Jean-Jacques Birgé

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jeudi 14 novembre 2019

Francis Gorgé, des cygnes qui ne trompent pas


En publiant Swan Night cette semaine sur SoundCloud, Francis Gorgé signe avec Jan Eerala une pièce qu'il dédie à l'écrivain Antoine Volodine et à Un Drame Musical Instantané dont il fit partie de 1976 à 1992. S'il doit la connaissance de l'écrivain à son ami Dominique Meens, un temps compagnon de route du Drame, cette nouvelle pièce rappelle fortement le travail de notre trio avec Bernard Vitet. Ces derniers temps Francis s'affairait surtout à orchestrer des œuvres pour piano de Claude Debussy avec ses machines virtuelles. Son travail avec le Finlandais Jan Eerala, photographe et sound field recorder, s'axe sur des évocations paysagères souvent planantes.
Swan Night capture le chant des cygnes migrateurs dans la baie de Makholma, près de Pori. Il est certain que le Drame a toujours été sensible aux autres espèces, intégrant le langage des animaux à nos évocations musicales. Merle, canards, chevaux, fauves, singes, baleines, insectes, chats, etc. Francis, ornithologue en herbe, s'appuie sur le chant extraordinaire de ces cygnes que l'on espère ne pas être le dernier. Il ajoute celles transformées d'êtres humains, un piano tournant à la percussion, des sons électroniques qui glissent à la surface de l'eau, un violoncelle lyrique, une trompette bouchée, une clarinette... Les reconnaîtrez-vous ? Ces réminiscences participent à ce bel hommage, l'œuvre s'articulant comme un petit poème symphonique de douze minutes. Sur assezvu.com, Francis cite d'ailleurs une phrase d'un de ses héros, Hector Berlioz, cet autre guitariste français anticipant étonnamment Edgard Varèse et John Cage : « Tout objet sonore mis en œuvre par le compositeur est un instrument de musique ». Berlioz est aussi l'un des précurseurs du théâtre musical moderne (cf. Lélio ou le retour à la vie, par exemple). Swan Night est plus épique que dramatique, comme les pièces que nous aimions créer sur un tempo lent. Si elle est dramatique, il faut l'entendre au sens de théâtrale. Le rôle des volatiles finit par imposer une sorte de subjectivité comme s'ils étaient derrière la caméra sonore des deux compères. On se plaît à rêver. Une invitation au voyage.
La première fois que je suis monté sur scène, c'était avec Francis au Lycée Claude Bernard en 1970. Nous avions fondé un groupe de rock, Epimanondas. En 1975 nous avons enregistré ensemble notre premier disque, devenu un objet culte, Défense de. Puis beaucoup d'autres avec Bernard en trio, en grand orchestre, avec des formations encore plus grandes, un opéra, accompagnant plus d'une vingtaine de films muets, inventant des spectacles abracadabrants... En 2014 nous avions ressuscité Un Drame Musical Instantané le temps d'un concert mémorable, hélas sans Bernard décédé l'année précédente. Je suis touché que mon camarade ait pensé à notre collaboration en composant ce bouleversant oratorio pour cygnes migrateurs. Il y a des signes qui ne trompent pas.

→ Francis Gorgé et Jan Eerala, Swan Night, SoundCloud

mardi 12 novembre 2019

Les Allumés du Jazz toujours à la page


Voilà. J'ai tout lu. Le Journal des Allumés du Jazz est bien le seul canard à encore parler du fond des choses. En 2004, du temps où j'en partageais la rédaction-en-chef avec Jean Rochard, Le Monde Diplomatique, sous la plume de Francis Marmande, l'avait salué comme « le seul journal de jazz à maintenir un point de vue politique sur cette musique ». Cela n'a pas changé. C'est bien dommage. On aurait aimé qu'il fasse des petits. Chez l'historique Jazz Magazine, qui le fut il y a fort longtemps, la tendance est aujourd'hui de faire payer les annonces de concerts ! C'est évidemment politique, mais c'est celle du fric. Les annonceurs sont à la fête. Sur Les Allumés du Jazz il n'y a pas de publicité, sauf le rappel des dernières nouveautés de la soixantaine de labels adhérents. Sur la Toile on a Citizen Jazz qui s'y colle de temps en temps, mais on le lit sur écran. Les Allumés tiennent au papier, ils le font savoir. Le bilan carbone lui serait même favorable, si l'on ne tient pas compte de l'envoi gracieux par la poste à ses 18 000 abonnés. Il est certain qu'il me fut agréable de le lire allongé et d'en admirer les illustrations grand format dues aux dessinateurs Emre Orhun, Johan de Moor, Jeanne Puchol, Matthias Lehmann, Denis Bourdaud, Julien Mariolle, Zou, Nathalie Ferlut, Gabriel Rebufello, Pic, Rocco, Sylvie Fontaine, Jop, Thierry Alba, Anna Hymas, Andy Singer, Cattaneo, Efix... J'espère n'oublier personne, parce qu'il y a du monde en bande dessinée, plus que de rédacteurs que l'on peut reconnaître sous leurs amusants pseudonymes...
Jean Rochard est sur tous les fronts, Pablo Cueco mène la danse, Christelle Raffaëlli traduit et s'entretient, Jean-Brice Godet fait son entrée, Fabien Barontini a maintenant le temps de s'y consacrer, mais il y a aussi Jean-Paul Gambier, le fiston Léo Remke-Rochard près pour la relève, les mots croisés de Jean-Paul Ricard, toutes celles et ceux qui rendent hommage au poète Steve Dalachinsky récemment disparu, la photo de Guy Le Querrec commentée par Véronique Mula et L'1nconsolable... On y trouve aussi des photographies de Francis Azevedo, Éric Legret, Luc Greliche, Maxim François, François Corneloup et la maquette est de Marianne T.
Et la politique dans tout cela ? On commence par le titre, détournement du film situationniste de René Vienet sorti en 1973, époque artistiquement révolutionnaire. Dans l'ordre, un beau désordre, on s'y moque de la novlangue qui réduit subrepticement les ciboulots, on dénonce les deux poids et mesures écologiques tendant à rendre responsables les usagers quand c'est tout le système qui est corrompu, suit un éloge de l'indispensable indépendance, un plaidoyer pour le compact disc face au streaming et au prétendu retour du vinyle, un entretien sur le jazz et l'improvisation avec la chanteuse lyrique Léa Trommenschlager, avec Xavier Garcia sur la musique électro-acoustique, une conversation de Jean-Brice Godet avec Yoram Rosilio autour des collectifs, un dézingage salutaire du Centre National de la Musique créé par le Ministère de l'Inculture qui, de plus, fragilise le système des "commandes d'État" en refilant stupidement le bébé aux DRAC, une double page sur la radio avec un passionnant entretien avec Anne Montaron après la suppression des cinq émissions consacrées aux jazz, musiques improvisées, musiques du monde et contemporaines sur France Musique, etc. Nombreux musiciens et producteurs évoquent leur magasin de disques favori, cela aussi c'est de la résistance !
Alors si ça vous chante, abonnez-vous à ces 28 pages grand format, c'est le numéro 38 et c'est gratuit depuis 20 ans déjà ! Et si vous en avez les moyens, achetez la revue Aux ronds-points des Allumés du Jazz, avec ou sans le 33 tours qui l'accompagne...

mercredi 6 novembre 2019

Perception des années 70


Le Souffle Continu a encore mis le paquet, trois vinyles et un CD de Perception enregistrés entre 1971 et 1977. Le groupe est certainement un des meilleurs représentants du free jazz qui se jouait en France dans ces années, ou de ce que l'on appelait ainsi. Il réunissait Jeff Yochk'o Seffer aux saxophones et à la clarinette basse, Siegfried Kessler au piano électrique et au piano, Didier Levallet à la contrebasse et Jean-My Truong à la batterie. Sur le second album ils sont rejoints par les contrebassistes Jean-François Jenny-Clark et Kent Carter, le violoncelliste Jean-Charles Capon et le clarinettiste Teddy Lasry. Sur le CD, enregistré live au Stadium, avenue d'Ivry à Paris, Truong est remplacé par Jacques Thollot.
J'avais 21 ans, nous étions en 1974. J'avais cherché dans Jazz Magazine qui étaient les musiciens politiquement engagés. À l'époque, le mensuel dirigé par Philippe Carles n'était pas dédié au revival nostalgique comme il est devenu. Pour les y avoir lus, j'avais donc appelé Bernard Vitet et Didier Levallet... Vitet, que je ne connaissais pas encore, mais qui deviendrait mon coéquipier et mon meilleur ami pendant près de 40 ans, m'avait envoyé gentiment sur les roses. Levallet, en syndicaliste pédagogue, m'avait généreusement reçu et expliqué le contexte social des musiciens et donné quelques ficelles. Même s'il était musicalement trop jazz à mon goût, j'ai toujours estimé sa démarche.
Samedi, probablement intrigué par la présence de Jacques Thollot, je commence par écouter le CD du dernier concert de Perception enregistré en 1977 au Stadium, avenue d'Ivry, qui avait fini brûlé dans d'étranges circonstances. Rien à voir avec l'incendie que j'y avais provoqué lors d'un concert d'Un Drame Musical Instantané. La maison de tulle construite par Bernard Vitet dans laquelle nous jouions en trio avec Francis Gorgé avait pris feu parce que j'avais mal dosé les fumigènes que j'avais allumés à l'intérieur. Lorsque j'ai vu le voile en flammes, j'ai pensé "couverture", mais, n'ayant rien d'autre, j'ai éteint avec mes mains. Le feu a repris, alors j'ai recommencé. Comme je sortais de notre cage les bras en l'air en criant "on a eu chaud", le public crut que cela faisait partie de la mise en scène. Pendant que les pompiers rappliquaient et qu'un infirmier tentait de décoller le nylon de mes paumes en me racontant des histoires de grands brûlés, j'entendais mes deux camarades continuer au loin comme si le Titanic s'enfonçait dans le noir. Pendant un mois je suis allé chaque jour chez la charmante pharmacienne de la Butte aux Cailles faire changer mes pansements de biogaze verte. Ce n'était pas une blague. J'étais pourtant brûlé au second degré. Je n'ai jamais cru au second degré, manière coupable de ne pas assumer. J'adorais ces chastes matins partagés dans l'arrière-boutique...
Pendant que je vous raconte cette histoire, j'écoute le premier vinyle de 1971, moins fouillis et mieux enregistré que le CD dont la balance laisse vraiment à désirer, d'autant que la batterie de Thollot est très lointaine. Perception est aussi plus lyrique, plus expérimental, il a la fougue des premières fois.
Perception & Friends s'ouvre par Colima de Seffer qui, influencé par Soft Machine, a amené des cuivres (trompette, trombone, sax/clarinette). Pour Le Horla c'est au tour de Levallet de s'adjoindre deux violoncelles, probablement Capon et J-F, mais pour Mamelai, Seffer et lui demandent à Capon et Kent. Les contrebassistes passent ainsi au violoncelle, et Manuel Villaroel remplace Kessler au piano sur plusieurs morceaux. Plus construit, moins typé par les tics du free jazz, donc moins américain, cet album de 1972, tiré à l'origine à seulement 500 exemplaires, est franchement mon préféré.
A mi-chemin entre le premier très libre et le second plus contenu, Mestari enregistré live au Théâtre Cyrano, depuis Théâtre de la Bastille, retrouve le quartet original. D'une pièce à l'autre, Seffer joue de la flûte, on retrouve les sons de clavier électrique de Kessler, inspiré cette fois par Terry Riley, et Levallet résume la voie que prendront nombreux musiciens français, laissant de l'air entre les sons, les soignant, les emmêlant, jouant du crescendo comme d'une mayonnaise de derviche. On lui doit aussi d'intéressantes notes de pochette, communes aux trois vinyles, contrairement aux photos qui sont chaque fois différentes, mais les crédits manquent de précision, que ce soit pour l'instrumentation ou l'identification des musiciens. Ce n'est peut-être pas si important...

Perception, LP Souffle Continu Records, 22€
Perception & Friends, LP Souffle Continu Records, 22€
Mestari, LP Souffle Continu Records, 22€
Live At Le Stadium, CD Souffle Continu Records, 12€
Bundle (édition limitée) avec les 4 disques, 75€

vendredi 1 novembre 2019

Daniel Erdmann's Velvet Revolution : Won't Put No Flag Out


Jusqu'à ce que je joue avec Linda Edsjö j'ai privilégié le marimba au détriment du vibraphone, préférant le bois au métal, et les bois aux cuivres, peut-être parce qu'ils sonnent plus européens. Quant au saxophone ténor, les Coltraniens (pas forcément ceux qui s'en réclament) m'ennuient parce qu'ils sont tous évidemment à la Trane... Ceux qui s'inspirent du timbre de Coleman Hawkins ou Ben Webster, des fanfares d'Albert Ayler, par exemple, ne cherchent pas le mantra ; leur souffle terrestre se sent comme si on avalait la fumée, chaude et veloutée, pour l'exhaler en buée dans la froideur du paysage. L'inimitable oblige à inventer. Qui oserait marcher sur les pas de Roland Kirk ? Les jeunes violonistes jazz ou gypsy nous évitent d'autres envolées virtuoses fastidieuses, ils utilisent d'ailleurs de plus en plus les pizz comme des guitaristes. La véritable virtuosité ne doit pas se sentir. C'est l'écart entre élégance et vulgarité. Un vibraphoniste inventif, un saxophoniste lyrique, un violoniste coloriste, c'est le Daniel Erdmann's Velvet Revolution avec Théo Ceccaldi & Jim Hart...


J'avais adoré le premier album, A Shift Moment of Zero G. Le second, Won't Put No Flag Out, est plus retenu, apaisé, mais toujours aussi humain. Je me suis surpris plusieurs fois à prendre les coups d'archet de Théo Ceccaldi, probablement à l'alto, pour un second saxophone. Si les ondes en dents de scie des deux instruments sont physiquement proches, leur alliage dépend de la manière dont les musiciens frottent et soufflent. Ce trio à l'instrumentation inhabituelle fonctionne merveilleusement ; sur scène il arrive que les rythmiciens Cyril Atef ou Samuel Rohrer les rejoignent. J'ai réécouté plusieurs fois les 45 minutes du CD avant de me décider à écrire quelques mots. Ils me manquent parfois. La musique le permet. C'est là que la magie opère. La Révolution de Velours de Daniel Erdmann sait préserver les acquis en prenant les risques de la nouveauté. Ses protagonistes, comme ceux du trio Das Kapital dont le souffleur est un des fondateurs, font partie de ceux (et de celles car il y a de plus en plus de musiciennes extraordinaires) susceptibles de nous épater à chaque sortie d'album. Lourde responsabilité.

→ Daniel Erdmann's Velvet Revolution featring Théo Ceccaldi & Jim Hart, Won't Put No Flag Out, CD BMC Records, dist. Socadisc, 19,99€

vendredi 18 octobre 2019

WD-40 par Birgé Pontier Séry


De temps en temps j'invite des musiciens et musiciennes à participer à un laboratoire où nous enregistrons nos compositions instantanées avec pour seule perspective de passer un bon moment ensemble. Alors que nous avons l'habitude de nous rencontrer pour jouer, il s'agit ici de jouer pour se rencontrer, à l'image des albums Urgent Meeting et Opération Blow Up qu'Un Drame Musical Instantané avait réalisés avec 33 invités en 1991 et 1992. Comme le compositeur Jonathan Pontier m'avait proposé de faire ainsi ma connaissance, il m'a suggéré la guitariste Christelle Séry comme troisième partenaire. Le principe est, autant que possible, d'inviter des personnes avec qui je n'ai jamais collaboré et qui n'ont jamais joué ensemble. J'avais seulement eu l'occasion de discuter avec Christelle lors des concerts du Spat'Sonore...


Lundi matin, j'avais installé le studio pour qu'il soit le plus confortable, mais Christelle avait besoin de baisser le tabouret de piano pour s'y asseoir. Comme il était coincé, je suis allé chercher une bombe de WD-40 à la cave. À nous deux nous avons fini par y arriver et Christelle en a plus tard tiré le titre de l'album de ce qu'elle a appelé notre trio dégrippant ! De mon côté, j'ai choisi comme image un bouton électrique puisque nous sommes tous les trois branchés sur le courant. Je l'ai photographié cet été en Transylvanie, en zone interdite dans un bunker construit pendant la guerre froide.
J'ai placé un Neumann devant le Fender Hot Rod DeLuxe III prêté par Nicolas Chedmail pour sa Cherry du luthier d'Orléans, François Vendramini, tandis que Jonathan mixait sa collection de petits claviers (Arturia Microbute, Roland Ju-06 Boutique, Yamaha Reface CP, Moog model D). Pour ma part, j'utilisai Kontakt et Komplete sur le Mac, plus Ensoniq VFX-SD, Roland V-Synth, Lyra-8, The Pipe, Tenori-on et quelques instruments acoustiques (trompette à anche, flûtes, harmonica, guimbarde).
Peter Gabor, venu nous filmer en vue d'un portrait qu'il réalise sur ma pomme, a pris quelques photos dont celle ci-dessus. Jonathan a mis aussi quelques clichés noir et blanc sur FaceBook...


Quant à la musique, nous avons tiré au hasard et à tour de rôle les cartes d'Oblique Strategies de Brian Eno et Peter Schmidt. Elles nous ont servi de partitions pour chacune de nos improvisations. J'ai précédemment utilisé ce jeu pour les albums Game Bling avec Ève Risser et Joce Mienniel (2014), Un coup de dés jamais n'abolira le hasard avec Médéric Collignon et Julien Desprez (2014), Un coup de dés jamais n'abolira le hasard 2 avec Pascal Contet et Antonin-Tri Hoang (2015), Questions avec Élise Dabrowski et Mathias Lévy (2019) et le concert filmé À l'improviste avec Birgitte Lyregaard et Linda Edsjö (2014). Des films des concerts, où c'est au public de tirer les cartes, sont également en ligne sur YouTube (avec Collignon, Desprez, Contet, Hoang, Lyregaard, Edsjö)...
Christelle raconte que nos sons la poursuivirent pendant des heures (ainsi que les parfums de la glace savourée au dessert !) et sur FaceBook Jonathan écrit : On m'avait prévenu : aller chez Jean-Jacques Birgé pour faire de la musique et partager c'est mettre la main sur un coffre-fort d'instruments, d'objets, de sons, de sensations, de souvenirs d'art et d'artistes, à la croisée de tous les sentiers, pour les enfants et les initiés, les poètes, ceux qui "ont du talent et qu'ont pas la grosse tête" comme le chantait Vassiliu. C'est en plaisir total qu'aujourd'hui, avec lui et ma grande amie la guitariste Christelle Séry, nous avons ag-gravé quatorze moments musicaux de pure improvisation...
Voilà, cela ne nous appartient plus. Au plaisir !

→ Birgé Séry Pontier, WD-40, en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org
comme 78 autres albums (sans compter les publications vinyles et CD),
soit 2035 pièces pour la plupart inédites d'une durée totale de 154 heures !

jeudi 17 octobre 2019

Eve Risser après un rêve


J'ai souvent raconté comme j'apprécie particulièrement le piano préparé depuis que j'ai découvert les Sonates et Interludes de John Cage et le disque de François Tusques au Chant du Monde. Son 33 tours faisait partie d'un lot de la collection Spécial instrumental ainsi que des livres des Éditions Sociales, le tout correspondant à mon salaire pour avoir sonorisé la Fête du Livre Marxiste en 1975 ! Ces dernières années de plus en plus de pianistes ont transformé leur instrument en orchestre de gamelan en insérant toutes sortes d'objets dans les cordes, tous avec talent, mais il est rare que ce soit sur un piano droit. Eve Risser ne recule devant aucun obstacle pour que ses rêves deviennent réalité. J'ignore quelles préparations elle utilise, chacun, chacune a ses petits secrets, mais je me souviens qu'en 2014 elle avait fixé des petits aimants sur les cordes de mon U3 lorsque nous avions enregistré Game Bling en trio avec Joce Mienniel.
Si elle intitule Après un rêve sa pièce solo qui est aussi le titre de son nouvel album, l'a-t-elle composée encore allongée dans son lit, dans cet état semi-comateux où le rêve risque de s'évanouir si l'on bouge ne serait-ce qu'un petit peu ? Sur la scène du FGO Barbara où elle enregistré ces 24 minutes en public, ses bras et ses jambes sont forcément présentes, dans le rythme soutenu qu'elle communique à nos propres membres, mais sa tête semble encore dans les étoiles, emportée par le lyrisme d'un nouveau romantisme. Est-il inspiré par l'Afrique comme Cage à son époque ou/et peut-être par le souvenir d'un amour que l'action de jouer saurait dissiper, laissant croire aux musiciens que la musique sublime les peines et amplifie le bonheur ? J'ai rédigé ma petite chronique avant de découvrir le poème de Romain Bussine qu'avait mis en musique Gabriel Fauré et que la pianiste reproduit à l'intérieur de la pochette. C'est bien ça ! Ça ? Lorsque j'écris ça je pense toujours au pôle pulsionnel de l'inconscient régi par le seul principe du plaisir. Sinon je préfère taper cela et je réserve ça au langage parlé. C'est bien, ça !

→ Eve Risser, Après un rêve, CD clean feed, dist. Orkhêstra, 16,50€

mardi 15 octobre 2019

ASM tout en couleurs


Comme j'ai du mal à comprendre le flow des rappeurs anglophones, l'environnement musical est pour moi capital. J'avais ainsi adoré plusieurs albums du label Chinese Man Records, Racing With The Sun et Shikantaza de Chinese Man eux-mêmes, SA.Mod Hot Sauce EP de Youthstar et d'autres dont je n'ai pas parlé entre temps. Comme dans Opération Blow Up d'Un Drame Musical Instantané, je trouve très agréables les intermèdes parlés entre les morceaux qui unifient l'ensemble, sans les silences souvent utiles mais certainement pas obligatoires. Du trio ASM c'est probablement au beatmaker Fade alias Rhino que l'on doit les samples de sheng (orgue à bouche), de cuivres jazzy, de funk, les ambiances petits zozios ou urbaines qui s'intègrent parfaitement avec la voix des MCs FP & Green. Color Wheel n'usurpe pas son nom, leur palette explose de couleurs variées auxquelles les accents de langage participent. Le titre de chaque morceau y fait directement référence, Sesame, Grape, Burgondy, Champagne, Flamingo, Crimson, Azure, Pine, Honey, Soot, Gold, Tobacco, Apricot, Bamboo, suggérant une piste aux hip-hoppers. Il paraît que leur style organique est empreint de jazzy Boom-Bap plutôt "old school" mais j'avoue m'y perdre dans toutes les spécificités rythmiques. Comme souvent dans cette musique, on retrouve des chanteurs invités, ici le Jamaïcain Cutty Ranks, La Fine Équipe (dont Mr Gib) & la Danoise Astrid Engberg, le Sud-Africain Stogie T alias Tumi Molekane, Miscellaneous, les Américains Mattic et Charles X, les Anglais Youthstar et Mali Hayes... Rien d'étonnant, ASM est composé d'un Allemand, d'un Canadien et d'un Britannique. Je regrette chaque fois de ne pas mieux comprendre les paroles qui sont souvent beaucoup plus intelligentes que dans le rock ou le jazz.

→ ASM, Color Wheel, CD/LP/digital Chinese Man Records, dist. Believe Digital / Differ-Ant, 13€ ou 20€, sortie le 25 octobre 2019

jeudi 10 octobre 2019

Le Tsapis volant et le piano oriental


Le dossier de presse accompagnant les deux nouveaux disques de Stéphane Tsapis évoquent un piano oriental sans en préciser le fonctionnement. C'est pourtant ce qui m'intéresse au premier chef. J'ai, pour ma part, accès informatiquement à des pianos virtuels offrant quantité d'accords, dont celui des quarts de ton. Je connaissais les pièces de mon compositeur d'élection, l'Américain Charles Ives, mais ce sont deux pianos accordés séparément à distance d'un quart de ton. Idem pour celui à deux claviers d'August Förster. D'autres compositeurs ont écrit pour des instruments plus faciles à adapter aux gammes orientales. J'ai toujours autant de plaisir à jouer sur mon synthétiseur Ensoniq VFX-SD le programme que j'ai créé il y a 30 ans, soit une préparation de trois gammes simultanées : un clavier bien tempéré, une gamme d'octaves à neuf tons (dont l'idée m'avait été donnée par l'octave à 43 tons de Harry Partch) et la troisième composée de quarts de tons renversés (cela signifie que les graves sont à droite et les aigus à gauche). Tandis que j'écoute avec ravissement Le Tsapis volant et Le piano oriental, je trouve enfin sur le Net l'explication du piano sur lequel joue Stéphane Tsapis...


Une pédale permet de faire bouger tout le clavier de quelques millimètres. Les deux premières cordes de chaque note restent accordées selon le tempérament, mais la troisième est en quarts de ton ! Rappelons que les marteaux d'un piano frappent la plupart du temps trois cordes accordées de la même manière. Il existe aussi un piano avec une seule corde par note, l'Una Corda ! Celui qu'utilise Stéphane Tsapis a sa propre histoire...


Dans les années 50 Abdallah Chahine avait imaginé et réalisé un prototype, actuellement localisé à Beyrouth, permettant de jouer à la fois les musiques orientale et occidentale. Les usines Hoffman à Vienne avaient soutenu son projet. En 2015, son arrière-petite-fille, Zeina Abirached, publie chez Casterman une bande dessinée où elle en raconte l'épopée. L'année suivante elle l'adapte pour la scène et Tsapis y endosse le rôle de Chahine, puis en 2017, celui de Beyrouth étant trop compliqué à faire voyager, le facteur belge Luc-André Deplasse transforme un Yamaha quart de queue blanc en son frère jumeau.


Le CD du Piano oriental accompagnera ainsi l'édition de luxe de la BD, mais on pourra aussi le trouver séparément. Certaines pièces sonnent comme un piano préparé, d'autres sont plus jazz. D'une pièce à l'autre, ces extraits du spectacle font voyager les auditeurs, et, plus encore, celui que Stéphane Tsapis enregistre avec son trio et six chanteuses. Pour Le Tsapis volant, il est en effet accompagné par le contrebassiste Marc Buronfosse et le batteur Arnaud Biscay avec qui il avait déjà enregistré Border Lines, du percussionniste Neşet Kutas, du trio vocal formé par Lynn Adib, Cybèle Castoriadis, Gülay Hacer Toruk, ainsi que de trois autres chanteuses, Maki Nakano, Valentina et Juanita Añez. Le compositeur joue également du piano tempéré, d'un Fender Rhodes et d'un Philicorda électriques.


L'album est charmant. Il se réfère à un Orient magique, proche d'images d'Épinal. Le jeu de mots du titre n'est pas volé. Il me rappelle le film soviétique Starik Khottabych (Grand-père miracle, en anglais The Flying Carpet) que j'avais découvert enfant. La fumée est celle d'un narguilé. Les pâtisseries sont délicieusement sucrées au miel. C'est le genre de disque que l'on peut mettre sur sa platine lorsqu'on est fatigué et que l'on souhaite se détendre. Les mélodies s'insinuent, les rythmes vous massent, et l'écart de ton vous emporte...

→ Stéphane Tsapis Trio & Friends, Le Tsapis volant, CD, Cristal Records, 13€, sortie le 8 novembre 2019
→ Stéphane Tsapis, Le piano oriental, CD, Cristal Records, 7,99€, sortie le 8 novembre 2019 / Avec la BD chez Casterman, 39€, en librairie le 6 novembre

lundi 7 octobre 2019

La crème de la batterie disparaît


Si Frank Zappa, Captain Beefheart et Jimi Hendrix étaient mes favoris, Cream fait partie des groupes qui m'ont particulièrement marqué lors de mes premiers pas en musique. C'était ce qu'on appelle un power trio et le premier "supergroupe" ! Guitare, basse, batterie, empruntant au blues pour improviser de longs morceaux sur scène comme les jazzmen. Wheels of Fire est un des premiers 33 tours que j'ai acheté à mon retour des États-Unis en 1968 et mon premier double, l'un en studio, l'autre en public. Un jour que nous jouions pour un rallye dans le 16e arrondissement, Francis Gorgé m'avait appris à interpréter Sunshine of Your Love au sax alto. Je me souviens comment il me montra le thème dans cette cuisine de La Muette avant que je me lance, bien lourd devant les danseurs endimanchés.


S'il m'est arrivé de bœufer accidentellement avec Eric Clapton chez Giorgio Gomelsky, Jack Bruce est le seul dont j'ai suivi le travail jusqu'au bout. C'était le plus expérimental du trio et j'adore sa voix "blanche" dans les disques de Michael Mantler. J'appréciais néanmoins le jeu de Ginger Baker, très influencé par la musique africaine, parce qu'il faisait chanter ses fûts comme tous les batteurs qui me plaisent. Blind Faith m'avait peu convaincu, mais le 29 mars 1970 j'avais assisté éberlué à un concert explosif de son Ginger Baker's Air Force au Lyceum de Londres, avec ses deux grosses caisses. Je recherchais ensuite des musiques plus bizarres jusqu'à monter mon propre groupe avec Francis cette même année. Baker était plutôt jazz. En 1994 il avait même fondé un trio avec Bill Frisell et Charlie Haden. Sa disparition hier m'attriste comme celle de Jack Bruce il y a cinq ans. Je doute que celle de Clapton me fasse le même effet...

mardi 1 octobre 2019

Sisters of Velveteen, un truc pas ordinaire


J'aime bien les trucs qui sortent de l'ordinaire. Ces derniers temps, lorsque je parle, j'emploie un peu trop souvent le mot "truc" parce que mon esprit syntaxique va plus vite que la recherche des mots justes. Il est possible que certains ou certaines aient du mal à me suivre. Je les comprends. Je les comprends justement mieux qu'elles ou eux en retour. Ça se comprend. Lorsque j'écris je fais des efforts pour choisir les termes exacts et éviter les répétitions. Cela ne m'empêche pas d'user de l'anaphore, figure de style typiquement musicale...
Comme mes oreilles n'ont pas de sens, entendre qu'elles sont orientées tous azimuts, mais qu'elles sont à l'affût du sens, le sens qu'on donne à sa vie, les raisons qui nous poussent à agir, à créer lorsqu'il s'agit d'artistes, je reste en état de veille permanente. De même qu'en général j'évite d'aborder les sujets rabâchés par les professionnels de l'information au profit de choses ou de personnes méconnues, par exemple des jeunes qui ont du mal à se faire une place dans l'encombrement des réseaux institués, ou des vieux laissés pour compte, à moins que je ne prenne tout simplement le contrepied de la doxa. Penser par soi-même exige de faire quotidiennement des exercices de souplesse parfois acrobatiques, quitte à en supporter les courbatures. Heureusement, on va beaucoup mieux après qu'avant ! Mais cela prend du temps...


C'est comme cela que je me suis retrouvé à écouter Sisters of Velveteen, trois filles qui vivent "au fin fond de la campagne tarnaise". Ruby (Katherine Pratt) chante et écrit les textes, Karmin (Loucine Harmel) joue de la flûte, chante et joue des percussions, Josepha (Christelle Carisetti) est à l'accordéon et à la clarinette, elle chante aussi... Holy Louis Boot, qui a produit, enregistré et mixé leur disque Secret Sacred Songs, ajoute quelques percussions, mais elles composent le plus souvent à trois. J'ai toujours bien aimé les trios féminins bizarres qui chantent en s'accompagnant, comme par exemple, dans le temps, Pied de Poule. Sisters of Velveteen sont plus rock, une sorte de folk incantatoire enraciné dans le quotidien, un chant de la nature porté par une Écossaise descendue vers le sud, une langue lyrique qui se parle parfois, le français faisant surface dans ces évocations anglophones, un groupe de filles écarlates qui font corps, un corps qui n'est pas de bois, mais qui flotte sur l'océan, paré pour les grandes traversées.

Sisters of Velveteen, Secret Sacred Songs, Slow Down People Records, sur Bandcamp

jeudi 26 septembre 2019

Smoking Mouse, euphonium et accordéon


Le duo accordéon-euphonium est une association gonflée, pas seulement par le soufflet et les poumons, mais parce que l'euphonium est un instrument grave, plutôt rare, surtout dans le jazz et en soliste. Aujourd'hui tout est possible. Un saxophone baryton remplace de temps en temps la contrebasse, et ici ce tuba ténor ou un flugabone, instrument à vent qui lui est proche comme du trombone à pistons, mélodise de son timbre velouté. Sur la bonus track, exceptionnellement en re-recording, Anthony Caillet emprunte aussi trompette, bugle et sousaphone tandis que l'accordéoniste Christophe Girard, qui compose presque tous les morceaux, passe aux saxophones alto ou baryton et au trombone. Les ambiances sont variées, tendres ou nerveuses, mais toujours lyriques. On se laisse agréablement porter par les tourneries et les digressions mélodiques...


Smoking Mouse, Terracotta, cd Babil, dist. Inouïes, 15€

mardi 24 septembre 2019

Boucan, ça va déborder


Pourquoi j'écoute toutes sortes de musique à l'affût de l'étincelle qui me donne envie d'écrire ? D'écrire mon article quotidien, certes. Encore que je souhaiterais éviter qu'il se transforme en compilation de chroniques. Je ne suis pas journaliste. C'est une activité militante et solidaire. Écrire, pour moi, c'est d'abord composer. Tant de chemins inexplorés s'offrent encore à mon imagination. Et lorsque j'écris "composer" il s'agit d'abord de rêver à des futurs plus ou moins possibles, parce que j'aime me jeter dans le son comme un plongeur du haut de la plus haute falaise. La dernière fois que j'ai voulu faire le jeune, je me suis néanmoins démis l'épaule ! Compositions instantanées et préalables se revoient la balle. J'enregistre régulièrement des albums avec des improvisateurs et des improvisatrices, sorte de laboratoire où retrouver la passion et l'innocence des premiers temps. Mais dans quelle direction se tourner quand on a l'impression d'avoir tout goûté, du rock aux musiques les plus contemporaines en passant par la chanson, l'orchestre symphonique, le théâtre musical, le jazz, l'improvisation libre, le ciné-concert, les lectures de texte et l'opéra, avec des centaines de camarades, avec des robots, avec mes machines ? Et chaque fois, à mon grand dam, les copains de s'esclaffer «ah, c 'est bien toi !», alors que je cherche sans cesse à me renouveler. C'est pareil pour le blog que je poste quotidiennement sur drame.org et Mediapart. Comment ne pas me répéter après 4243 articles ? J'oublie tout. Le blog me sert de mémoire. Je repars à zéro chaque matin, comme dans le film Un jour sans fin (Groundhog Day), sauf que je rêve que ma journée soit chaque fois différente et que je m'endorme en ayant appris quelque chose...


Tout ce préambule pour en arriver au groupe Boucan. Leur album Déborder est un condensé de rock en colère où la mort rôde en vain dans les mots face à la musique explosant de vitalité. Ils sont trois, c'est souvent un bon nombre pour écrire ensemble. Le contrebassiste Mathias Imbert (ex Imbert Imbert), le guitariste et banjoïste Brunoï Zarn, le trompettiste Piero Pepin s'en donnent à cœur joie pour dynamiter leurs bases. Ils ont fait appel à John Parish, collaborateur de PJ Harvey, pour enregistrer et mixer ce disque qui me donne envie de revenir au rock après mes récentes incartades avec les New-Yorkais de Controlled Bleeding.
Avec le rap c'est le lieu où le quotidien est le plus en adéquation avec ce que vivent les gens, pas seulement le petit réseau intello de Parisiens dont je fais partie. Les paroles y sont souvent plus politiques qu'ailleurs, la musique plus collective en comparaison des chorus interminablement bavards du jazz, mais là comme ailleurs les empêcheurs de tourner en rond échappant au formatage sont ghettoïsés par un système bulldozer, une absence de curiosité envers l'autrement. Pas facile de penser par soi-même et a fortiori de faire abstraction de la conspiration du bruit qui nous assomme à grands coups de répétitions. La pop, comme les médias aux ordres, martèle "Enfoncez-vous bien ça dans la tête !". C'est aussi là où le bât blesse, car échapper au rythme soutenu ou au consensus, c'est risquer l'isolement. N'ayant jamais su sur quel pied danser, j'ai choisi de rêver et réfléchir. Mais les miroirs sont traitres et la tentation est grande de prendre la poudre d'escampette...

Boucan, Déborder, CD, dist. L'autre distribution

lundi 23 septembre 2019

Mike Patton et Jean-Claude Vannier


Corpse Flower, l'album de Mike Patton avec Jean-Claude Vannier, ne plaira pas à tout le monde. Mais quel artiste peut prétendre à l'amour universel ? Pour comprendre ce qui nous touche, il faut souvent remonter à notre enfance et à notre formation culturelle. Tant de mélomanes ne supportent pas le jazz, pire, le free jazz, ou bien le rock, pire, le heavy metal, ou la musique contemporaine, il y a difficilement pire (!), ou les chansons, etc. J'ai la chance de ne faire aucune distinction entre les genres, tant que je suis surpris ou transporté, même s'il y a des formes qui me barbent, mais il suffit d'une exception pour que je sois dans l'incapacité de généraliser...
Après avoir zappé l'intégrale du Top50, affligeant de banalité et de médiocrité (une fois par an cela remet les pendules à l'heure d'aller y jeter une oreille avant de la reprendre rageusement), je suis content d'écouter un disque de chansons, avec celui de Hasse Poulsen la semaine dernière, qui me donne envie de le remettre sur la platine. Comme les artistes que j'aime, Mike Patton change de façon de chanter en fonction des paroles et de la musique, comme des rôles qu'endosserait un comédien, à la manière de David Lynch dans ses propres disques. Jean-Claude Vannier est toujours aussi inventif dans ses orchestrations tout en exploitant la veine de Melody Nelson qui l'a fait connaître comme sur le titre éponyme de l'album. Des cordes très sixties et des chœurs facétieux se mêlent aux guitares électriques. J'ai toujours un petit faible pour ce qui est déjanté comme Cold Sun Warm Beer, Hungry Ghost et A Schoolgirl's Day, plutôt que pour les kitcheries de crooner telles Insolubles ou Pink and Bleue, mais Mike Patton s'en sort très bien et Jean-Claude Vannier retrouve une nouvelle jeunesse.


Sur ce disque en noir et blanc, dont les couleurs renvoient au passé avec les moyens du présent, Mike Patton s'est entouré de musiciens aguerris tels le guitariste Smokey Hormel, le bassiste Justin Meldal-Johnsen et la batteur James Gadson, tandis que Jean-Claude Vannier ne restait pas en reste, proposant le guitariste Denys Lable, le bassiste Bernard Paganotti, le percussionniste Daniel Ciampolini (Vannier a souvent préféré leurs couleurs variées à la batterie), le souffleur multi-instrumentiste Didier Malherbe, le saxophoniste Léonard Le Cloarec et le Bécon Palace String Ensemble. Le tout fait corps, et, par un jeu de va-et-vient à distance, les deux artistes réussissent le pari de chansons pop plutôt barrées, si on peut dire cela de Tom Waits, Nick Drake, Robert Wyatt, Tom Zé, et de ce côté-ci Brigitte Fontaine, Camille, Claire Diterzi, Léopoldine H H, Babx, Orelsan, Michel Musseau, Fantazio, Sylvain Giro ou Gilles Poizat... Je cite des vivants qui me viennent à l'esprit, histoire aussi d'agrandir le cercle, mais il y en a certainement beaucoup d'autres.

→ Mike Patton et Jean-Claude Vannier, Corpse Flower, Ipecac Records, CD ou LP ou Bandcamp

jeudi 19 septembre 2019

Not Married Anymore


Comme le titre est en anglais on peut supposer qu'il n'a rien d'autobiographique en ce qui me concerne. Qu'ils soient professionnels ou amoureux, tous les divorces ne se passent pas aussi bien que les miens. Il suffit d'envisager la rupture au moment de la rencontre. Pas de cynisme, mais rien n'est certain, toute association est susceptible de s'interrompre un jour, ne serait-ce que par la disparition de certains protagonistes. Il me semble aussi que plus le mariage est chargé symboliquement, plus le divorce éventuel sera complexe. Les jeunes couples qui dépensent des fortunes pour marquer le coup n'auront souvent pas fini de payer les dettes contractées à cette occasion avant de se séparer ! Pour ma part je me suis marié deux fois le plus simplement du monde, sans aucun tralala, j'ai vécu dix et quinze ans de bonheur, et nous avons chaque fois divorcé à l'amiable, ce qui n'empêche évidemment pas la douleur de la rupture. Le mariage n'a rien à voir avec l'amour. Il s'agit seulement du regard de la société ou de se conformer à une loi facilitant ou pas le modèle familial. Je reste en bons termes avec presque toutes mes ex comme je l'écrivais il y a peu. Ce n'est hélas pas le lot de tout le monde. Au moins une fois j'ai vécu un enfer. Beaucoup s'entredéchirent, se font payer le déficit des années antérieures ou exhument les cadavres entassés dans les placards.
Hasse Poulsen semble avoir morfler un max ! Les années difficiles qu'il a passées avant de retrouver son indépendance lui auront au moins offert d'écrire un beau disque, certes amer, mais diablement prenant. Délivré du quotidien, au moment d'enregistrer les textes et la musique il ne l'était pas encore dans sa tête ou son cœur. Il est si douloureux d'accepter l'échec lorsqu'on s'est accroché à des futurs paraissant accessibles. Les lignes de fuite nous échappent, les parallèles finissant pas s'écarter à l'infini. Les paroles de ces 15 chansons sont terriblement justes et leur musique abstraitement bluesy. Combien de jours et combien de nuits à les ruminer avant d'accepter l'inéluctabilité de la rupture ? Il aura fallu beaucoup d'amour, de déceptions, de tentatives infructueuses pour s'y résigner. S'accompagnant seulement à la guitare, épaulé par le contrebassiste Henrik S. Simonsen, le batteur Tim Lutte et l'ingénieur du son Gilles Olivesi, le guitariste danois signe un album magnifique, digne des grands songwriters américains. Précisons que le Danois a une mère anglaise. Sur les photos de Denis Rouvre, Hasse Poulsen reste stoïque malgré le lait jeté à sa figure. Si celui-ci ne l'est déjà, on peut lui souhaiter que le prochain opus soit celui d'une renaissance, parce que la vie est faite de hauts et de bas, alternance de bonnes et mauvaises nouvelles, une course d'obstacles qui, au fur et à mesure que l'on avance, peut devenir de plus en plus facile à sauter, à moins de s'enfoncer dans le passé. Dans tous ses projets, y compris la collaboration que nous avons partagée sur La révolte des carrés avec Wassim Halal, Hasse Poulsen va de l'avant, remettant sans cesse son titre en jeu, car il n'est pire risque que de n'en prendre aucun.

→ Hasse Poulsen, Not Married Anymore, Das Kapital Records, dist. L'autre distribution, sortie le 18 octobre
→ concert du trio le 19 octobre au Triton, Les Lilas

mercredi 18 septembre 2019

Django par le Trio de Théo Ceccaldi


Cette rentrée sera définitivement marquée par les archets. Après l'Unis-Vers de Mathias Lévy, le nouveau Balanescu Quartet où Alexander joue en re-recording des deux violons et de l'alto, et Terry Riley par le Kronos, paraît un nouvel opus du prolifique violoniste Théo Ceccaldi que l'on retrouve également dans le nouveau CD du palpitant trio Daniel Erdmann's Velvet Revolution et avec qÖÖlp où figure aussi son frère Valentin Ceccaldi au violoncelle. Voici donc Théo, Valentin et le guitariste Guillaume Aknine céder à la mode du jazz musette, sauf qu'évidemment ces trois histrions se font un devoir d'honorer autant qu'ils dépoussièrent avec une fougue aussi lyrique que rythmique. Derrière la virtuosité se cache un nouveau romantisme. Alors ça swingue et ça rock, ça casse et ça recolle, ça prend son temps ou la tangente, ça s'accélère et ça revient au bercail comme si la musique était de toujours.


S'ils seront bientôt à Lyon, Eymet, Marseille, j'ignore quand ils seront à Paris. Je reproduis ci-dessus le lien vers l'un de leurs concerts, au festival Jazz sous les Pommiers au printemps dernier.

→ Théo Ceccaldi Trio, Django, Brouhaha, dist. L'autre distribution, sortie le 18 octobre 2019

lundi 16 septembre 2019

Mes premiers chants apaisants


Mes premiers chants apaisants, le nouveau livre-disque de Martina A. Catella est tombé à point. Ayant la garde de mon petit-fils pendant un long week-end, toutes les ressources étaient bonnes pour passer avec succès cette étape. Il n'avait encore jamais dormi à la maison sans ses parents. Comme il est très gentil d'habitude, il n'y avait aucune raison que cela se passe mal avec son "papou". J'ai le dos en compote et les genoux douloureux à force de monter les escaliers en le portant, mais ce fut une partie de plaisir. Il possédait déjà quantité de jouets musicaux et de livres-disques ou avec des boutons sonores dont le rock de Paco ou Mes premières comptines du monde qui l'enthousiasment, de répétition en répétition. Comme pour le précédent album illustré par Vinciane Schleef, le nouveau contient un CD avec les dessins de Raphaëlle Michaud et surtout 15 chansons du monde, plus 8 extraits accessibles en poussant des petits boutons en plastique. Comme il a 18 mois, appuyer dessus est évidemment ce qui lui plaît le plus, alors que je préfère m'allonger pour écouter le disque, et franchement je l'ai bien mérité...
Mes premiers chants apaisants plaira donc autant aux adultes qu'aux petits. Martina Catella a formé nombreux chanteurs et chanteuses au sein des Glotte-Trotters dont elle est la directrice artistique et pédagogique. Ma fille Elsa a, entre autres, profité de son formidable enseignement. Vous seriez surpris de connaître le nom de ses élèves ! Pour ce second recueil elle a encore choisi des chanteuses différentes pour chaque coin du monde. Carine Henry pour la France (Béarn) avec Chloé Breillot (également pour le Vénézuela), Anaïs Athané ou Tamara Pavan pour l'Italie, Solea Garcia Fons et Étoile Méchali pour la Lituanie, Thanh Huong pour le Vietnam, Hacer Gülay Toruk pour le Kurdistan turc, Alexandra Grimal pour l'Inde, Nuria Rovira Salat pour la Russie, Cathy Gringelli pour la Géorgie, Camille Ablard pour la Corse, Aya El Dika pour le Liban, Xanthoula Dakovanou pour la Grèce. Elle ouvre le disque au piano avec la Première Gymnopédie d'Erik Satie et Jean-Jacques Fauthoux qui chante, enregistre et arrange nombreuses de ces pièces. Les musiciens David Babin (Babx), Gregory Dargent, Xuân Vinh Phuoc, Rusan Filiztek, Henri Tournier, Ninon Valder, Issa Murad et quelques autres sont aussi de la partie. En plus d'être un bel objet, c'est envoûtant, extrêmement reposant, et nous voyageons ainsi, allongés sur un tapis volant !

→ Martina A. Cattela, Mes premiers chants apaisants, Editions Auzou, coll. Mes premiers livres à écouter, 16,95€

lundi 9 septembre 2019

Le Kronos dans l'orbite de Riley


J'adore le mélange des voix parlées, des bruits et de la musique depuis tout petit. J'écoutais des 33 tours où étaient enregistrées des histoires mises en sons comme La Marque Jaune, Buffalo Bill, 20 000 lieues sous les mers, des Tintin, des polars qui faisaient terriblement peur, mais aussi la Musique tachiste de Michel Magne ou Miss Téléphone. Comme nous avons déménagé en 1958, je peux dater que c'était avant mes 6 ans. Pour mon travail musical et sonore je me suis inconsciemment inspiré de ces premières écoutes. Alors je jubile lorsque je découvre des œuvres qui me rappellent le concept de partition sonore cher à Michel Fano ou qui intègrent des sons non instrumentaux.


Le nouvel album du Kronos Quartet est de ceux-là. Voilà 30 ans que Terry Riley écrit régulièrement pour eux. Pour Sun Rings (2002) il intègre des sons de l'espace recueillis par le physicien Donald A. Gurnett pour la NASA, grâce à la sonde Voyager à proximité de Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. David Dvorin les a échantillonnés et transformés pour qu'ils se mêlent aux cordes de David Harrington, John Sherba, Hank Dutt, Sunny Yang et au chœur Volti dirigé par Robert Geary. Comme avec Sunrise of the Planetary Dream Collector (1980-1984) dont Cadenza on the Night Plain, et Salome Dances for Peace (1989), Requiem for Adam (2001), The Cusp of Magic (2008), cette collaboration est toujours aussi magique. J'écoute Terry Riley depuis 1968 et le Kronos depuis 1985, et je ne me lasse ni de l'un ni des autres !
L’idée commune selon laquelle l’espace est totalement silencieux, en l’absence d’air pour propager le son, semble inexacte. Les ondes de plasma de la magnétosphère, puis celles du médium interstellaire au delà du vent solaire, ont inspiré le compositeur. C'est une musique de la nature qui va chercher loin dans notre histoire, même si j'ignore vers où me tourner, entre hier et demain. L'histoire et la géographie s'y confondent. Lorsqu'intervient le chœur, on plane déjà très haut. La suite des dix spacescapes se termine avec le commentaire de l'astronaute Eugene Cernan admirant la Terre depuis l'espace et l'écrivaine Alice Walker répétant "One Earth, one people, one love." On peut toujours rêver. Je refais le voyage plusieurs fois dans la journée. Décidément, après le disque de Mathias Lévy et celui d'Alexander Balanescu ces jours-ci auront été marqués par les archets. Ils décochent des flèches qui font mouche à tout coup, nous perçant le cœur et nous envoyant dans les cordes.

→ Terry Riley par le Kronos Quartet, Sun Rings, CD NonesuchVariete, 16,99€

mercredi 4 septembre 2019

Balanescu, retour aux sources


Bucarest était l'endroit idéal pour dégotter le nouvel album du Quatuor Balanescu intitulé Balanescu ou Music by Alexander Balanescu. L'information est inexacte, car l'album s'ouvre sur la Rhapsodie roumaine n°1 de George Enescu et qu'Alexander Balanescu joue en rerecording des deux violons et de l'alto, le violoncelle étant entre les mains de Nicholas Holland ! Tout le disque est un retour aux sources du violoniste et compositeur roumain né à Bucarest. C'est le dernier volet de sa trilogie roumaine après Luminitza (1994) et Maria T. (2005).
Lorsque j'habitais en face du Père Lachaise, je passais de temps en temps devant la tombe d'Enescu, pas très loin de celle de Georges Bizet. Sa Rhapsodie est probablement son œuvre la plus célèbre. Elle inspire à Balanescu une variation très personnelle, Transrapsodia. Figure aussi SoulEtude, une pièce autobiographique tout aussi enthousiasmante dont le sujet est l'exil, de ses souvenirs d'enfance à son voyage autour du monde et de lui-même. J'achète tout ce que je trouve du Balanescu Quartet comme du Kronos Quartet (vient d'ailleurs de paraître Sun Rings de Terry Riley !). L'un et l'autre quatuor ont une façon très rock d'appréhender la musique classique. Mais les disques du Balanescu, plus romantique, sont beaucoup plus rares !
C'est son quatuor qui interprète notre Sniper Allée sur l'album collectif Sarajevo Suite dont je fus le directeur artistique en 1994. C'est lui aussi qui accompagne Dee Dee Bridgewater sur la Prière de Sarajevo que nous avions composée avec Bernard Vitet sur un poème d'Abdulah Sidran. Je regrette seulement qu'Alexander ait conservé les partitions originales de ces deux quatuors que je ne retrouve pas pour les faire rejouer. Il existe une version live de Sniper Allée sur YouTube.
Son nouveau CD est, une fois de plus, étourdissant !

→ Balanescu Quartet, Balanescu, Universal Music Romania (2019)

lundi 2 septembre 2019

L'Unis Vers de Mathias Lévy


Mathias Lévy a plus d'une corde à son archet. La première est la sensibilité ou la finesse du jeu. Pas de notes en trop ni de bavardage comme chez tant de violonistes et musiciens de jazz. La seconde est la variété. Où qu'il soit il se transforme en caméléon sans perdre sa voix. Lorsque je l'ai entendu alors qu'il accompagnait la bandonéoniste Louise Jallu, mes oreilles n'ont fait qu'un tour. La troisième est son inventivité. Il suffit d'écouter le trio que nous avons formé en mai dernier avec la contrebassiste et chanteuse Élise Dabrowski pour l'album Questions. Mathias Lévy était venu me voir pour participer à l'un des laboratoires que j'ai inaugurés il y a déjà dix ans avec les improvisateurs les plus ouverts et les plus imaginatifs de la scène actuelle. Il m'a demandé de trafiquer électroniquement son jeu en direct aussi bien qu'il s'est saisi de mon saxophone alto ou de mon venova. Il doit sa soif d'apprendre sans cesse à son parfait placement dans le temps. L'équilibre entre le passé qu'il assume remarquablement, on l'aura apprécié avec ses deux superbes albums précédents Revisting Grappelli et Bartók Impressions, et un avenir façonné par son insatiable curiosité ne nous permet pas de savoir quel chemin il empruntera la prochaine fois...


Que dire alors de son nouvel album intitulé Unis Vers ? Qu'il porte bien son nom. D'abord, parce que son trio avec le contrebassiste Jean-Philippe Viret et le guitariste Sébastien Giniaux est un vrai groupe, ensemble solidaire qui interprétait déjà le surprenant Revisiting Grappelli. Les deux invités de marque, le violoncelliste Vincent Segal et l'accordéoniste Vincent Peirani s'y fondent excellemment pour cette traversée vers... Ensuite, cet univers est rempli de tendresse et de joie de vivre, de vivre la musique en oubliant tout le reste. Pas totalement non plus, puisque la Philharmonie de Paris lui a prêté le violon de Stéphane Grappelli pour cet enregistrement merveilleux. C'est le principe de la collection Stradivari, prêter des instruments historiques du Musée de la Musique, pour que le patrimoine se conjugue au futur. Mathias Lévy lui fait honneur tout en s'affranchissant des clichés, pétrissant cette pâte pour créer quelque chose d'inattendu, comme chaque fois.

→ Mathias Lévy, Unis Vers, Harmonia Mundi, dist. Pias, 17,99€
Concert le 17 décembre à la Cité de la Musique

jeudi 15 août 2019

Nous verrons... Simon Goubert


J'ai beau aimer certains disques, je ne trouve pas toujours les mots. Dix fois j'ai remis le nouvel album du batteur-claviériste Simon Goubert sur la platine. Des images me venaient. Des souvenirs émus. L'école anglaise. Kate et Michael Westbrook, Lindsay Cooper, John Greaves... Les voix sont très présentes. Chacune a son caractère. Sorties de leur contexte musical les voix bretonnes swinguent d'une manière très originale. Je l'avais constaté avec Lors Jouin. Ici Annie Ebrel sur des paroles de Pierre-Jakez Hélias révèle une poésie rare. L'Américain de Paris, Mike Ladd, est de tous les projets expérimentaux où le flow engagé du slameur est recherché. Et puis il y a les habitués de Magma et Offering où Goubert officiait, Pierre-Michel Sivadier et Stella Vander. Ladd et Sivadier ont écrit de beaux textes, à la vie, à la mort. La musique, délicate et déterminée, toute en nuances, les accompagne. Goubert, qui l'a composée et arrangée pour la plupart, a trouvé l'équilibre. Il a appelé ses copains, le flûtiste Michel Edelin, le saxophoniste Vincent Lê Quang, le clarinettiste Sylvain Kassap, la pianiste Sophia Domancich, l'organiste Emmanuel Bex, la contrebassiste Hélène Labarrière. Rien que du beau monde, dévoué à un projet longuement mûri, rêve devenu réalité. Un joli petit nuage dans un ciel retrouvé.

→ Simon Goubert, Nous verrons..., Seventh/Ex-tensions records, 17,99€, sortie le 6 septembre 2019
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