Jean-Jacques Birgé

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mardi 24 août 2010

Pornographie du direct


Heure de la sieste. Allongé sur le dos. Testant les chaînes TV sur mon nouvel iPhone je tombe par hasard sur la prise d'otages de Manille diffusée en direct sur Euronews. Séquence pornographique. Extrême violence du voyeurisme. Suspense de l'absurde. Un ancien officier de police, viré deux ans auparavant, s'est engagé dans cette entreprise suicidaire et criminelle pour demander sa réintégration ! Ce genre de coup de folie découle directement de l'écho médiatique qu'il est susceptible de rencontrer. La presse est complice. Tout a commencé dix heures auparavant, mais je ne regarde que le dénouement. Les commentaires des deux présentatrices sont ce qu'il y a de plus déprimant, parce qu'ils démontrent l'inanité de la télévision, son absence de regard. Traduisant servilement le prompteur en bas de l'écran et tentant maladroitement de comprendre les images depuis Bruxelles, les deux prétendues journalistes ne font que répéter avec un léger délai ce que n'importe quel spectateur est capable de voir, à condition de lire l'anglais, certes. Il y a bien des psychologues pour s'occuper des rescapés, ne devrait-il pas y en avoir pour nous accompagner ? Ne sommes-nous pas aussi les otages de cette société du spectacle ? Puisque c'est ainsi on pourrait imaginer d'autres compétences pour suivre l'action. Qu'est-ce qui peut pousser un individu à un tel désespoir ? Quels processus névrotiques poussent les prisonniers, les employés de France Telecom (l'autre nom d'Orange !), les forcenés, à se suicider, voire entraîner avec eux une quinzaine de touristes hong-kongais ? Pourquoi les cameramen cadrent-ils de telle ou telle manière ? Sur place, c'est le cafouillage le plus complet. Il pleut à torrent. Les parapluies obstruent les objectifs. La foule se presse. Au cours de l'assaut du bus immobilisé on entend plusieurs fois des gens rire. Qui sont-ils ? Comment une journaliste se retrouve-t-elle avec la responsabilité de devoir tenir en haleine les téléspectateurs tandis qu'il ne se passe rien à l'image ? Quel est son parcours professionnel ? Comment le preneur d'otages a-t-il choisi ses victimes ? Il semble qu'il ait relâché les enfants et les vieux. Mais ensuite ? Quelle marche de manœuvre a celle ou celui qui est en joue devant un M16 ? Comment sont formés les policiers pour résoudre ce genre de drame ? Quel degré de sophistication possèdent leurs armes ? Passé le fait divers, de quel malaise est-ce le symptôme ? Depuis le passage à l'acte de l'assassin jusqu'à l'absence de recul criminelle de la télévision, que nous inspire la société que nous avons façonnée, que nous le voulions ou non ? Jusqu'à quelles extrémités sommes-nous prêts à aller ? Comment évaluer notre degré de complicité ? Décidément, la bande-son de ce reportage manquait fatalement de profondeur... Je m'emporte probablement parce que je ne regarde jamais la télévision. Mais la presse écrite vaut-elle guère mieux ?

jeudi 19 août 2010

Fiction ou réalité ? À vous de choisir !


Cher Jonathan,
lorsque cet été nous avons regardé ensemble le film Carlos, tu as convenu que le terrorisme ne pouvait être que d'État. Ce n'est pas le meilleur d'Olivier Assayas, mais il reste très intéressant, du moins dans sa version télévisée de 5h15. Si le premier épisode a du mal à choisir entre film d'action et réflexion politique, le second nous éclaire sur les simulacres de la realpolitik et fonctionne également très bien comme film à suspens. Le troisième est dès lors nécessaire, la durée profitant souvent à ce genre d'œuvre. Ma méthode qui consiste à chercher à qui profite le crime n'a pour l'instant jamais failli. Tu es par contre toujours resté sceptique sur les responsables du 11 septembre 2001, malgré tous les témoignages qui ont été produits, même si tu admets aujourd'hui que la version officielle est incohérente.
Comme presque tous les films que j'ai signalés ici-même (1 2 3 4 5), le documentaire de long métrage Zeitgeist, que m'indique Francis (sur DailyMotion avec sous-titres français), est visible gratuitement sur le Net. Tourné en 2007, il est construit en trois parties. La première montre comment le mythe de la religion fut élaboré depuis celui d'Horus, intégralement plagié par le Christianisme qui fait führer depuis vingt siècles. La seconde partie reprend des éléments majeurs de la contre-enquête sur les attentats du World Trade Center. La troisième dévoile les banquiers qui se cachent derrière le rideau. Le film peut parfois paraître agaçant aux Européens car il abuse des mêmes effets spectaculaires qu'il critique par ailleurs. On a le même sentiment avec ceux de Michael Moore ou avec toutes les fictions que l'entertainment américain continue de produire pour dénoncer les scandales dont votre gouvernement et les intérêts privés qu'il sert sont les auteurs. Fiction ou réalité ? Qu'elle que soit la crédulité des spectateurs dans un sens ou dans un autre, on ne perd pas son temps à le regarder et à l'écouter. À chacun de se faire son opinion ! Il n'empêche que la religion, l'État américain et le Capital sont sévèrement mis à l'index par nombre de témoins et je serai curieux de connaître comment ses détracteurs contreront chaque argument exposé.
Le film va plus loin, cernant le but de cette manipulation de masse. Il rejoint les craintes évoquées par Pierre Oscar, de finir nos jours dans un camp, au mieux ! Comme je l'ai regardé sur DailyMotion, j'ai eu la curiosité d'aller jeter un œil au site original zeitgeistmovie.com et là j'apprends d'abord que Zeitgeist n'a pas été à l'origine conçu comme film, mais qu'il s'agissait d'une performance multimédia avec musiciens live et vidéo qui s'est tenue à New York pendant six jours. Indépendamment et conséquemment au succès du film, 100 millions de vues jusqu'en 2009, Zeitgeist est devenu un mouvement, d'inspiration humaniste, à l'initiative de Peter Joseph, l'auteur-producteur des films, un musicien, trader à ses heures (infos ici aussi)... Il y a même une antenne française ! Je découvre également la suite intitulée Zetgeist Addendum dont j'avais fait un article en décembre 2008 (je n'avais pas fait le rapport en commençant mon article)... Comme si cela ne suffisait pas, un troisième sera mis en ligne à la fin de l'année, Zeitgeist: Moving Forward.
Je regrette de ne pas avoir regardé les deux premiers avec toi pour pouvoir en discuter de vive voix et je te souhaite une bonne fin d'été à New York.
Jean-Jacques

mercredi 18 août 2010

Quand ils sont venus me chercher...


Au lendemain de la victoire de Yorktown, Thomas Jefferson rendit hommage aux Français en déclarant que «chaque homme a deux patries: son pays et la France». La citation est souvent attribuée à Benjamin Franklin, mais qu'importe ! Lorsque j'étais enfant, mon père me racontait avec fierté que la France était la patrie des Droits de l'homme et une terre d'asile pour les réfugiés politiques et les apatrides.
Les manipulations électorales du gouvernement sarkoziste rappellent l'époque où les Tsiganes étaient pourchassés dans toute l'Europe. Au moins 250 000 Tsiganes, sur les 700 000 qui vivaient en Europe, ont été exterminés pendant la seconde guerre mondiale par les nazis et leurs alliés. Ce génocide souvent oublié porte le nom de Samudaripen. Trois mille furent internés dans 27 camps en France. Le fichier des nomades fut constitué avant celui des Juifs. Mais peu de Tsiganes français furent déportés, le gouvernement de Vichy défendant une politique de sédentarisation et d'intégration. Aujourd'hui Sarkozy et sa clique préfèrent les reconduire à la frontière. Le Times titre en une "Sarkozy expels Roma to spark memories of Gestapo (l'expulsion des Roms par Sarkozy rappelle la Gestapo)".
Si par hasard vous ne le connaissiez pas ou l'aviez oublié, je ne peux m'empêcher de citer le poème écrit à Dachau et attribué au Pasteur Martin Niemöller :
Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je me suis tu, je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les sociaux-démocrates,
Je me suis tu, je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je me suis tu, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus me chercher
Il ne restait plus personne pour protester.
(traduction reprise de l'original en allemand)

samedi 14 août 2010

Énième alerte


Dans une séquence de L'astre, scénario de long métrage que j'écrivis d'après Présence de la mort de C.F. Ramuz, un homme se suicide par peur de la mort. Nous vivons dans la plus grande absurdité. L'humanité attend les grandes catastrophes pour bouger alors que la raison devrait imposer des choix draconiens. J'ignore s'il s'agit de la sélection naturelle qui lui échappe forcément, de la stupidité des guides, du cynisme des nantis, d'une fatalité mystique ou d'un cocktail de tout cela, mais jusqu'ici l'équilibre, même précaire, a été maintenu, tant que l'on pouvait réparer les dégâts. La vitesse caractérisant notre époque le permettra-t-elle éternellement ? Certainement pas ! Tout a une fin et l'entropie fait son œuvre. Nous sommes devenus trop nombreux. Il y a autant d'humains vivant aujourd'hui que la somme de tous ceux qui ont vécu depuis l'avènement de l'humanité ! L'équation est incroyable. On recouvre la terre de toujours plus de bitume. Les incendies russes, s'ils touchent les centrales nucléaires et les zones radioactives mettent en péril toute la planète. L'iceberg trois fois grand comme Paris qui s'est détaché du Pôle devrait ébranler ceux qui doutent encore du réchauffement climatique. Inondations, raz de marée, tremblements de terre sont-ils les signes avant-coureurs du pire ? Il n'y a pas que les événements qui nous incombent. La longévité de notre soleil ou n'importe quelle grosse météorite s'écrasant sur la Terre pourraient changer la donne. Le physicien Stephen Hawking suggère que si nous ne colonisons pas l'espace d'ici cent ou deux cents ans, nous sommes cuits, mais nous en sommes bien loin. L'économie ne va guère mieux. Plus qu'aucun autre système, l'ultra-libéralisme aura montré ses limites aussi vite qu'il aura été promu. L'Asie ne se laissera pas toujours exploiter par l'Occident. La Chine se réveille. Partout les inégalités se creusent. Sachant que cela ne peut durer, on tire sur la corde, on joue avec le feu. Nombreux scientifiques s'en émeuvent, mais personne ne veut entendre les mauvaises nouvelles. La quatrième guerre mondiale est commencée depuis longtemps, mais elle pourrait enlever son masque démocrate comme le fascisme refaire surface. Nous ne sommes pas à l'abri. Si nous pouvons espérer échapper au pire en jouant la montre et en nous parquant dans des cités sous haute surveillance, qu'en sera-t-il de nos enfants ?

jeudi 12 août 2010

Un train peut en cacher un autre


En photographiant le ciel au hasard des 300 km/h, j'intercepte un trapèze suspendu aux caténaires. Avec la campagne sécuritaire que mène les bandits qui nous gouvernent, c'est moins risqué qu'un fer à béton. L'acrobate électrifié se consumerait tout de même vitesse V, participant à l'effet de fumée déployé par le gouvernement pour faire oublier l'affaire Bettancourt qui risquait de le faire chuter. Les faits divers reflètent une société, mais ils servent aussi à camoufler les scandales lorsqu'ils sont promus en une des journaux.
Un ami qui voulait renouveler sa carte de séjour à la Préfecture de Bobigny, s'étant planter la première fois à cause de l'afflux de monde, s'y est pointé à 7h30 du matin, une heure plus tôt que conseillé par le préposé. Il y avait déjà trois cents personnes ! Certains y avaient passé la nuit. Devant les policiers présents pour calmer les ardeurs des révoltés, des margoulins revendaient de bonnes places dans la queue 50 ou 100 euros. Malgré cela l'ambiance cosmopolite laissait percer la solidarité. À 9h30, un employé est passé prévenir que ce jour-là on ne pourrait recevoir autant de monde. Début août, seuls deux guichets étaient ouverts. Alors encore trois personnes derrière mon ami, mais les autres devraient revenir. À 16h30, il a pu retirer le dossier qu'il était venu chercher. On ne lui a pas demander son nom. Il n'a eu à montrer aucun papier. C'est sympa. Il avait seulement passé deux jours pour se voir remettre un dossier à remplir.
La fumée russe ne se dispersera pas aussi vite. Le vent apporte de très mauvaises nouvelles. On nous racontera pourtant les mêmes mensonges qu'après Tchernobyl. En Allemagne, les sangliers sont abattus sans pouvoir être mangés. En France, quatorze ans plus tard, les champignons sont toujours impropres à la consommation dans de nombreuses régions. Mais ce ne seraient que des symptômes négligeables. Nous n'aurions pas été touchés. Le mensonge, le gâchis, la bureaucratie, le profit sont des valeurs sûres...

mardi 10 août 2010

Workaholic


Je continue à ne pas comprendre comment le sort s'acharne sur moi. Remarquez, je n'ai pas dit pourquoi. Ça, je le sais. Une très très vieille histoire. Mais chaque fois que j'imagine passer une après-midi peinard, le téléphone sonne, sonne, sonne... Le matin colle chez Décor Plus, croquettes pour le chat, provision de harissa yéménite (il est vert et génialement parfumé) car le Champion de la Mairie de Bagnolet a changé de grossiste, commande d'une guirlande lumineuse blanche et les activités nécessaires à l'entretien d'une grande maison... J'ai le temps de me faire un expresso, mais je le boirai froid. Entre temps, la galopade a recommencé. Repris le mixage du de La Tour et du Giorgione, ici un son de semelles trop fort, là une boucle, parfaite sur Cubase ou Peak, mais qui clique sur QuickTime. Pierre Oscar et moi faisons notre hit des meilleurs courts-métrages parmi les 23 réalisés en un mois.
Le dernier, Les Noces de Cana, qui fut accessoirement le premier, pilote de la collection, produit un effet complètement différent lorsqu'on l'écoute sur des enceintes ou au casque qui permet d'entendre la foule se pressant au Louvre devant le tableau et y allant de ses commentaires dans toutes les langues de la planète. C'est à la fois drôle et passionnant. La bande-son contemporaine, intégrant bruit de fourchettes, perroquet, et surtout transformation de l'eau en vin, donne au tableau de Véronèse une allure d'éternité, à la fois récit biblique, arrêt sur image et tranche de vie quotidienne. Magie du cinéma, sa durée a doublé, mais il semble plus court. Sortie prévue : 20 septembre.
Pourtant, un travail n'est terminé que lorsque tous les protagonistes ont fait leur travail, et le comptable n'a pas encore réglé la note comme le stipulait notre accord. Ce n'est pas encore du vin qui coule de la jarre...
Là-dessus, Sophie me réclame la spirale pour remonter le temps dans 2025 ex machina. Le jeu se simplifie, les fruits trop mûrs tombent, faisant ressortir l'unité de notre travail qui s'étala sur plus d'un an. Les trucs livrés qui ne fonctionnent pas sont toujours une question de réglage, il suffit souvent de baisser le niveau, de faire le ménage, ajouter un léger fondu et ce que l'on a imaginé prend soudain forme. Il ne me reste que la conclusion à composer dès que j'aurai reçu la séquence linéaire montée à partir des images de Nicolas. Sortie prévue : novembre.
Je pars avec tout le "petit" nécessaire de voyage, ordinateur, magnétophone, Tenori-on et Kaossilator, guimbardes, l'intégralité de ma sonothèque, mais chut, je risque de me faire gronder. Le projet est de me reposer enfin. J'y tiens. On verra ce qu'on verra. C'est tout entendu. Sortie prévue : demain !