la France compterait 300 000 morts au lieu de 30 000 si on laissait faire les choses. D'abord, pourquoi toujours opposer le pire scénario comme s'il n'y avait que deux options : confinement général avec privation des libertés les plus élémentaires ou hécatombe absolue ? Ensuite, c'est oublier de compter les milliers de morts collatéraux par suicides, dépressions, violence conjugale, malades qui préfèrent éviter les hôpitaux surchargés, etc. On fait payer à la population la politique criminelle de nos gouvernements successifs en matière de santé... Les nocifs au pouvoir sont aussi malveillants qu'incompétents. Par exemple, il n'y a qu'à constater le délire actuel sur les livres et les disques, c'est un autodafé sans flammes, tout se fait en douceur sous couvert de protéger la population qui obéit comme un seul homme !
Les gouvernements qui sont presque tous aux mains des banquiers fabriquent une crise économique sans précédent sans que les licenciés, nouveaux chômeurs par millions, puissent se révolter, et quand leurs pays seront à genoux ils n'offriront d'autres solutions que la privatisation généralisée. C'est la tactique à l'œuvre en France par exemple depuis des années (Poste, SNCF, etc.). Et puis les gros rachèteront les petits. On les savait cyniques, mais ils manient si bien la peur que les citoyens sont anesthésiés et ont perdu toute réflexion politique pour ne plus être capables que d'aligner des chiffres que la presse aux ordres (que dis-je aux ordres, leurs patrons sont les donneurs d'ordres) assène à coups de graphiques, comme si les statistiques étaient la règle d'or... On en reparlera dans quelques années, si nous sommes encore là !

vendredi 16 octobre 2020

Quand j'entends le mot culture, je sors mon couvre-feu


Le monde de la culture recèle de personnes critiques dont la profession ouvre la voie des ondes. Il a toujours représenté le dernier rempart contre la barbarie. L'affaiblir n'est pas innocent, alors que la plupart de la population est en proie à une peur savamment entretenue. On licencie des millions de gens sans que personne ne se révolte. C'est un coup de maître.
(N.B.: la cuisine et le monde la nuit font aussi partie de notre culture...)
Contrairement à l'époque référentielle (affiche), c'est à 21h que commence le black out chaque soir.
Peut-on légalement gueuler à sa fenêtre de 21h à 22h ?

jeudi 15 octobre 2020

Mascarade


Le Capital va continuer à licencier des centaines de milliers de salariés, produire des millions de chômeurs supplémentaires, sans que personne ne bronche. Depuis le début de la crise dite sanitaire, jamais les riches n'en ont autant profité.
Macron préfère fliquer la population, la mettre en fiches, assassiner des secteurs entiers de notre économie (culture, restauration, etc.), plutôt que de rouvrir des lits d'hôpitaux et d'engager du personnel soignant. Il ne restera pas grand chose de nos spécialités nationales. Ça rappelle des trucs qu'on n'a pas connus parce qu'on n'était pas né. On met dans la tête des gens qu'il faut obéir, avec le prétexte de sauver des vies. Donc on interdit les sorties le soir au théâtre, au restau, chez des potes, etc., mais on s'entasse dans le métro aux heures de pointe. Quel cynisme et quelle mascarade !

Ferons-nous le deuil de tout ce qui nous fait vivre ?

Illustration : Palais de Ceaucescu pour m'éviter un point Godwin ;-)
Depuis le temps que j'avais cette photo sous le coude...

jeudi 1 octobre 2020

Derrière la crise

j
Antoine Schmitt, avec qui j'avais créé entre autres le CD-Rom Machiavel en 1998, m'envoie un texte de la psychologue Laurence Leroy sur la crise liée au coronavirus qui nous semble important de partager... Vous le trouverez en tapant sur Lire la suite en bas de mon petit texte.
Je suis sidéré des dégâts produits sur nombreux ami/e/s par la gestion de cette crise politique mondiale dite "sanitaire"... Depuis que je suis né, aucun évènement n'avait réussi ainsi à ébranler les cerveaux les plus critiques, à provoquer la peur qu'on dit toujours mauvaise conseillère. La destruction systématique de la planète par déforestation, catastrophes nucléaires, pollution, la privation des libertés essentielles par la guerre, post-colonisation, répression, les lois (im)morales les plus réactionnaires, l'hécatombe due à la famine, l'asservissement de peuples entiers n'avaient pas réussi à nous lobotomiser. Or nous en sommes arrivés à obéir aveuglément à une mascarade absurde et mortifère. À quoi nous prépare-t-on exactement ?
Il y a vingt ans l'exploitation du 11 septembre avait brisé l'élan des altermondialistes qui risquaient de se déployer sur toute la planète. Aujourd'hui le virus a bon dos. Vous allez perdre votre emploi, votre raison de vivre, ou simplement la raison, pendant que les plus riches s'engraissent comme jamais, se nourrissant de cette crise inédite. Les gilets jaunes, par exemple, gagnaient du terrain sur tout le globe, où sont-ils maintenant ? Je ne mets pas en cause les évènements, mais l'exploitation qui en est faite, ce qu'on appelle la gestion de la crise. Ce qui est à l'œuvre, c'est l'asservissement de la population mondiale sous prétexte de la protéger de la mort. Comme si les virus en étaient seuls la cause. Comme si c'était la cause de mortalité actuelle la plus alarmante. Il est certain que le réchauffement climatique faisant fondre le permafrost, tout est à craindre de l'avenir. L'angoisse fabrique toutes les pathologies.
Mais Big Brother nous protège, il suffit de rester chez soi, de sortir masqués, de ne plus se regrouper, d'interdire les manifestations culturelles et politiques, d'éviter les gestes de tendresse, de nous méfier les uns des autres, de dénoncer celles et ceux qui ne se plient pas aux ordres (notez qu'aucune loi n'a été votée), de mourir de plein d'autres causes, mais surtout de mourir de ne plus vivre.
Le texte qui suit est un peu long. Il mérite que l'on prenne quelques minutes de ce qu'il nous reste de pensée...

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mercredi 30 septembre 2020

Le fil


Article du 29 août 2007

Que l'on gravisse les marches ou que l'on s'enfonce dans l'obscurité, la vie ne tient qu'à un fil. Ignorant le temps, les plus jeunes grillent leurs cartouches et traversent n'importe comment devant les automobiles. Les plus âgés aussi, parce qu'ils savent que l'heure approche et que plus rien n'a d'importance. Entre les deux, on apprend à manier l'embrayage pour savourer le jour et la nuit. Pas de rétrogradation, mais une danse subtile au tempo changeant, aux mouvements sûrs, aux pas hésitants. Jusqu'où peut-on aller trop loin ? Le droit à l'erreur exige un minimum de responsabilité, le code en montre les limites. Peu le respectent, mais il y a l'art et la manière. La maturité n'est pas l'apanage des anciens, ni le gâtisme celui de la vieillesse. S'endormir au volant peut être fatal. Oublier l'insécurité des bas côtés, et c'est l'accident. La vie est une course d'obstacles où l'on en saute un pour mieux affronter le suivant. À chaque extrémité de la ligne, des portes s'ouvrent sur des univers insoupçonnés. On ne peut que s'avancer pour les découvrir. La persévérance est le maître mot. Le demi-tour n'existe pas, les droites non plus. Il y a des raccourcis et d'immenses méandres. Dans ce labyrinthe extraordinaire, il faut savoir saisir le fil, chacun le sien, pour ne pas être encorné, ne pas être avalé trop tôt. La fin est biologiquement inéluctable, mais il n'est temps de s'en soucier que lorsque la fatigue vous gagne. Si la jeunesse a parfois peur de la mort, qu'elle ne s'en soucie pas, son temps n'est pas encore venu. Elle ne vient que si on l'appelle. Sauf accident. Car la vie n'est pas juste. Alors surgit le second mot d'ordre, la solidarité, la seule valeur qui résiste à tous les temps et à tous les usages.

vendredi 25 septembre 2020

Solidarité de bon sens


Dès mes premiers travaux j'ai choisi la solidarité comme mode de vie. Il ne s'agit pas de faire l'aumône en sortie de messe ou de périphérique, mais de comprendre que même si tout va on ne peut mieux dans le meilleur des mondes, lorsque le ciel vous tombe sur la tête a little help from my friends est le seul rempart qui vous empêche de vous jeter par la fenêtre. À la fondation d'Un Drame Musical Instantané en 1976 j'ai proposé que nous cosignions toutes les compositions à part égale. Ainsi un solo de flûte sans les autres ou l'ajout de maracas dans une pièce symphonique n'aurait aucun d'impact sur la répartition des droits d'auteur. De même, les musiciens et musiciennes du grand orchestre créé en 1981 étaient au même tarif que nous trois qui dirigions l'ensemble et que moi-même qui passais pourtant six mois à trouver les subsides et les contrats qui nous permettraient en plus d'avoir nos heures d'intermittents. Lorsqu'il n'y a pas de question d'argent dans un groupe, ce sont 95% des motifs de se crêper le chignon qui disparaissent. Au moins, si l'on s'engueule, ce sera pour de bonnes raisons. Quant aux 5% restants, le choix artistique étant guidé par l'objet et non par l'ego des sujets, en fin de journée les chamailleries s'effaçaient devant la justesse des propositions... Il était inimaginable de mettre au vote les décisions : la règle basée sur la majorité des voix a fait faire quantité d'erreurs, réduisant au silence celle ou celui qui pense autrement et qui parfois aurait évité la catastrophe !
Si l'on étend cette manière d'avancer à toute la sphère sociale, on peut s'étonner du peu de solidarité s'exerçant dans les milieux professionnels où le struggle for life et le chacun pour soi sèment la zizanie en isolant les combattants. Cette pensée militante m'a, par exemple, poussé à faire de l'information sociale auprès de mes condisciples, à participer à la vie associative tant que j'ai pu, à écrire dans cette colonne sur celles et ceux que la presse paresseuse marginalise. Or nous sommes tous et toutes dans le même bain. Si cela ne se voyait pas, l'actuelle crise politique, dite sanitaire, montre à quel point tous les professionnels sont tributaires les uns des autres.
Il serait donc de bon sens que dans les mondes de la musique, par exemple, les musiciens, agents, organisateurs de spectacle, patrons de club, directeurs de festival, producteurs, distributeurs, magasins de disques, journalistes comprennent qu'il n'existe nulle concurrence sérieuse entre eux, nulle hiérarchie légitime, et que nous dépendons tous et toutes les uns des autres.
C'est ce que n'a pas compris un petit éditeur nantais qui anime une émission de radio confidentielle et à qui j'envoie plusieurs disques par an en toute solidarité. Comme je lui demandais de m'envoyer à son tour deux petits fascicules pour chroniques éventuelles, le cuistre me répondit qu'il en avait assez "d'arroser". Ce genre de grossier personnage qui publie souvent des écrivains passés au domaine public n'a pas compris que les auteurs peuvent se passer d'éditeur, mais que le contraire est impossible, du moins avec les artistes vivants. Il partage ce trait arrogant et stupide avec quelques imbéciles incompétents qui pensent probablement que les artistes leur doivent quelque chose, alors que c'est heureusement le contraire. Depuis mes débuts, j'ai enterré plus d'un paltoquet qui s'en est retourné à ses laveries automatiques. Par contre, il nous est arrivé de soutenir un camarade en difficulté à qui nous n'avions jamais rien demandé. Plaignez donc cet autre malheureux, ex-guitariste mitraillette, à qui j'adressai récemment des compliments à la fin d'un concert, mais qui, en partant, se crut obligé de me dire que j'étais "toujours aussi bête". C'est en effet la bête que j'aimerais cultiver pour échapper à cette humanité qui a tout perdu en se redressant et en bombant le torse ! Plus loin, dans un musée d'art contemporain, une "étudiante en virologie" me demanda d'ajuster mon masque parce que "la règle c'est la règle". J'ai rétorqué que l'on n'aurait bientôt plus besoin de police avec des gens comme elle. Que ne lui ai-je fait remarquer que toutes les œuvres qu'elle était venue admirer étaient le fruit d'individus qui n'avaient pas respecté la règle ?
Ne confondons pas l'obéissance de masse avec la solidarité. Chacun, chacune, ensemble, nous devons lutter contre le décervelage qui détruit les synapses et nous isole. Le bon sens ne va pas de soi, il exige d'analyser le passé pour rêver l'avenir. Il est juste un leurre de croire que le bonheur peut être individuel.

jeudi 10 septembre 2020

Nuts !


De temps en temps des objets disparaissent mystérieusement de ma maison. Un livre, un disque, un DVD, un vase, une tasse, ma femme (même si elle n'avait rien d'un objet !)... D'autres apparaissent sans qu'on sache ni comment ni pourquoi. Un sandwich, un chat, un pot, un chapeau... J'ai des soupçons, mais jamais de preuves. Depuis quelques jours s'ajoute une nouvelle énigme. Le noisetier, apporté jadis par les oiseaux, ne donne aucun fruit, mais alors pas un. Or voilà quatre fois que je trouve des noisettes par terre sous ses rameaux ! J'ai beau scruté les branches de mon regard perçant, non rien, ni personne. Les chats me font-ils des farces ? Le fils de mes voisins, qui avait l'habitude de jeter par centaines ses mégots et ses joints sur le toit du garage, aurait-il arrêté de fumer et recommencé à s'introduire subrepticement dans mon jardin alors qu'il avait arrêté il y a 15 ans ? Les corbeaux et les pies se seraient-ils ligués pour me faire une farce ? Mon incompréhension est à son comble. Ce corylus avellana est vraiment idiot. S'il croit que je vais le garder pour trois ou quatre noisettes à l'année alors qu'il nous fait de l'ombre à l'heure du déjeuner, il se fiche le doigt dans l'écureuil.

samedi 29 août 2020

Démasqués


Si vous souhaitez respirer en évitant la prune à 135€, promenez-vous une clope au bec ! Pas besoin de l'allumer, il y a déjà 73000 morts du tabac par an en France... Fumeurs, l'État ne vous aura pas épargnés.
Vous pouvez aussi manger toute la journée en marchant, mais, attention, le virus est friand des obèses et c'est la deuxième cause de décès après le tabac !
Autre méthode, si vous croisez un pandore, prenez vos jambes à votre cou, les joggers ne sont pas concernés par le port du masque obligatoire.
Marchands de vélos, c'est le moment de monter les prix !
Si toutes ces mesures vous échappent, restez chez vous, bonnes gens, dormez en paix et ne rêvez surtout pas que vous pourrez manifester contre la bande d'incompétents qui nous gouvernent, c'est streng verboten...

mercredi 19 août 2020

Un livre, un pouce, un film


Article du 31 mars 2007

Alors que j'écrivais un article sur les films d'animation pour un numéro du Journal des Allumés, je reçois le nouveau catalogue d'Heeza, le magasin en ligne des produits dérivés du cartoon, où figure un dvd inhabituel. Co-produit par l'Université de Rennes 2 Crea-Cim et les éditions d'artistes Lendroit, il présente un échantillon de l'épatante collection de flip books de Pascal Fouché dont le site est entièrement consacré au genre. Pendant 3h40, Votre pouce fait son cinéma en feuilletant les petits carnets réunissant 130 ans d'images papier animables. Les 308 flip books choisis sont classés par thèmes, du premier folioscope en 1895 aux recherches graphiques les plus contemporaines en passant par les animaux, l'architecture, la danse, l'érotisme, les livres d'artistes, la musique, la publicité, les sciences et techniques, le sport, etc. Des auteurs aussi différents que Muybridge, Chris Ware, Moebius, Guillermo Mordillo, Yoji Kuri, Andy Warhol, Robert Breer, Peter Foldes, Oskar Fischinger, Gilbert et George, Christo et Jeanne-Claude, Keith Haring, Franck Gehry, Paul Cox, Émile Cohl et des centaines d'autres sont animés par des doigts anonymes. Petite originalité du support, les sous-titres peuvent faire apparaître les infos sous chacun des flip books. Le son, minimaliste au possible, n'est rien d'autre que le bruit du feuilletage. C'est à la fois un voyage dans le pré-cinéma et une plongée dans l'animation actuelle. Amusante coïncidence, le catalogue 98-99 des Allumés présentait un flip book d'Antonio Garcia-Leon de 432 pages, un film à l'endroit, un autre à l'envers !
[Jusqu'au 31 août 2020] le dvd Un livre, un pouce, un film est commandable pour seulement 4 euros !!!

mercredi 12 août 2020

J'ai refusé le compteur Linky


Tout le monde connaît la fronde contre les compteurs électriques Linky. Suite à la demande du Front de Gauche en avril 2016, la Mairie de Bagnolet s'étant opposée radicalement à leur implantation, je pensais que nous n'aurions pas à faire face à des tentatives scandaleuses d'y passer outre. L'arrêté de 2017 stipulant les raisons est pourtant clair. Or est tombée hier 11 août dans ma boîte une simple lettre de la société Scopelec, mandatée par Enedis, m'annonçant le remplacement de mon compteur entre le 11 et le 18 août. Peut-être comptaient-ils que je sois en vacances et donc dans l'impossibilité de réagir ? Le choix précipité des dates était déjà cavalier, et le courrier de préciser "Votre présence n'est pas indispensable, puisque le compteur est accessible, mais il serait souhaitable que le technicien puisse, lors de son passage, avoir accès à votre disjoncteur. Il vous est possible de demander à la personne de votre choix de nous donner accès au disjoncteur en votre absence, vous libérant ainsi de cette contrainte. Sans demande de rendez-vous de votre part, le compteur sera remplacé prochainement." Si ce n'est pas de la vente forcée, qu'est-ce que c'est ? Et la lettre de préciser que l'intervention de 30 minutes exige de couper l'électricité. Comment mon congélateur aurait-il réagi en mon absence ? Ma présence n'est pas nécessaire, mais il faut couper le disjoncteur : j'ai du mal à suivre ! J'ai appelé illico Scopelec pour refuser ce tour de passe-passe et j'ai collé un écriteau sur le boîtier installé sur le trottoir, histoire d'éviter tout quiproquo. Méfiance donc, épluchez régulièrement votre courrier, les vautours rôdent en votre absence, comptant sur votre négligence !
Dans la boîte aux lettres il y avait aussi une relance des Impôts me réclamant un impayé sans préciser à quoi cela correspond. Or la somme coïncide avec la déclaration de TVA réglée le 6 du mois dernier. C'est pénible de devoir toujours être vigilant. Franchement j'ai mieux à faire, comme la musique d'un nouveau court-métrage loufoque de Nicolas Le Du que j'ai enregistrée en oubliant les misérables importuns...

samedi 13 juin 2020

Faut de tout pour faire un monde ! [archive]


Article du 10 janvier 2007

Ce n'est pas parce que l'on fait de la musique brintzingue que l'on n'apprécie pas les tubes qui marchent ou font danser. Ce n'est pas parce que l'on fait du cinéma expérimental que l'on n'aime pas se vautrer devant un gros film d'action hollywoodien ou une bluette à l'eau de rose. À la fin du sublime film de Jean Renoir, La chienne, à Michel Simon avouant "J'ai été marchand d'habits, trimardeur, ivrogne, voleur, et pour commencer... assassin !", Gaillard répond : "... faut de tout pour faire un monde !". C'est vrai dans les deux sens , car pour qu'une société perdure, elle a besoin de ses marges et de ses empêcheurs de tourner en rond. Pourquoi la plupart des spectateurs craignent-ils ce qui dérange et vous oblige à réfléchir ? Et si nous rêvons de changer le monde, ne faut-il pas avant tout nous donner les moyens de transmettre et, au-delà, d'être compréhensibles ?
En discutant avec des amis, je me rends compte à quel point notre univers culturel est un tout petit monde. Ce qui me paraît classique leur semble terriblement moderne. La moindre dissonance musicale stresse tant d'auditeurs qui risquent aussi de prendre la plus élémentaire réflexion cinématographique pour une "prise de tête". Le dogme est là, ancré en nous : la mélodie tient le haut du pavé et un film doit raconter une histoire. À l'aube du XXIème siècle, le XXème n'est toujours pas assimilé. Mes amis sont des personnes cultivées qui sortent au cinéma, vont au spectacle, lisent et regardent peu la télévision. On est donc loin de l'univers de la Star Academy. Pourtant l'art moderne et contemporain représente souvent une agression. Craindrait-on les images critiques du monde dans lequel nous évoluons ? Rechercherait-on, avant tout, à nous distraire pour oublier les tracas de la journée ? Confusion du "nous" et du "on" : nous sommes l'un et l'autre. Combattants fatigués et rêveurs vigilants, au choix, selon les instants. Partout sur le territoire existent pourtant des poches de résistance. La publicité faite à ces marges, dans certains quotidiens comme Le Monde ou Libération, est paradoxalement disproportionnée en regard de notre champ d'action réel. Nos succès sont négligeables si on compare les ventes de nos disques, le nombre d'entrées en salles de cinéma ou la fréquentation de nos spectacles avec ce que consomme régulièrement le grand public. La vitesse de communication s'accroît exponentiellement, mais la distance entre la création et sa réception fait de même. Plus d'un siècle nous sépare. Une énigme.
L'éducation artistique est défaillante. La télévision est de plus en plus rétrograde. Nous vivons dans un monde de plus en plus uniforme malgré les possibilités qu'il offre. Il n'existe aucun accompagnement qui permette de fournir des clefs pour accéder à ce qui interroge. Tout le monde trouve Au clair de la lune exemplaire parce qu'on nous l'a seriné depuis notre tendre enfance. Cocteau disait que le public préfère reconnaître que connaître.
Confusion. Quelle est la place de l'art dans un vieux monde qui joue les jeunots, mais ne convainc plus personne ? Ce n'est pas une question de communication, c'est la nature-même des œuvres qui est en question.

dimanche 31 mai 2020

La mue [archive]


Articles des 27 et 30 juillet 2006

Il n'est pas facile de changer de peau. Parfois les événements nous y aident. Que l'on perde son emploi ou la personne qui partage notre vie par exemple, et nous y sommes forcés. Toute résistance à ces transformations est encore plus dangereuse, jusqu'à s'y perdre, corps et âme. L'animal reste le même, mais il change de peau pour s'adapter à ses nouvelles conditions de vie. Le besoin de ce que l'on a coutume d'appeler "changer" n'est rien d'autre que la nécessité d'accepter ce que nous sommes, pour réduire la souffrance que génère la "difficulté d'être".
Nous ne sommes pas à un paradoxe près. La douleur ne se contrôle pas en la refusant, mais en l'apprivoisant. Le fakir connaît la chanson. Lorsque la douleur se présente, donnons lui des noms, décrivons la avec force détails, elle s'estompera comme par magie. Sur les montagnes russes de la fête foraine, il y a deux sortes de réactions devant la peur, certains hurlent en se penchant dans le sens de la pente et s'amusent, les autres crient tout autant mais se cabrent en arrière et finiront par aller vomir dans un coin sombre. Je rends grâce à Jean-André Fieschi qui, lorsque j'avais vingt ans et souffrant d'un panaris, me donna à lire Le bras cassé d'Henri Michaux. Je réussis à m'endormir. Vingt-cinq ans plus tard, j'en cueillis enfin les fruits en contrôlant la douleur par le seul fait de l'accepter. N'oublions pas que je suis un homme, et les garçons supportent beaucoup moins bien d'avoir mal que les filles. En 1975, je n'avais assimilé de Michaux que l'exergue : "Nous ne sommes pas un siècle à paradis, nous sommes un siècle à savoir". Pas si mal !
Revenons à nos moutons, ceux sur lesquels nous comptons pour sombrer dans les bras de Morphée. Du dieu des rêves à leur maître il n'y a qu'un pas, et la lecture de leur interprétation fut d'une aide précieuse pour comprendre comment ça marche. Comme je me plaignais à une amie philosophe de reprocher toujours les mêmes griefs à mes compagnes et ce malgré leurs différences fondamentales, je compris que le seul point commun était moi. Je ne pouvais donc leur en vouloir que de moi-même. Les conflits se désamorceraient d'eux-mêmes dès lors que j'accepterai l'autre au lieu de tenter vainement de le changer. Car on ne change personne, ni soi ni les autres. Un peu bouddhiste, n'est-ce pas ? Et pourquoi pas ! Les religions partent souvent de bons sentiments et d'analyses brillantes. Les prêtres les pervertissent en voulant les rendre accessibles au peuple et en profitent pour les transformer en armes de contrôle. Toutes les révolutions sont brèves, ou plus justement, les rêves durent peu, mais les conter prend du temps.
Les différents âges de la vie exigent d'adapter notre vision à notre corps. Chaque période a ses bienfaits et ses inconvénients. Réussir sa mue, c'est accepter qui nous sommes, en en précisant les perspectives vectorielles, sans se réfugier dans le passé par crainte du futur. Il faut toute une vie pour apprendre qui nous sommes, à savoir autre que ce que nos parents ont rêvé faire de nous. Et nous nous éteignons enfin dans la paix retrouvée. Entre temps, il aura fallu plusieurs fois changer de peau pour conserver l'équilibre précaire qu’on appelle une vie.

L'ANIMALITÉ DE L'HOMME


Le titre de cet article ne suggère nullement qu'un baiser pourrait transformer cette grenouille en prince charmant. Rien ne me détend plus qu'admirer la nature. La contemplation des animaux me plonge dans un abîme de perplexité et me renvoie à l'animalité de l'homme. Voilà longtemps que j'essaie d'imaginer une vision complexe de l'être humain, quelque théorie qui associerait Freud, Marx et cette troisième composante. Tenter de comprendre l'homme sans évoquer sa nature de mammifère me semble vouer à l'échec. Si le matérialisme historique me semble toujours le meilleur système analytique pour comprendre les grands mouvements de civilisation et si la notion d'inconscient renvoie aux motivations secrètes qui forgent chaque individu dans leur différence, la biologie me séduit par ce que tous les êtres vivants ont de commun, et la génétique fait parfois exploser à notre figure des évidences brutales. Le pourquoi reste toujours aussi énigmatique, mais on commence à effleurer une réalité complexe montrant que nos motivations ne peuvent s'arrêter à un seul système d'analyse. On ne pourra comprendre nos créations, nos crimes et nos suicides en restreignant l'analyse aux phénomènes sociaux (Marx) et à ce qui leur résiste en chaque individu (Freud). S'en contenter, c'est réfléchir comme si l'homme était seul sur Terre. C'est vrai, il agit comme tel. Pourtant, quel vecteur porte donc l'espèce, qui nous rapproche de ce qui nous est le plus étranger, la nature ? De quelles forces sommes-nous les enjeux, voire les véhicules ?
Hier soir, près de la piscine, sur une frite bleue rêvait une rainette arboricole. Les canards ne l'avaient pas encore repérée. Le matin, nous suivions sous l'eau les bancs de girelles, de saupes et d'autres petits poissons très joueurs comme ces minuscules virgules violet électrique. Pas de rapport. C'est dimanche.