Jean-Jacques Birgé

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mardi 16 juillet 2019

Les fantômes de l'Internationale


J'ai lu d'une traite l'incroyable saga de l'hymne international composé par Pierre Degeyter sur des paroles d'Eugène Pottier. Élise Thiébaut, à qui l'on doit l'indispensable Ceci est mon sang, livre incontournable sur les règles féminines (et masculines !), a demandé au dessinateur Baudoin d'illustrer la chanson en introduction du livre, puis de l'accompagner tout au long de son récit. La bande dessinée actualise la lutte qui ne semble hélas plus finale avant que l'on suive l'enquête aux nombreux rebondissements. Élise rappelle que je l'avais avertie des dangers de diffuser L'Internationale sur FaceBook pour des questions de droits d'auteur avant qu'elle ne tombe récemment dans le domaine public, et que je l'avais mise sur la voie d'une hypothétique descendance du compositeur. Le parcours de l'hymne planétaire du mouvement ouvrier tient de la course d'obstacles et va de scandale en scandale de la Commune de Paris en 1871 à la Sacem en 2018 ! Comme toujours le ton d'Élise Thiébaut est incisif, drôle et son analyse fondamentalement politique avec des incursions féministes de la plus grande justesse. C'est aux digressions que je reconnais un auteur, à la manière de s'échapper sans s'éloigner de son sujet. Ce peut être aussi en le plongeant dans le bain du réel, de son réel à soi, que l'histoire prend sa forme, se moquant de la frontière qui nous sépare de la fantaisie...

→ Élise Thiébaut et Baudoin, Les fantômes de L'Internationale, ed. La ville brûle, 18€, à paraître le 30 août 2019

lundi 15 juillet 2019

Years and Years fait froid dans le dos


En tête de mon article sur la série Years and Years, coproduite par HBO et BBC One, et diffusée en France par Canal +, j'ai choisi l'image du clone de Marine Le Pen interprétée par Emma Thompson plutôt que le portrait de la famille Lyons, parce que ce mélange d'extrême-droite française, de Brexit et de populisme italien (son parti se nomme 4 étoiles !) m'a plus intéressé que le sempiternel procédé de traverser une époque au travers d'une famille où les minorités sont soigneusement représentées (femme noire, homosexuel/le/s, grand-mère, ado complexe, etc.). Il n'empêche que cette plongée dystopique dans les quinze prochaines années est particulièrement réussie.


Quiconque est conscient de l'état du monde s'intéressera à la collapsologie. Nul ne sait comment la catastrophe annoncée surviendra et il est difficile d'anticiper quel domino entraînera les autres, mais les changements politiques, économiques et technologiques affectant les membres de la famille Lyons s'appuient sur des recherches sérieuses, parfaitement crédibles, même si les allégations sur Trump et Poutine sont caricaturales. La série de 6 épisodes écrite par Russell T Davies (Queer as Folk, The Second Coming, le retour de Doctor Who) est partagée entre une réalité dramatique alarmante et l'humour que génèrent les spéculations sur l'avenir proche. La menace nucléaire qui nous pend au nez depuis 1945, la garantie des dépôts bancaires limitée à 100 000€ en cas de faillite, la chasse aux migrants et leur extermination déjà à l'œuvre en Méditerranée par exemple, l'anti-européanisme des Britanniques, le transhumanisme, les objets connectés, la perte d'efficacité de certains médicaments, etc., presque tout ce qui devrait nous réveiller est intégré au scénario catastrophe. L'analyse économique mettant radicalement en cause le capitalisme et son dérivé moderne, l'ultralibéralisme, est malheureusement absente au profit de ses conséquences. Idem pour certains phénomènes météorologiques plutôt flippants ! Mais le scénariste se réserve probablement des cartouches pour une seconde saison, comme on peut le deviner à la fin du dernier épisode qui clôt la saison tout en lui permettant de continuer...

vendredi 12 juillet 2019

Profession deux fois


Je m'y attendais. Avant-hier, en plaçant un article sur mon voyage à Venise en une, la rédaction de Mediapart m'a attiré quelques commentaires désagréables. Par contre peu de réaction hier à propos de mon billet sur la Biennale... Certains lecteurs m'accusent de prendre l'avion (le train de nuit avait été supprimé, mais une lectrice m'apprend que l'Italie l'a rétabli), de condamner le tourisme de masse alors que j'y participe à ma manière, de préférer le voyage à la lecture sur le sujet, etc. J'ai l'habitude de ce genre d'attitudes d'abonnés qui n'écrivent jamais d'articles, mais répandent systématiquement leur fiel à la façon des trolls. Même si je les comprends parfois, je ne peux prendre pour moi la plupart de leurs critiques, tout simplement parce qu'aucun de mes articles n'existe en soi. Il fait partie d'un corpus beaucoup plus important, plus de 4000 à l'heure actuelle. Les réponses ou les attendus sont à chercher dans l'ensemble, mais ce n'est pas facile d'y faire des recherches (mon blog drame.org a des fonctions sélectives plus fonctionnelles que son miroir sur Mediapart). Je ne peux pas non plus exiger de mes lecteurs ou lectrices occasionnel/le/s de se coltiner 14 ans de billets quotidiens (j'ai commencé en 2005, donc bien avant la fondation de Mediapart). Je comprends donc que je puisse irriter les un/e/s ou les autres s'ils ou elles ne perçoivent qu'un seul angle de vue, mais, je le répète, je ne peux rappeler chaque fois le contexte global ou mes professions de foi qui sont en dénominateur commun.
Écrire un article chaque jour me prend trois heures, or ce n'est pas mon gagne-pain (je paye mon abonnement à Mediapart comme tout le monde), et je dois continuer ou j'aime continuer à exercer parallèlement mes activités artistiques. J'essaie chaque fois d'avoir un point de vue personnel, je n'y arrive pas toujours, et mes articles sont souvent militants, entendre qu'ils évoquent généralement des sujets peu ou pas traités par les professionnels. J'ai par ailleurs écrit dans de nombreuses publications : Le Journal des Allumés du Jazz (dont je fus co-rédac'chef pendant 10 ans), Muziq, Jazz Magazine, Jazz@round, Jazzosphère, Citizen Jazz, Les Nouveaux Dossiers de l'Audiovisuel, La Revue du Cube, L'Autre Quotidien, La Nuit, Les Cahiers de l'Herne, Le Monde Diplomatique... Mais ces textes sont d'une autre nature, le blog m'offrant de parler à la première personne du singulier sans que l'on me corrige en introduisant des erreurs qui n'y étaient pas ! J'apprécie cette liberté, sans la pression des annonceurs ni celle d'une hiérarchie quelconque, quitte à ce que cette pratique reste amateur, terme qui vient du verbe aimer !

jeudi 11 juillet 2019

De l'art en surface et profondeur


J'avais toujours évité d'aller à Venise en été. On dit que les canaux y exhalent des puanteurs et le tourisme de masse rend la chaleur encore moins supportable. Mais on ne choisit pas toujours et l'idée était de visiter la Biennale d'Art Contemporain où je n'étais jamais allé, pas plus qu'à la Mostra ou au Carnaval. En bonus nous avons traversé la lagune pour aller nous baigner dans l'Adriatique sur le Lido. La majeure partie de notre semaine fut donc occupée par les expositions et les musées. Entre chaque nous nous sommes perdus dans les ruelles, le long des canaux qui commençaient à peine à sentir mauvais à notre départ de là-bas. Par contre la Biennale nous laisse un goût amer. Grosse déception devant la majorité des œuvres d'une superficialité affligeante. Les motivations des artistes ressemblent plus au besoin de se faire connaître que d'exprimer quelque chose qui leur tient à cœur. J'avais la désagréable impression souvent ressentie au Palais de Tokyo. Un écran de fumée, des technologies nouvelles utilisées depuis des années pour ne rien dire, des choses vues et revues. Si cela avait été l'opération "Portes ouvertes" d'une école d'art j'aurais trouvé cela sympathique, tout au plus. On peut attendre mieux de la jeunesse, qu'elle nous bouscule et rue dans les brancards !


Même les artistes que nous aimons d'habitude y ont accroché des œuvres décevantes. Ici, Christian Marclay empilant des bords cadre de films de guerre avec une bande-son forcément embouteillée. Le Pavillon français, que nous aurions trouvé tout juste honorable en temps normal, sortait un peu du lot grâce au travail plutôt désordonné de Laure Prouvost, entendre qu'elle tire un peu dans tous les sens. C'est déjà ça. Je pensais que j'avais la dent dure avant d'en parler avec des habitués et de lire les compte-rendus à notre retour, les uns et les autres trouvant cette cuvée de la Biennale particulièrement ratée... Heureusement, la sculpture de Liu Wei (photo ci-dessous) à l'Arsenale Gaggiandre me fit penser agréablement à un ramassé du décor du film Les 5000 doigts du Dr T et les tableaux de la Nigérienne Nideka Akunylli Crosby au Pavillon central des Giardini nous remontèrent un peu le moral. J'étais évidemment attiré par les disques en terre glaise (?) du Libanais Tarek Atoui, aussi passionné par les arts plastiques que par les arts sonores...


Cette cuvée 2019 porte le titre May You Live In Interesting Times ! Si l'intérêt pour notre époque est si peu encourageant, est-ce parce qu'elle est particulièrement sinistre, avec des gouvernements réactionnaires se durcissant un peu partout sur la planète, le capitalisme devenant de plus en plus cynique, réduisant la culture à une peau de chagrin et ne favorisant que des arts mercantiles ? Les œuvres apparemment les plus engagées relevaient hélas d'un politiquement correct favorisant la bonne conscience.


Les expositions "off" ou les pavillons nationaux disséminés dans la ville recélaient malgré cela quelques belles surprises comme la Thaïlandaise Kawita Vatanajyankur ou le Cubain Carlos Quintana. Nous avons raté hélas les plus excentrées, parfois situées sur une île, à Murano ou San Clemente, mais nous avons trouvé facilement celles de la Taïwanaise Shu Lea Cheang axée sur le genre ou celle de l'Américaine Joan Jonas plutôt bavarde, son empathie pour les baleines l'entraînant loin de ses œuvres passées. On notera tout de même la présence importante d'artistes féminines, ce qui devrait permettre certaines ouvertures à l'avenir...


Même en une semaine nous étions loin d'être capables de voir tout ce qui était proposé d'art contemporain à Venise. Nous nous sommes rattrapés avec les valeurs sûres : Helen Frankenthaler au Palazzo Grimani, Georg Baselitz à la Gallerie dell’Accademia, Arshile Gorky à la Galerie internationale d’art moderne, Jannis Kounellis à la Fondation Prada (photo ci-dessus). Chacune mériterait un article entier, mais j'ai mon ménage à faire et mes instruments à travailler en vue des prochains concerts ! Nous avons profité d'un joli bonus dans cette marche forcée sous le soleil d'Italie et les ruelles encombrées, car en plus des passionnantes expositions qui y sont présentées, nous avons pu découvrir les palais extraordinaires qui les abritent et sont inaccessibles en temps normal. On devine le faste incroyable de ces demeures du temps du rayonnement de la ville alors que la plupart sont véritablement défraîchis, ce qui leur donne un charme fou évidemment, comme si Versailles était transformé en lofts et en squats, ce qui ne serait pas pour me déplaire, cassant l'image arrogante qu'il véhicule...


Puisque j'en suis à parler des lieux fameux et grandioses, je ne peux m'empêcher de rappeler les incontournables du temps passé, visites dont je ne pourrai jamais me passer à chaque séjour vénitien, car ces tableaux extraordinaires ne voyagent pas. Dès le premier jour nous avons cadré le plafond de la Scuola Grande de San Rocco avec les miroirs laissés sur un des bancs sans aucune sollicitation ni vague indication. Admirer ainsi les détails des peintures du Tintoret, renversées, permet de les découvrir sous un nouvel angle. Je m'étonne qu'aucun artiste contemporain ne se soit, à ma connaissance, emparé du procédé... La visite de la Gallerie dell'Accademia est tout aussi indispensable, surtout depuis que les neuf tableaux de la légende de Sainte Ursule de Vittore Carpaccio ont été rénovés ! Mais on peut aussi y contempler Bosch, Bellini, Giorgione, Mantegna, Tiepolo, Le Titien, Veronese et bien d'autres...


S'il ne fallait choisir qu'une chose à faire à Venise ce serait d'aller me recueillir à la Scuola di San Giorgio degli Schiavoni pour les Carpaccio dont les cadres représentent pour moi l'ancêtre de la bande dessinée et du cinéma. Les drapés des vêtements, la présence naturaliste des plantes et des animaux, les mouvements et les hors-champs sont autant de merveilles. J'ai raconté ici ma première visite dans les années 70 alors que nous venions d'arriver et que les quais étaient sous la neige. Dans la petite salle qui abrite les exploits de Saint-Georges, Jean-André Fieschi et moi étions seuls avec un couple, "un monsieur qui semblait déjà âgé et une jeune femme. Nous l'avons reconnu, lui, mais nous n'avons pas osé bouger, nous aurions brisé le charme. Nous l'avons regardé s'éloigner, de dos, le long du canal. Tout était magique. Venise sous la neige, les peintures sur les murs, le dragon terrassé, le silence et l'absence, et Michelangelo Antonioni." Sous la chaleur moite de l'été, les Carpaccio nous ont ravis tout autant...

mercredi 10 juillet 2019

Tourisme bip bip


Chaque année 37 millions de touristes arpentent Venise, mais seulement 9 millions y passent ne serait-ce qu'une nuit ! Je regrette de n'avoir pris aucune photo de ces hordes qui suivent au pas de course un petit fanion de crainte de se perdre. Mais pendant les premiers jours de notre séjour, écœuré, j'étais incapable de me saisir de mon appareil. L'absurde y rivalise aujourd'hui avec la magie. Comme ces immeubles flottants qui envahissent parfois la lagune au point d'en cacher le soleil, lorsqu'ils ne se crashent pas sur un quai, détruisant tout sur leur passage !


Pour mon septième voyage dans la ville d'Europe qui me fascine le plus, j'avais choisi un logement près de l'Arsenal où la majorité des touristes ne mettent jamais les pieds. La via Garibaldi est ainsi restée la même et le linge continue de sécher dans les petites ruelles de ce quartier populaire. Nous en avons profité pour faire une balade en barque sur des canaux officiellement interdits à la navigation, enceinte encore sous contrôle militaire.


Alain m'avait conseillé de rencontrer un de ses amis vénitiens, artiste polymorphe qui passe allègrement de la sculpture à la musique. Il ne m'avait pas raconté qu'il est pratiquement impossible de vivre de son art à Venise. Ainsi Mauro est gondolier, comme son père, et tous les trois jours il s'en octroie deux pour faire ce qui lui tient le plus à cœur, comme sa fille, branchée multimédia, qui est partie à Milan, centre artistique de l'Italie.


Malgré tout, Venise n'a rien perdu de son charme ni ses calle de leur éclat. Chaque pont enjambé révèle les images d'un passé que l'humidité dévore depuis des siècles. Pendant la Biennale d'Art Contemporain les expositions permettent de visiter des palais fermés en temps normal. J'y reviendrai, et sur la déception qu'engendra chez nous la Biennale officielle, vitrine d'un marché d'une superficialité lamentable, et sur l'incroyable faste d'antan que nous livrent de somptueuses demeures... Le pèlerinage exige aussi de prendre le temps de voir ou revoir San Rocco, San Giorgio dei Schiavoni, les galeries de l'Arsenale et bien d'autres merveilles qui ne peuvent voyager. C'est la première fois que je prenais l'avion pour Venise, une heure trente de vol auquel s'ajoute une heure trente de navigation. Le train de nuit n'existe plus. La navette s'arrête à certaines îles comme Murano qui n'a pas beaucoup d'intérêt à moins de vouloir rapporter quelque verroterie. Nous n'avons hélas pas eu le temps de nous rendre à Burano dont les maisons m'ont inspiré la couleur de la mienne...


Nous avons marché, marché et encore marché. La gastronomie vénitienne marquait des haltes dans notre boulimie d'expositions. Le sommet revient au restaurant Riviera de GP, l'ancien bassiste de Sanseverino. Nous avions opté pour le menu di qua e di là : tartare de saint-jacques avec chips de fromage et fruits, wafer d'araignée de mer avec artichauts, risotto de petits pois et huîtres chaudes de Scandovari, langue de bœuf avec confiture salée de citron, céleri et feuille d'anis, foie de génisse à la camomille et au citron, pigeon avec masse de cacao, ricotta de buffone au chocolat blanc et herbes aromatiques (c'est ce que j'enfourne là enrobée de feuilles de riz), sans compter la ribambelle d'amuse-gueule et de trous vénitiens. La noisette enrobée de foie de pigeon et croûte de cacao fut le clou du repas. Ailleurs nous nous sommes délectés de fruits de mer, de crabes mous frits, de risotti à l'encre de seiche, de pâtes al dente, de tiramisus, et de glaces évidemment tant il faisait une chaleur harassante... Je n'étais jamais allé au Lido et le bain dans l'Adriatique marqua une pause salutaire.


La nuit, Venise, vidée de ses marcheurs blancs, est transformée en décor de cinéma, un décor dans lequel on nous aurait enfermés en nous y oubliant. Il y avait tant à voir que nous y avons passé une semaine et que nous pourrions y rester des années.

mardi 9 juillet 2019

Mon cœur


J'espérais exposer mes artères, mais les images de ma coronarographie sont inaccessibles sur le CD-R que l'Hôpital Marie Lannelongue du Plessis-Robinson m'a remis. J'ai essayé "veinement" de le regarder sur Mac et PC sous différents systèmes, mais je n'y vois que du feu. Il semblerait que seul un médecin peut y avoir accès ?! Je me suis donc résolu à illustrer mon rapport avec un instantané d'une installation de la Biennale de Venise. C'est dommage parce que cette plongée dans l'organisme semblait véritablement passionnante, à la manière du Voyage fantastique de Richard Fleischer ou, plus drôle, de son pastiche Innerspace de Joe Dante !
L'étau qui me serre douloureusement la poitrine après un très gros effort avait justifié cet examen. Le bon Docteur Hoang m'avait trouvé un rendez-vous dans ce centre spécialisé extrêmement réputé. J'avais auparavant tenté l'Hôpital du Nord à Saint-Denis, mais il m'avait été répondu qu'ils affichaient complet jusqu'en novembre et que le planning pour ce mois-là n'était pas encore édité. C'est un petit exemple de l'état de la santé en France, mais rien en comparaison des conditions de travail qui sont imposées au personnel soignant, surtout celles et ceux du bas de l'échelle, les infirmières et infirmiers qui désertent progressivement leur emploi, payé/e/s un salaire de misère. Pour la première hospitalisation de ma vie, l'expérience s'est avérée moins pénible que je ne le craignais, probablement parce que cet établissement n'a pas de service d'urgence et que son petit personnel est particulièrement attentif et dévoué. Le Docteur Ghostine, chirurgien qui m'a "opéré", était également nettement plus cordial que le premier cardiologue que j'avais rencontré et dont j'ai surtout pu admirer la nuque.


J'arrête là le suspense en annonçant que je vais parfaitement bien et que je mourrai probablement en bonne santé. C'est du moins ce que l'analyse de mes coronaires révèle. Il peut y avoir d'autres facteurs à ma douleur thoraxique... L'usage quotidien du sauna (infra-rouge) avait fait considérablement baisser mes taux de glucose et de cholestérol qui sont à des niveaux me permettant quelques exactions charcutières, fromagères ou sucrières quand ma gourmandise m'y entraîne. Le praticien m'a suggéré d'arrêter de fumer, or je ne pratique plus le jointage depuis environ 7 ans, même si j'en fus friand pendant les premières quarante ans de ma vie ! J'ai évité depuis toujours le tabac, écœuré par la fumée des Disques Bleus filtre de ma mère qui me remontaient dans les trous de nez lorsqu'elle corrigeait mes devoirs.
Cette expérience est de bonne augure pour ma descendance, d'autant que le Docteur Libert, brillante homéopathe qui me fit passer l'asthme en trois semaines, m'avait prescrit des analyses de sang poussées montrant que j'avais de bons gènes, propres à défendre mon immunité. J'avale chaque matin du sélénium que l'on trouve dans les noix du Brésil et de la vitamine B3 pour la renforcer là où se présentent quelques petites failles. Des craintes persistaient à cause de mon père qui était cardiaque ; il avait eu des rhumatismes articulaires aigus lorsqu'il avait 13 ans et on lui avait remplacé une valve du cœur par une nouvelle en peau de porc qui n'était pas casher ! Je n'avais pas du tout envie de me retrouver avec une fermeture éclair sur la poitrine.
J'envisage donc la vie avec des yeux neufs. Je regarderai à gauche et à droite en traversant et j'éviterai que l'on me contrarie, ou, du moins, je tenterai de gérer les contrariétés avec l'élégance d'un danseur...

Illustration : Antoine Catala The Heart Atrophies (2018-2019)

mercredi 26 juin 2019

Petite pause


Les années précédentes j'arrêtais le blog pendant les vacances en montagne où il n'y avait ni Internet ni téléphone, ou bien lors de nos aventures asiatiques, histoire de me couper de la perfusion dont nous sommes presque tous esclaves. Autrement, j'avais l'habitude de continuer à bloguer de tous les points du monde sans faillir un seul jour. Mon voisin Éric m'a judicieusement conseillé de faire une pause d'une semaine pendant mon séjour à Venise, d'autant que j'enchaînerai avec une coronarographie nécessitant une courte hospitalisation. Le cours du temps reprendra donc le 10 juillet si tout va bien côté cœur. Entendre cardiaque, à ne pas confondre avec la Carte du Tendre. D'ici là j'espère découvrir des ruelles et des canaux que je ne connais pas, et pour la première fois arpenter la Biennale d'art contemporain ou me baigner au Lido. Il y a bien longtemps que je n'étais allé dans la ville d'Europe que je préfère. Je l'ai visitée sous la neige ou la pluie, à l'acqua alta, de toutes sortes d'humeurs, des plus euphoriques aux plus mélancoliques, en hiver, au printemps, à l'automne, mais jamais en plein été. Cette pause ne m'empêche pas de prendre des notes et des photographies, et j'emporte évidemment mon petit Nagra !
Comme souvent à cette période, Jonathan s'occupe de Django et Oulala en mon absence et j'ai synthétisé un savant petit planning de l'été pour que les Bagnoletais qui ne partent pas en vacances aient de quoi boire et manger pendant ces deux mois. Les uns et les autres sommes donc de faction pour Baghera et Milkidou, Pipo, Diligence et les deux miens.
À très vite,
Totalement vôtre.

mardi 25 juin 2019

Hautaine au thym


Oulala préfère le thym à tous les autres pots du jardin tandis que le canard se contente de mauvaises herbes. On les appelle mauvaises par ignorance et parce que souvent elle colonise les autres. Oulala n'est pas plus mauvaise, c'est un petit cœur, mais elle écrabouille mon thym. En général elle se love en rond petit patapon, épousant le cercle. Les chats trouvent la terre plus fraîche. Peut-être incarnerait-elle bien un sourcier pour déterminer où creuser le puits ? Mais on ne dresse pas les chats comme on dresse un buffet, en tout cas pas sous nos latitudes. Django choisit l'ombre pour s'y allonger de tout son long. Il fait bien son mètre. Cela me rappelle une histoire terrible que m'ont racontée Elsa et Lulu hier soir. Une amie avait un boa apprivoisé qui s'enroulait autour d'elle lorsqu'ils dormaient ensemble. Comme le reptile ne mangeait plus et se tenait à côté d'elle de tout son long, raide comme un piquet, elle est allée consulter un vétérinaire. Il lui a alors expliqué que le boa simplement jeûnait et mesurait la taille de sa maîtresse pour pouvoir l'engloutir quand il aurait vraiment faim. J'ignore si elle était menue ou s'il avait les yeux plus grands que le ventre, mais cela en dit long sur notre manière de voir.

lundi 24 juin 2019

Sur le nouveau site de Raymond Sarti


Je devrais peut-être en faire autant. Le scénographe Raymond Sarti a entièrement réactualisé son site personnel.
En 2010, épaulé par Jacques Perconte, j'avais complètement repensé le mien qui datait de 1997. Conçu et réalisé à l'origine par Hyptique avec Étienne Mineur comme directeur graphique assisté d'Arnaud Dangeul, il avait fallu treize ans avant que je me décide, mais là cela ne fait que neuf ans que la nouvelle version est en ligne avec sa radio aléatoire et ses 153 heures de musique inédite. Chaque fois j'avais demandé un petit coup de main au plasticien Nicolas Clauss et ces dernières années Pat Joub en avait assuré la maintenance. La console d'administration est suffisamment bien conçue pour que j'en assume la mise à jour régulière.
Sarti, épaulé par le web designer Philippe Dubessay, a classé quelques centaines de documents en artsde la scène, décors de cinéma ou de théâtre, pour les expositions, les intérieurs et les paysages. J'écris Sarti, mais je devrais plutôt l'appeler Raymond, car je l'ai toujours considéré comme mon petit frère. Nous sommes amis depuis trente ans, depuis qu'il m'a été imposé sur le spectacle J'accuse que j'avais monté avec Un Drame Musical Instantané, l'acteur Richard Bohringer, la chanteuse Dominique Fonfrède et un orchestre d'harmonie de 80 musiciens ! Ahmed Madani, le metteur en scène, aussi doué que mon nouveau camarade, faisait partie de la corbeille de mariage. Le spectacle avait été filmé, mais je suis heureux de découvrir ici des photos dont j'ignorais l'existence...


En 1992 Raymond a réalisé la scénographie du K de Buzzati, toujours avec le Drame et Bohringer, puis Daniel Laloux. Il a commis nombreuses affiches, pochettes de disques, cartons d'invitation, vitrines, costumes pour notre groupe. De mon côté j'ai composé la musique et la partition sonore des expositions Il était une fois la fête foraine à La Grande Halle de La Villette, The Extraordinary Museum au Japon, Jours de cirque au Grimaldi Forum à Monaco, Electra à La Cité des Sciences et de l'Industrie, un atelier au département scénographie de l'ENSAD, etc. Notre plus récente collaboration fut pour moi un modeste environnement sonore au nouveau Conseil Général de l’Ile de la Réunion à Paris. Mais c'est une toute petite partie de l'œuvre de mon camarade.
D'autres projets sur lesquels nous avons planché n'ont d'ailleurs jamais vu le jour. C'est le lot des appels d'offres dont beaucoup sont pipés comme chacun sait. Aujourd'hui les commanditaires font plus attention au budget qu'aux aspects artistiques. C'est un peu partout pareil. L'économie de marché gagnant tous les secteurs d'activité, notre pays s'appauvrit doucement, mais sûrement. Heureusement qu'il continue à y avoir des artistes et des artisans qui ne sacrifient pas leur passion aux chimères du succès. Paradoxalement c'est en restant intègre que l'on a des chances de perdurer. Comme pour tout, le pire des risques est de n'en prendre aucun, et lorsqu'on est prêt à tout perdre, on a de bonnes chances de remporter la timbale.
J'ai toujours adoré la manière de travailler de Raymond, capable de s'adapter à n'importe quelle situation en inventant des cadres qui collent au sens sans sacrifier à la beauté des choses, et ce avec parfois les matériaux les plus simples...

vendredi 21 juin 2019

Séries Bibi


Mise à part la grande bataille de Winterfell contre l'Armée des Morts la huitième et dernière saison de Game of Thrones fut plutôt décevante, chaque épisode rendant prévisible le suivant. Par contre la seconde saison de Happy! fut encore plus délirante que la première. Il sera difficile de faire de la surenchère. Imaginez que les scénaristes de Fargo (mais oubliez la saison 3) aient pris du LSD et vous aurez une petite idée de ce jeu de massacre. J'ai essayé d'autres séries, mais rien récemment qui m'ait véritablement accroché. Idem pour les films de cinéma, que je regarde/écoute surtout en DVD ou Blu-Ray, qui me laissent froid et m'obligent à plonger dans ma cinéphilie pour exhumer quelques trésors oubliés, à part Le livre d'image de Jean-Luc Godard et le film d'animation Ruben Brandt, collector. J'accueille donc avec impatience et curiosité les premiers épisodes de Pose et Big Little Lies...


Amateur de sapes colorées et d'élégance chorégraphique, je me régale des séquences ball et voguing de cette série américaine qui se déroule dans les années 80 pour la première saison et qui continue en 1990 avec la nouvelle. Elle est interprétée majoritairement par des actrices transgenres, Pose relatant essentiellement l'émergence de la scène culturelle et littéraire underground queer noire et latino dans les quartiers populaires new yorkais. La seconde saison de cette série passionnante au niveau social commence avec les premières manifestations d'Act Up...


On raconte que la seconde saison de Big Little Lies, dont Jean-Marc Vallée avait réalisé la première ainsi que récemment Sharp Objects, serait encore meilleure que la précédente, mais l'abus de flashbacks du premier épisode m'a laissé sceptique. Pourtant Nicole Kidman, Laura Dern, Reese Witherspoon, Shailene Woodley auxquelles se joint Meryl Streep sont toujours aussi épatantes en desperate housewives de la côte ouest. Je suis curieux de savoir comment les scénaristes ont réussi à relancer la machine de cette mini-série dramatique qui semblait arrivée à son terme...

jeudi 20 juin 2019

Pas au bout de mes peines...


Incroyable ! Après plus d'un an de tergiversations, Orange a fini par m'installer la fibre.
Si la connexion est techniquement ultra rapide, elle est encore très fragile, car je ne suis pas à l'abri d'un acte malveillant des trois sœurs foldingues qui habitent au fond de l'allée et attaquent mon mur régulièrement en prétendant être les propriétaires de l'allée privée sans n'avoir jamais évidemment produit aucune preuve, et pour cause. J'ai déjà évoqué ici ce conflit ridicule, mais hautement handicapant. Leur acte de propriété, comme tous ceux dont les murs ou les portes donnent sur l'impasse, ne spécifie aucune suzeraineté. Par contre la Mairie a confirmé ce qui apparaît sur le cadastre, à savoir que l'impasse n'existe pas juridiquement, puisqu'elle est constituée des fonds de parcelles. Si elles étaient propriétaires elles me devraient le droit d'échelle qu'elles me refusent manu militari. Par contre je leur dois le passage puisqu'elles passent sur mes terres pour rentrer chez elles. En attendant je suis bien ennuyé car elles m'interdisent abusivement de réparer mon mur qui s'abîme en attendant que la Justice fasse son boulot puisqu'il est impossible de discuter calmement avec elles sans essuyer une salve d'insultes, voire d'attaques physiques. Ma non-violence m'interdit évidemment de répondre à leur folie qui trouvera d'autres souffre-douleur lorsque les deux parcelles à vendre dans l'impasse seront attribuées à de nouveaux propriétaires qui ne manqueront pas de faire des travaux autrement plus importants que mon modeste passage de câble collé sur mon propre mur ou une journée de ravalement de la façade plein nord !
Comme si cela ne suffisait pas de courir après les fournisseurs d'accès à Internet qui se font eux-mêmes une gueguerre dont les usagers paient évidemment les pots cassés. Le sous-traitant Circet ayant installé la fibre Orange avec succès, j'ai aussitôt appelé Free qui depuis novembre refuse de réparer l'ADSL de ma FreeBox sous prétexte que je suis éligible à la fibre. Malgré une trentaine de coups de téléphone ils ne rappellent jamais. Je les ai donc mis en demeure de faire leur travail, faute de quoi je migrerai vers un autre opérateur. On aura compris que j'avais deux boîtes Internet, ce qui m'a permis de continuer à travailler... Ah que la vie pourrait être simple sans que forces obscures de la bêtise et de la méchanceté conjuguées s'exercent régulièrement !

mercredi 19 juin 2019

Inextinguible


Aucun trucage. C'est juste réfléchi. Le masque cache à la fois l'appareil et le photographe. J'ai oublié ce que c'était. Un stéréoscope ? Un loup vénitien ? La vision du monde des esprits ? Il a forcément un nom bizarre qui ferait rêver les lecteurs de Jules Verne. À l'époque du tout connecté lit-on encore cet auteur ? Lorsque j'étais enfant c'était notre science-fiction. La technologie est allée au delà de bien de ses rêves, mais mon goût des aventures est resté le même. Que je plonge en profondeur, vole au-dessus des pics, gravisse un volcan ou regarde la Terre depuis la Lune, c'est à lui que je dois de m'y être préparé. J'arpenterai bientôt les ruelles de Venise ou m'enfoncerai dans la forêt des Carpathes avec la passion inextinguible de la découverte. Peu importe que j'y ai ou non déjà mis les pieds, c'est toujours la première fois. Je m'y emploie chaque matin. Cette soif de créer me jette hors du lit aux aurores. Retrouver chaque jour l'innocence de la jeunesse avant que l'école nous ait imposé les réponses, avant que notre passion soit devenue un métier, avant que les illusions se soient perdues dans le cynisme d'une réalité factice. Et je n'oublie jamais la maxime de Cocteau, "le matin ne pas se raser les antennes".

mardi 18 juin 2019

Quel temps fera-t-il demain...


Lundi dernier l'empereur, sa femme et les petits princes sont venus chez moi pour me serrer la pince... Sauf qu'aucun d'eux ne se prend réellement au sérieux, ou plus exactement qu'Ella & Pitr forment un duo égalitaire qui ont fondu le style de chacun/e dans une signature commune à laquelle participent de temps en temps leurs deux jeunes enfants. Des affiches détourées et découpées comme jadis Ernest Pignon Ernest ils sont passés aux anamorphoses à la Georges Rousse avant de réaliser les plus grandes œuvres de la planète, peintures éphémères que l'on ne voit totalement que depuis l'espace ! Eux-mêmes utilisent un drone pour voir comment étaler les 1500 litres de peinture acrylique qu'ils pulvérisent en même temps que leur propre record, peignant la dernière en date sur le toit du Parc des Expositions à la Porte de Versailles, soit 25 000 mètres carrés. Elle représente une nouvelle géante, vieille dame pensive devant la futilité orgueilleuse des petites voitures roulant sure le Boulevard Périphérique parisien, un sac en plastique s'envolant polluer notre univers absurde... L'ont-ils appelé Quel temps fera-t-il demain... en référence au seul lien qui relie l'ensemble de ces automobilistes tournant en rond, les infos diffusées par FIP ?


J'étais donc tout heureux de leur montrer le bleu ciel sur lequel se détache maintenant Bientôt, le personnage qu'ils avaient peint tout en haut de ma façade. Leur empire n'est que celui de l'imagination et les deux petits princes facétieux étaient restés à Saint-Étienne où la famille Trapp des arts plastiques a élu domicile. Pour fêter leur venue à Bagnolet j'avais préparé un poulet à la grecque consistant à cuire au four cuisses et ailes immergées dans l'origan et le citron, recette familiale que je tiens de ma maman. Le dessert dont ils raffolent ne pouvait provenir que du plus célèbre glacier parisien auquel je suis maladivement abonné. Ils n'ont pourtant jamais encore travaillé sur ce support alors qu'ils préparent un nouvel emballage pour le chocolat stéphanois Weiss après le succulent blanc aux fruits rouges qu'ils ont orné d'un cœur qui s'envole !


Je ne pouvais partager les images d'Ella & Pitr avant la diffusion du reportage de TF1. Aussitôt l'embargo levé et lu le superbe article d'Emmanuelle Jardonnet dans le Monde dressant le portrait de ce couple d'artistes qu'on affuble "de rue", mais qui se moquent du street art comme jadis, disent-ils, le trio des Inconnus épinglaient le rap ! Cela n'empêche pas Loïc dit Pitr de m'indiquer le sulfureux Booba tandis que nous regardons les épatants clips d'OrelSan. Ella & Pitr critiquent essentiellement les fresques murales qui ne tiennent pas compte du contexte urbain... Leurs interventions tiennent toujours compte de l'espace social et géographique dans lequel se lovent leurs géants, souvent des laissés pour compte de notre société malade. Leurs personnages "énormissimes" n'étant pas visibles à l'œil nu le couple d'artistes prend de la hauteur sans en rajouter à la pollution visuelle qu'engendre entre autres la publicité. Entre ces encombrements et ceux des automobiles, véritable cancer de la ville, ils nous renvoient à notre condition humaine de fourmis dans l'immensité du cosmos, éphémérité n'empêchant pourtant pas le gâchis dont nous sommes les auteurs.


Comme on peut le voir dans le long métrage Baiser d'encre que leur avait consacré Françoise Romand et dont j'avais composé la partition sonore, l'univers pictural d'Ella & Pitr alimente leur quotidien autant que celui-ci les inspire. Leurs fantaisies narratives sont composées d'une vision critique du réel et d'une poésie de l'enfance qui s'interpénètrent au point de créer un réalisme poétique laissant deviner un imaginaire plus vrai que nature...

lundi 17 juin 2019

Cafouillage informatique


Article seulement pour geeks Macophiles. Les autres, à demain ! Ou bien rattrapez les billets qui vous ont échappé ;-)
Je m'en doutais. Juste après avoir installé une mise à jour d'une application VPN, plus aucune connexion Internet ne fonctionnait. J'ai cherché dans tous les sens jusque tard dans la nuit sans trouver la solution. Le lendemain j'appelai Apple Assistance qui comme chaque fois répond diligemment. Sauf que, passé les mêmes tests que les miens, leurs solutions sont draconiennes. Leurs techniciennes me suggèrent d'abord de réinstaller le système (Command-R) et comme cela ne marche pas d'effacer le disque dur après avoir fait une copie de sauvegarde, etc. Les techniciens/ciennes ne s'ennuient pas trop en proposant ces mesures, au mieux, terriblement chronophages. En désespoir de cause j'appelle mon camarade Francis qui est plus calé que moi en la matière. Ses tests sont toujours logiques. Il faut dire que j'ai déjà déplacé le Mac pour qu'il intercepte le wi-fi, car je le branche habituellement en Ethernet pour une question de distance, et que les préférences Réseau indiquent bien que je suis connecté avec une adresse IP. Pourtant aucun site n'est accessible. J'avais bien pensé que cela pouvait venir d'un bug au niveau des DNS, mais je n'osais pas les effacer. Francis m'y encourageant, tout est revenu dans l'ordre, j'ai rebranché mon bardas de fils, réinstallé Tunnelblick et retrouvé le sourire. Face à cette dépendance de la technologie nous sommes bien peu de choses. Cette inquiétude est bien plus grave qu'une panne momentanée.

vendredi 14 juin 2019

Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer.


Chaque fois que je réécoute le premier disque de Jacques Thollot, Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer., j'ai la vertigineuse impression de le découvrir comme si je ne l'avais jamais entendu ! Peut-être y a-t-il une raison à cela ? La réédition vinyle du disque de 1971 réalisée par Le Souffle Continu bénéficie d'un nouveau mastering particulièrement soigné. Le second morceau a même été stéréophonisé, la mono ayant toujours contrarié Thollot qui avait souhaité régler cette question à l'occasion d'une éventuelle réédition sur le label d'origine, Futura Records, dont Gérard Terronès était l'astucieux producteur. Le magnifique livret de 16 pages est orné d'une photographie inédite pleine page 30x30cm et qui d'autre que Jean Rochard, qui produisit les derniers albums du compositeur-batteur, pouvait rédiger le très beau texte qui l'accompagne ?!
Ces petits détails sont de taille, car Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer. est un véritable chef d'œuvre, un bijou d'intelligence et de sensibilité comme il en existe peu. J'ai beaucoup écrit sur Jacques Thollot, à l'occasion de son décès le 2 octobre 2014, lors du concert d'hommages à la Java en janvier 2015 où je jouai avec Fantazio et Antonin-Tri Hoang, pour la réédition de l'album Tenga Niña, l'inédit Thollot In Extenso également chez nato où figure le long entretien que Raymond Vurluz et moi eûmes avec lui fin 2002 pour le Cours du Temps du Journal des Allumés du Jazz.
Dans cet album magique Thollot ne joue pas seulement de la batterie, il empile les pianos, monte des bandes électroniques, convoque un violoncelle, toujours avec la poésie inouïe qui le caractérisait. Car quoi qu'il fasse, Jacques Thollot était avant tout un poète, jouant des fûts et des cymbales comme on compose des vers, des vers étranges comme ceux d'Henri Michaux qu'il adorait au point d'y trouver le titre de cet album assemblé lorsqu'il n'avait que 24 ans. S'il est considéré comme un musicien de jazz ou de free jazz, on ferait mieux d'évoquer l'OVNI ou l'objet difficile à ramasser dont parlait Cocteau, car sa manière de jouer ne ressemble à celle d'aucun de ses maîtres, Max Roach ou Kenny Clarke, Donald Byrd ou Eric Dolphy. Il faut aller fouiner du côté des impressionnistes français, de Jean Barraqué ou Terry Riley pour comprendre de quelles sphères vient sa musique. Mon camarade Bernard Vitet avait été un des premiers à repérer à la fois la richesse du gamin et sa fragilité lorsqu'il avait commencé avec les grands alors qu'il portait encore des culottes courtes. Dans cet album étonnant au sens fort du terme il joue avec lui-même, arpentant la dizaine d'années qu'il a derrière lui, se servant du re-recording avec une simplicité de virtuose. Or toutes les notes construisent une évidence, d'une liberté totale, celle d'un artiste dont tout qualificatif ne pourrait que le réduire, ayant seulement choisi la musique comme vecteur à son imagination... On se surprend à rêver devant cette cathédrale engloutie dont les tours émergent chaque fois qu'on le réécoute...

→ Jacques Thollot, Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer., LP Le souffle Continu, 22€ (il reste peut-être quelques uns des 111 exemplaires transparents de l'édition limitée à 111 avec un dessin original signé de Stéfan Thanneur...)

jeudi 13 juin 2019

China Gate


Si China Gate n'est pas mon Fuller préféré, j'ai eu beaucoup de plaisir à le revoir dans sa version restaurée, une première ! Son anti communisme primaire avait probablement valu à Samuel Fuller sa mauvaise réputation auprès de critiques de l'époque, mais ce film de guerre est surtout un pamphlet contre le racisme et la guerre, sujets qui ont toujours préoccupé le cinéaste indépendant. Même dessinés au couteau, les personnages ne sont jamais manichéens. Gene Barry qu'on retrouvera dans Forty Guns, Angie Dickinson qui était au début de sa carrière et Nat King Cole qui chante la merveilleuse chanson-titre forment un trio étonnant comme on en voyait peu en 1957. Dans le bonus Peace of Mind, la compagne et la fille de Fuller s'évertuent une fois de plus à redorer son blason, car il reste largement mésestimé alors que c'est un de mes cinéastes préférés pour ses directs et uppercuts cinématographiques, de Park Row à White Dog en passant par Pickup on South Street, House of Bamboo, Run of the Arrow, Verboten, Underworld U.S.A., Shock Corridor, The Naked Kiss, etc. Un bémol tout de même dont on a hélas l'habitude : il est dommage d'entendre des dialogues anglais alors que l'action se passant pendant la guerre d'Indochine la véracité à laquelle Fuller est très attaché devrait entraîner des échanges en français. Le montage de stockshots documentaires est d'ailleurs ici très intéressant dans la fiction dramatique. Enfin Lucky Legs est un rôle de femme forte comme Fuller les a souvent montrées, et le jeu réservé de Nat King Cole procure un recul critique déterminant dans le scénario...



→ Samuel Fuller, China Gate, DVD ou Blu-Ray Carlotta, 20,06€

mercredi 12 juin 2019

La voix de Loïs Le Van


Repérée sur le disque Murmures de Tom Bourgeois, la voix de Loïs Le Van est terriblement prenante, aussi envoûtante qu'aérienne. Pour l'album Vind, le chanteur est accompagné par la pianiste Sandrine Marchetti et le guitariste Paul Jarret. Tout n'y est que délicatesse. J'avais déjà cité Robert Wyatt en référence pour la tessiture et le timbre de Le Van, et la chanson Wind Song rappelle pas mal Yael Naïm. Après trois écoutes je n'ai toujours pas compris les paroles écrites par Laura Karst, mais les syllabes dessinent des nuages dont on se plaît à imaginer les figures. Quant au Vind, c'est effectivement un vent du nord, franchement scandinave. Je ne vais pas en écrire des tartines, mais cette musique douce et enveloppante accompagne aussi bien un petit-déjeuner en plein air qu'un dîner aux chandelles.

→ Loïs Le Van, Vind, cd Cristal Records, 13€, sortie le 30 août 2019
→ concert de sortie le 19 septembre au Studio L'Hermitage, Paris

mardi 11 juin 2019

Plage arrière


Même sans soleil, je n'en finis pas de rêver devant la translation du bleu du ciel. Les miroirs renvoient une image illusoire qui réchauffe le cœur. Voilà 20 ans que j'avais envie de donner des couleurs à la maison, mais je n'en avais pas les moyens. C'est dire si je suis heureux et comblé. Il restera évidemment le quatrième pignon à restaurer quand les foldingues qui m'empêchent d'accéder à mon mur auront été mises au pas. En attendant je voyage en pensée vers des contrées où les couleurs sont la norme. Le vert, le jaune et l'orange du jardin donnent à ma jungle parisienne des allures tropicales. Bambous, yuccas et palmier. Je vois la côte depuis mon île. Les accents circonflexes évoquent l'entretien dont a encore besoin le toit du studio. Chaque chose en son temps.
Le temps me manque pour rédiger des articles plus sérieux. Ne me demandez pas pourquoi. Je suis content du jingle que j'ai enregistré pour le podcast sur la cybercriminalité, mais je dois encore travailler les annonces vocales de chaque épisode et les virgules à insérer dans le texte que dit Sonia. Nous avons perdu l'appel d'offres de celui de l'INA à partir de leurs archives ; c'est dommage, je pense que nous aurions fait un truc vraiment original, mais la logique des concours m'a toujours échappé. Comme dit ma camarade, l'avantage est que nous pouvons partir tranquilles en vacances ! D'un autre côté je réfléchis à mes deux prochains disques, pour 2020 et 2021, ainsi qu'aux futurs albums virtuels dont un avec Jonathan Pontier et Christelle Séry, à mes concerts de l'été et de l'automne qui seront littéralement épatants, trop tôt pour tout révéler, mais je suis excité comme un pou. Par la vie aussi qui réserve tant de surprises, entre bonnes et mauvaises nouvelles, les premières faisant passer au second plan l'inquiétude générée par les secondes, "au final" (comme répètent inlassablement les djeunz) une manière positive d'appréhender ce délicat équilibre !

lundi 10 juin 2019

Pas que beau


Le niveau d'eau d'une mer d'huile trace l'horizontale d'une sieste majeure. L'idée fixe est encombrante. Je me noie dans un océan de feu. Mais c'est l'eau qui m'attire. S'il a toujours fallu me retenir, je m'en barbouillais les yeux. Que le ciel marin se sente. Vue de la terre j'avais les cartes en main, les cinq éléments en une seule image, le son dessinant le hors-champ. Or il n'est pas que beau de gâcher l'horizon de son arrogante silhouette. Qu'on le devine ou pas il n'est qu'un seul mirage, du latin miror signifiant s'étonner. Car j'ai quitté Paris en 1904 pour que le contrechant rime avec soleil couchant tandis que sur la platine je reposais Poulenc avant d'aller souper.

vendredi 7 juin 2019

La théorie du handicap


Dans le film 1+1 une histoire naturelle du sexe de Pierre Morize dont j'avais composé la musique, un biologiste rappelait la Théorie du handicap formulée par Amotz Zahavi en 1975. Dans la nature les mâles sont souvent très colorés alors que les femelles ont des robes plus ternes. Il s'agirait pour eux de les séduire en étant le plus flashy possible. L'opération est couronnée de succès lorsque les femelles se disent qu'en se signalant ainsi aux prédateurs les survivants doivent avoir de sacrés bons gènes. L'enjeu est tout de même pour chacune d'abandonner la moitié des siens pour perpétuer l'espèce en adoptant la moitié de ceux du mâle. Dans le film on pouvait constater que les hommes fonctionnent exactement comme n'importe quelle cellule mâle, à savoir que ce qui les caractérisent est de ne rien faire, mais ça c'est une autre histoire. Ayant moi-même une forte inclinaison pour les couleurs vives, que ce soit pour ma maison ou pour mon accoutrement quotidien, je me demande régulièrement si je ne participe pas moi-même à ce numéro de claquettes, en en sortant souvent gagnant malgré les bosses récoltées en marchant sur le fil. Se relever après chaque accident mène forcément à la chute, qui ne peut être alors que triomphale. Je mise donc sur l'attrait que peut représenter un type qui ne craint pas le ridicule en composant une musique de fada, en se livrant impudiquement dans ses articles ou en se vêtant d'habits qui se voient de loin ! Les claquettes en tennis sur galets ne sont qu'un indice de mon état d'Étretat ponctué par les cris des goélands sur fonds de sacs et ressacs.