Jean-Jacques Birgé

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mardi 22 mai 2012

Le tonnerre gronde au Québec


Des camarades du Québec nous demandent de diffuser cette vidéo pour que le reste du monde sache ce qui s'y passe...
C'est aujourd'hui !

mardi 15 mai 2012

Disque physique contre album virtuel


Le titre de mon article induirait qu'il existe un antagonisme alors que les deux se complètent en ne répondant pas aux mêmes désirs ni aux mêmes besoins. Désir du consommateur de tenir entre ses doigts un objet peaufiné, création graphique, livret bourré d'informations, qualité sonore dite haute-fidélité. Besoin de l'artiste de publier rapidement ses créations à moindre coût en arrosant la planète sans intermédiaire. Nécessité de défendre et protéger la filière discographique du distributeur au diffuseur, l'un et l'autre offrant un éventail des plus variés où le conseil permet d'aiguiller l'acheteur dans la jungle de l'inouï et de l'inconnu. Au milieu du chaos la presse spécialisée est totalement défaillante, prenant fait et cause pour l'industrie du disque au détriment des pratiques de la jeunesse ; elle protège les rares annonceurs (la pub) soutenant son économie déficitaire. Là où Internet et la presse papier pourraient se renvoyer la balle les journalistes supposés professionnels, les blogueurs revendiqués amateurs et les artistes indépendants cherchant de nouveaux terrains de diffusion s'ignorent dramatiquement. Nous vivons en dépit du bon sens.

Pour qu'un album physique mérite l'achat il faudrait déjà que sa présentation soit à la hauteur de l'objet-disque. En cela le vinyle, en vogue chez les véritables audiophiles, dynamique aidant, a l'avantage sur le boîtier riquiqui en plastoc mochedingue du CD. Les éditions digipack à la couverture cartonnée ont le mérite de s'approcher d'un livre, échappant au manque d'intérêt que suscite le disque argenté. Sur une pochette 30x30cm un artiste graphique a la surface pour s'exprimer et le producteur peut même imaginer de le faire intervenir sur le disque lui-même ou le macaron central pour que l'ensemble fasse unité.

En publiant 38 albums inédits le label GRRR ne vend pas moins d'albums physiques que par le passé. À la trentaine de 33 tours et de CD soigneusement fabriqués depuis 1975, s'ajoutent 92 heures de musique inédite. Si les premiers bénéficient d'un soin graphique et d'une qualité sonore exceptionnels les plus récents ne sont accessibles qu'en mp3 128k, mais ils sont offerts gratuitement en écoute et téléchargement ! S'il s'agit d'écouter sur un baladeur ou son ordinateur c'est franchement suffisant, et cela peut donner envie d'acquérir les objets matérialisés vendus sur le site. Cela a surtout l'avantage de ne "rien" coûter en fabrication pour le producteur, en plaisir pour l'auditeur. Le rayonnement est immédiat, planétaire, ajoutant un ou deux zéros au nombre d'auditeurs.

Pendant que les artistes entreprenants s'affranchissent un peu plus de la lenteur et des défaillances de leurs interlocuteurs historiques, les producteurs courent les subventions ou accumulent les dettes, les petits distributeurs sont à la merci des gros diffuseurs, les magasins indépendants leur tirent dans les pattes en traitant directement avec les labels, les musiciens vendent leurs disques à la fin des concerts et la presse continue de ne pas faire son boulot de défricheur en assurant la promotion des sempiternelles locomotives qui ne tirent derrière elles plus aucun train.

Dans le dernier numéro de mai 2012 d'ImproJazz le journaliste Gary May est le premier à évoquer le sujet, posant d'intéressantes questions et suggérant à ses lecteurs d'apporter leur témoignage :

Un album virtuel est toujours un album... par Gary May

Depuis un certain temps la vente de disques est globalement en chute libre. Je ne vais pas me lancer ici dans une analyse du comment et du pourquoi de cette situation. Partons simplement du constat, pour mettre tout le monde d'accord au moins sur ce point. L'internet, et l'échange, plus ou moins légal, de fichiers, pose des questions importantes sur les habitudes des gens, et la façon dont les artistes peuvent réagir à cette nouvelle donne. La démarche 'officielle', (Hadopi ou autres structures similaires), semble être très peu adaptée à la réalité technologique, sociologique et économique de notre époque. Regardons donc comment un artiste, Jean-Jacques Birgé, a choisi d'agir, et essayons de voir si sa solution s'applique ailleurs.

Jean-Jacques, toujours à l'affût des nouvelles technologies, a choisi de mettre sa production en ligne gratuitement, et en même temps de continuer à vendre les stocks de CD et vinyles restant. Il a déjà mis sur son site une quantité impressionnante de musique inédite du passé (Le Drame Musical Instantané, évidemment, mais aussi Bernard Vitet, Thurston Moore, Birgé en solo, Aki Onda, Alexandra Grimal...) et aussi des projets récents et flambant neufs, citons juste un trio génial avec Birgé, Birgitte Lyregaard et Sacha Gattino, nommé El Strøm, et qui a joué pour la première fois sur scène récemment au Triton, et aussi un duo très original : Birgé et le violoncelliste Vincent Segal. Je recommande à chacun d'aller sur www.drame.org et de se laisser tenter par le choix des œuvres. Sur son blog Jean-Jacques a expliqué les raisons de sa démarche. Je le cite "La majorité des musiciens enregistrent des albums pour entériner leurs avancées artistiques et par souci de communication. Ils gagnent leur vie grâce au spectacle vivant ou à des commandes de musique appliquée (cinéma, théâtre, ballet, etc.), extrêmement rarement des royalties qui leur sont consenties sur les supports matériels. Hors les grosses ventes style variétés, entre les exemplaires donnés, les envois et les frais divers, un disque coûte la plupart du temps plus cher qu'il ne rapporte.... La publication numérique en ligne que nous proposons ... est gratuite, donc accessible à tous, et peut rayonner jusqu'aux confins de la planète. Nous touchons donc plus d'auditeurs pour un coût considérablement moindre, voire quasi nul." Jusqu'ici, tous va bien. Saluons une démarche généreuse, démocratique et faite dans un esprit positif et constructif.

Mais cela pose aussi des vraies questions; quid des disquaires, relais précieux depuis toujours, et de leur rôle de conseil, de lieux de rencontre et de lien sociaux; et quid des artistes qui n'ont pas un catalogue impressionnant dans lequel piocher pour créer une vitrine aussi alléchante que celle de Jean-Jacques; comment rémunérer les artistes qui participent aux disques si tout devient gratuit; comment ne pas vouer aux oubliettes le public 'traditionnel', acheteurs et collectionneurs, pour lequel l'objet physique a encore du sens, pour lesquels le virtuel reste 'virtuel' et qui, à mon sens, semble être souvent peu ou pas adapté à l'ordinateur et à l'internet ? Et enfin, la qualité du son dans tout ça... le mp3 reste assez minable comme qualité; est-ce qu'une solution 'audiophile' est envisagée/envisageable ? Sur son blog, Jean-Jacques a déjà formulé quelques éléments de réponse, par exemple "Lorsque j'ai créé le label GRRR en 1975 les ventes de disques se portaient bien parce que l'offre était moins large. Il y avait dix fois moins de musiciens en France." ou "La qualité d'un mp3 est à peine meilleure qu'une copie sur mini-cassette. Si la reproduction est plus simple techniquement, elle pousse à l'accumulation, mais de toute manière jamais ces jeunes "pirates" n'auraient acheté tout ce que leur baladeur ou leur ordinateur abritent. La circulation des œuvres est plus importante que leur protection". Mais je ne vais certainement pas répondent à sa place à mes (et pourquoi pas vos) interrogations. L'idée de cette article est double; premièrement parler de la musique de Jean Jacques, disponible en ligne, et qui mérite amplement d'être chroniquée au même titre que les CD et vinyles (je vais me lancer mais j'espère que d'autre chroniqueurs d'Improjazz vont m'emboîter le pas...!), et deuxièmement, de poser ces questions, ouvrir un débat, un échange, et de susciter des réactions. Alors, à vous de réagir, soit en écrivant à Improjazz, soit en passant directement par les commentaires sur le blog de J.J. Birgé. Je reste partagé entre le désir de saluer une solution démocratique et originale à un vrai problème, mais aussi la tristesse de voir disparaître l'objet musical, la pochette, le dilemme du choix (on ne peut pas tout acheter, alors il faut choisir où mettre son budget...).

Quelque part je ne peux pas m'empêcher de penser que tout avoir gratuitement revient à ne rien avoir du tout, et que finalement, c'est le choix qui devient virtuel.

Les questions posées par Gary May méritent que l'on s'y penche, mais ce billet est déjà assez long pour aujourd'hui ! Une bonne façon de faire son choix est tout de même d'écouter la musique, que ce soit en magasin ou sur site. Le label GRRR offre un espace de découverte avec sa radio aléatoire Radio Drame pour écouter près de 100 heures de musique non-stop !

mercredi 2 mai 2012

Le son monte à la tête


D'où vient cette manie de faire hurler la musique dans les fêtes ?
Si c'est pour se défoncer il y a des substances plus douces et plus rigolotes. Saturer les enceintes d'aigus stridents ne fait que déformer le son, rajouter arbitrairement des sub-basses relève d'une même logique de l'absurde. Cette surenchère a commencé avec la compression qu'impose le flux radiophonique, égalisation des niveaux supposée ne rien perdre des détails et aboutissant à une homogénéisation de toute la production musicale. Les oreilles des fêtards en prennent pour leur grade, mais les acouphènes n'apparaîtront fort douloureusement que des années plus tard. Si les lésions auditives sont irréversibles les extinctions de voix ne seront heureusement que passagères. Le plus étonnant est la faute de goût fondamentale que représente l'invasion totale et exclusive de tout l'espace. Car l'espace sonore submerge l'espace à proprement parlé et tout mode d'échange. La surenchère de décibels laisse croire qu'on en prend plein la vue et que tout le monde communie quand il ne s'agit que d'une uniformisation au rouleau compresseur. La communion factice ne fait hélas jamais office de communication. À l'instar des restaurants qui imaginent meubler le silence en faisant monter le bruit d'ambiance, le volume sonore empêche les conversations et les rencontres. Seuls les danseurs en transe y trouvent leur bonheur quand tous les autres convives subissent en silence un mutisme imposé. Il existe parfois un coin fumeur à l'écart où l'on attrape la crève parmi les courants d'air, ou la cuisine, si elle est isolée, où se réfugieront les plus critiques, soulagés de pouvoir échanger quelques mots.
Le mystère reste entier sur les raisons profondes de cette coutume contemporaine. Les DJ autoproclamés ne savent plus ménager temps forts et temps faibles, le bulldozer rappelle plutôt une offensive guerrière qu'une danse de séduction. Les morceaux langoureux et les nappes planantes sont réservées aux backrooms généralement inexistantes faute de place dans les soirées privées. Quand on n'a rien à se dire cette destruction systématique de l'échange, du conduit auditif et de la musique peut se comprendre. Nombreux convives se plaignent du gâchis, mais ne savent pas comment déroger à cette nouvelle coutume qu'aucun ne s'explique, que tous subissent, baillonnés par le volume assourdissant.