Jean-Jacques Birgé

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mercredi 10 juillet 2019

Tourisme bip bip


Chaque année 37 millions de touristes arpentent Venise, mais seulement 9 millions y passent ne serait-ce qu'une nuit ! Je regrette de n'avoir pris aucune photo de ces hordes qui suivent au pas de course un petit fanion de crainte de se perdre. Mais pendant les premiers jours de notre séjour, écœuré, j'étais incapable de me saisir de mon appareil. L'absurde y rivalise aujourd'hui avec la magie. Comme ces immeubles flottants qui envahissent parfois la lagune au point d'en cacher le soleil, lorsqu'ils ne se crashent pas sur un quai, détruisant tout sur leur passage !


Pour mon septième voyage dans la ville d'Europe qui me fascine le plus, j'avais choisi un logement près de l'Arsenal où la majorité des touristes ne mettent jamais les pieds. La via Garibaldi est ainsi restée la même et le linge continue de sécher dans les petites ruelles de ce quartier populaire. Nous en avons profité pour faire une balade en barque sur des canaux officiellement interdits à la navigation, enceinte encore sous contrôle militaire.


Alain m'avait conseillé de rencontrer un de ses amis vénitiens, artiste polymorphe qui passe allègrement de la sculpture à la musique. Il ne m'avait pas raconté qu'il est pratiquement impossible de vivre de son art à Venise. Ainsi Mauro est gondolier, comme son père, et tous les trois jours il s'en octroie deux pour faire ce qui lui tient le plus à cœur, comme sa fille, branchée multimédia, qui est partie à Milan, centre artistique de l'Italie.


Malgré tout, Venise n'a rien perdu de son charme ni ses calle de leur éclat. Chaque pont enjambé révèle les images d'un passé que l'humidité dévore depuis des siècles. Pendant la Biennale d'Art Contemporain les expositions permettent de visiter des palais fermés en temps normal. J'y reviendrai, et sur la déception qu'engendra chez nous la Biennale officielle, vitrine d'un marché d'une superficialité lamentable, et sur l'incroyable faste d'antan que nous livrent de somptueuses demeures... Le pèlerinage exige aussi de prendre le temps de voir ou revoir San Rocco, San Giorgio dei Schiavoni, les galeries de l'Arsenale et bien d'autres merveilles qui ne peuvent voyager. C'est la première fois que je prenais l'avion pour Venise, une heure trente de vol auquel s'ajoute une heure trente de navigation. Le train de nuit n'existe plus. La navette s'arrête à certaines îles comme Murano qui n'a pas beaucoup d'intérêt à moins de vouloir rapporter quelque verroterie. Nous n'avons hélas pas eu le temps de nous rendre à Burano dont les maisons m'ont inspiré la couleur de la mienne...


Nous avons marché, marché et encore marché. La gastronomie vénitienne marquait des haltes dans notre boulimie d'expositions. Le sommet revient au restaurant Riviera de GP, l'ancien bassiste de Sanseverino. Nous avions opté pour le menu di qua e di là : tartare de saint-jacques avec chips de fromage et fruits, wafer d'araignée de mer avec artichauts, risotto de petits pois et huîtres chaudes de Scandovari, langue de bœuf avec confiture salée de citron, céleri et feuille d'anis, foie de génisse à la camomille et au citron, pigeon avec masse de cacao, ricotta de buffone au chocolat blanc et herbes aromatiques (c'est ce que j'enfourne là enrobée de feuilles de riz), sans compter la ribambelle d'amuse-gueule et de trous vénitiens. La noisette enrobée de foie de pigeon et croûte de cacao fut le clou du repas. Ailleurs nous nous sommes délectés de fruits de mer, de crabes mous frits, de risotti à l'encre de seiche, de pâtes al dente, de tiramisus, et de glaces évidemment tant il faisait une chaleur harassante... Je n'étais jamais allé au Lido et le bain dans l'Adriatique marqua une pause salutaire.


La nuit, Venise, vidée de ses marcheurs blancs, est transformée en décor de cinéma, un décor dans lequel on nous aurait enfermés en nous y oubliant. Il y avait tant à voir que nous y avons passé une semaine et que nous pourrions y rester des années.

mercredi 26 juin 2019

Petite pause


Les années précédentes j'arrêtais le blog pendant les vacances en montagne où il n'y avait ni Internet ni téléphone, ou bien lors de nos aventures asiatiques, histoire de me couper de la perfusion dont nous sommes presque tous esclaves. Autrement, j'avais l'habitude de continuer à bloguer de tous les points du monde sans faillir un seul jour. Mon voisin Éric m'a judicieusement conseillé de faire une pause d'une semaine pendant mon séjour à Venise, d'autant que j'enchaînerai avec une coronarographie nécessitant une courte hospitalisation. Le cours du temps reprendra donc le 10 juillet si tout va bien côté cœur. Entendre cardiaque, à ne pas confondre avec la Carte du Tendre. D'ici là j'espère découvrir des ruelles et des canaux que je ne connais pas, et pour la première fois arpenter la Biennale d'art contemporain ou me baigner au Lido. Il y a bien longtemps que je n'étais allé dans la ville d'Europe que je préfère. Je l'ai visitée sous la neige ou la pluie, à l'acqua alta, de toutes sortes d'humeurs, des plus euphoriques aux plus mélancoliques, en hiver, au printemps, à l'automne, mais jamais en plein été. Cette pause ne m'empêche pas de prendre des notes et des photographies, et j'emporte évidemment mon petit Nagra !
Comme souvent à cette période, Jonathan s'occupe de Django et Oulala en mon absence et j'ai synthétisé un savant petit planning de l'été pour que les Bagnoletais qui ne partent pas en vacances aient de quoi boire et manger pendant ces deux mois. Les uns et les autres sommes donc de faction pour Baghera et Milkidou, Pipo, Diligence et les deux miens.
À très vite,
Totalement vôtre.

lundi 10 juin 2019

Pas que beau


Le niveau d'eau d'une mer d'huile trace l'horizontale d'une sieste majeure. L'idée fixe est encombrante. Je me noie dans un océan de feu. Mais c'est l'eau qui m'attire. S'il a toujours fallu me retenir, je m'en barbouillais les yeux. Que le ciel marin se sente. Vue de la terre j'avais les cartes en main, les cinq éléments en une seule image, le son dessinant le hors-champ. Or il n'est pas que beau de gâcher l'horizon de son arrogante silhouette. Qu'on le devine ou pas il n'est qu'un seul mirage, du latin miror signifiant s'étonner. Car j'ai quitté Paris en 1904 pour que le contrechant rime avec soleil couchant tandis que sur la platine je reposais Poulenc avant d'aller souper.

jeudi 6 juin 2019

Mon D-Day


Des bombardiers passent au-dessus de nos têtes. Hélices contre galets. Chacun son D-Day.

vendredi 14 décembre 2018

Pour la route, Monsieur Cueco !


Je n'ai pas bu une goutte depuis une semaine, mais l'état fiévreux qui m'assaille au sixième jour de crève me semble parfait pour évoquer le fascicule spirituel (spirituel ou spiritueux ?) concocté par Pablo Cueco. Pendant cette semaine terrassante la lecture de ces 120 pages éclaira de quelques bulles effervescentes de lucidité mon état grippal. Je ne vais jamais dans les bars, mais j'ai eu beaucoup de plaisir à suivre mon camarade dans sa ballade digressive de comptoir en comptoir dans son arrondissement parisien du 3e. Je n'y vais jamais, parce que c'est rarement pour moi l'heure de boire autre chose que de l'eau, que je ne sais donc pas quoi commander, que je trouve le prix prohibitif par rapport à ma propre cave et souvent de moindre qualité, que je n'ai jamais supporté les gens saoûls, et que j'y suis trop dissipé par l'observation de la clientèle ou du personnel. Ainsi j'échoue avec un thé en sachet dégueulasse ou une blanche des plus communes.
Or l'ouvrage de Pablo Cueco n'a rien d'œnologique, ni d'incitation à la consommation. J'ai développé une méfiance irraisonnée envers les œnologues en herbe dont la plupart m'apparaissent comme des snobs dont le palais se voudrait universel. Certes on pourrait dire cela de presque tous les spécialistes ! Ce qui est chouette dans Pour la route, c'est qu'il est écrit par un zarbiste virtuose qui arpente le macadam en observateur amusé des habitudes des voisins de son quartier. Un zarbiste n'est pas un énergumène zarbi, mais un percussionniste dont l'instrument principal, perse d'origine, se joue avec les doigts. Or Pablo Cueco est aussi compositeur et auteur à ses heures, la preuve ! Avec la perspicacité et l'humour qui ne le quittent jamais il dresse le portrait d'habitués, cherchent l'authenticité de chaque étape où il trouve l'inspiration. Peu importe alors le sujet, ses divagations critiques nous entraînent et nous divertissent avec une tendresse digne d'un Jacques Tati... "Le dessinateur Rocco et le photographe Milomir Kovačević, eux aussi explorateurs assidus de la jungle de zinc et de formica, accompagnent l’auteur dans cette bistro-fiction."

→ Pablo Cueco, Pour la route, ed. Qupé, 15€

jeudi 14 juin 2018

Patienter sans effort


Zébulon de structure, workaholic monté sur ressorts, je ne suis pas d'un naturel contemplatif. J'en ai pourtant besoin comme tout le monde. Nous allons donc bientôt migrer vers les hauteurs où ni Internet ni le téléphone ne peuvent nous atteindre. Le blog prendra aussi des vacances pour ne reprendre sa parution quotidienne qu'au début du mois de septembre. Le panorama des cimes où n'est perceptible aucune présence humaine aura enfin raison de mon hyperactivité et plonger dans la lecture deviendra un de mes sports favoris. Le reste de l'année je dois faire des pieds et des mains pour m'arrêter. Paradoxalement, convoquer mes pieds et mes mains n'est pas de bonne augure pour respirer en toute zénitude ! Ainsi, pour m'empêcher de bouger j'ai recours à ma paire d'oreilles qu'habituellement je ne sais pas faire remuer comme certains s'y entendent...
Que ce soit pendant ma séance matinale de suée saunatérienne ou dans les embouteillages, je me suis rendu compte que la voix des conteurs me transformait en patient beaucoup mieux que n'importe quelle programmation musicale. Suivre les voix de Louis Aragon, Blaise Cendrars, Louis-Ferdinand Céline, Marcel Duchamp, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Alain Resnais, Eric Rohmer, etc. me fait oublier le temps qui passe. Les créations radiophoniques fonctionnent aussi bien, ainsi je suis resté scotché devant L'attentat en direct et Régression de Claude Ollier ou les pièces de Cocteau... Écouter André Malraux parler d'art ou de la Révolution Chinoise, Saint-Exupéry raconter Terre des Hommes à Jean Renoir qui à son tour nous fait voyager de New York à Hollywood, participer au tournage du Testament d'Orphée, revivre le mouvement de la Nouvelle Vague, se délecter de la poésie circonlocutoire de Jacques Lacan, se souvenir de l'intelligence prémonitoire d'Edgard Varèse ou jouir des Couleurs du Temps avec Olivier Messiaen me ravit à tel point que je rallonge ma séance de sauna au delà du raisonnable et que je regrette d'être déjà arrivé après avoir fait du sur place sur le périphérique !

→ Collection INA-Radio France (chaque fois double CD)

jeudi 1 mars 2018

Georges Arnaud, passager clandestin


Mon père avait été l'agent littéraire d'un autre aventurier que lui. Georges Arnaud était né quelques mois avant lui en 1917, il mourut quelques mois avant lui en 1987. Papa avait vendu les droits du Salaire de la peur à Clouzot en 1951. Dans un exemplaire d'un roman écrit plus tôt, mais publié en second, j'ai retrouvé une étonnante feuille manuscrite. Passager clandestin sur le cargo qui l'emporte en Amérique du Sud, Georges Arnaud avait si peu de papier qu'il écrivit Le Voyage du Mauvais Larron d'une écriture minuscule que j'ai du mal à déchiffrer même avec un compte-fil. Le récit est quasi autobiographique. La réalité dépasse la fiction. Découvert par trois matelots, l'auteur leur doit sa nourriture. Lorsque le lieutenant et le capitaine sont mis au courant, il est logé à bord pour lui permettre d'écrire, sans être dénoncé. Le document recto verso va du chapitre 8 au chapitre 11.
Mon père me racontait qu'il avait une nuit eut l'une des peurs de sa vie. Alors qu'il dormait sur le divan du salon, il vit son ami s'approcher de lui avec un énorme couteau de boucher à la main. Or l'écrivain jouissait d'une drôle de réputation. Au cours de la nuit du 24 au 25 octobre 1941, son père, sa tante et une domestique sont assassinés à coups de serpe dans le château familial, dont toutes les issues sont fermées. Un mystère à la Rouletabille... Après dix-neuf mois d'incarcération, l'avocat Maurice Garçon le fait acquitter. Dans sa plaidoirie, il avance qu'avec une telle tête d'assassin ce ne peut être lui ! En fait, personne n'a jamais su la vérité, alors mon père n'en menait pas large, jusqu'à ce que Georges Arnaud, de son vrai nom Henri Girard, aille se couper quelques rondelles de saucisson à la cuisine !

lundi 20 novembre 2017

Je vais au zoo avec Zizi...


Chaque fois que je vais au zoo la chanson de Fernandel me trotte dans la tête. "Bien des tourtereaux, c'est l'usage, Quand ils veulent parler d'amour, S'en vont rêver sous les ombrages, Aux Tuileries, au Luxembourg, Moi je connais c'est véridique, Un endroit bien moins fréquenté, C'est le jardin zoologique, Aussi le dimanche pour flirter... Je vais au zoo avec Zizi, Et l'on se promène au ralenti, Devant la cage des kangourous, On s'dit des mots doux, Près de l'ours Martin, On s'prend la main, Près de l'otarie, On se sourit, Et près des phoques, Je m'sens loufoque, Mon cœur fait toc-toc..." Pour les amateurs les paroles complètes sont et la chanson izi. La chanson me plaît en particulier pour la liaison entre "je vais" et "au zoo", je vais zozo. Je pratique moi-même couramment ces liaisons qui amusent, autant que les allitérations...


À propos de liaisons j'ai choisi parmi mes photos celles qui avaient chaque fois un point commun avec la précédente, à la manière de Jean-Hubert Martin sélectionnant les œuvres de l'exposition Carambolages dont j'avais fait la musique pour le Grand Palais. Ici c'est souvent un détail graphique...


J'ai oublié de noter le nom des animaux du Zoo de La Palmyre près de Royan. Les deux premiers sont un Tamarin lion à tête dorée et un tamarin bicolore d'Amazonie. Pas moyen de me souvenir du nom de ce singe dont le masque a certainement inspiré maints sculpteurs. La nature a toujours été un modèle pour les humains, que ce soit les images ou les sons. Ainsi mes instruments vietnamiens reproduisent tous des cris d'animaux...


À cette époque de l'année le zoo est désert. Nous avons croisé seulement deux autres couples pendant les trois heures de balade. Les grands singes étaient d'ailleurs confinés à l'intérieur à cause de la température, contrairement aux petits lémuriens que nous avons eu la joie de voir courir dans les tunnels de grillage au-dessus de nos têtes. Ces makis catta ressemblent aux frères Rapetou créés par Carl Barks pour Disney. On lui doit aussi les personnages de Picsou, Gontran Bonheur, Géo Trouvetou, la sorcière Miss Tick et l'organisation des Castors Juniors, c’est dire son importance. Hélas aucun d’eux ne réside à La Palmyre !


Face au zèbre j'ai pensé au poème de Robert Desnos mis en musique par Michèle Buirette que chante Elsa. C'est ma chanson préférée du spectacle Comment ça va sur la Terre ? qu'elles ont monté avec Linda Edsjö. En passant devant le pélican c'est leur reggae qui m'est revenu !


Tandis que coulait le rimmel de la femelle rhinocéros, je me suis retrouvé projeté vingt ans en arrière dans le Terail au sud du Népal. Le rhino asiatique, caparaçonné comme un monstre préhistorique, est beaucoup plus impressionnant que l'africain. En avançant dans les hautes herbes de décembre nous avions été nez à corne avec l'un d'eux. Sans gestes brusques nous avions reculé tout doucement...


Quant à l'iguane que j'avais attrapé par la queue en Guadeloupe, il m'avait coûté des blessures profondes aux pieds lorsque je lui avais couru après sur des roches volcaniques coupantes comme des lames de rasoir. Certes l'iguane ne bougeait plus, paralysé par mon geste, mais, moi non plus, n'en faisais plus un, essoufflé, martyrisé. Pour nettoyer les plaies j'avais eu la stupidité d'aller les tremper dans l'eau de mer, ce qui les avait évidemment creusées très douloureusement...


Avec le temps chaque animal me rappelle une aventure. Les flamants roses sont évidemment ceux que Françoise a filmés au Chili dans le désert d'Atacama et que j'avais sonorisés par un duo réalisé dans le passé avec Hélène Sage... Les animaux que Françoise filme racontent toujours une histoire à la limite de l'anthropomorphisme. Comment s'empêcher de faire des rapprochements pour comprendre leurs actes ? Ce sont avec nos yeux et nos oreilles, avec notre imagination, lorsqu'elle va au-delà de la simple observation, que nous nous rapprochons d'eux en nous souvenant que, nous aussi, sommes des animaux. "Des animaux dénaturés" comme nous appelle Vercors.


L'ibis rouge, c'est évidemment Jean-Pierre Mocky, un film tourné en 1975 avec Michel Serrault, Michel Galabru et surtout Michel Simon, dont je garde le meilleur souvenir, et le film, et Michel Simon que j'avais vu en 1965 au Théâtre Gramont jouer Du vent dans les branches de sassafras. Il n’y en a pas ici. Les zoos sont des lieux paradoxaux. Les animaux en cage crèvent le cœur, mais ils ouvrent le champ des possibles à celles et ceux qui ne connaissent pas d'ailleurs. Et pour tous "l'autre" prend forme et interroge notre condition humaine. Ils permettent aussi parfois de sauver des espèces en voie de disparition qui pourront être réintégrés dans leur milieu naturel à condition que nous arrêtions de le coloniser et de le recouvrir de bitume...

samedi 18 novembre 2017

Promenade royannaise


Nous sommes allés rendre visite à ma maman qui est en maison de retraite tout près de la résidence secondaire de ma petite sœur. Hors saison, l'âge du capitaine est fortement avancé. En arrivant nous nous sommes déliés les jambes sur le port de plaisance d'où l'on a une vue d'ensemble sur les villas qui longent la plage. Le cadre choisi montre le mélange de styles qui caractérisent cette ville en partie détruite par les bombardements alliés dans la nuit du 4 au 5 janvier 1945. Une touche de bleu maritime, une reconstruction moderniste des années 50, un vestige de la fin du XIXème siècle, l'océan, une mouette. Il ne nous reste plus qu'à filer au marché déguster des huîtres "spéciales" Geay !

vendredi 1 septembre 2017

Biche, ô ma biche…


La nature nous renvoie une image critique de notre humanité. Car là où l’homme passe la nature trépasse. Si les minéraux, immuables depuis des millénaires, du moins à l’œil nu, un peu comme les étoiles qui trouent le linceul qui nous recouvre à la nuit tombée, rappellent notre éphémérité, les autres animaux que nous-mêmes impliquent un changement d’angle. Les végétaux ne sont pas en reste dès lors que l’on a un peu d’imagination ou d’ouverture d’esprit. Les végétariens réagissent simplement par mimétisme et anthropomorphisme. Un arbre naît, vit et meurt, il peut souffrir et certains communiquent entre eux sans rhizomes apparents par l’on ne sait quel mystère. L’hyperactif que je suis en milieu urbain devient contemplatif face à la beauté des paysages naturels et je n’ai pas de plus grand plaisir que d’admirer les bestioles qui s’y meuvent.
D’habitude lorsque nous prenons nos quartiers d’été dans la montagne, loin de la foule et de la lumière électrique, entendre que la vallée offre un panorama sans trace humaine et que la nuit le ciel sans lune s’allume de milliers d’étoiles, je n’évoque là que ce que je vois, les voisins les plus proches parlent des biches qui passent le soir devant ou derrière notre grange sans que j’en profite jamais. Il y a bien les buses et l'aigle royal, les vautours fauves, les gypaètes barbus et les percnoptères d’Égypte, le grand duc d'un soir, les chocards à bec jaune et les perdreaux, les lézards et les mouches, un isard par ci par là, les vaches ou les moutons quand le vacher ou le berger leur font tondre le gazon abrupt, mais ces damnées biches, jamais ou presque. Nos deux chats font un carnage en chassant campagnols, mulots et musaraignes, dont ils font souvent ripaille, et cette année le compost attire des dizaines de mésanges nonnettes. Le vent qui soufflait vers nous nous a permis de surprendre deux grands renards en train de jouer. Mais les biches ?


Et bien cette fois nous avons été vernis. Chaque soir elles sont sorties du bois, accompagnées par un ou deux cerfs, s’approchant très près de nous. La nuit ma nouvelle lampe torche à led m’a même permis d’allumer leurs yeux dans l’obscurité. J’ai d’abord cru à notre chat Django, mais alors ils étaient deux. En grimpant quelques mètres je suis tombé sur une dizaine de paires de billes brûlantes qui me fixaient sans bouger, se remettant tranquillement à brouter comme si nous n’étions pas là. Magie de l’aube et du crépuscule où leurs silhouettes graciles s’élancent soudain, magie de la nuit où les photophores sont remplacés par un cul blanc si l’on peut s’en approcher assez. Nous avançons discrètement et les suivons pendant un quart d’heure tandis que minuit a sonné depuis longtemps. Django nous accompagne. Nous rentrons nous coucher, croisant Oulala qui rejoint son copain pour une danse macabre qui se termine chaque matin lorsque je ramasse les corps intacts ou dévorés dans le salon carrelé. Il restera toujours l’ours puisque la grange est située sur son passage et que l’abreuvoir est un point de ralliement de tous les mammifères dont nous faisons partie. Quant au grand tétras ou coq de bruyère qui justifie que nous soyons en Natura 2000, mieux vaut ne même pas y penser… Encore qu’ici on aura tout vu, même une vache voler, pour de vrai, mais ça c'est une autre histoire !

mercredi 16 août 2017

1500 mètres d’altitude


D’abord Django, le retour. Ma culpabilité me rongeait autant que les mulots s’attaquant à tout ce qui leur tombe sous la dent. Et Django qui n’en laissait plus aucun sur le carrelage du salon. Le matin au réveil j’avais pris l’habitude d’attraper ses cadeaux inanimés par la queue et les lancer le plus loin possible dans les fougères comme une fronde. Django qui ne fait jamais aucune bêtise avait déféqué trois fois sur le divan depuis notre arrivée. Je l’avais coursé jusqu’au premier étage, découvert ses cachettes les unes après les autres et fichu dehors. Il est probable qu’il n’ait pas fait la relation entre la punition et son origine tant la poursuite avait été pour lui traumatisante. Il avait disparu et ne répondait plus à nos appels. Rapatrié par l’appel du ventre, il nous fuyait comme si nous l’avions battu. Il a fallu le réapprivoiser petit à petit, patiemment. Il passe ses nuits à chasser et dort le jour sous un lit, à l’abri des mauvais coups ! Nous n’avons pas encore compris ce qui l’avait contrarié. Mais la contagion avait fini par nous atteindre. Pas au point de faire caca n’importe où, mais de ne pas savoir le rassurer. J’ai beau rejeté la culpabilité au profit de la responsabilité, la méthode Coué était inopérante. Je craignais aussi la présence du renard…


Mais le renard a suffisamment de campagnols à croquer pour ne pas s’attaquer au gros chat. L’hiver par contre, lorsqu’il faut nourrir ses petits, cela peut arriver. De leur côté, même s’ils sont redoutablement impressionnants, les vautours ne s’attaquent qu’aux animaux blessés et aux charognes. Il y a aussi le risque de la mort aux rats répandu par les voisins pour contrer cette année la prolifération de rongeurs qui s’attaquent aux granges. En notre absence une mulote avait même eu le toupet d’accoucher sur une de nos couettes. Nous n’avons pas ce genre de problème avec les biches et les cerfs qui sortent du bois le soir pour brouter sur la colline.


Le beau temps nous permet d’admirer la nature après une semaine dans la grisaille et, pire, un brouillard opaque qui nous plonge dans le coton. Quand tombe le rideau sur le théâtre millénaire il n’y a rien d’autre à faire qu’à bouquiner ou regarder des films. Après trois jours de ciel immaculé, nous passons à l’action météorologique. Les nuages jouent à saute-mouton avec le soleil, ils montent vers le ciel à la vitesse d’un cheval vapeur et se dissipent sous une gomme embuée. L’appareil-photo est toujours à portée de main. En regardant les images des années passées on voit que les neiges sont de moins en moins éternelles. Mon scénario de L’astre devient de plus en plus crédible. Il y a vingt ans personne ne voulait entendre parler de mon histoire de fin du monde, avec la Terre se rapprochant du Soleil…


Nous profitons de cette amélioration du temps pour nous promener sur la montagne avec Karine, Sacha et Jasmin. J’en prends le risque bien que la randonnée pentue me soit fortement déconseillée, pour mon dos, mes chevilles et mes genoux. Je ne peux pas rester à faire de la chaise longue, même si les polars de Michel Bussi me captivent. Alors je grimpe comme un cabri, l’objectif au poignet. Lorsque je me suis fixé un but, fut-il futile ou dément, je suis capable de me défoncer et me dézinguer, et je fonce tête baissée, le nez au vent, les oreilles dressées, tous mes sens en alerte. Sauf qu’après je paye les pots cassés. Il fallait nous voir, Christophe, David et moi les pieds plongés dans l’abreuvoir glacé. Le lendemain je fais de l’à-plat-dos pour éviter le lumbago qui toque à ma porte. Et je me replonge dans la lecture passionnante de Les fous du son de Laurent de Wilde dont je ne manquerai pas d’écrire les louanges à la rentrée de septembre lorsque je reprendrai mon blog pour de bon !


Pour clore le bestiaire et pour les gagas des chats, les autres nous prenant souvent pour des débiles, nous pouvons annoncer 240 grammes à leur neuvième jour pour chaque chaton dont le poil pourrait bien être moussu. Oulala est beaucoup plus tendre avec nous depuis qu’elle materne et Django nous refait de gros câlins veloutés, et des cadeaux morbides dont nous pourrions nous passer, surtout s’il les ramène des pâturages pour en perdre de vivants à l’intérieur !

samedi 12 août 2017

Vers le sud


Nous avons commencé notre descente vers le sud en nous arrêtant à Royan où Maman est en maison de retraite, proche de ma sœur qui passe la voir quotidiennement. L’exode leur réussit plutôt bien. Maman s’inquiète moins depuis qu’elle est bien entourée. Avec Françoise j’ai pu admirer les maisons cossues le long de l’océan, mélange des vestiges de la fin du XIXème siècle et des reconstructions des années 50 après les bombardements alliés qui ont rasé une bonne partie de la ville. Sur la plage nous avons cherché « où est Charlie ? », et puis préférant l’intimité du sable fin nous nous sommes baignés sous la pluie pour un dernier bain dans l’Atlantique. Vers La Palmyre les files de voitures garées n’en finissaient pas. Jean-Michel Couturier est passé me prendre pour travailler sur deux des applications qui seront présentées à l’automne à la Cité des Sciences et de l’Industrie lors de l’exposition sur les effets spéciaux au cinéma dont je compose la partition sonore avec Sacha Gattino


Nous avons continué notre périple vers Bazas au sud de Bordeaux où Sylvie et Serge nous attendaient pour nous montrer Saint-Macaire et les environs. Notre ami charpentier est un fin cuisinier et ses vins sont sa gloire, en dehors des maisons qu’il a bâties à commencer par la sienne où le bois revendique sa noblesse ancestrale et pérenne. Après une escale à Uzeste, nous avons continué ensemble jusqu’à la frontière espagnole où nos Pyrénées étaient dans la purée de pois.


Ma principale préoccupation avait jusqu’ici été de récupérer Oulala et Django avant chaque départ ! Nos deux chats sont très sages en voiture, mais les aléas du voyage réservent parfois des surprises. La plus étonnante est la naissance de deux chatons d’Oulala le lendemain matin de notre arrivée à Luchon ! Pendant ce temps Django aligne son tableau de chasse, mulots et campagnols ayant envahi les granges de L'espone. Il a la bonne idée de nous les ramener dans la chambre pendant la nuit, ce qui nous réveille chaque fois. Comme si l’orage ne suffisait pas ! La foudre éclairait le ciel toutes les secondes, le sol tremblait, c’était le bouquet… Mais nous sommes surtout inquiets des aller et venues de Django qui ne rentre pas toujours de ses pérégrinations nocturnes. Je le siffle, je crie son nom, sans succès. Nous espérons qu'il va retomber sur ses pattes, on raconte que c'est une qualité des chats.


J’ai photographié les chatons quelques heures à leur naissance. Ils se tiennent mutuellement chaud. Leur mère est beaucoup moins stressée que la première fois. Elle les laisse seuls tandis qu’elle court après les sauterelles et les lézards. Les deux petits, un mâle et une femelle, sont gris, un peu moins rayés que ceux de la portée précédente. Nous aurions bien aimé qu’elle en fasse un blanc, mais non, pas moyen ! C’est probablement encore Raymond le père, squatteur chez nous à ses heures, qui a depuis été castré. Nous ne savons pas encore si nous continuons l’élevage ou si nous ferons opérer Oulala à la rentrée.


Après deux jours de brouillard intense, le rideau s’est levé sur les sommets dont six font plus de 3000 mètres. S’alignent le Pic de Port-Vieux, la Mail Planet, le Pic de Boum, le Maupas, le Cabrioules, le Lezat, le Quayrat, le Petit Quirinal, la Coume de Bourg… Fiona et Jean nous ont rejoints, mais tout le monde est reparti. Nous attendons Karine, Sacha et Jasmin qui passent en coup de vent.


Lorsqu'il y a trop de brouillard nous franchissons le col du Portillon, faisons un gueuleton chez Er Occitan, les courses à Bossòst pour rapporter des charcuteries, des olives, du touron et du vin. Cette fois nous sommes montés admirer le village de Bausen. Les Espagnols savent préserver leur patrimoine, semble-t-il mieux que de ce côté-ci de la frontière (je suis repassé à l'Office du Tourisme de Luchon pour mettre en ligne mon article, le ciel est bleu ce matin sans le moindre nuage, si ce n'est l'absence de Django...).

lundi 5 juin 2017

Somewhere under the Rainbow


Enfant des villes, je maudissais la pluie. M'évadant, je compris les paysans qui l'attendaient avec impatience. Jardinier en herbe, j'ai appris à l'aimer. Invité sur la péniche Aldée, nous aurions pu regretter que la saucée nous empêche de profiter du pont. On le voit après chaque virgule, imparfait, passé simple ou composé, conditionnel passé, présent, infinitif, la vie se conjugue à tous les temps, mais c'est au futur qu'elle est la plus excitante. En français l'arc-en-ciel trompe son monde alors que l'arc-en-pluie anglais est explicite...


Plus loin, sur le port de plaisance, des enfants fabriquaient des bulles de savon grosses comme des pastèques molles. L'irisation était la même. Nous avons eu soudain l'impression que le temps s'était arrêté. Nos yeux brillaient dans le soleil couchant. Tous les convives nous avaient rejoints sur le pont. Certains avaient gardé leur verre à la main. D'autres tentaient d'admirer les reflets sur la Marne. Tous et toutes étaient fascinés par la perfection du dôme transparent sous lequel nous festoyions. La pluie s'est arrêtée, le spectre s'est dissipé, la lune s'est incrustée, les poissons se sont fondus dans l'obscurité, nous avons regagné la lumière, absorbés...

mardi 21 mars 2017

Fantaisie londonienne


Londres lance souvent la mode depuis les années 60. La barbe des hipsters pourrait donc bien prendre des couleurs dans les temps à venir ! Dans la rue les Anglais sont beaucoup plus détendus que nos concitoyens, et ce malgré le Brexit qui les mine. Leur fantaisie n'a pas de limite et je n'ai vu personne s'en offusquer...


L'Union Jack flotte sur la Marmite comme au temps de Carnaby Street lorsqu'adolescents nous allions dénicher des fringues vintage et des vestes militaires. Et quand pour cette Mini Cooper je parle de Marmite, prononcer Marmaïte avé l'acent, je fais évidemment référence au cauchemar que représente pour un Français la célèbre pâte à tartiner à base d'extrait de levure ;-)


En se promenant dans Soho on rencontre donc au détour des rues des messieurs en pyjama, en costume d'enfant de dix ans ou avec guêtres et canotier, et le melon reste d'actualité. Les couleurs flashy qui ont disparu des villes italiennes explosent sur les robes des filles et chacun, chacune peut se livrer à toutes les excentricités sans que cela choque qui que ce soit, bien au contraire. Peut-être leur faut-il lutter contre le climat pluvieux en inventant des rayons de soleil à leur portée ? C'est un peu comme le nord de notre pays où la chaleur humaine contraste avec la météo...


Le premier jour j'ai eu un peu de mal à comprendre comment fonctionnaient les transports en commun, mais on prend vite le pli. Les embouteillages de bus rouges à deux étages se dissolvent sous la tempête en Trafalgar !


Les lumières de la City soulignent les architectures osées des nouveaux buildings aperçus jusqu'ici dans la brume.


Mais c'est déjà l'heure de rentrer. Big Ben sonne Do Mi Ré Sol, Do Ré Mi Do, Mi Do Ré Sol, Sol Ré Mi Do, Do ! Dodo ? C'est bien l'heure !

vendredi 17 mars 2017

Londres 2017


Pas trop le temps de muser. M'installer. Il est une heure plus tôt que Paris. Faire la balance. Concert à 19h. Londres est toujours aussi étendue, un puzzle de villes de province reconstitué, sans cesse rénové. Atmosphère très douce du quartier de Shoreditch où se trouve la Red Gallery. Quantité de cafés, restaurants, petites échoppes. Pas encore trop branché, mais ça viendra. La musique électronique y semble très présente...


J'ai appuyé sur le déclencheur à l'instant même où l'Eurostar allait pénétrer dans le tunnel sous la Manche. Depuis des kilomètres en amont, des barrières surmontées de fil de fer barbelés forment un labyrinthe concentrationnaire. Tout est propre, désert, clinique. Aucune trace de migrants. Inhumanité de l'Europe. Même brexitée, la Grande Bretagne en fait toujours partie. Pourquoi la France joue-t-elle son rôle de garde-barrières. Quel sinistre marché fut conclu entre les deux côtés du Channel ?


En 1963 j'avais fait le voyage seul. Autocar jusqu'à Beauvais, avion pour Douvres, train vers Londres, changer de gare pour rouler jusqu'à Salisbury. J'avais 11 ans. La City se découpe derrière la fenêtre de ma chambre d'hôtel. F comme fumée, s comme smoke, le fog qu'ils appellent Le smog est remplacé par une nouvelle pollution. Comme partout. Plus de charbon. C'est déjà ça. Quelques minutes à Londres suffisent pour nous dépayser. Je me promène avec les photographes Olivier Degorce et Johann Bouché-Pillon. Le premier photographiait les fêtes qu'il organisait au début des années 90. Le second a pris le relais depuis trois ans...


Quant à moi je me retrouve épinglé sur le tableau de chasse à l'entrée de l'expo aux côtés de Varèse, Schaeffer, Martenot, Henry, Szajner, Fevre et Jarre. On me voit en bas à gauche à l'ARP 2600 sur scène au Théâtre de la Gaîté Montparnasse en 1975 et en haut à droite au Theremin dans les années 90. Ben Osborne me présente comme une légende. Concert donc du dinosaure en ouverture. Salle comble. Le public est enthousiaste, mais le brouhaha du bar du fond me donne l'impression d'être un pianiste dans un club de jazz. Contrairement à mes prévisions j'attaque sauvagement au Tenori-on avec des sons échantillonnés sur mon VFX, mixés avec une radio locale passée à la moulinette de la Mascarade Machine, quelques scratches électroniques et le quatuor à cordes de la machine à rêves de Leonardo da Vinci. Je découpe cet ensemble fondamentalement expérimental en tricotant la lumière conjuguée à tous les temps. Présent passé avenir. Le grand jeu. Ce sera plus ou moins le sujet de la table ronde rassemblant Olivier Degorce (qui a réussi de très beaux portraits de ma prestation live), du photographe Edouard Hartigan, de Samy El Zobo, directeur du festival Château Perché, Jack de Marseille et David McKenna en modérateur. La fraîcheur des origines...

mardi 24 janvier 2017

Tête en l'air


Dans la nuit glacée. Dans la ville déserte. Pas âme qui vive. Pas un chat. Pas à pas. Nez en l'air. Les toits. Fumée. Le temps n'existe plus. Le temps qu'il fait. Le temps passé. Le temps de voir et d'écouter. La nuit des temps. Ne plus bouger. Un peu. À l'œil. Bruit sec dans le froid. Disparaître. Avancer. Doucement. Observer. Un cygne. Mémoire. Des gants. Il suffit de souffler trois fois dans ma capuche pour que mes oreilles se réchauffent. Mais le plus étonnant vient d'ailleurs. De ma voix. Dans le grave. J'ignore encore pourquoi j'ai émis ce son soufflé sur le houx. Pour me donner du courage ? Pour souligner les pas ? Pour me réchauffer ? Comme ça ? Sur ce son, mais seulement sur ce son, toute la capuche, mais alors toute la capuche, entre en résonance. Sans aucune possibilité de le dupliquer. Battent les tempes. Je suis mon unique auditeur. Le spectateur d'une scène étrange. J'avance le long de l'Ill au son répété de ce grave qui m'envahit comme une torpeur. Une drogue. Y ai mis un terme de peur de suffoquer. La chaleur autour de mon crâne fait exploser le thermomètre. Fais sauter les pressions des boutons. Bascule ma capuche sur la mire asymétrique de l'éléphant Elmer. L'air file. Vivifiant. Ranimé. Intransmissible.

jeudi 19 janvier 2017

La Petite France


Le temps est plus clément que je ne l'avais imaginé alors que la météo annonce -10°C à Strasbourg. Comme j'ai l'impression d'être ailleurs dans ma doudoune à damier multicolore, je fais attention en traversant les rues qu'un tramway ne m'écrase pas. Je n'ai jamais oublié Gaudí. En tournant la tête complètement, sans faire bouger la capuche qui tient mes oreilles au chaud, mon œil gauche voit à droite et le droit à gauche. Le conducteur aurait néanmoins du mal à ne pas m'apercevoir. Ce sont toujours des Africains ou de vieilles dames qui me complimentent sur mon accoutrement. Je ne m'attendais pas à réunir autant de suffrages, enfoncé dans mon duvet portable qui me fait ressembler à Arlequin, l'éléphant Elmer ou un Rubik's Cube.
Le trajet en TGV n'a duré qu'une heure quarante cinq minutes alors qu'il y a quelques années il fallait quatre ou cinq heures. La frontière est la porte à côté. Sur le chemin de l'hôtel je passe saluer Philippe Ochem qui fête la fin de son festival de jazz dans un bar à bière où nous étions allés avec Birgitte et Linda lorsque nous avions joué La chambre de Swedenborg au Musée d'Art Moderne et Contemporain il y a déjà cinq ans. Chaque membre de l'équipe de Jazzdor a choisi un livre qu'il ou elle a aimé cette année pour fêter les soixante ans de Philippe. Le carton, terriblement lourd, déborde de merveilleuses promesses.
Si ma famille est originaire d'Alsace, je viens toujours à Strasbourg pour la musique ou pour enseigner à l'HEAR (Haute École des Arts du Rhin) que l'on appelait autrefois les Arts Décos, mais qui a fusionné avec l'École supérieure d'art de Mulhouse (Le Quai) et des enseignements supérieurs de la musique du conservatoire de Strasbourg. Toujours invité par Olivier Poncer, cette fois pour les sections Didactique Visuelle, Communication Graphique et Illustration, je commencerai demain matin par "ma vie, mon œuvre", puis je suivrai des ateliers dont le thème est cette année Léonard de Vinci. Notre Machine à rêves est au goût du jour !
En 1983 le grand orchestre du Drame avait créé L'homme à la caméra de Vertov et la pièce de théâtre musical Chambre noire à l'occasion de la première édition de Musica. Nous sommes revenus pour un ciné-concert au MAMC en trio avec Bernard Vitet et le violoncelliste Didier Petit, puis en 2009 l'opéra Nabaz'mob avait occupé la salle historique de l'Aubette pour les Nuits Électroniques de l'Ososphère. Heureusement qu'il y a des festivals à Strasbourg et des étudiants curieux, sinon je me ferais encore plus rare.
Que le centre soit piéton, rempli de jeunes gens à bicyclette, rend cette ville toujours aussi agréable. Le quartier de la Petite France a quelque chose de mystérieux, entre le voyage dans le temps et un parc d'attraction désert. Il faut dire que c'est déjà la nuit. Je marche seul à la recherche d'un Winstub où dîner, mais les restaurants ferment tôt. Celui sur lequel j'avais jeté mon dévolu a totalement disparu. Un trou noir. J'avais heureusement grignoté une flàmmeküeche avec une blonde pression tout à l'heure à L'Abattoir. Le froid a fait chuter la batterie de mon iPhone. Sans repère, je n'avais plus le choix si je voulais manger quelque chose avant d'aller me coucher. La choucroute sera correcte, mais banale. En rentrant à l'hôtel j'ai récupéré un petit plan, à l'ancienne, un qui se plie. J'ai vérifié mon itinéraire pour demain matin en passant par la magnifique cathédrale gothique avant d'enjamber l'Ill.

lundi 9 janvier 2017

Vers la chaleur ?


Françoise a choisi de partir faire du ski pendant la seconde quinzaine de février. N'ayant aucune aptitude ni attirance pour ce sport, ni pour la neige et encore moins pour le froid, je préférerais aller voir dans un pays chaud si j'y suis. J'ai probablement été dégoûté par les sports d'hiver lorsque j'étais enfant, envoyé par mes parents en colonie de vacances. Je ne me souviens que des vingt minutes quotidiennes à défaire les lacets gelés de mes lourdes chaussures. Je sais que la technique a considérablement évolué, mais le seul attrait pour moi serait d'y observer les animaux sauvages. J'avais bien essayé le ski de fond, mais c'était encore pire. Glisser sur des rails sans pouvoir s'échapper sur les côtés m'avait procuré une sensation quasi claustrophobe. Comme la vitesse à fendre l'air n'a jamais généré chez moi de sensation de liberté je ne souhaite pas attendre toute la journée à la maison les skieurs partis s'éclater sur les pentes pyrénéennes. Évidemment le paysage de Lespone est magnifique enneigé, mais je crains de passer tout le séjour le nez dans ma liseuse ou sur un écran, sport que je pratique déjà toute l'année à taper ces lignes.
Le problème est que je n'ai aucune envie de partir seul découvrir le monde. Si je ne trouve pas de compagnon de voyage ou que je ne reçois pas d'invitation locale, je risque fort de rester à Bagnolet avec Django et Oulala, qui actuellement passent leur temps à copuler comme des bêtes, même si l'entreprise me semble un peu prématuré pour le petit. D'ici là les chaleurs de la chatte seront de l'histoire ancienne. Mon besoin de soleil sera par contre encore plus exacerbé dans un mois et mes vingt minutes de sauna chaque matin ne seront pas suffisants à apaiser ma soif de voyage. L'Asie a toujours été l'une de mes destinations favorites, pour des raisons à la fois paysagères, humaines et gastronomiques, mais je me vois bien m'envoler pour un autre continent. J'ai toujours senti la nécessité de visiter des pays où l'on ne parle pas ma langue. Le dépaysement me permet de regarder le monde sous un angle différent, que ce soit en vivant comme les autochtones ou en reconsidérant mon quotidien parisien banalisé par les habitudes. A part cela j'aime l'eau chaude et m'y baigner, les paysages sauvages qui rappellent mon humanité à son espèce de mammifère, et les couleurs éclatantes des populations qui ont d'autre préoccupation que de se plaindre !

jeudi 22 décembre 2016

Rares sorties parisiennes


J'ai pris la première photo à la va-vite alors que le feu passait au vert juste devant le cabinet de mon ostéopathe. J'étais d'autant plus maladroit qu'un lumbago me permettait à peine d'attraper mon appareil en conduisant. En agrandissant la photo j'ai retrouvé ce qui m'avait accroché l'œil : la plaque minéralogique de la voiture de devant dont le conducteur roulait comme un saguoin ! Serait-ce une voiture volée, car il est difficilement imaginable de tomber par hasard sur un tel numéro ? Mais ce ne serait pas très malin, car il est évident qu'il met la puce à l'oreille. J'ai lu qu'entre 300 000 et 2,5 millions de Français conduisent sans permis, ce qui explique tout de même beaucoup de choses. En tout cas le chauffard, caché derrière ses vitres en verre fumé, souhaitait brouiller sa piste...


En sortant du métro Châtelet je suis confronté à une scène de film rappelant furieusement Hitchcock. Dans un vacarme assourdissant des dizaines de mouettes s'agglutinaient autour de la fontaine du Palmier. À l'instant de prendre la photo un message s'est affiché sur l'écran de mon Lumix, la carte SD était protégée contre l'écriture. En fait le verrou que je n'utilise jamais avait fini par casser, et pas moyen de le réparer en y collant un bout de scotch. J'ai donc utilisé encore une fois mon iPhone et je suis allé acheter une nouvelle carte sur le Quai Saint-Michel pour remplacer la vieille qui avait près de dix ans. Le vieux monsieur charmant qui gelait dans son magasin ouvert à plein vent m'expliqua les techniques des bandes de jeunes pickpockets dans le quartier, que ce soit en faisant signer une pétition bidon ou en prenant ses jambes à son cou jusqu'à la bouche de métro. Je sortais à peine de chez la chirurgienne-dentiste qui venait de vérifier que la greffe osseuse avait bien pris. Elle confirma également que j'avais deux aphtes sur le bout de la langue, au-dessus et dessous, ce qui est extrêmement pénible pour un tchatcheur gourmand. Je pourrais me taire, pensent certains, et taper sur mon clavier ferait l'affaire si mon lumbago n'était pas persistant. On est bien peu de chose !

mardi 8 novembre 2016

Retour de Rome


Pourquoi cette rue me rappelle-t-elle Bucarest tandis que Françoise pense à Prague ? Les capitales abattent leurs cartes. Je me suis si longtemps entraîné devant la glace à faire de faux-mélanges que je n'aimais plus jouer à force de tricher. J'avais quinze ou seize ans lorsque j'ai arrêté les tours de magie proprement dits pour ne plus jouer que de la musique, éventail d'illusions tellement plus riches et inventives. Les cloches auraient pu m'inspirer, mais de Rome je n'ai enregistré aucune ambiance. Comme les magasins qui vendent presque tous la même chose sur la planète, le son des villes se banalise.


Au fur et à mesure du voyage à Rome nous nous éloignons du centre. Nous avons traversé plusieurs fois le Tibre via Trastervere. Les rues sont plus calmes, sans presque aucun touriste. Je me souviens de l'école populaire de musique où Giovanna Marini enseignait dans le quartier du Testaccio et des histoires que Jean-André me racontait de Pasolini et Ninetto...


Comme il pleut nous nous réfugions dans les catacombes de Domitilla. J'espérais un peu pouvoir marcher le long des 17 kilomètres de galeries, mais nous n'arpentons qu'un tout petit segment de ces longs couloirs étroits où étaient enterrés les morts sur cinq niveaux. Nous n'avons hélas rien vu de ce que montre Wikipédia. Cela sent un peu l'arnaque. On les avait presque toutes évitées jusqu'ici ! En rentrant en bus, nous avons un aperçu de Rome by night... Mais comme, dans toutes les villes du monde, nous aurons accumulé des kilomètres de marche à pied... C'est agréable de s'envoler !
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