Jean-Jacques Birgé

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mercredi 28 novembre 2007

Lors d'un concert de jazz, j'ai vu...


ceux qui hochent la tête, ceux qui boudent, ceux qui ne lâchent pas leur verre, ceux qui jouent avec leurs doigts, ceux qui ont les bras croisés, ceux qui se frictionnent les lèvres, ceux qui n'en perdent pas une bouchée, ceux qui pensent à autre chose, ceux qui prennent des notes, ceux qui en jouent, ceux qui ont les jambes énervées, ceux qui attendent l'entr'acte pour aller boire un coup, ceux qui ne font qu'écouter, ceux qui se tiennent le menton, ceux qui se frottent les yeux, ceux qui les ferment, ceux qui ont oublié d'éteindre leur portable, ceux qui cherchent les toilettes, ceux qui se bousculent au bar, ceux qui s'y accrochent, ceux qui laissent tomber une pantoufle du balcon, ceux que l'on ne reconnaît jamais, ceux qui filment, ceux qui fument, tous ceux qui sont des celles, ceux qui suent, ceux qui mâchonnent, ceux qui se parlent dans le creux de l'oreille, ceux qui n'entendent rien, ceux qui n'attendent plus rien, ceux qui baillent, ceux qui mettent leur main devant leur bouche, ceux qui les ont baladeuses, ceux qui partent à l'entr'acte, ceux qui ne se déparent pas de leur sourire, ceux qui rêvent, ceux qui s'endorment, ceux qui recommencent à vivre, ceux qui regardent ailleurs, ceux qui sont seuls, ceux qui sont plusieurs, ceux qui ne sont pas là pour ça, ceux qui comptent leurs sous, ceux qui arrivent lorsque tout est fini, ceux qui applaudissent, ceux qui rejoignent la nuit.

Illustration d'Harvey Kurtzman extraite de Thelonious Violence

samedi 24 novembre 2007

Dans de beaux draps


Il n'y a plus beaucoup de feuilles. Nos semelles ne crispent plus comme des gaufrettes. Il n'y a presque plus de vent. Mon vélo ne fait plus d'embardée comme s'il était conduit par un ivrogne. Il ne pleut pas. Nous sortons sans rentrer la tête entre les épaules. Il ne fait pas encore trop froid. Cela tombe bien, le chauffage de la voiture est définitivement tombé en panne. Françoise envisage d'embarquer une couverture. Nous ne pensons pas remplacer la vieille Espace lorsqu'elle aura rendu l'âme. Acquisition, assurance, essence, parking, contravention, pannes, garage... L'addition est sévère. Il est moins cher de prendre des taxis tous les jours que de posséder sa propre automobile. Il suffit de louer un camion pour les déménagements, une décapotable pour l'été, un minibus quand on est nombreux, une petite pour les sauts de puce... On se fait livrer les courses par Internet ou l'on ne sort plus de chez soi. C'est au choix. Le froid, la pluie, le vent ont bon dos. Le froid nettoie la nature, la pluie irrigue les sols, le vent casse les figures compassées. L'hiver bégaie, il vient frileusement sur la pointe des pieds. J'écrabouille tout de même quelques fruits rouges tombés de l'églantier, qui collent sous les miens. Nous avons ressorti gants et bonnets, mais ce n'est pas pratique pour écrire. Il est trop tard. Je vais me coucher. La couette est une belle invention. Par ici, il aura fallu attendre les années quatre-vingt pour ne plus rien avoir à border et deux heures du matin pour que je me décide à rejoindre Morphée.

vendredi 23 novembre 2007

Submersion


Depuis que j'écris des chroniques de cd et de dvd dans les journaux ou sur le Net, je me rends mieux compte des difficultés que rencontrent les journalistes qui veulent réaliser correctement leur travail. À commencer déjà par faire le tri.
De nombreux musiciens m'envoient leur disque en pensant que je suis susceptible de les produire, mais ils ne se sont pas donner la peine de se renseigner sur notre label. Je me retrouve souvent avec des albums de variétés, de jazz-rock ou n'importe quoi qui ne me dit rien du tout. Ce sont d'une part des exemplaires qu'ils fichent en l'air, et d'autre part, ils perdent tout crédit en semblant ne pas se soucier de la personne qu'ils sollicitent. Mieux vaut envoyer peu d'exemplaires, mais cibler. Il m'est souvent répondu que le label GRRR est qualifié de "musique nouvelle" dans L'Officiel de la Musique. Cet étiquetage ouvre évidemment la porte à toutes les interprétations.
Le "critique" peut toujours zapper un disque ; c'est plus difficile avec un film. C'est le problème des œuvres d'art qui se jouent dans la durée. Il faut donner du temps au livre tandis qu'un tableau peut s'embrasser d'un coup d'œil. Il est physiquement impossible de tout écouter. Un disque dure une heure, un film une heure trente minimum, un livre plusieurs heures voire quelques jours. Comment s'y prendre ? Si la musique m'accroche, je suis obligé de la réécouter une seconde fois pendant laquelle je prends des notes. Pour un film, j'essaie de réagir à chaud. Mais chaque fois je dois me référer à d'autres œuvres, fouiller dans des bouquins, réécouter un passage, etc. À la fin, il reste à peaufiner le style, ce qui peut exiger plusieurs relectures espacées.
Un journaliste peut recevoir deux cents disques par mois. Certains films que j'ai chroniqués durent plus de quinze heures. Lorsque l'on sait ce qu'est payé un feuillet, il est évidemment très difficile d'en vivre, surtout si l'on espère faire œuvre de sa critique ! C'est aussi une lourde responsabilité, donner des clefs pour comprendre le travail d'un artiste et pousser le lecteur à devenir à son tour auditeur ou spectateur.
En endossant les rôles des professionnels à qui nous avons à faire, nous nous rendons mieux compte de leurs difficultés, de leurs besoins et de leurs responsabilités. À l'Idhec, nous occupions à tour de rôle tous les postes d'une équipe de cinéma. Lorsque je dus remplir une feuille de salaire, tenir une caméra, m'occuper du plan de travail, réaliser un mixage, j'étais déjà passé par là. Musicien, j'entrevois la position du producteur, de son distributeur et du diffuseur qui, en bout de chaîne, fait la loi. Il est important de connaître les marges de bénéfice, les véritables chiffres de vente, les pressions éditoriales, les enjeux économiques ou artistiques qui se jouent en sous-main. Et puis après on oublie vite tout cela, on fait comme on veut, ou comme on peut !

dimanche 18 novembre 2007

Autant en emporte le vent


Beaucoup ne le savent pas, mais les fumées, pas seulement celles des usines, se répandent d'ouest en est. Une raison suffisante pour que les quartiers populaires soient situés à l'est de la capitale. Il en est ainsi partout, question de vent... Les nantis se retrouvaient à l'ouest. La centrifugeuse spéculatrice a un peu changé le découpage. La pieuvre étendant son emprise sur tous les arrondissements intramuros, les pauvres ont dû déserter le centre pour aller vivre en périphérie, de plus en plus lointaine.
Sans frontière, la pollution ne se cantonne plus à un seul point cardinal. Elle envahit le moindre espace respirable. Nous en savons quelque chose. Il est une heure du matin à la Porte des Lilas et nous arrivons de la rue Ordener à bicyclettes. Jour et nuit, la vapeur d'eau s'échappe des deux immenses cheminées de l'usine d'incinération d'Ivry qui traite ordures et mâchefers. Mais outre du soufre et des poussières, elles rejettent également de la dioxine.
Je m'en étais servi il y a dix ans pour le scractch vidéo Machiavel. J'ai à nouveau capturé l'un des monstres cet après-midi en revenant d'Emmaüs par l'A6. Achab criait : "elle souffle !" Carette et Gabin l'appelaient "la Louison". Ce n'est pas elle, la bête humaine, mais ceux qui l'ont construite, ou plus exactement ce pourquoi on l'a construite.

mercredi 14 novembre 2007

Guillaume-en-Egypte se fait les crocs avant la bataille


Le site Poptronics a une sacrée chance de recevoir régulièrement les élucubrations de Guillaume-en-Egypte. Drôlement en forme, le vieux chat ! Il prend parfois la plume en se faisant passer pour un cinéaste du XXIème siècle, mais ces derniers temps il préfère les collages à tout autre médium. Il a toujours su voir l'avenir.
Sur Poptronics, il y a aussi un lien vers le contrechamp du Président. Un pêcheur du Guilvinec l'invective sur les 140% d'augmentation de salaire qu'il s'est scandaleusement octroyés. Fort à propos, Michèle m'envoie ce petit reportage de France Inter. C'est de la même veine, de la même arrogance. Écoutez-le jusqu'au bout, c'est court, mais cela en dit long sur les projets de la droite.


Il se dit aussi qu'en janvier, il n'y aura plus de Ministère de la Culture et que beaucoup y préparent déjà leurs valises en prévision de la débâcle. Les réacs d'Artistik Rezo (l'anagramme titre Sarkozy) polluent ma boîte aux lettres avec un appel à manifester contre les blocages en avançant la liberté chérie. Ils sous-titrent "libre accès à la culture", slogan sarkoziste à la Arbeit Macht Frei). Ils seront peut-être nombreux dimanche (jour du Saigneur ?) à manifester pour leurs fossoyeurs. Quel gâchis !

lundi 12 novembre 2007

Le monde des humains


"A marché. A beaucoup marché. Entre parking et promontoire, a marché pendant longtemps déjà..." J'ai beau fredonner L'Histoire du Soldat, il ne faut rien exagérer. Juste une petite promenade qui surplombe La Ciotat parmi les pins et nous revoilà repartis à Paris. En nous baladant, Serge dit que nous refaisons le monde, mais il n'est ni fait ni à faire. Aucun système satisfaisant n'a jamais régi la planète ni le plus petit État et ce depuis la nuit des temps. Il n'est que de violence et d'hégémonie, de puissance et d'orgueil. Une classe chasse l'autre, avec plus ou moins de brutalité. La famine sévit toujours. Vaste entreprise de manipulation, l'Histoire est écrite par les vainqueurs. Pourtant les empires s'effondrent les uns après les autres et de plus en plus vite. Ce sera bientôt au tour des États-Unis et nos satellites suivront dans la charrette. La Chine brigue la place. Un jour, il n'y aura plus personne pour prendre la relève. D'ici là, on continuera à rêver. Le romantisme révolutionnaire nous permet de tenir. Nous philosophons sur un monde meilleur, mais pour qui, pour quoi ? Pour nos enfants qui se poseront à leur tour les mêmes questions. Que de crimes, de carnages, d'inculture et d'arrogance ! Nous nous dissolvons dans la nature domptée sauvagement. Un leurre. Nous recommençons une nouvelle semaine en faisant comme si de rien. Rien. C'est l'avenir. Ça repose.

dimanche 4 novembre 2007

Grand-mères courage


Lors de sa dernière visite à New York, Françoise a réalisé un petit film sur les grand-mères américaines qui manifestent contre Bush, intitulé ''Les mamies font de la résistance''. Elles militent contre l'intervention américaine en Irak et pour le retour des soldats américains. Voilà quatre ans que les Grandmothers Against The War se rassemblent tous les mercredis sur la 5ème Avenue, devant le Rockefeller Center. Cette Granny Peace Brigade a fait des émules dans quinze autres grandes villes des États Unis. Même si elles ont été arrêtées, poursuivies en justice (et acquittées), les octogénaires n'en démordent pas, elles se battront jusqu'au bout contre la guerre en Irak ou ailleurs. Brandissant des banderolles, distribuant des tracts contre le recrutement, demandant à s'engager elles-mêmes dans l'armée, elles se sont assises sur le trottoir (pas facile à leur âge !) et elles ont marché...
Merci à Nydia pour les informations et à toutes les grand-mères courage (elles ont entre 60 et plus de 90 ans) qui nous montrent que l'âge n'empêche pas de vivre !