Jean-Jacques Birgé

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vendredi 8 novembre 2019

Il faut bien vendre


Enthousiasmé par mes collaborations avec la plasticienne Anne-Sarah Le Meur et le vidéaste John Sanborn, j'ai créé deux petites pages Internet pour promouvoir MELTING RUST avec la première et NONSELVES sur les images du second. Les deux font la paire, mais les deux pièces peuvent aussi être représentées séparément. C'est la première fois depuis un demi-siècle que j'ai du plaisir à jouer seul sur scène. Pas vraiment seul puisqu'il y a le grand écran et qu'Anne-Sarah Le Meur travaille en direct ses images 3D. J'ai demandé à John Sanborn une version de 45 minutes, soit 100 vidéos qui me donnent du fil à retordre, pour ne pas dépasser 1h15 de spectacle en tout. J'ai toujours aimé les contrastes. Les abstractions lyriques et contemplatives d'Anne-Sarah sont radicalement différentes des provocations narratives échevelées de John. Dans les deux cas, je suis au clavier. Pas tout à fait puisque j'utilise une application interactive sur iPad avec l'une et que je mixe de temps en temps ma musique avec les sons synchrones des vidéos de l'autre. NONSELVES est une adaptation de NONSELF commandé à John par le Jeu de Paume, créée au Blackstar à Paris en septembre. La création de MELTING RUST date d'un mois plus tôt cet été, à Victoria en Transylvanie (Roumanie).


Reste à vendre ce spectacle. Je suis évidemment certain de l'intérêt qu'il représente, mais l'idée d'en faire la promotion me rebute. Voilà 25 ans que je ne cherche plus de travail, comme j'ai pris l'habitude qu'il vienne tout seul vers moi. J'envoie tout de même quelques mails, mais j'espère surtout que le buzz prendra comme ce fut le cas, par exemple, avec Nabaz'mob, l'opéra pour 100 lapins connectés que nous avons réalisé avec Antoine Schmitt et qu'il serait d'ailleurs excitant de reprendre à l'occasion. Je préfère écrire et composer de la musique plutôt que me transformer en représentant de commerce. J'espère donc que les deux captations en libre accès sur Internet en dévoileront l'originalité et l'excellence, sachant que chaque représentation est différente, puisque ce sont des improvisations ou, comme je préfère les appeler, des compositions instantanées. Faites passer ;-)

jeudi 7 novembre 2019

Minnie the Moocher par Cab Calloway et Betty Boop


Je ne vais pas remonter au concours de twist organisé par France I (devenue France Inter), gagné avec ma petite sœur en 1961, mais celles et ceux présents il y a cinquante ans m'auront vu danser comme une pile électrique, ou plus exactement comme un condamné sur la chaise assassine. Les convives s'écartaient, le cercle s'élargissait, avant que je retombe, épuisé, ne pouvant évidemment tenir qu'une dizaine de minutes, avant les ampoules aux pieds et un essoufflement anticipant de vingt-cinq ans un asthme heureusement dompté grâce à l'homéopathie. Si j'avais connu alors Cab Calloway, j'aurais adopté un style autrement plus swing. Sa musique est une des très rares qui fassent bouger mes jambes malgré moi. Je me lève et je danse, je danse, je danse comme si j'avais chaussé Les chaussons rouges. Jusqu'ici ma référence au premier maître du scat datait du film Stormy Weather tourné en 1943. Je découvre aujourd'hui la petite séquence introductive au dessin animé de 1932 de Dave Fleischer, frère cadet de Max Fleischer, qui porte le nom de la célèbre chanson écrite par l'Hi de Ho man et Irving Mills, Minnie the Moocher.


Cab Calloway a alors 25 ans et une souplesse qui renvoie le moonwalk de Michael Jackson à un pastiche robotique. Les frères Fleischer sont les inventeurs de Koko le clown qui fait une apparition et Betty Boop qui est justement l'héroïne du film. Additionnez un dessin animé aux multiples allusions érotiques, l'orchestre de Cab Calloway, des paroles de chansons provocantes et vous obtiendrez un bijou inestimable. La chanson raconte "l'histoire de la pauvre Minnie la clocharde, prostituée, chaude, rouquine, vulgaire, dure à cuire, chétive, au cœur aussi grand qu'une baleine. Elle traîne avec un cocaïnomane appelé Smokey, qui lui montre comment fumer l'opium dans le quartier chinois. Ça la fait rêver du roi de Suède qui lui offre toute les choses qu'elle désire, une maison en ville en or et acier, une voiture taillé dans le diamant avec des roues en platine, son hôtel particulier, ses chevaux de course, des festins pour douze, et des millions de dollars en pièces de monnaie, qu'elle compte et recompte un million de fois..."


Comme dans Snow White (Blanche-Neige) tourné l'année suivante, soit 1933, une chanson de Cab Calloway accompagne le dessin animé de Dave Fleischer. C'est le tout aussi célèbre Saint James Infirmary Blues, dont la paternité causa maints procès, que joue l'orchestre de Cab Calloway dont les gestes de danseur ont été rotoscopés. Les frères Fleischer sont les inventeurs de cette technique, du moins ceux qui l'ont brevetée. Là encore, Betty Boop est envoyée dans une grotte sombre où chante un drôle de fantôme. Les dessins animés de Fleischer d'une incroyable invention inspireront tout autant Walt Disney (sa Blanche-Neige date de 1937 et on remarquera l'influence de Minnie The Moocher sur la scène de Dumbo imaginée par Savador Dali en 1941) que Tex Avery. Poo-poo-pee-doo !