Jean-Jacques Birgé

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mardi 9 août 2022

Les gardiens du temple


Lorsqu'on vit avec des chats on se demande toujours qui sont les maîtres. Dans la plupart des cas les félins ont domestiqué les humains qui leur prodiguent caresses, massages, plus le gîte et le couvert, sans aucune contrepartie. Comme je descends dans le Massif Central, en mon absence mes amis s'occupent donc des bestioles et de la maison.


Django est souvent en vadrouille, de jour comme de nuit. Mais si je ne suis pas là il ne rapporte aucun trophée, cadeau qu'il dépose bien en évidence sur la moquette blanche. Je préfère cela à sa lubie de venir jongler avec une souris sur le lit vers trois heures du matin. Il est parfaitement sociable. Ni l'un ni l'autre ne mordent, ne griffent ni ne volent.


Oulala est plus timide, mais tout de même moins craintive que lorsqu'elle était plus jeune. Ils ont environ six ans. Ces derniers temps c'est la plus câline, mais je ne comprends rien à ce qu'elle me raconte alors que Django est très clair. Les chatières étant équipées de systèmes à puce pour éviter les déconvenues du passé, ils vont et viennent comme ça leur chante, mais Oulala ne quitte jamais le territoire. Un de ses fils, Milkidou, qui habite en face, vient squatter régulièrement le jardin...
À peine ai-je terminé mon petit article que je m'aperçois qu'hier 8 août était marqué par la Journée Internationale du Chat. Qu'est-ce qu'on invente pas comme trucs idiots ! Comme dans De l'autre côté du miroir je préfère fêter les non-anniversaires aux anniversaires, 364 contre un, y a pas photo ! Enfin, tout de même un peu, puisque je n'ai pas résisté, au risque d'une surchauffe des serveurs...

vendredi 15 juillet 2022

Pause estivale


L'habitude m'est restée de considérer l'année en suivant le calendrier scolaire. Celle qui s'évapore avec la canicule fut particulièrement chargée. Y en eut-il de différentes. Je ne sais pas. La mémoire fait ses choix. Septembre a toujours indiqué la reprise alors que le Jour de l'An marquait une simple pause sans signification. En juillet dernier je faisais donc mon tour de France des copains, avant mon opération de la thyroïde, et j'entamai une relation joyeuse qui vient de prendre fin avec les beaux jours. Tout s'est bien terminé et je peux penser à autre chose, ou plutôt envisager de laisser sereinement les évènements décider de mon avenir. Le virus ayant finalement réussi à me rattraper, je prends du repos sur une plage bretonne. La publication d'archives (un CD, deux cassettes, un vinyle 17 cm) et de nouveautés (un CD, un vinyle 30 cm et deux autres albums en ligne) m'a bien occupé, tandis que je renouvelais mon instrumentarium avec des machines électroniques très amusantes. Après une énième collaboration vidéographique avec le merveilleux collectif 4mn34, je viens de terminer l'application Sommeil de Marmotte commencée avant le premier confinement. Une autre partie de plaisir, l'appli, pas la gestion de la crise sanitaire qui a eu raison du spectacle lié à l'album Perspectives du XXIIe siècle ! Le film qui en découle sortira tout de même un de ces jours en DVD, et j'apprends à l'instant qu'il sera projeté en avant-première au Quai Branly le 24 septembre prochain. Je vous le disais. Septembre est un mois clé, signe de reprise, ou pas, cela dépend des années...


J'ignore encore si j'irai à Venise écouter la musique composée avec Jean-Brice Godet et Nicholas Christenson pour The Theatre of Apparitions de Roger Ballen dans la pavillon sud-africain de la Biennale. J'ai besoin de souffler un peu. Écrire quotidiennement, alternant chroniques militantes, introspection impudique et considérations généralistes, exige une discipline qu'il est bon de laisser de côté de temps en temps. Amateur de surprises, je laisse la porte ouverte. Par cette chaleur il est bon de faire des courants d'air...

mardi 12 juillet 2022

Une vie saine ?


Mes mouvements insomniaques sont probablement dus à un mauvais dosage du Lévothyrox. Je redescends la posologie à l'alternance 100mg/75mg qui me réussissait mieux. Cela prendra quelques jours avant de constater les effets. Recommencer à jouir d'une vie saine. 6 heures du matin, promenade quotidienne en marche afghane en traversant le Parc Josette-et-Maurice-Audin désert qui semble resté ouvert la nuit (en fait, quatre jours plus tard, la grille était cadenassée, ouverture après 8h, je contourne). 6h30, sauna. 7h, petit déjeuner. En général la publication de mon blog s'effectue après minuit ou bien au réveil. Vers 10h ma journée pourrait être terminée, mais le téléphone sonne, la liste des choses à faire revient au devant de la scène. Là, par exemple. Et puis c'est terminé.
Je suis en vacances. Je suis en vacances comme je suis au régime de la retraite. Chez moi cela ne signifie rien. Ma vie de travailleur acharné est une si longue présence, voire plusieurs dans ce mille-feuilles quantique qui m'obsède. Est-ce que je travaille sans cesse ou jamais ? Je ne m'arrête qu'en présence d'un tiers, ou d'une tierce. Un temps et deux mi, ça fait entier dans un monde à part. À part quoi ? C'est souvent en ne pensant plus à rien que les idées viennent. Ou au contraire, en inscrivant correctement les termes de l'équation. Alors le résultat vous saute aux yeux, il vous prend à la gorge, c'est bon. Mais combien peuvent l'entendre ? Je marche. Porté par un vecteur qui tend vers l'infini. C'est passionnant. L'infini. Ensemble. Je n'ai pas cessé de penser au dernier vers d'Apollinaire dans son poème 1904 que Poulenc mit en musique. Partager est le secret d'une vie saine. Cela ne se commande pas. Tombé des nues, je serai pris encore une fois. Ciel, moi mari ! J'aime tant les surprises, alors cette fois je laisse le temps faire son travail.

vendredi 8 juillet 2022

Grand-Papa et Grand-Maman


[...] Apercevant les deux cadres sur une étagère de ma tante Arlette [décédée en février 2020 à 95 ans] je n'ai pas reconnu mes grands-parents. Avais-je seulement jamais vu cette photo prise à L'Isle-Adam à la fin des années 20 alors qu'ils étaient encore jeunes avec leur fille aînée à leurs côtés ? La naissance de ma mère [décédée en février 2019 à 90 ans], qui ne porte aucun intérêt au passé, ni au futur d'ailleurs, réduisant ainsi la conversation aux sujets d'actualité, suivrait probablement de peu ces portraits de famille. Il n'y a presqu'aucune trace généalogique dans ses placards. Sur les images mon grand-père, pas encore chauve, porte la moustache et ma grand-mère, si elle a perdu sa taille de guêpe, n'est pas encore la grosse dame de mon enfance qui portait chapeau avec épingles. La bonhommie de Roland, la clope au bec, contraste avec le sourire forcé de Madeleine. Sur les rares photos que j'ai faites de Grand-Maman, elle tire la langue. Papa [décédé en janvier 1988 à 70 ans], qui n'avait pas eu de mère et dont le père n'était pas revenu d'Auschwitz, les appelait Papa et Maman, ce qui ne l'empêchait pas de se chamailler avec Grand-Papa, gaulliste fidèle.
Ma grand-mère [décédée en février 1966 à 67 ans], qui nous gardait le jeudi, se plaignait qu'avec mon taquin de cousin nous la fatiguions. Je revois Serge me promener en courant avenue Constant Coquelin avec la poussette en osier qui servait au marché ou lors de nos excursions au cinéma La Pagode. Lorsque Grand-Maman se réveillait de sa sieste, nous avions le droit à un bonbon, grande boîte ronde en métal cachée dans l'armoire au milieu des draps ou à une pastille Vichy dans la bonbonnière posée sur sa table de nuit. Plus tard j'aurai coutume de l'appeler pour lui annoncer le résultat de mes classements scolaires [Je sentais qu'il me fallait de bonnes notes pour attirer leur tendresse déficiente, elle comme ma mère. Elles étaient toutes deux très complexées physiquement]. Ses joues tendres rappelaient la guimauve et une odeur de poudre de riz s'envolait lorsque nous l'embrassions. Les deux photographies me font l'effet d'une découverte archéologique. J'y cherche la réponse aux énigmes de la famille, feuilletant mes souvenirs comme les pages jaunies d'un livre qui s'écrit paradoxalement au fur et à mesure que je grandis.

Pour évoquer mon grand-père maternel [décédé en février 1974 à 77 ans, décidément les débuts d'année, en particulier le mois de février, semblent fatals à la famille !], je joins à cet article du 27 janvier 2010 un plus ancien du 26 décembre 2008 et un très récent du 18 octobre 2021.

PARADE


Quand j'étais petit, mon grand-père m'emmenait chaque année assister à la Parade de la Garde Républicaine. Mon passage préféré était l'escadron motocycliste roulant au ralenti et tricotant d'étonnants enchevêtrements en équilibre sur leurs engins. L'ensemble ressemblait à un défilé militaire à travers les âges. Je crois que Grand-Papa aurait aimé continuer l'armée plutôt que faire le représentant en toile de tente. C'est comme cela que je m'en souviens. Il répétait imperturbablement l'histoire de sa jument qui s'appelait Arlette (comme son aînée !) ou nous donnait des cours théoriques de tir au mortier, surtout si mon cousin Alexandre l'y exhortait avant de prendre le large, nous plantant là. Pour mes exposés sur la Guerre de 14, l'officier de réserve, c'est ainsi qu'il aimait se représenter, me prêtait son casque de poilu, sa citation de blessé à Verdun et ses décorations. Il militait à la Protection Civile. Mon père le provoquait politiquement parce qu'il était resté gaulliste après 1945, il l'appelait Papa, lui dont la mère était morte de la typhoïde lorsqu'il avait trois ans et dont le père était parti en fumée à Auschwitz. Je l'aimais bien, même si les échanges étaient limités. Je me suis fait réformé ! J'entretenais par contre une vraie complicité avec ma grand-mère que nous appelions Grand-Maman. Il se prénommait Roland et elle Madeleine. Ma mère n'aurait jamais supporté que ses petites-filles l'appellent autrement que Geneviève. Le film transmis par Henri Texier m'a rappelé ses nuits de mon enfance que je partageais seul avec mon grand-père. Ah, la précision suisse, le chocolat, la neige, le paradis fiscal, ça grise !

GRAND-PAPA


Ayant souvent évoqué mon grand-père paternel, Gaston, disparu à Auschwitz, j'ai négligé ici Grand-Papa décédé à 77 ans lorsque j'en avais 21. Grand-Maman était partie huit ans plus tôt. Ils étaient nés tous deux à la fin du XIXe siècle et ma mère était la seconde de leurs trois filles. Tous les jeudis ma grand-mère me gardait avec mon cousin Serge, qui, quatre ans plus âgé que moi, se souvient de quantité de détails qui m'ont échappé. Grand-Papa était représentant en toiles de bâche pour les Établissements Jeanson à Armentières, il avait, entre autres, comme client Trigano dont le slogan au lancement du Club Méditerranée était "Le camping, c'est Trigano". Il aurait préféré faire une carrière militaire, mais sa famille l'en empêcha. Je me souviens qu'il avait connu Erik Satie et Max Jacob, mais je ne sais plus dans quelles circonstances. Grand-Papa avait la nostalgie de l'armée. Il racontait souvent comment il avait sauvé ses hommes dans les tranchées avec un petit coup de gnôle, la technique du tir au canon de 75 et au mortier, ou que sa jument s'appelait Arlette, prénom qu'il donna ensuite à son aînée ! J'aimais bien mon grand-père que mon père, son gendre, appelait Papa, peut-être pour avoir perdu le sien... C'était un homme gentil, un peu réservé, qui semblait vivre dans un autre monde. Comme à la fin de sa vie il conduisait pied au plancher jusqu'à couler une bielle, aucun de nous n'avait envie de l'accompagner, mais il en fallait toujours un qui se sacrifie. Les jours où c'est tombé sur moi, je n'en menais pas large. À la sortie du garage où il avait conduit sa 403 après un accident, il pouvait très bien emplafonner un autre véhicule et faire demi-tour aussi sec !
Écolier, puis lycéen, j'ai souvent fait des exposés sur Verdun où il avait été blessé et prisonnier en 1916 alors qu'il était officier aspirant ; j'emportais sa citation pour l'occasion, un casque de poilu et quelques médailles dont sa Légion d'Honneur. Grand-Papa la portait d'ailleurs à la boutonnière, une rosette rouge. Il avait participé aux deux guerres, été fait prisonnier à nouveau en juin 1940 dans le Cotentin, rapatrié comme chargé de famille avant de devenir chef du ravitaillement pour le Cantal, d'abord dans la Résistance (commandant dans les FFI), puis à la Libération. En fouillant dans les archives, mon cousin a trouvé une photo du Lieutenant Roland Bloch au 24ième Régiment d'Infanterie, qu'il pense avoir été prise entre 1924 et 1935. À l'époque les officiers étaient à cheval. On appréciera la longueur du sabre. Officier de réserve, il se tournera plus tard vers la Protection Civile. Il m'emmena chaque année revoir le Tombeau de Napoléon aux Invalides qui étaient proches de leur appartement de l'avenue Constant-Coquelin et à la Parade de la Garde Républicaine. Ce défilé de soldats en costumes à travers les siècles se terminait par les acrobaties de l'escadron motocycliste. Depuis, je n'ai jamais pu prendre vraiment au sérieux un motard de la police, me rappelant les figures incroyables qu'ils réalisaient debout sur leurs marche-pied. Quant à l'armée, j'ai préféré me faire réformer P5 plutôt que de perdre un an à jouer à la guerre. Il faut dire qu'à l'époque j'étais plutôt "Peace & Love" et qu'en 1975, sursitaire, je travaillais déjà comme compositeur dans le monde de l'audiovisuel.
Je ne possède presque aucun objet lui ayant appartenu. Ma jeune tante, qui vécut avec lui jusqu'à la fin de sa vie, s'est débarrassée de tant de souvenirs de famille qui auraient pu nous intéresser. Dont le piano, un crapaud qui trônait dans un coin du salon ! Quelques pipes dorment au fond d'un de mes tiroirs. Deux plateaux marocains en cuivre au grenier et deux vases réalisés à partir de culots d'obus. Je crois que c'est tout. De ma grand-mère, une sculpture représentant deux petits singes que j'aime énormément, un vase en verre vert Modern Style et quelques partitions. La dernière semaine de sa vie, comme le personnel hospitalier exhortait mon grand-père à se nourrir, il répondit qu'il ne comprenait pas pourquoi on l'ennuyait alors qu'il avait déjeuné le midi-même d'un homard à la crème au restaurant de la Tour Eiffel. Belle manière de tirer sa révérence !

mercredi 6 juillet 2022

Pouce !


Le chirurgien spécialiste de la main m'a répondu que j'avais évité les infiltrations, et a fortiori l'opération, en utilisant le pistolet masseur ! L'objet ne me quitte plus. À la moindre crampe, courbature, douleur physique, je fais marcher le marteau piqueur. Le résultat est instantané.
Ayant recommencé à découper et traiter plus de six cents fichiers son, j'ai compris pourquoi c'était le pouce gauche qui à son tour me faisait mal. Dans le studio, actuellement, à la main droite j'utilise une souris, mais ayant acquis un automatisme des gestes je force en torsion sur une articulation de l'autre main. Tous les trente fichiers je fais une pause pour ne pas devenir toqué ni me crisper, épargnant toute la chaîne qui va des poignets jusqu'aux cervicales. Je récupère petit à petit des jours sous l'emprise du virus, mais je suis encore très fatigué et tousser m'irrite péniblement la gorge. J'y vais doucement, changeant souvent de position, y compris en allant m'allonger de temps en temps, parce que je dors en confetti.


Nous complétons l'application sur tablette Un sommeil de marmotte dédiée à l'apnée du sommeil chez les enfants, entreprise il y a quatre ans et interrompue par la crise sanitaire. Je craignais que les jeunes comédiennes aient changé de voix, mais les tests sont rassurants. Lorsque j'aurai traité tous les fichiers américains je serai en vacances. Je passerai une dizaine de jours en Bretagne. Après je ne sais pas. Je suis invité à Köln (Cologne), dans le Massif Central, dans la garrigue nîmoise... Mais la vie réserve tant de surprises...

lundi 4 juillet 2022

Triste(sse) nécessaire


Petit moment de faiblesse dans une vie bien remplie. Je dois tant de bonheur à celles et ceux qui m'ont accompagné. À la musique aussi. Ma tristesse passagère a laissé le virus s'infiltrer dans mon bel équilibre. À son tour la fatigue physique a affaibli mes défenses psychologiques. Drôle de manière de terminer une histoire en tablant sur les gestes barrières. Le verdict était tombé : positif. J'erre d'étage en étage, m'arrêtant régulièrement au premier pour une sieste rarement réussie. Pas cette habitude. Selon les heures de l'insomnie, me coucher sur le dos semblait plus efficace que la position fœtale, mais la toux m'étouffe et des lames de rasoir labourent ma gorge. Ne pouvant rien avaler, j'ai déjà perdu cinq kilos. Il faut voir le bon côté des choses.
L'allegro de la première symphonie de Charles Ives ne fait plus son effet. Le ré mineur m'embarquait dans le sens du courant, mais je ne suis plus le même homme. C'est la résistance au mouvement qui rend malade. M'agrippant au clavier du piano, j'ai ressassé la même litanie. J'aurais pu faire tourner la seconde de Mahler. Résurrection porte bien son nom. Là encore ce n'est plus ça. Je tente le dernier Kendrick Lamar. Se livrer impudiquement fait vibrer les cœurs qui ne savent plus à qui s'adresser ou ruent dans leurs brancards. Trop sont anesthésiés. Nous vivons dans un monde soporifique.
Les questions existentielles sont reléguées à un égocentrisme que les croyants pensent éviter en consultant des professionnels tarifés. Comme s'il n'existait qu'une seule voie et ses variations, alors qu'on n'est pas plus mal portant sur les autres continents. À chacun/e sa solution. Pourquoi vouloir rendre la démarche incontournable ? Je me cabre. On peut avoir des convictions sans être un homme de foi. Ce sont les questions qui me meuvent, pas les réponses.
Ma détermination est souvent interprétée comme une précipitation. Pourtant rien ne se serait jamais concrétisé si j'avais respecté le planning des sentiments que la plupart s'imposent. Me jeter à l'eau m'a permis de court-circuiter ma timidité originelle. Ne croyez pas que ce soit simple. Combien de fois ai-je pris mon élan avant de sauter ? Combien de fois ai-je pris un râteau ? Mais combien de fois ai-je vécu de longues périodes de bonheur, très longues parfois !
La création m'offrait de devenir extraverti. L'inconscient ignore les contraires. Cette phrase lacanienne m'a permis de comprendre que tout est dans la syntaxe, mais que les nœuds sont les substantifs. En art comme au quotidien, l'interprétation est la clef du mystère. On ne peut pas remplacer un mot par un autre. Les résumés trahissent la pensée, mais j'aime tellement les ellipses que le montage cinématographique a apporté. À chaque cut, dans Présence de la mort, une histoire de fin du monde écrite en 1922, Ramuz proclame "c'est supprimé". Et Godard, qui s'est tant inspiré de cet autre Vaudois, de rappeler que ce qui est important c'est ce qu'on enlève, pas ce qu'on garde. Ce qu'il y a entre les plans. Dans ma propre histoire, qu'est-ce que je n'ai pas dit, suggérant, évitant, occultant ? La vie est énigmatique. C'est merveilleux. Reste à tourner la page, tomber le masque et vivre la cassure comme de l'histoire ancienne. Pour se faire, il faudra retrouver mes forces. Bien que multitâches, on ne peut pas se battre sur plusieurs fronts à la fois.

jeudi 30 juin 2022

Électrocution au révolver


Cette soirée du 13 janvier 2010 aura été une soirée mémorable, car c'est probablement la dernière à laquelle mon camarade Bernard Vitet s'est rendu avant de tomber malade. Elle revêt aussi une certaine importance pour le pianiste Benoît Delbecq qui avait émis depuis longtemps le souhait de passer une soirée avec notre ami, exceptionnel compositeur et trompettiste. Bernard s'est éteint le 3 juillet 2013 après deux ans et demi qui lui furent très pénibles.

Bernard Vitet se promène toujours avec de drôles de briquets qu'il achète à une Chinoise de son quartier. Il ne craint pas qu'un convive les embarque par inattention. Ce sont souvent des chalumeaux qui permettent d'orienter la flamme horizontalement. L'engin qu'il tient à la main pendant qu'il discute avec Benoît Delbecq est particulièrement pervers. Si l'on actionne la gâchette on reçoit une décharge électrique terriblement puissante. Le choc semble aussi fort que lorsque l'on touche du 220 volts. Pour allumer ses cigarettes, qu'il enchaîne les unes sur les autres malgré ses poumons fragiles, il doit agir sur le chien. L'atmosphère est enfumée. Fut un temps où nous travaillions quotidiennement ensemble avec Francis Gorgé. L'odeur de ses blondes court-circuitaient celle des Bastos de Bernard, mais à la fin de la journée le studio était envahi d'un nuage de poison. Je devais aérer pendant des heures après leur départ et j'avais fini par installer un avaleur de fumée faisant également office d'ionisateur. Aujourd'hui le moindre mégot empuantit l'espace clos et je dois vider les cendriers au fur et à mesure pour ne pas me sentir oppressé. Nous ne sommes plus habitués. L'atmosphère du salon est moins confinée, mais Françoise fait des courants d'air à nous faire attraper la crève.


Après le dîner, Benoît nous fait écouter son nouvel album en quartet avec le trompettiste norvégien Arve Henriksen, le batteur Lars Juul et son vieux complice Steve Argüelles trafiquant les sons aux commandes du logiciel Usine et de son filtre Sherman. Ce Way Below the Surface des Poolplayers est coolissime, nous attirant vers les grands fonds où la pesanteur est un vague souvenir. Je me sens plus proche de la musique de Benoît quand il prépare son piano que lorsqu'il en joue "nature". Le Bösendorfer du studio de La Mise en Circuit sonne alors comme un orchestre. J'apprécie toujours son élégance et le raffinement de son jeu tout en nuances, plus varié et évidemment mieux mis en valeur sur son nouvel album solo, The Civitella Project, également produit chez Songlines.
Nous réécoutons aussi Machiavel sur lequel nous jouons tous les trois. Le disque d'Un Drame Musical Instantané a été enregistré en 1998. Déjà douze ans [24 aujourd'hui] ! Benoît figure au sampleur et au synthé sur le premier morceau Night Knight avec Bernard à la trompette, Steve à la batterie et Philippe Deschepper à la guitare. Je produis les nappes de cordes et introduis pour la première fois du Theremin dans un morceau. Il joue aussi sur L'aiguille creuse, toujours avec Bernard, mais cette fois je me sers d'un processeur vocal et DJ Nem scratche remarquablement ses platines. Le disque a beau rassembler des pièces que nous avons composées Bernard, Francis et moi de 1980 à 1982, des remix d'Agnès Desnos, Étienne Auger, Luigee Trademarq et Steve, un faux vieux morceau avec le trombone Yves Robert, le puzzling de 3/3 par 1/2 où nous avions découpé trois disques noirs du Drame en trois morceaux égaux comme les parts d'une tarte, puis recollé trois tiers différents ensemble sur la platine du tourne-disques, et mon préféré, Crimes parfaits, avec la radiophonie de centaines d'échantillons que l'on appellerait aujourd'hui "plunderphonics", l'album, très électro, est étonnamment homogène. Antoine Schmitt a réalisé l'adaptation pour Mac et PC de la partie CD-Rom de Machiavel qui ne tournait plus sur les nouvelles machines et qui [est] téléchargeable gratuitement sur le site Internet qui lui [est] dédié.

Article du 14 janvier 2010

vendredi 24 juin 2022

Flou


Certaines périodes entretiennent le flou. Suivre le chemin tracé ou prendre la tangente ? L'école buissonnière est souvent plus riche que marcher dans les clous. Me livrant à un cache-cache avec moi-même, de temps en temps je m'y perds. Bouffées délirantes en mode zen ou réflexions posées de manière hirsute ? Impossible de suivre mes pas ! Mes poches sont remplies de rochers. Pas un petit caillou ! Avancer d'abord le pied gauche ou le droit ? Attendre à Paris ou devancer l'appel de la nature ? Il y a plusieurs façons d'aborder le jeu de construction. Le rêve a toujours été mon réel. La persévérance force la réalité virtuelle. Comme je tire sur la corde raide, les miracles se pointent, un jour ou l'autre. Parfois une nuit. Et la boule de tomber sur le zéro, ou sur le 7, qu'importent les chiffres, 60, 70, l'important est de relancer la roulette en ayant misé sur le bon numéro. Il faut souvent s'y reprendre. Contrairement au casino, on finit par gagner, déjà d'avoir appris à jouer...


Enfants, nous vivions en appartement. Je m'en suis échappé il y a 25 ans. Sentir les saisons par la pousse des arbres, par les abeilles qui viennent butiner le sexe des plantes, par l'eau qui tombe du ciel... Ce n'est pourtant pas la nature. Le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles, les pattes de qui, de quoi, me manquent. Mais ce silence reste souvent incompatible avec mon besoin de rencontrer les amis, passés ou à venir. J'aime tant les grands espaces.


Rendre la maison si accueillante qu'on y tient le registre des visites. Continuer sur la lancée. L'amplifier avec le temps qui se repaît de chacun et chacune de nous. Je pense toujours à la phrase de Cocteau : « Regardez-vous toute votre vie dans un miroir, et vous verrez la mort travailler, comme des abeilles dans une ruche de verre. » Orphée. Une salle de cinéma, évidemment ! Celle-ci est tout de même trop sommaire. Coupler le studio de musique avec une salle de spectacle. Partager le confort, la joie de vivre. Sinon, à quoi bon ?


Marché jusqu'au bac. Traversé la Loire. Emprunté des chemins. Les rendre dans les villages. Marcher. Respirer. Écouter. Humer. Goûter. Découvrir. Une, deux aspirations par le nez, apnée, une, deux expirations par le nez, apnée, ainsi de suite, à l'afghane. Le centre de Nantes est à 20 minutes en bus. J'en mets 30 pour atteindre Châtelet par la 11. Ici, dans la rue, les riverains me disent bonjour. On se croirait au Laos. Le ciel est bleu. L'océan à distance du Châtelet. Qu'est-ce que je fais ?

N.B.: j'illustre avec mes images, mais la première est de Julie Ramos, prise pendant mon séjour à Strasbourg la semaine dernière.

vendredi 17 juin 2022

Tamalou


Me voilà bien ! Je me demande quelle contrariété est venue bousculer mon bel équilibre. En quelques heures se sont réveillés mon genou, mon épaule, ma cruralgie et le pouce de ma main droite. Si tous sont du même côté, c'est qu'ils sont probablement liés. En réfléchissant un bon coup et en m'aidant du tapis de fleurs et du pistolet masseur, j'ai repris le dessus sur ces dysfonctionnements. Presque tous. Récalcitrant, le pouce, qui semblait pratiquement guéri, m'a empêché de dormir toute une nuit. J'ai fini par avaler deux gélules du cocktail Tramadol-Paracétamol. J'ai enfilé l'attèle qui m'avait servi il y a quelques mois et j'ai rebranché la souris verticale. La douleur s'est à peu près volatilisée, mais j'ai tout de même pris rendez-vous chez un spécialiste de la main. Cela fait des mois que je me bats contre un pouce d'abord gâchette, passé à un écart moindre que celui qui me permettait de faire des accords larges sur les claviers pianos. Avant-hier je n'avais plus de pince, "le pouce préhenseur" qu'évoque Furtado dans son sublime court métrage, L'île aux fleurs. Heureusement il me restait "l'encéphalogramme hautement développé" qui, d'après lui, caractérise les êtres humains. J'en fais donc partie. Cela me rassure à moitié. Étrange espèce qui marche sur la tête en se croyant debout.
Didier est passé avec de l'armoise, que les acuponcteurs chinois appellent moxa. Cela chauffait du tonnerre. J'ai tenu bon face à la chaleur de la braise près de ma peau. Je suis inquiet, car je ne suis pas ambidextre. Seule ma main droite sait faire des prouesses. Il fallait me voir lisser le joint silicone de la douche, énervé par ce double handicap. Méconnaissable, paraît-il. Je m'interroge maintenant sur mon côté gauche. Mon gros orteil, mon petit orteil, mon œil gauche... Mon père appelait cela "numéroter ses abattis". Pourrait-on fabriquer la moitié d'un homme neuf en prenant le meilleur des deux côtés ? Ma question est idiote, nous avons évidemment besoin de tous nos sens, organes, membres, j'ajouterais bien les amis et les amours, pour avancer correctement, pour vivre. Vivre, c'est une idée qui me plaît. Comme faire du neuf avec du vieux. Vous me voyez venir ?

jeudi 2 juin 2022

Coup de bambou


Il y a parfois des moments difficiles où les évènements vous échappent, où les choses se dérobent sous vos pieds, alors qu'on pensait que tout roulait comme sur des roulettes. Les miracles comme les catastrophes n'arrivent jamais d'où on les attendait. C'est le sel de la vie, le nectar des surprises. Rien n'est jamais acquis. Passé le choc de l'annonce, inattendue, j'ai toujours tenté de prendre les revers de fortune de manière expérimentale. À l'école de la vie on ne finit jamais d'apprendre. L'exercice consiste à se raccrocher aux branches, fussent-elles rameaux. Les bambous plient sous la pluie, sous la neige, dans le vent, et tant qu'il y a des larmes ils grimpent vers le ciel. Ils ne sont pas seuls. Toutes les plantes participent à cette élévation sous les rayons qui donneront leur miel. Que mes oreilles sont chaudes ! Je pensais tenir une musique nouvelle, elle s'étouffe d'elle-même. Miser tout sur le zéro peut déclencher la chute ou la résurrection. On fait la vaisselle, on abîme son corps pour recouvrir ce qui donne le vertige d'une nappe de sang. La loi des cycles dessine une sinusoïde où les bonnes nouvelles suivent les mauvaises, mais cette oscillation est à double tranchant lorsqu'intervient la réciproque. L'élixir allégorique empêche de se répandre. Rester flou n'implique personne d'autre que moi, sans entrer dans des détails qui relèvent de la psychanalyse, à commencer par celle que je n'ai jamais entamée. Penser aux autres, partout, tout le temps, c'est jouer les avant-centre. Car l'équipe gagne, me sauvant chaque fois du naufrage. Pas d'inquiétude, siouplez. La retraite échappe à l'influence par un jeu de transformations qui restera à jamais énigmatique. C'est bien comme Ça.

mercredi 1 juin 2022

Les pieds


Un jour qui déraille... Un jour comme un autre, chantait Brigitte Bardot, et Bernard l'accompagnait au bugle...
Après avoir hésité à publier un ancien article en le réactualisant comme je le fais de temps en temps, pensant que mes lecteurs/trices d'aujourd'hui ne sont pas ceux/celles d'hier, et quand bien même, ils/elles l'auront oublié, j'ai repensé à ma journée d'hier. Mon accoutrement était heureusement pas celui de la photo (prise le jour de l'acquisition de ces superbes chaussures il y a quelques semaines), photo que j'ai retrouvée tout à l'heure tandis que je cherchais un sujet d'article avec quelque lassitude. M'imposer cette discipline de publier sans faille quotidiennement m'interroge parfois. J'imagine que si j'y dérogeais je risquerais de m'arrêter pour toujours. Reparti d'un bon pas, j'ai pensé que mon aventure cycliste de midi m'avait fait les pieds. J'avais pourtant entamé la journée au centre de sport en bas de la rue avec le rameur et l'elliptique. Rentré tout de même un peu crevé, j'avais enfourché ma bicyclette, qui heureusement ne l'était pas, pour aller faire des emplettes coréo-nipponnes rue Sainte Anne. J'y trouvais tout ce dont j'avais besoin, différentes sauces de soja (celles qu'on trouve dans les magasins français ne leur arrivent pas à la cheville), des huiles (sésame noir, shizo), vinaigres (noir aussi, kaki et aiguilles de pin), des farines (riz gluant, soja grillé, patate, tapioca), pâtes soba et udon, ainsi que diverses préparations épicées (calamars crus, anchois séchés, feuilles de shizo, salade sauvage, etc.). Mes deux sacoches remplies à bloc pesant bien 35 kilos, ma chaîne sauta lorsque je passais sur le petit moyeu, celui qui permet de rentrer vite au bercail. Manque de chance, je n'avais avec moi aucun outil pour démonter le garde-boue et je tentai le tout pour le tout en mettant les mains dans le cambouis. Mettre les mains dans le cambouis est l'expression que j'utilise habituellement pour exprimer que, compositeur, j'aime me frotter à mes instruments. Réussissant par je ne sais quel miracle (car je ne suis pas bricoleur pour un sou) à réparer l'engin, j'avais les mains si grassement noires qu'une jeune femme qui prenait sa pause déjeuner devant son bureau eut la gentillesse de me proposer de l'eau et du savon. Je repartis d'un bon pied en pensant que j'avais eu du nez de me vêtir simplement ce matin-là. Il n'empêche que, ainsi chargé, la rue de Ménilmontant participa à mon rêve d'amaigrissement. Arrivé à bon port, il me restait à me détendre le dos que ma gourmandise avait forcément mis à contribution. Direction planche à clous dite tapis à fleurs. La journée était loin d'être terminée, je n'étais pas au bout de mes peines, mais cela c'est une autre histoire.

lundi 30 mai 2022

Hier j'ai perdu la mémoire


Hier j'ai perdu la mémoire. Pas vraiment la mienne, mais un peu tout de même. J'ai trop tard découvert que je possédais déjà la dernière version du logiciel. C'est vraiment idiot. Tout ça pour ça. Suivant les indications du mode d'emploi j'ai réinitialisé la pédale d'effets qui m'avait pris tant de temps à programmer. Les indications d'Eventide étaient-elles erronées ou aurais-je appuyé sur une mauvaise combinaison de boutons ? La manipulation consistait pourtant à sauvegarder les programmes sur mon ordinateur avant la mise à jour de la H9Max. J'avais heureusement griffonné pas mal de notes au dos de feuilles de papier usagées, mais mes dernières programmations se sont volatilisées en un instant. Comme je ne les avais encore jamais utilisées, je ne me souviens d'absolument rien, si ce n'est que j'étais très content de ce que j'avais bidouillé. Ce genre de mésaventure est devenue monnaie courante. Avant l'informatique, le feu ou l'eau, le bris ou le temps faisaient disparaître ce à quoi nous tenions. Il faut s'habituer. Rien n'est éternel. Nous ne le sommes pas. Il arrive souvent que nous travaillions pour rien. Cela fait partie de l'incessant processus d'apprentissage. Je vais donc suivre le même protocole que la première fois. Mieux, comme si c'était la première fois ! Avec des oreilles neuves...
La mémoire est un sujet qui m'a toujours passionné. Toute la mémoire du monde, comme chez Alain Resnais. Babel. La saturation du disque dur lorsqu'on vieillit, nous obligeant à jeter des informations pour en accueillir de nouvelles. Le choix, justement, de ce qu'on garde. Le tri. Les trous, de ceux qu'on a sur le bout de la langue. Le recours au livre ? L'informatique change la donne. Mutation de l'espèce. Je connaissais par cœur pratiquement tous les numéros de téléphone de mon calepin. Je dois réciter le mien pour ne pas l'oublier. Je pouvais retrouver un passage d'un bouquin grâce à son emplacement physique dans la page et dans l'épaisseur de l'ouvrage. La liseuse efface ces traces. Je savais dans quel cinéma j'avais vu tel film. Aujourd'hui c'est simple, puisque je les ai tous sous la main. On me dit souvent que j'ai une mémoire phénoménale. C'est le contraire. J'envie les musiciens qui jouent sans partition, les comédiens sur scène... J'ai toujours été très bien organisé. Les petites fiches cartonnées ont laissé la place aux bases de données. J'ai indexé les CD-R sur lesquels dorment mes archives. La fonction Spotlight et le champ Rechercher de mon navigateur, voire de ce blog aux 5000 articles, tiennent lieu de bouée de sauvetage quand je me noie en puisant en vain dans les méandres de mon cerveau. À ma fille qui avait eu une dissertation à rédiger sur le sujet, j'avais répondu qu'il faudrait une seconde vie pour se rappeler de la première. Je ne me souviens même plus comment je pensais terminer cet article.

mardi 15 mars 2022

Cachez ce sein que je ne saurais voir


On peut faire dire ce que l'on veut à une photographie. Son sens glisse entre les doigts comme une sirène que l'on saisirait par la queue. Se laisser porter par la rêverie et l'on invente des dizaines d'histoires. La quantité des interprétations possibles d'une œuvre lui confère sa valeur. Ainsi la Joconde en offre autant qu'il existe de visiteurs attentifs.
Sur la plage, l'homme semble regarder la fille aux seins nus à la dérobée sous une drôle de coiffe confectionnée à partir d'un sac en plastique. La grosse montre qu'il a gardée au poignet indique son souci de la précision. Rien n'a pu être laissé au hasard, ni l'anonymat de la fille dont on ne voit pas la figure, ni la ligne sur laquelle évoluent tous les personnages présents à l'écran, tournant le dos à la mer comme trop occupés par ce qui se passe du côté des dunes. Mais de cela, on ne saura jamais rien. Le geste qui pourrait être celui de la pudeur enserre le corps féminin dénudé dans l'étau triangulaire formé par le biceps, le poing et le regard en coin du Tartuffe. La masse de chair du colosse contraste avec la silhouette frêle de la jeune femme. En appuyant sur le bouton de son appareil, le photographe saisit le geste d'un autre voyeur.


Pure invention de ma part. C'est se faire du cinéma. Si l'horizon dramatise la situation en rendant toute fuite vers le large impossible, la réalité est tout autre, invisible à qui n'en fut pas le témoin. Elle n'en est pas moins cocasse. Nulle tentative de suicide par asphyxie, la scène, sur le second cliché, reste d'autant plus énigmatique que le corps près des vagues est bizarrement penché, comme tombant en arrière. Déséquilibre inexplicable sans la présence du vent. Les bourrasques laissent deviner la résistance offerte par un cerf-volant acrobatique sur la plage désertée. Comme je m'étais moi-même recouvert la tête de mon T-shirt pour éviter les réflexions du soleil en imitant les appareils à plaque d'antan avec le Lumix sans viseur, Serge s'était fabriqué une astucieuse cabine téléphonique de fortune pour entendre son interlocutrice malgré le bruit assourdissant qui soufflait tout autour de nous. Le reste est un mélange d'affabulation et d'observation, une interprétation parmi d'autres.

Article du 25 juillet 2009

vendredi 4 mars 2022

Merci à vous tous et toutes


Merci à vous toutes et tous qui m'avez envoyé vos vœux et encouragements ! Vous avez contribué à ce que je garde un moral d'acier. La scintigraphie de ce matin indique que je suis sorti d'affaire. Il restera les contrôles tous les six ou douze mois, mais je tourne une page... En avant la musique !

Deux jours et pourtant


Mon isolement hospitalier n'aura duré que quarante-huit heures. Le principal désagrément fut essentiellement la nécessité de boire quatre litres d'eau par jour pour éliminer la radioactivité de l'iode 131. Je dois continuer les prochains jours, quitte à pisser tous les quarts d'heure ! Je voyais les infirmières seulement à travers le hublot de la porte plombée lorsqu'elles m'apportaient le plateau repas. Je mangeais tout et regrettai même que la collation du goûter annoncée sur une affichette ne soit que pure fiction. Les aliments ne correspondaient pas toujours au menu imprimé, mais quelle importance ! En isolement les trois repas sont les seuls indicateurs du rythme quotidien, avec le soleil qui se lève et se couche. Je ne pouvais m'empêcher de penser à la réclusion des prisonniers, même si la plupart peuvent prendre un tout petit peu l'air de temps en temps, de quoi devenir fou. Ici les fenêtres ne s'ouvrent pas et toute sortie est définitive. Invité par Nicolas Frize il y a une quinzaine d'années, j'avais fait une intervention à la prison de Fleury-Mérogis auprès des longues peines, à l'époque d'Alphabet. Cette visite m'avait beaucoup appris sur les conditions d'incarcération. À Saint-Louis le personnel est autrement plus prévenant, presque digne d'un grand hôtel. Et puis j'ai pensé que j'aurais du mal à partager la vie des sous-mariniers. Pourtant mon isolement n'aura duré que deux jours. Cela m'a rappelé le siège de Sarajevo où j'étais resté trois semaines alors que ses habitants y ont été séquestrés plus de trois ans. Il m'en avait fallu un pour m'en remettre. La seconde nuit j'ai fait des rêves ou des cauchemars qui mélangeaient fiction et réalité. Je me souviens avoir pensé que tout est documentaire.

Depuis l'annonce de mon cancer thyroïdien j'avais décidé de tout prendre expérimentalement. Comme la Claudette qui, ayant couché avec Jimi Hendrix, s'était proclamée avoir été "experienced" ! Si je me suis intéressé à mon cas médical, j'ai bien joué avec la télécommande du lit, les volets coincés et les connexions énigmatiques d'Internet. J'ai regardé par les fenêtres les gens qui n'imaginent pas qu'un jour ils seront probablement de ce côté de la rue, ou peut-être l'ont-ils déjà été ? J'étais déjà entré dans un hôpital en visiteur ou en accompagnateur, mais c'est la première fois que je me faisais opérer. À l'avenir, au minimum, j'aurai droit à des visites de contrôle. Je préfère tout de même d'autres aventures comme celle qui m'attend dans les Cévennes, en pleine nature. Penser à ma santé ne m'empêche pas de travailler ni de créer, mais le grand projet qui me titille avance au ralenti. Si la scintigraphie de ce matin s'avère rassurante, j'espère m'y atteler sérieusement.

Heureusement les affaires roulent toutes seules, puisque fin mars sortira déjà le CD que j'ai enregistré le 14 février en compagnie de Francis Gorgé et Dominique Meens pour le retour d'Un Drame Musical instantané, suivi du vinyle 30 centimètres de mon duo avec Lionel Martin dont la pochette est une magnifique sérigraphie d'Ella & Pitr, sans compter l'exhumation de mes archives comme avec le Drame en 1976 sur une face de 33 tours, l'édition CD du vinyle Les bons contes font les bons amis de 1983 et encore tout un tas de trucs que j'évoquerai en leur temps. Il n'y a que pour les concerts que je ne croule pas sous les propositions. C'est un secteur où les organisateurs et les musiciens ont la mémoire courte. La mémoire est un concept qui se conjugue à tous les temps. Le futur est mon préféré. Tout le monde ne le partage pas.

mardi 1 mars 2022

Rendez-vous au bac à sable


Après avoir été le jardin de mon enfance, le Palais-Royal est devenu mon ministère. Je ne l'exerce plus guère, mais je ne désespère pas de déclencher la manne providentielle pour monter quelque nouveau projet qui ne se ferait pas sans elle [les équipes qui s'y sont succédées m'ont fait rapidement abandonner cette idée au profit d'une indépendance salvatrice]. Le drapeau flotte sur la marmite tandis que je tourne le dos aux appartements de Colette et Cocteau, aux boîtes à musique Anna Joliet (100 euros la programmable, mais 500 pour les douze sons, c'est trop cher !) et à la rue Vivienne où nous habitions dans un ancien hôtel de chasse de Richelieu [c'était un meublé sous les toits, un bout d'appartement]. Le quartier a bien changé depuis les XVIIe et XXe siècles ! J'allais à la maternelle dans cette même rue... Deux jours avant que le nouveau ministre adorateur de monarchies [Frédéric Mitterrand] n'annonce sa nomination, Antoine et moi l'av[i]ons croisé rue Saint-Honoré en train de faire du lèche-vitrine devant un antiquaire, un barreau de chaise au bec et l'air étonnamment guilleret. Ne pensant qu'à la proximité de notre clapier au Musée des Arts décos, nous avons raté le scoop, ce qui nous fait une belle patte de lapin. C'était probablement son dernier jour de liberté. Pour en revenir aux mammifères à poils que nous gardons [voir notre opéra Nabaz'mob pour 100 lapins connectés alors exposé dans une aile du Louvre], les roses trémières et les roucoulements de pigeons faisaient obstacle à dresser un pont entre l'enfance de l'art et les colonnes du temple, ou l'inverse, soit l'art de l'enfance et le temple des colonnes. Si vous trouvez ce billet ésotérique, mettez-le sur le conte du jeu de mots et de la rêverie bucolique que m'inspire souvent la traversée du jardin, une délicate régression.

Cet article du 10 juillet 2009 me replonge dans une enfance d'un autre siècle. En vieillissant on creuse la terre et, avec un peu de recul, se révèlent des couches géologiques dont on peut admirer la coupe transversale. Le nez collé à la vitre ne permet que de pâles réflexions. Il y a quelque chose de schizophrénique à essayer de se souvenir. En avançant on accumule de nouveaux sédiments, comme aujourd'hui où je rentre à Saint-Louis pour avaler 100mCi d'iode 131 à 3700 MBq.
"L'iode 131 est un des isotopes de l'iode, émetteur β- et γ. Il est obtenu par fission d'uranium 235 ou par bombardement neutronique de tellure stable. La période de l'iode 131 est de 8,06 jours. Il décroît en xenon 131 stable par émission de rayonnement gamma de 364 keV (82%), 637 keV (6,8%) et 284 keV (5,4%) ainsi que de rayonnement β-d'énergie maximale 606 keV, absorbé à 90% sur 0,8 mm de tissu biologique."
Je n'émettrai hélas aucune lumière particulière permettant de faire des photos originales de l'artiste. Par contre, depuis l'annonce de mon cancer thyroïdien je prends l'ensemble des opérations de manière expérimentale, atténuant ainsi autant que possible les répercussions psychologiques ! J'ignore si je pourrai publier de nouveaux articles depuis ma chambre plombée, ou s'il me faudra attendre, jeudi prochain, de sortir de mon isolement.

mercredi 23 février 2022

Idiot


Lorsque je ne travaille pas comme un damné, je suis terrassé par un gros rhume avec une toux qui me file des courbatures comme si on m'avait passé à tabac. Le test est négatif. Je n'ai pas de fièvre. Mais ça ressemble à une grippe. J'ai un alibi en or pour continuer à publier d'anciens articles dont je corrige les liens. En attendant j'enfile la robe de chambre des malades, celle de ma grand-mère en laine des Pyrénées. J'ai probablement attrapé un courant d'air dans le hall de la Gare Saint-Lazare ou sur le parvis de celle de Caen, ou bien aux deux, parce que le vent soufflait, glacial et brutal, et j'avais laissé mon pull-over dans la valise. On fait des trucs idiots parfois. Je n'aurais peut-être pas dû marcher le long de la plage d'Asnelles le lendemain, même si j'avais cette fois pris mes précautions.


On fait des trucs vraiment idiots parfois. J'ai laissé pendre mon bel imperméable le long de ma roue de vélo. J'entendais bien un bruit bizarre, comme la voix céleste d'une harpe éolienne. Voilà. Il brûlait par frottements. 280 bouteilles en matière plastique ont été nécessaires pour fabriquer mon Maium. Comme coupe-vent il s'impose. On dirait maintenant que je l'ai laissé traîner dans le cambouis. Ce n'est pas grave, c'est juste idiot. Comme j'ai la tête comme une citrouille, je fais, je dis, n'importe quoi. Peut-être suis-je inconsciemment inquiet par la perspective de retourner prochainement à l'hôpital avaler une gélule d'iode radioactif ? "C'est sans danger, sans danger !" Depuis le début de mon cancer thyroïdien, je prends tout expérimentalement, mais dans je il y a l'autre. Je le sens. Le rimbaldien me travaille au corps. C'est idiot.

lundi 21 février 2022

L'avance de l'ombre


De mon père j'ai hérité la première charade dont je me souvienne : " mon premier est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon second est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon troisième est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs (à cet endroit mon père ne faisait qu'accélerer son débit de paroles jusqu'à le rendre à la limite du compréhensible par un effet de vitesse et d'emballement), mon quatrième est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon cinquième est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon dernier est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, (là mon père marquait une pause et concluait à bout de souffle et soulagé) et mon tout est une boisson rafraîchissante !? ". Pour l'anecdote, je suis né rue des Martyrs, ou plus précisément dans une impasse qui y prend sa source, Cité Malesherbes.
En dévalant le macadam comme un fou depuis la Porte des Lilas jusqu'à la Bastille, je vois mon ombre qui s'allonge devant moi comme si elle me précédait dans le temps. Elle arriverait plus vite que moi à mon rendez-vous si je n'entamais un virage déterminant Place Voltaire. Avant de reprendre le dessus, je saisis d'une main mon appareil dans le panier du Vélib et j'épingle l'arrogante qui me montre la route. Il ne me reste plus qu'à savourer la solution de ma charade, citron pressé, breuvage tout indiqué par cette température.

Article du 1er juillet 2009

vendredi 4 février 2022

La nostalgie du futur


Il y a trois ans, à la mort de ma mère, nous avons vendu son appartement dont la terrasse offrait un panorama à 360° sur Paris et la banlieue. Michel rappelle de temps en temps les fêtes extraordinaires qu'adolescents nous organisions sur le toit, projetant les images du light-show sur l'immeuble d'en face. Maman savait le nombre de copains entassés dans ma chambre aux paires de chaussures laissées à l'entrée. Mes parents faisaient figure d'exception de nous laisser fumer des pétards sans commentaires. Ils se souvenaient avoir été jeunes eux aussi, ce que certains ont piteusement effacé. Il est certain que nous sommes parfois inquiets pour nos progénitures, sachant les terribles accidents auxquels nous avions miraculeusement échappé, ou pas.

Lorsque j'avais 15 ans nous avons déménagé de la rue des peupliers à la route de la Reine. C'était juste après 1968 et avant mon entrée à l'Idhec qui coïncidera avec la vie en communauté rue du Château. Nous passâmes alors des conventions familiales aux rêves d'aventures vers lesquels notre adolescence nous conduisait par tous les sens. Pendant les années qui avaient précédé, j'avais déjà tâté de ce que la jeunesse offre de meilleur. L'indépendance fut dès lors le maître mot. Pendant mes années de lycée, j'avais moins souvent regardé par la fenêtre que je ne m'étais plongé dans l'obscurité fluorescente de la lampe de Wood ou dans des rêveries stéréo prises entre les deux oreillettes de mon casque hi-fi.
En prenant cette photo depuis mon ancienne chambre [...] certains détails attirent mon attention : une petite pièce en avancée sur la façade d'en face, le mur quasi aveugle qui surplombe la station-service, la route toute droite jusqu'au pont de Saint-Cloud et le Parc ! C'était ma campagne, mes sous-bois, ma jungle.
Tout au fond ses collines surplombaient des images d'enfance où nous donnions rendez-vous à mes grands-parents sur l'immense pelouse. Depuis la banquette arrière de la Peugeot 203, la majestueuse grille d'entrée en fer forgé menait forcément à quelque château de cape et d'épée. Un gardien distribuait des tickets. Il fallait ensuite emprunter de longues allées rectilignes avant d'atteindre l'autre bout du Parc, plus secret. Jeune homme, j'alternerai de romantiques promenades à l'humide odeur d'humus et les miniatures japonaises du Jardin Albert Kahn. Le parc se prêtait aux confidences, le jardin aux photos-souvenirs.
Comme j'essaie de me rappeler cette époque lointaine, je suis étonné de constater le nombre de vies qu'un être humain est susceptible de posséder, et de perdre. En regardant les jeunes gens dans la rue, je comprends que certains plaisirs me sont désormais interdits, mais que les ayant déjà vécus je ne peux avoir aucun regret. J'ai déjà été jeune, serai-je jamais vieux ? S'il est une nostalgie, elle ne peut venir que ce dont on ne sait rien encore et qui pourrait nous échapper. Ma curiosité est plus forte que mes dépits. Je m'accroche, je dévore. Pour goûter la saveur du présent et envisager l'avenir et son cortège de surprises, je n'ai d'autre choix que de mettre en perspective ce qui m'a fait comme je suis. L'histoire. Tout à l'heure je disais à Sacha que j'accorde autant d'importance aux inventions les plus renversantes qu'aux sources premières dont elles sont les variations rebelles. L'origine du monde et l'ève future dans le même bain. Le blues ancestral et l'utopie la plus abracadabrante. La régression primale et la pensée la plus pointue. Le grand écart.

Article du 30 mai 2009

mardi 25 janvier 2022

Ma main au feu


C'est étrange de retrouver cet article du 12 mai 2009, et cette photo, alors que mon trackpad m'a récemment zigouillé le pouce droit. Je me suis retrouvé avec un pouce à gâchette, le nerf ne glissant plus dans sa gaine. Alors que les géniaux praticiens attitrés qui me sortent habituellement des ornières n'ont pas pu régler mon problème, le bon docteur Hoang m'a astucieusement conseillé d'acquérir une souris verticale et cela commence à aller mieux. J'avais essayé lamentablement la tablette graphique qui n'est vraiment pas faite pour moi. En dehors de cela je me prépare à avaler une gélule d'iode radioactif, car mon cancer de la thyroïde n'était pas aussi "sympa" qu'annoncé. Je trouve néanmoins qu'en vieillissant je vais de mieux en mieux et supporte la douleur beaucoup plus facilement que lorsque j'étais plus jeune. Je vois tout ce qui m'arrive de manière expérimentale. Il n'y a que l'autre qui est en moi que je ne contrôle pas et qui fait des siennes à des moments où je ne m'y attends pas !

Même pas mal ! J'en ai déjà parlé, j'apprends à contrôler la douleur. Comme je ne suis pas masochiste et que je ne fais pas exprès de me faire mal, je ne peux pas tester mes théories quand ça me chante. Depuis quelques années, je travaille sur la brûlure jusqu'à non seulement ne plus la ressentir, mais ne même plus en avoir de trace. J'en étais si convaincu samedi que j'ai montré [...] le mauvais endroit de ma main ! Pourtant un peu au-dessus, on voyait très bien la marque... Revenons en arrière jusqu'au grill que je touche en enfournant un poulet fumé à la mode chinoise. Ma peau ressemble alors à une viande dorée à souhait. Impressionnant. Je pose un glaçon illico sur la plaie pendant une dizaine de minutes tandis que j'étudie les sensations successives provoquées par la chaleur et le froid conjugués. J'enfile les adjectifs comme des perles sur le chapelet de mon imagination jusqu'à presque regretter de ne plus rien sentir. Quel autre secret possède le fakir qui marche sur des braises ? La brûlure finit par ressembler à celle du piment que j'affectionne plus que de raison. Je tiens l'analogie. Cela en devient agréable. La grosse sangsue rougeâtre devient un tatouage éphémère qui disparaîtra comme toutes les autres blessures. Enfin, presque toutes. J'ai sur la cuisse un coin de peau particulièrement doux qu'un bistouri dessina lorsque j'étais enfant. Comme si la leçon n'était pas suffisante, je plonge la même main dans les orties [...] pour la soupe. Pas de trace cette fois, mais une anesthésie électrique et collante qui monte en pointe vers le poing. Stop. On arrête là les expériences. Aller dans le sens de la douleur, l'apprivoiser, rend ces déboires piquants et instructifs.