Jean-Jacques Birgé

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vendredi 28 mars 2014

L'auto-défense en libre-service


La pub virale qui tombe dans ma boîte mail fait froid dans le dos. Un site français propose toute une gamme d'armes autorisées sous la dénomination "auto-défense". Du paralyseur à 3 200 000 volts (79 euros port inclus) aux bombes lacrymogènes "pour toute la famille" (39,90 euros le pack de 4) vous voilà parés contre toutes les agressions ! Et si cela ne suffit pas vous pouvez toujours vous rabattre sur les revolvers à gaz comprimé avec de vraies balles de 6mm ou sur des arbalètes avec portée de 100 mètres. Si votre budget ne le permet pas, optez pour des lance-pierres sophistiqués dits de compétition. On peut se demander en quoi la cagoule d'intervention 3 trous à 6,90 euros fait partie des vêtements de sécurité et à quoi servent les pelles pliables ou démontables ? Mais c'est surtout les tasers qui me sidèrent. Vous me direz, nous ne vivons pas aux États-Unis où le port d'arme est autorisé voire encouragé, on connaît les dégâts que cela engendre, mais tout de même la législation française laisse passer de drôles d'objets.



En 1983 le Drame avait composé une pièce à partir de témoignages radiophoniques pour nous moquer des fachos qui jouent sur la peur de l'autre, cet autre qui n'est qu'un autre soi-même, l'horreur absolue ! Bernard Vitet était au violon (sous surveillance), Francis Gorgé maniait la guitare électrique et un instrument électronique peu recommandable, en plus de taper ma déposition sur un Bösendorfer je diffusais le son des paranos. Légitime défense faisait partie d'une émission de création de plus de 3 heures commandée par France Musique.
Rien n'a changé. Il y a toujours autant de malades. La brutalité des hommes a toujours été pour moi une énigme. La France joue les redresseurs de tords, mais reste le troisième exportateur d'armes dans le monde, certes loin derrière la Russie et les États-Unis, mais pour 9%. Qui sont les véritables criminels ? Les assassins ou ceux qui les y incitent ? Le capitalisme est d'une rare hypocrisie. Le goût du profit pousse aux pires exactions. La paranoïa s'empare des hommes pour justifier leurs crimes. Il est minuit, bonnes gens, dormez en paix !

jeudi 27 mars 2014

Quand le monde rêvait son avenir


Comment le monde a-t-il pu se dissoudre à ce point ? Comment les peuples ont-ils pu oublier que l'avenir serait révolutionnaire ou ne serait pas ? Qui avait intérêt à les monter les uns contre les autres ? Comme partout 1969 fut une année pleine de promesses. L'Afrique aussi était au diapason de la révolution qui secouait la planète. Le Festival Panafricain d'Alger rassembla tous les pays du continent, du Maghreb à l'Afrique du Sud, du Tchad au Sénégal, du Mali à l'Angola. Musique, théâtre, conférences, spectacles, défilés, affirment que la culture est l'élément primordial de la révolution. Chaque nation envoie à Alger ses artistes et ses intellectuels. Les couleurs explosent sur l'écran. Les costumes ancestraux apparaissent futuristes, les traditions africaines inspireront les nouvelles musiques occidentales tandis que les discours politiques mettent en garde la population contre le colonialisme et le néocolonialisme. Des dizaines de milliers de personnes descendent dans les rues d'Alger pour fêter la future Afrique, une et solidaire. Les mouvements sud-africains et rhodésiens (futur Zimbabwe) dénoncent l'apartheid. Participent à cette première édition du festival Miriam Makeba, Choukri Mesli, Barry White, Manu Dibango, Nina Simone, Ousmane Sembène, Aminata Fall André Salifou... Parmi les jazzmen Chicago Beau, Lester Bowie, Julio Finn, Malachi Flavors, Burton Greene, Philly Joe Jones, Jeanne Lee, Hank Mobley, Grachan Moncur III, Randy Weston… Mais je ne me souvenais que d'Archie Shepp grâce au disque paru chez Byg, concert de free jazz héroïque du 29 juillet 1969 avec pléthore de musiciens algériens ainsi que Dave Burrell, Clifford Thortorn, Alan Silva, Sunny Murray et le poète Ted Joans scandant "We are still back, and we have come back. Nous sommes revenus ! Jazz is a Black Power. Jazz is an African Power. Jazz is an African music !" Il faudra attendre quarante ans pour que le Festival renaisse en 2009, mais William Klein n'est pas là cette fois pour l'immortaliser. Si l'apartheid a été vaincu, l'Angola et le Mozambique libérés du joug portugais, les révolutions ont tourné court. La colonisation à l'ancienne a laissé la place au capitalisme international soutenu par des gouvernements corrompus. Les tentatives de libération ont chaque fois été assassinées comme Thomas Sankara au Burkina Faso.


William Klein est un immense réalisateur, mésestimé, probablement trop inventif. Fiction ou documentaire, chacun de ses films fait preuve d'une indépendance qui continue à coûter cher aux artistes que les marchands ne savent pas ranger dans leurs petites boîtes étriquées. Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? (1966), Muhammad Ali, the Greatest (1969), Mister Freedom (1969), Le Couple témoin (1977), Grands soirs & petits matins (1978), The French (1982), la série Contacts (1983) dont il a l'initiative, sont autant d'œuvres à redécouvrir comme ses photographies exemplaires. Chacun de ses mouvements sont des coups de poing assénés à la banalité, des cris de révolte contre la stupidité des hommes, des chants d'espoir aussi où le style effilé et revendicatif tranche avec la mollesse de ceux qui pensent que le moindre sujet polémique est compliqué. Ses images sont cadrées, leur assemblage monté, on appelle cela du cinéma. Les documents d'archives replacent l'actualité dans le sens de l'Histoire. Et William Klein tourne ce Festival Panafricain d'Alger 1969 comme un grand film politique, on l'appellera un "opéra du tiers-monde". Il est plus proche de Jean-Luc Godard que maint cinéaste de la Nouvelle Vague qui renièrent vite leur révolte adolescente. Les cartons rouge et noir interrogent plein cadre : Qu'est-ce que l'Afrique ? Qu'est-ce que le Festival ? Qu'est-ce que la culture ? Le film se clôt avec La culture africaine sera révolutionnaire ou ne sera pas. Cette affirmation n'est-elle pas la clé de toute civilisation ? L'oublier, c'est verser dans la barbarie. Nous n'en sommes pas loin.

Arte a édité le film en DVD, disponible également en VOD, en même temps qu'un autre film de William Klein avec Eldridge Cleaver, Black Panther exilé à Alger.

mercredi 26 mars 2014

Élections ubuesques à Bagnolet


Lorsqu'on dit que chaque voix compte dans une élection ce n'est pas une image. Dimanche dernier Laurent Jamet et la liste Bagnolet Avenir 2014 qui réunit le PCF, la Parti de gauche, la Gauche Unitaire et un Collectif de citoyens sont arrivés en tête (21,26%) avec une voix d'avance sur le PS de Tony di Martino (21,25%). La règle de se désister à gauche pour le mieux placé n'a "évidemment" pas été respectée, non à cause du mince écart, mais parce que le Parti Socialiste tente de mettre la main sur l'intégralité de la Seine-Saint-Denis sous la houlette de Claude Bartolone, actuel président de l'Assemblée Nationale. Bagnolet est un des derniers bastions communistes de l'ancienne banlieue rouge. La droite y a fait un de ses plus mauvais scores (10,23%) ! Pourtant, ou de ce fait, la gauche est totalement divisée, d'abord sous la responsabilité du maire sortant et sorti, le redoutable Marc Everbecq qui décida de se maintenir au 1er tour malgré que le Parti Communiste lui ait retiré son soutien après la gestion désastreuse tant humaine qu'économique de la ville. Une partie de ses anciens colistiers, membres du PCF et du PG, a eu le courage de lui résister en se lançant contre lui pour ces élections municipales. Le but premier des communistes est atteint, Bagnolet en est débarrassé. Comment ensuite ne pas perdre la ville lors du second tour face à un PS très offensif et soutenu en haut lieu ?
Laurent Jamet s'est d'emblée déclaré ouvert au rassemblement de toutes les forces de gauche, hors Everbecq et di Martino évidemment : pas question de s'associer au parti gouvernemental qui défend la politique d'austérité ! Les Bagnoletais ont tout à craindre de cette calamité. En dehors de deux petites listes (3% à elles deux) qui ne veulent pas se prononcer, soit Lutte Ouvrière et le Parti Ouvrier Indépendant, restait en lice Mireille Ferri pour les Verts (18,02%) et Mohamed Hakem pour une liste dite Dynamique Citoyenne (10,41%). Or ces deux listes regroupant des membres extrêmement hétérogènes ont refusé de rejoindre Laurent Jamet sous prétexte qu'il fut le premier adjoint d'Everbecq et bien qu'il s'en soit clairement affranchi et expliqué dans son programme constitué avec des centaines de citoyens. Ferri se maintient donc alors qu'elle a fait le plein de ses voix au 1er tour comme elle l'avait annoncé.
Mais la surprise vient de Mohamed Hakem qui, après avoir joué les révolutionnaires, a décidé de rejoindre le socialiste di Martino au second tour ! C'est à n'y rien comprendre, hormis des tractations secrètes dont nous ignorons tout. Résultat : sa base en est fondamentalement ulcérée. Si Hakem se réclamait jusqu'ici du Front de Gauche puisqu'il était soutenu par la Fase de Clémentine Autain, celle-ci a annoncé d'emblée qu'elle marcherait dans les rues de Bagnolet pour afficher son soutien sans faille à Laurent Jamet ! Hakem, rédacteur émérite du programme de Dynamique Citoyenne, serait-il incapable de contrôler ses troupes parmi lesquelles des personnes plus colériques que constructives ou assistons-nous au marché de l'embauche ? Où la politique et la rigueur morale vont-elles se nicher dans ces volte-faces incompréhensibles ? Comme pour la liste de Mireille Ferri également appelée Citoyenne et où l'on trouve très peu de militants d'Europe Écologie Les Verts, ces deux listes ont la plus grande difficulté à dégager une ligne politique claire et unie. Et voilà donc 4 listes au second tour ! Les électeurs d'Hakem suivront-ils sa trahison au Front de Gauche ? Les abstentionnistes se réveilleront-ils pour faire obstacle au PS ? Les électeurs d'Everbecq (15,87%), communistes fidèles au maire sortant/sorti, devraient logiquement rallier le PCF et le PG, seule liste de rassemblement, faisant fi de la lutte fratricide qui a pénalisé la ville.
Que se passera-t-il dimanche ? Tous les scénarios sont possibles. Le premier tour fut déjà bien croquignolesque. On y reviendra. Quels électeurs de gauche prendront la responsabilité de faire passer le parti de l'austérité sous prétexte de laisser certains candidats confondre politique et ambition personnelle ? À Bagnolet la saison 2 s'annonce palpitante.

mercredi 19 mars 2014

Porte à porte


La campagne du premier tour des élections municipales s'achève pleine d'espoir pour le candidat que nous avons choisi de soutenir. Jamais encarté, inorganisé pour ne pas dire indiscipliné, je n'avais jamais milité dans un cadre aussi républicain. Devant les déviances de la gauche et de ce qui s'en réclame j'aurais même eu plutôt tendance à glisser dans l'urne un bulletin blanc tant je suis écœuré d'avoir toujours dû voter "contre". L'alternance est une chimère qui laisse aux prétendus socialistes le soin de faire avaler à la population ce que la droite n'a pas su imposer. Même si j'ai participé à quantité de manifestations populaires ou élitaires, mes activités politiques ont toujours été plus intellectuelles que pratiques. Mon travail artistique et ses conséquences actives ont par contre milité sans faille pour les idées généreuses développées au cours de mon enfance et mon adolescence. Libre-penseur je n'ai jamais dû renier la base de mon inspiration, mélange de révolte contre les injustices sociales et la brutalité humaine et de rêves utopiques auxquels on m'opposait une imbécile incrédulité. Fondamentalement expérimental, je suis persuadé qu'en tout domaine rien n'est impossible, le pire comme le meilleur. Il suffit de s'y coller sans relâche pour éviter l'un et partager l'autre. Mais rien ne se fait seul. Les associations sont indispensables.


Prenant la parole au cours de meetings organisés par la liste Bagnolet Avenir 2014 qui regroupe le PCF, le Parti de Gauche, la Gauche Unitaire et un Collectif de Citoyens non encartés mais résolus à chasser le maire actuel pour redonner un visage humain à notre ville, j'expliquai que ma participation à toutes les dernières élections se cantonnaient à glisser un bulletin dans l'urne. Quelques minutes à lire les papiers officiels, quelques secondes dans l'isoloir. Voter était synonyme de démission si j'en restais là. Le pouvoir de la population étant de plus en plus limité à l'image de celui de nos gouvernants, muselés par des lois contre lesquelles nous avons voté massivement et qui ont été promulguées malgré cela (la Constitution Européenne est une honte absolue), les présidentielles et les législatives sont une mascarade que seul un travail de proximité peut espérer renverser. Les municipales sont un excellent exemple de ce travail de proximité. C'est en changeant les rapports à nos voisins, en exprimant notre solidarité avec tous et toutes, que nous pourrons inverser le cours des choses. Dans cette perspective j'ai suggéré à Laurent Jamet, tête de notre liste, une coopérative de compétences. Que jeunes et anciens échangent leurs connaissances, que les communautés se rencontrent et œuvrent ensemble, etc. En tractant, collant, faisant du porte à porte, rencontrant des dizaines d'habitants de mon quartier et d'autres plus éloignés, j'ai fait la connaissance d'un nombre étonnant de gens charmants (pas que !), je me suis fait de nouveaux amis, j'ai appris un nombre de choses époustouflantes sur la vie d'une municipalité, sur la pratique de la politique en général, sur la corruption et le clientélisme, sur les actions primordiales, sur le gâchis, sur l'absurdité de l'administration française, sur la générosité de certains militants aussi.
Je reviendrai probablement sur tout cela après le 30 mars, préférant ne pas divulguer mon journal de campagne au jour le jour pour profiter du recul critique. Mon engagement citoyen est motivé par une vigilance nécessaire avant, pendant, mais surtout après les élections ! Pour autant, pendant ces nombreuses semaines, figurant moi-même avec Françoise sur la liste, je suis heureux d'avoir soutenu Laurent Jamet, candidat sincère dont le programme m'a semblé le plus juste et le plus ouvert.