70 Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 13 mars 2026

Le paradoxe de Michel Portal


Écoutant le troisième volet de l’émission « Les grands entretiens » d’Yvan Amar avec Michel Portal, est venue l’envie d’apporter quelques précisions qui firent défaut à la mémoire de Portal. D’abord le disque Free Jazz est l’œuvre du pianiste François Tusques et elle date de 1965, soit sept ans avant le célèbre concert du Unit à Châteauvallon. Y participaient le trompettiste Bernard Vitet, le saxophoniste François Jeanneau, Portal à la clarinette basse, le contrebassiste Beb Guérin et le batteur Charles Saudrais. Colette Magny en était la directrice artistique ! Ce n’est pas aussi free que ce que le jazz va devenir, mais ce sont en France les prémisses. En 1971, sur le même label de Gérard Terronès, Futura, suivront par exemple Tacet de Jean Guérin et La guêpe de Bernard Vitet. La liberté est plus explicite, mais c’est avec le Unit, qui au début ne s’appelait pas le Michel Portal Unit, ou avec le New Phonic Art, qui rassemble des musiciens de musique contemporaine, que l’improvisation devint libre et totale.
Michel Portal figure alors le modèle pour de nombreux jeunes compositeurs de l’instantané dont je fis partie. Alors qu’il revendique d’avoir terriblement peur, c’est un angoissé de première, il prend le risque de jouer avec des musiciens qui le mettent en danger. Chaque concert est radicalement différent. J’avais pris l’habitude des surprises avec chaque sortie d’album de Frank Zappa, et là je suis servi. Le début des années 70 est l’époque de tous les possibles. Il invite alors souvent des musiciens d’univers très différents comme Jacques Berrocal, Didier Malherbe ou Jean Schwartz dont le jeu l’oblige à se renouveler sans cesse. J’ai suivi cette voie jusqu’à aujourd’hui pour ne jamais m’endormir. La liberté est totale, elle offre la possibilité de jouer en do majeur ou à douze tons, de tenir un rythme ou de semer le chaos, de jongler avec le bruit ou d’intégrer tous les sons du monde.


Mais la question de l’autorat et des droits afférents titille les protagonistes qui se crêpent le chignon en revendiquant tel ou tel thème, d’autant que Portal les dépose sous son nom à la Sacem. Le Unit alors composé de Vitet, Beb Guérin, Léon Francioli et Pierre Favre (et la chanteuse Tamia à Châteauvallon 72), dont Portal dit longtemps que c’était son meilleur groupe et qu’il regrettait sa dissolution, explosa en direct devant la télévision allemande au grand dam des organisateurs qui ne comprenaient pas ses petits Français en colère. Vingt ans plus tard, Portal m’expliqua qu’il revint à la composition préalable pour ne plus avoir ses questions de droits d’auteur sur les bras, ce qui ne l’empêcha pas de souvent déléguer à d’autres sous couvert d’anonymat, en particulier pour ses musiques de film. Maître de l’improvisation, dès 1980, date de la mort de Beb, il se tourna vers un jazz moderne, somme toute plus orthodoxe, nous expliquant, que ses choix seraient dorénavant liés à ses besoins d’argent. Il avait déjà abandonné la variété, la musique classique, dont son interprétation de Mozart à la clarinette est mémorable, et la musique contemporaine. Dans les décennies qui suivirent, le succès commercial se vérifia et sa renommée ne fit que grandir jusqu'à sa mort le 12 février dernier.
Sur la page de mon site où je remercie les centaines de personnes qui m'ont accompagné dans ma vie professionnelle, je fais une dédicace spéciale à Frank Zappa, John Cage, Robert Wyatt et Michel Portal dont les encouragements furent précieux à mes débuts. Lorsque je réécoute ses enregistrements des concerts des années 70 je me rends compte à quel point ils influencent encore les jeunes improvisateurs et trices, le plus souvent sans qu'ils ou elles sachent à qui ils le doivent. Portal fut le révélateur en France d’un courant qui n’est pas prêt de s’éteindre.

jeudi 12 mars 2026

Saint Joseph charpentier de Georges De La Tour (2010)


Pierre Oscar Lévy jouait le rôle de Saint Joseph charpentier dans le tableau de Georges de La Tour, soufflant comme un bœuf face à l'enfant interprété quelques jours plus tôt par Sonia Cruchon. Pour les bruitages, il plia sa ceinture pour imiter le bruit des semelles, mouilla la mèche de la bougie avant de l'allumer et fit un trou avec une vrille dans mon tambour de bois. Tout est très délicat, les souffles sont proches du silence.


De La Tour m'est cher, un peu trop si je me souviens de la correspondance avec le musée Paul Getty à Los Angeles lorsqu'en 1981 nous avions voulu illustrer la pochette du disque À travail égal salaire égal avec la Rixe de musiciens. Bernard Vitet avait auparavant suggéré ce tableau pour un album du Unit mais Michel Portal avait refusé la proposition, trouvant probablement que la scène était trop proche de ce que le Unit vivait alors et qui allait le pousser à l'éclatement. Quelques années plus tard, cela ne pouvait par contre qu'enchanter Francis Gorgé et moi qui trouvâmes que cela collait parfaitement avec notre propos, critique que nous avions entamée avec la constitution de notre grand orchestre composé de 16 musiciens.


Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique - Jean-Jacques Birgé
Partition sonore - Jean-Jacques Birgé, avec la participation de Pierre Oscar Lévy et Sonia Cruchon
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © RMN / Gérard Blot
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".
Exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010.

Article du 30 mai 2013

mercredi 11 mars 2026

L'annonce du pavot


On dirait un petit four à la violette avec cœur en pâte d'amande et corolle en paillettes de chocolat amer sur pétales de mangue. La fleur de pavot fait délirer si l'on en abuse. Il suffit de s'approcher des choses ou de s'en éloigner pour qu'elles prennent un autre sens. Certains tentent de théoriser l'unification de l'infiniment petit et de l'infiniment grand. Plus ou moins l'infini (±∞) me fascinait déjà au lycée. Plus tôt je retournais mes jouets pour les transformer en quelque chose d'autre, ce qui me faisait rêver. Adolescent, je restais des heures le nez en l'air avec les pieds sur le bureau de ma chambre. Le monde défilait comme dans l'Atlas Mondial dont les pages palissaient à force d'en scruter les détails. Une abeille s'est approchée, elle s'est mise à table. Tandis que je la contemplais elle m'a susurré une autre histoire, un récit de voyage qui renvoyait Googlemaps à sa poésie de comptable. Ça sent les vacances, les nuits étoilées où aucun lampadaire ne vient gâcher l'écran d'épingles en 3D temps réel. Sur son chemin l'hyménoptère voit des milliers de détails qui m'échappent. J'imagine le pollen, des odeurs qui flottent, des phéromones dont on pourrait assimiler les ondes à des couleurs ou à des sons. Je quitte mon apnée synesthésique pour m'ouvrir au monde qui s'offre à ceux et celles qui y veillent. [...] Nous avançons, prêts à nous battre s'il le faut pour conquérir ce qu'on nous vole, mais c'est la douceur que nous visons, le festin partagé, le monde dont nous ne sommes chacun et chacune qu'un atome. Que c'est beau une fleur !

Article du 10 juin 2013

mardi 10 mars 2026

Michel Houellebecq, Rétablissement des faits à l'appui


Je me demande parfois si j'ai existé. Pour le présent aucun doute. Je suis bien là. Mais chaque fois que sort un nouveau disque avec Michel Houellebecq la presse fait l'impasse sur notre collaboration commencée en 1996, alors qu'elle anticipait la suite, en particulier son immense notoriété. Je découvre que sur l'album Souvenez-vous de l'Homme qui sort ces jours-ci Michel reprend, bien heureusement, la diction mise au point pour notre Établissement d'un ciel d'alternance, ici enrobée d'un accompagnement composé par Frédéric Lo qui rappelle les célèbres arrangements de Jean-Claude Vannier, bien que ce ne soit pas pour autant Melody Nelson. Si aucune de mes réalisations n'a jamais bénéficié d'un soutien de communication autre qu'agi par mes soins, j'ai eu parfois la chance d'émerger magiquement du bruit ambiant. Être indépendant permet de faire ce qu'on veut, mais le prix à payer est de vivre à l'ombre de l'éphémérité des spotlights. C'est l'underground, comme m'y croquent Nicolas Moog et Arnaud Le Gouëfflec dans leur remarquable somme bande dessinée. Ainsi je me dois de republier l'article que j'avais écrit le 6 septembre 2018, histoire de rétablir les faits, d'autant que je suis très fier de ce que nous avions réalisé ensemble, en marge de la mode dont la nature est de passer.

Dans Le Nouveau Magazine Littéraire qui rassemble un dossier Chanson dans son numéro de septembre 2018, Gonzague Dupleix [évoquait] les incartades musicales de Michel Houellebecq dont évidemment celles de notre collaboration depuis 1996 jusqu'à son exposition au Palais de Tokyo dix ans plus tard où je m'étais occupé du juke-box dans une salle transformée en bar pour fumeurs. L'an passé, j'avais également participé à son Cahier de l'Herne que l'on peut considérer comme un nouveau Houellebecq tant il recèle de pépites. Suite à cet article je préfère rétablir l'ordre des évènements et préciser les faits preuves à l'appui pour ne pas que la légende prime sur la réalité.
Pour commencer, rétablissons la chronologie. La soirée du Café de Flore où je le conduis pour qu'il reçoive son Prix a précédé (et non l'inverse) le concert de la Fondation Cartier où nous jouions en première partie de Patti Smith. Nous avons enregistré deux CD, le premier en public au Théâtre du Rond-Point dans le cadre des Poétiques de Radio France, le second sur GRRR, mon propre label, à la demande de Michel. Le Prix de Flore se tient au moment du premier, le concert fêtant le Xe anniversaire des Inrocks plusieurs mois plus tard, le lendemain de l'enregistrement d'Établissement d'un ciel d'alternance qui faisait office pour nous de répétition, seuls dans le studio. Si la musique du premier, Le sens du combat, était instantanée avec la participation de la soprano Martine Viard, le second en duo est totalement écrit. On se reportera à mes articles (liens ci-dessus) pour plus de précisions !
Je suis surpris de constater que le seul CD conseillé à l'écoute dans l'article du Magazine Littéraire est Présence humaine, fruit de la collaboration de Houellebecq avec Bertrand Burgalat que le poète n'affectait pas vraiment, à tel point qu'il décida de l'exclure de son exposition pour ne proposer que celles avec Iggy Pop, Jean-Louis Aubert et la nôtre. Gonzague Dupleix rappelle les mots de Houellebecq dans le texte manuscrit qui figure dans le livret d'Établissement d'un ciel d'alternance : « J’ai donné pas mal de lectures de poésie réussies ; c’est peut-être même ce que j’ai le mieux réussi dans ma vie, les lectures de poésie. J’ai commencé comme ça, je finirai comme ça, probablement. Mes collaborations avec les musiciens ont par contre été souvent ratées. Ceux qui étaient là lors de ce concert auront donc assisté à quelque chose d’assez rare dans ma vie : une collaboration avec un musicien, réussie.» Et le journaliste de conclure en enfonçant le clou : « Mais là on s'aventure bien au delà des bouées. Car combien de travaux jugés inaboutis ont été portés aux nues pour combien de chefs d'œuvre foulés aux pieds ? Michel Houellebecq est vaniteux, il aime qu'on l'applaudisse, il l'a de nombreuses fois dit. Qu'il soit donc tenu responsable d'un album culte.» Malgré cela, le disque signalé à écouter par le responsable de l'iconographie est une fois de plus celui de Burgalat, contredisant les propos de l'un et de l'autre ! Je n'ai évidemment pas la force de frappe du service de communication de son label Tricatel...
J'ai dit, écrit et répété que quoi que vous pensiez de l'écrivain, de ses propos publics, de ses romans, il faut absolument écouter la remarquable interprétation qu'il fit de ses poèmes dans Établissement d'un ciel d'alternance. Parlons-en ensuite, et de la musique qui l'accompagne, au lieu de ressasser les mêmes lieux communs qui n'ont rien à voir avec cette œuvre, que ce soit sur sa carrière discographique ou sur le sens du combat. Précisons enfin qu'à aucun moment il ne s'est agi dans notre cas heureusement de chansons, mais d'une récitation que nous rapprochâmes plutôt du slam. C'est un travail auquel je tiens beaucoup et qui fait suite aux nombreuses lectures et spectacles où j'ai marié littérature et musique... [Jusqu'à la plus récente avec le comédien Denis Lavant et le saxophoniste Lionel Martin, Les déments venant de recevoir un Coup de cœur de l'Académie Charles Cros !]

lundi 9 mars 2026

Ça me fait suer


Le sauna asséchant mes yeux encore fragilisés par la conjonctivite malgré les compresses efficaces de camomille suggérées par Pascale, je suis condamné à gravir des chemins de sable dans le sud de la Nouvelle-Zélande. J'ai beau pédaler comme un beau diable, je n'arrive jamais à dépasser ma coach sauf lorsqu'elle s'efface devant moi pour me permettre d'apprécier le paysage. De toute manière ma cadence est largement en dessous de ce que l'écran exige. J'ai coupé le son de l'application au profit de Radio Libertaire tant que leur robot évite les chanteurs à texte ringards, sinon je fais tourner des disques. Depuis que j'ai installé ce vélo au second étage je n'ai plus de lumbago, mais je pèse plus lourd. Est-ce que les muscles ont remplacé la graisse ou ma gourmandise me transforme-t-elle en petit gros ? Ne me dites pas, je sais bien que le flan de chez Miyam ou le chocolat des cisterciennes de l'Abbaye de Bonneval poussent à l'indiscipline. Il est difficile de se battre sur tous les fronts. Même en passant du temps sur la selle les calories perdues ne suffisent pas. Il faudrait que j'apprenne à manger moins et moins vite. Question vitesse, mes gambettes jouent les danseuses. Mon cœur ne risque pas de crever le plafond. La promenade me fait déjà bien suer. Lorsque la flemme montre son nez je me rappelle les trente ans où mon corps me faisait penser que j'en avais quatre-vingt-dix. C'est du passé. On peut donc rajeunir en vieillissant ! À moins que je radote et toute mon histoire s'écroule lamentablement.

vendredi 6 mars 2026

Love Is the Song We Sing: San Francisco Nuggets 1965–1970


Choisissant quelques disques dans l'ancien appartement de ma compagne je tombe sur un coffret Nuggets édité en 2007 par le label Rhino intitulé Love Is the Song We Sing: San Francisco Nuggets 1965–1970. Comme j'avais déjà acquis en 1998 le célèbre coffret de 4 CD Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era, 1965–1968, je glisse dans mon grand sac ce superbe bouquin de 120 pages bourré de photographies et surtout 4 autres CD dont je ne connais pas les groupes qui y figurent pour la plupart. Christiane me raconte qu'Edgard Garcia lui avait offert pour son anniversaire. Pas étonnant de la part de celui qui dirigea pendant plus de 30 ans l'association Zebrock et vient de prendre sa retraite !
Écouter les quatre volumes à la suite me replonge dans mon adolescence, une madeleine qui renvoie à une époque paradisiaque si on la compare à l'enfer actuel. C'était pourtant l'époque de la guerre du Vietnam, mais l'utopie Peace & Love régnait sur la côte ouest. Nous étions certainement naïfs, mais notre jeunesse s'épanouissait au Flower Power. Dans mon roman USA 1968 deux enfants j'ai raconté mon voyage initiatique qui me conduit entre autres à San Francisco. Même si ce qu'on appelle le Summer of Love date de l'année précédente, je ressens les sensations d'alors au son des solos de guitare planants, du folk électrique et de l'insouciance qui nous faisait rêver.

Extraits :
La jolie maison de bois des Rambo est au croisement de la 36e Avenue et de Geary. Derrière, depuis leur terrasse nous avons une vue dégagée sur San Francisco. Ils possèdent aussi un jardin où pousse de la marijuana. Joint et terrasse forment une bonne association. Non seulement Peter me fait fumer, mais il me donne des graines à planter sur mon balcon lorsque je serai rentré à Paris...
La musique est partout. Je suis aux anges. Peter joue de la guitare électrique. J'ai un petit faible pour sa sœur Bretta qui est plus âgée que moi et tient la flûte dans leur groupe. Ce sont nos San Francisco Nights chantées par Eric Burdon and The Animals. Je m'achète les albums Crown of Creation de Jefferson Airplane, Have a Marijuana de David Peel and The Lower East Side et The Beat Goes On des Vanilla Fudge. Les collages de documents historiques et les démarquages de ce dernier, album considéré comme raté par le groupe, m'influenceront considérablement dans mes choix musicaux...
Les disques américains ont des pochettes cartonnées beaucoup plus épaisses que les pressages anglais ou français. Dans la journée, nous allons visiter le campus de l'Université de Berkeley, avec Dave, Tita et Bretta. C'est le haut-lieu de la contestation étudiante californienne. En matière de manifestation, la spécialité locale consiste à s'asseoir par terre et à ne plus bouger, ce sont les sit-in. Mais Peter s'apprête à partir à Chicago pour manifester contre la guerre du Viêt Nam pendant la Convention Démocrate où, la semaine prochaine, auront lieu des évènements d'une rare violence. Les hippies céderont la place aux yippies, plus politisés. Pour l'instant, c'est calme, il n'y a que des banderoles et une atmosphère bon enfant typique de la côte ouest...
Pour descendre au Fillmore West, Peter conduit comme un fou. Il nous la joue Bullitt ! Le film ne sortira que dans trois mois, mais ce sont les mêmes tremplins : les rues très en pente croisent des rues planes, si bien qu'à chaque intersection les quatre roues de la voiture décollent et vont s'écraser plus loin sur la chaussée pentue. Je n'en mène pas large et je suis soulagé d'arriver entier au concert du Grateful Dead, d'autant que je suis en compagnie de Bretta. Dans l'obscurité le théâtre me paraît immense, tapissé des projections du light-show Holy See.
Alors que nous pénétrons au Fillmore, le groupe Kaleidoscope est déjà sur scène, mêlant différentes influences pour accoucher de longs solos distordus. Suit It’s A Beautiful Day, mais le clou du spectacle est le Grateful Dead avec Jerry Garcia à la guitare. Le concert dure des heures. On plane. Les improvisations dessinent des arabesques sensées rappeler un trip au LSD. Combien de fois écouterons-nous bientôt leur Dark Star et le Happy Trails du Quicksilver Messenger Service, et puis bien entendu les Doors, Hendrix, Janis Joplin ? Je ressors abasourdi de l'expérience. Comme je raconte à Peter mon émoi à l'écoute du disque des Mothers of Invention découvert à Cincinnati, il me fait cadeau de ses exemplaires des deux précédents, Freak Out! et Absolutely Free, qu'il trouve trop farfelus. Ce triptyque aura sur moi des répercussions considérables. De son côté, Peter construira sa cabane au Canada du côté de Vancouver pour échapper au service militaire et à la guerre du Viêt Nam, Bretta étudiera les civilisations mayas et incas, Masa deviendra toubib comme ses parents...
Pendant la seconde guerre mondiale, après l'attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, Oskar Naylor Rambo et Frances Kimura ont passé presque deux ans internés dans un camp de concentration aux États-Unis, sous prétexte qu'elle était d'origine japonaise. Si elle avait abandonné ses études de médecine, lui a continué, pathologiste comme Frederik Bornstein. Il a appris le swahili en Afrique et s'occupe, entre autres, de soigner les Black Panthers. Le flic qui avait tiré sur un enfant noir a répondu que le môme fuyait ; de son côté le môme a dit qu'il avait couru parce que le flic lui faisait peur. Les Rambo sont les premiers Américains avec qui nous partageons le même point de vue politique...

Parmi les 77 morceaux du coffret je reconnais évidemment Country Joe & The Fish, le Grateful Dead, Blue Cheer, mais je ne connais pas ces versions publiées exclusivement sur single (45 tours) et retrouver Jefferson Airplane, It's A Beautiful Day, Steve Miller Band, Santana ou Moby Grape au milieu de groupes dont je n'ai jamais entendu parler me fait oublier la folie meurtrière de Trump, blanc-seing à toutes les brutes du futur, et la complicité imbécile de la plupart de la classe politique française qui ouvre la porte au fascisme plutôt qu'encourager la seule force de gauche susceptible de nous sortir de la fange actuelle. On découvre ainsi un inédit des Warlocks avec Jerry Garcia, Bob Weir et Phil Lesh, Grace Slick avec The Great! Society, ou un inédit de Janis Joplin avec Big Brother & The Holding Company... Les textes du livre s'adressent essentiellement aux amateurs qui n'ont pas connu cette époque psychédélique où tout nous semblait possible, comme si le monde nous ouvrait les bras, un temps où l'adolescence pouvait s'épanouir les oreilles pleines de promesses.
Je ne ressens pourtant aucune nostalgie parce que j'ai toujours été curieux de grandir et de voir comment le monde se transforme, même s'il est terriblement contrariant sur l'espèce humaine. C'est juste délicieux de voyager dans le temps comme lorsqu'on va au cinéma ou qu'on lit un livre qui vous transporte ailleurs.

jeudi 5 mars 2026

The Mountain par Gorillaz


J'évoque rarement des disques qui font la une, d'autres savent très bien le faire, mais j'ai beaucoup aimé The Mountain, le nouvel album de Gorillaz. Écouté une première fois, j'ai eu aussitôt envie de le remettre sur la platine. Ce désir ne me trompe pas. La seconde fois me permet d'analyser les raisons de mon choix. Si l'influence de l'Inde est permanente, je n'ai pas perçu tout de suite le thème de la mort, probablement parce que les paroles anglo-saxonnes ne me sont pas toujours évidentes et, surtout, par leur approche franchement joyeuse de convoquer les disparus. Mon goût pour le mélange des genres, ici la musique indienne et la pop anglaise, pour l'usage de reportages sonores, pour le travail de post-production sur les voix et les instruments qui m'ont rappelé, par exemple, The Carnival de Wyclef Jean que m'avait conseillé Robert Wyatt, est comblé. Les mélodies et les filtres vocaux, l'orchestration qui mêle instruments électriques, le sitar d'Anoushka Shankar, cordes symphoniques, chœurs, etc. situent l'ensemble sur la voie inaugurée par les Beatles quarante ans plus tôt, en particulier avec le disque Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, le premier album-concept, travail de studio loin de la scène.


Gorillaz a la particularité d'être un duo formé d'un musicien, Damon Albarn (musicien et compositeur du groupe Blur), et d'un graphiste, Jamie Hewlett (auteur de bande dessinée). Sa vidéo de The Mountain est explicitement inspirée par Le livre de la jungle de Disney. L'album est à la fois de maintenant (sic) et d'hier par l'utilisation de voix d'amis disparus comme l'acteur-réalisateur Dennis Hopper, le chanteur de soul Bobby Womack, les rappeurs Proof et David Jolicoeur de De La Soul, le batteur Tony Allen ou le leader de The Fall Mark E. Smith. Si leur séjour en Inde est partout présent comme avec le flûtiste Ajay Prasanna, la célèbre chanteuse Asha Bhosle, la fanfare Hindu Jea Band Jaipur (que l'on retrouve sur le deuxième disque dans la version dite "de luxe"), les chanteurs Pamela Jain et Niloy Ahsan, participent aussi les deux frères des Sparks, le groupe de rock Idles, Paul Simonon (The Clash), Johnny Marr (The Smiths), les rappeurs Yassiin Bey (Mos Def), Black Thought (The Roots) et l'Argentin Trueno ainsi que le DJ Bizzarap, le chanteur syrien Omar Souleyman, le Gallois Gruff Rhys (Super Furry Animals), la chanteuse américaine Kara Jackson, etc.
Malgré ou peut-être grâce à ces si nombreux invités de marque, The Mountain jouit d'une belle unité, une sorte de poème symphonique ou de film sonore qui nous plonge dans les couleurs et les parfums d'une Inde de rêve, mais aussi à Bénarès où l'on brûle les corps des défunts avant de disperser leurs cendres dans le Gange. Gorillaz arrive à montrer que la mort fait partie de la vie, une étape parmi les autres. C'est aussi une manière pour les deux artistes d'accepter celles des êtres aimés, et peut-être la leur. En musique. Quoi de plus beau ?

mercredi 4 mars 2026

Pôle-Emploi, dernière étape


Il y aura de nombreux points d'exclamation dans l'histoire que je vais raconter aujourd'hui. Pour arriver au bout de mes peines [cet article date du 17 octobre 2013 et pour les âmes sensibles je "spoile" que ça finit bien !], il m'aura fallu beaucoup de courage, d'entêtement, de patience, d'humour, de persévérance, de résistance et du temps, beaucoup de temps qui l'eut été plus intelligent et productif de passer autrement.

[J'espérais donc que c'était le dernier billet que j'écrivais] sur mes aventures d'intermittent du spectacle voué à la retraite dans un avenir plus ou moins proche. J'aurai comptabilisé les trimestres nécessaires le 1er avril 2015. Ce n'est pas une blague. J'ai déjà publié quelques épisodes de cette Passion des temps modernes : La retraite au flan bof, Overdose d'incompétence, Assez d'hics !, Rebelote à Pôle-Emploi. Il semble que je sois enfin tombé sur un salarié compétent de cette officine. Cela se termine toujours ainsi, mais il faut s'accrocher !

J'ai déjà expliqué ici que mes courriers ne parviennent jamais à mon agence locale de Pantin : comme ils sont filtrés par l'agence régionale de Bobigny qui ne les fait pas suivre, je les dépose dans leur boîte aux lettres ! D'où d'indispensables visites que je commets régulièrement le mercredi matin dès 9h (en arrivant une demi-heure plus tôt) pour ne pas me coltiner des queues de quarante personnes. Le mercredi est le jour le moins fréquenté, remercions les enfants en âge scolaire ! La question épineuse concernait le maintien de mes allocations à l'approche de la retraite. En effet il est important de savoir qu'à partir de 60 ans et des poussières nous pouvons bénéficier des allocations, jusqu'à l'obtention du nombre suffisant de trimestres pour bénéficier de sa retraite à taux plein, sans avoir besoin de réunir les sempiternels 43 cachets minimum de 12 heures (ou 507 heures). Il suffit de continuer à pointer et cela devrait aller comme sur des roulettes.

Sauf que Pôle-Emploi m'écrivait systématiquement, vous allez comprendre que cet adverbe est le seul correct, que je devais justifier de 9000 heures de travail dont 1521 dans les 3 dernières années ou d'au moins 15 ans d'activité, et, seconde condition, d'au moins 100 trimestres d'assurance vieillesse tous régimes confondus (cette condition a déjà été abordée lors de mes précédents articles et résolue !). Réunissant toutes ces conditions, et bien d'autres mais je vous fais grâce de moult détails de taille, je fus surpris que l'on me réponde à quatre reprises que non, sans pour autant m'en expliquer la raison. Car je totalise plus du double d'heures requises et près de 40 ans d'activité salariée ! Je réclamais, on me répondait toujours la même chose. J'ai fini par avoir une personne diligente au 3949 pour m'apprendre que Pôle-Emploi n'avait trace de moi que depuis juin 1999, soit 25 ans de carrière égarés ! Pour une fois je pris l'absurde nouvelle avec le sourire puisque j'avais consciencieusement conservé toutes mes feuilles de salaire, classées année par année. Comme il n'y a aucun contact possible entre le service téléphonique de Pôle-Emploi et leurs agences il me fut conseillé de faire des photocopies des années manquantes et de m'y déplacer. Vu le nombre inimaginable de feuilles, j'y suis allé avec mes originaux dans une brouette. En me voyant arriver avec un énorme carton la jeune fille de l'accueil me demanda ce que je venais livrer. Je clamai haut et fort que c'était les 25 ans de carrière que Pôle-Emploi avait perdu. Devant le scandale évoqué je fus reçu illico et l'on me donna un double rendez-vous, soit deux fois 45 minutes qui se suivent. Trois quarts d'heure est l'unité de rendez-vous à Pôle-Emploi.

Si vous avez réussi à me suivre jusqu'ici c'est maintenant le plus savoureux. Un logiciel informatique (qui ne fait toujours pas les additions, c'est au préposé de compter sur ses doigts) a remplacé le précédent que les plus jeunes employés sont incapables d'utiliser. Or celui-ci ne remonte pas au delà de 1999, le suivant non plus évidemment ! Les archives sont inaccessibles à l'un comme à l'autre. Si vous avez le sens des chiffres vous comprendrez qu'un système qui doit vérifier que l'intermittent a bien 15 ans d'ancienneté, mais qui ne peut remonter que 14 ans en arrière, provoque des crises, d'hilarité ou dramatiques selon les dispositions du sujet. J'aimerais savoir qui a réalisé les deux systèmes informatiques et combien ils furent facturés. Cela sent le scandale à plein nez...

Il ne reste donc qu'une solution, apporter suffisamment de feuilles de salaire antérieures à la date absurde. Le préposé aura la gentillesse de les rentrer une par une dans sa machine et de les photocopier. Heureusement il me manquait seulement 500 heures pour arriver au compte et ma brouette s'avéra exagérée en regard des exigences administratives. Si aucun de mes employeurs ne remplit de manière fantaisiste les AEM je ne suis plus susceptible de retourner jamais faire la queue à Pôle-Emploi, ce qui est un peu triste puisque je ne pourrai plus faire rire mes camarades en leur détaillant ses rouages kafkaïens. Heureusement l'administration française a d'autres ressources !

P.S.: à ma sortie de l'IDHEC en 1974 le réalisateur Louis Daquin, alors directeur des études, m'appela dans son bureau : "je ne t'ai probablement rien appris pendant ces trois ans, mais je vais te donner un conseil fondamental : conserve précieusement toutes tes feuilles de salaire en les classant année par année. Je repense souvent à la bienveillance de ce vieux syndicaliste qui prit sa retraite en 1977 et mourrut trois ans plus tard.

P.P.S.: il y a maintenant plus de dix ans, ayant commencé jeune et arrivant à taux plein, j'accédai au régime merveilleux de la retraite, merveilleux en ce qui concerne le stress car cela ne changea en rien mes activités. Il fallut encore néanmoins une huitaine de mois (le marathon continua donc quelque temps, car il manquait la réponse d'une caisse à laquelle je n'avais jamais cotisé !) avant que les sous tombent régulièrement chaque début de mois !

mardi 3 mars 2026

Barre Phillips & György Kurtág Jr. bien ensemble


Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'Un Drame Musical Instantané ait invité György Kurtág Jr. en 1992 à improviser ensemble avec le violoncelliste Didier Petit sur l'album Opération Blow Up. En lisant les notes de pochette de son duo avec le contrebassiste Barre Phillips j'ai l'impression de me lire, et pour l'avoir revu il y a quelques années je partage avec lui la nécessité du geste instrumental lorsque nous jouons des instruments électroniques. L'improvisation est à la source de sa démarche, mais c'est évidemment après des années de recherche sur les timbres et la manière de les agencer. D'où ma préférence pour le terme "composition instantanée". Et entre Barre et lui l'écoute tient lieu de partition, et c'est encore l'écoute qui permet aux auditeurs de s'approprier les images mentales qu'elle suscite. Je ne sais plus pourquoi nous n'avons pas concrétisé le projet que nous avions avec Barre Phillips, peut-être qu'à l'époque il était dans un mood trop jazz pour nous, mais je me souviens que sa visite au studio du boulevard Ménilmontant fut des plus agréables.
Et puis, en 2014, eut lieu cette rencontre entre lui et György à l'Opus Jazz Club de Budapest. J'imagine que le synthésiste avait préparé des sons qui collent avec l'inventivité du contrebassiste. Sur un synthétiseur un son c'est un programme, un mode de jeu, un instrument, une pièce, un grand nombre de pièces possible. György avait trois claviers pour passer rapidement d'un timbre à un autre. C'était chose plus simple pour Barre qui pouvait délaisser l'archet pour les pizz sans temps mort et sans regarder où il met les doigts. Ici chacun prend son temps, rebondissant aux propositions de l'autre convive. La variété des sons électroniques oblige le contrebassiste à échapper à ses propres conventions. On ne sent jamais d'où vient ce que l'on entend, on s'en fiche, peut-être parce que les sons des synthés se rapprochent de timbres acoustiques. Là encore c'est exactement ce que je cherche aussi à produire. Ainsi cela me plaît énormément. Les joueurs de synthé sont si souvent mal perçus par leurs collègues qui ne comprennent pas la logique de ces instruments-mondes. En ont-ils peur ou sont-ils simplement perdus devant cette tour de Babel ? Pour Togetherness, György et Barre ont remonté le concert de leurs anniversaires, 60 et 80 ans alors. C'est ce que j'aimais faire aussi avant mes Pique-nique au Labo où la logique s'est imposée d'elle-même, mais sans bouleverser la chronologie ni couper les rares maladresses. Comme disait Luc Ferrari dans une de mes radiophonies : "Malheureusement c'est comme ça qu'on le joue !". Sur leur album s'enchaînent dix-huit titres. Dans ce cas de figure les titres, forcément choisis a posteriori, représentent une des innombrables interprétations qui se découvrent bien après que l'on ait figé l'instant par la magie de l'enregistrement. Dix ans plus tard, un an après la mort de Barre, on se laisse porter par le flot merveilleux de ces deux rêveurs.

→ Barre Phillips - György Kurtág Jr., Togetherness, CD BMC 11€, dist. Socadisc

lundi 2 mars 2026

Souvenir de Pôle-Emploi


Aujourd'hui le MEDEF tente de faire passer de 507 à 557 le nombre d'heures nécessaire sur 12 mois pour accéder aux droits des intermittents du spectacle. Ceux-ci n'ont pas l'intention de se laisser faire... Pour ma part, depuis cet article du 31 mai 2013 qui avait été en une de Mediapart, j'ai heureusement changé de régime, passant de celui d'intermittent à celui de retraité, mais je reste évidemment solidaire de mes camarades plus jeunes. Pour évaluer un budget quel qu'il soit, on ne peut le regarder pas le petit bout de la lorgnette, car c'est l'économie dans son ensemble qui est à considérer, et non secteur par secteur.

Depuis la veille j'avais les boyaux façon scoubidou. L'idée d'aller faire la queue à huit heures du matin à Pôle-Emploi pour faire valoir mes droits m'était absolument insupportable. Devant le rideau de fer les chômeurs sont en colère contre l'inorganisation systématique de l'agence qui se livre à toutes sortes d'humiliations scandaleuses et totalement improductives. Si certains comprennent les enjeux financiers dont tous les citoyens sont victimes, la plupart s'insurge contre la publicité faite au mariage pour tous qu'ils jugent camoufler les véritables problèmes. Une jeune Polonaise regrette les promesses de Sarkozy sur la retraite. Un titi parisien se demande comment il va nourrir sa famille si ses indemnités sont encore retardées. Pendant ce temps-là l'argent travaille, il ne chôme pas, les termes sont impropres, il copule et fait des petits. Françoise me reprochera de ne pas avoir mis sur le tapis le revenu de base pour tous pour lequel les Suisses vont bientôt voter par référendum. Comme il n'y a pas de distributeur de numéros à l'entrée on est obligés de faire le pied de grue debout les uns derrière les autres. La grille s'ouvre. Une femme demande à aller aux toilettes. Un employé qui a déjà enfilé les sandales et T-shirt de ses vacances lui répond agressivement qu'il n'y en a pas alors que la pancarte est devant nous. Comme elle insiste, l'abruti lui répond que c'est fermé pour cause de plan Vigipirate et qu'il n'a pas le code ! Le ton monte. C'est pourtant un endroit public et certains attendront là plus de deux heures. On essaie de calmer le jeu en expliquant que si les préposés sont si odieux c'est que leur hiérarchie ne doit pas les ménager.
Cette fois j'ai affaire à un employé bienveillant. Aucun de mes courriers ne leur parvient depuis huit mois. Ses collègues toujours charmants qui répondent au 3949 n'ont aucun autre moyen de communication avec les agences locales que le mail. Leur seul latitude est la consultation de mon dossier et la constatation des faits : je n'aurais jamais répondu, etc. À tous les niveaux de cette chaîne brisée les interlocuteurs sont anonymes, ne permettant aucun suivi personnalisé. Il faut chaque fois tout reprendre au début. L'employé me raconte que leur logiciel a changé en 2009 et que seuls les anciens ont accès à ce qui est antérieur dans mon dossier ! Il m'explique aussi que le courrier posté à mon agence locale est détournée par le centre régional censé le redistribuer, mais ne le fait pas. Pourquoi ? Je vous laisse deviner. Plutôt que de faire perdre du temps à tout le monde en se fendant chaque fois d'une visite pour décoincer la situation, soit une croix à cocher pour valider l'indemnisation, il me susurre que la solution la plus simple consisterait à déposer simplement mes réponses dans la boîte aux lettres de l'agence locale pour éviter le filtrage absurde qui nous est à tous imposé. On marche sur la tête.

Photo prise à l'exposition Winshluss, un monde merveilleux au Musée des Arts Décoratifs, 2013.

samedi 28 février 2026

L'inconscient ignore les contraires


Prononcer Epstein ou Epstine, je m'étais fait la même remarque sans risquer d'être taxé d'antisémite, me souvenant de la prononciation américaine. La paranoïa qui consiste à chercher le moindre soupçon d'antisémitisme chez Mélenchon (dont je ne suis pas particulièrement fan) pour discriminer la LFI est vraiment louche. L'important est d'occulter son programme et de faire passer les affaires importantes au second plan. En me rappelant la remarque lacanienne que l'inconscient ignore les contraires, cette obsession de guetter chez Mélenchon le moindre écart de langage qui pourrait ressembler à de l'antisémitisme me fait craindre que c'est bien d'antisémitisme (inconscient) dont font preuve ceux ou celles qui s'engouffrent dans cette histoire qui frise le ridicule. Me voilà à mon tour souligner cette maladresse de langage, car c'en est une tout de même quand on sait les réactionnaires à l'affût de ce qui pourrait apporter de l'eau bénite à leur moulin à paroles. Que ce soit des paranos ou des imbéciles, sur FB je vire de mon mur les antisémites qui s'ignorent et les idiots qui se laissent manipuler par une presse vicieuse et putride.

vendredi 27 février 2026

Paul Jarret pour un rock arboricole


Paul Jarret a plusieurs cordes à sa guitare. Il prend la tangente, à l'opposé de son contemplatif Acoustic Large Ensemble, avec Tilia, son dernier album, où il revient à ses amours de jeunesse, rock 'n pop, sans délaisser le jazz ni le free. Écouter son nouveau quartet européen avec le saxophoniste allemand Philipp Gropper, le contrebassiste Étienne Renard et la batteuse d'origine coréenne Sun-Mi Hong, c'est comme relire un album de Tintin, il n'y a pas d’âge pour cela. On y revient toujours, un jour ou l'autre. Du rock progressif de maintenant, plutôt british façon frithé, distordu et rythmé, où les quatre musiciens jouent comme un seul homme. Les morceaux de Tilia (le tilleul) font référence à l'arbre, des racines aux feuilles en passant par les ramures. Ça bourgeonne et ça pousse, c'est le printemps, un printemps précoce.

→ Paul Jarret, Tilia, CD BMC, 11€, dist. Socadisc

jeudi 26 février 2026

Arearea de Gauguin (2010)


Le matin j'avais enregistré le Portrait de l'artiste en costume oriental de Rembrandt.
Alors l'après-midi j'essaie de transmettre l'érotisme d'Arearea (Joyeusetés) de Paul Gauguin tout en soufflant comme si c'était la jeune fille qui jouait de la flûte. La rivière diffusée en playback dans le casque, je travaille là aussi en regardant le film, ce qui n'est pas mon habitude, car en général je préfère mémoriser pour profiter des effets magiques du synchronisme accidentel. J'hésite un peu, j'ânonne tout en conservant l'émotion. Je voulais utiliser une petite flûte en bois, mais Pierre Oscar Lévy insiste pour que ce soit très doux. J'en sélectionne donc une en plexiglas que Bernard Vitet m'avait fabriquée. En fait, c'est ma préférée. J'avais peur qu'elle fasse trop japonaise, mais en choisissant bien la tonalité j'espère m'approcher de la sensualité fragile désirée.


Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique et musique - Jean-Jacques Birgé
Assistante - Sonia Cruchon
Lutherie - Bernard Vitet
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".
Exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010.

Article du 28 mai 2013

mercredi 25 février 2026

Arrêté interdisant le port de la soutane


Est-ce d'avoir cherché l'article L121-31 du Code de l’urbanisme sur la servitude de passage des piétons le long du littoral qui m'a donné l'idée de publier cet article mien du 5 juin 2013 ? Je me demande chaque fois si c'est un hasard ou un lien inconscient. En tout cas un propriétaire n'a pas le droit d'installer une clôture bloquant le passage, ni planter un panneau “propriété privée – défense de passer”, ni mettre un chien pour dissuader, ni empêcher physiquement le passage sur une largeur de trois mètres... Quant à la soutane, c'est une autre histoire.

[Mon beau-frère Philippe, décédé récemment, m'avait envoyé] une photo prise à la Mairie du Kremlin-Bicêtre. De toute mon enfance je n'ai vu aucun Loubavitch rue des Rosiers, ni de femmes voilées ou de barbus à la Goutte d'or. Je me souviens par contre des bonnes sœurs en cornettes, des prêtres en soutane et des copains arborant en classe des petites croix autour de leur cou. Ils allaient tous au catéchisme et faisaient leur première communion. À la maison nous étions fiers de notre laïcité et n'avions que faire des grenouilles de bénitier et autres froums. Les camarades qui avaient été élevés dans des institutions religieuses s'amusaient à pousser des cris de corbeau lorsqu'ils croisaient un curé. Mon anticléricalisme se bornera à une critique politique de la religion opium du peuple et à une saine hilarité à la projection de La voie lactée de Luis Buñuel, film de 1968 qui met en scène les hérésies chrétiennes à l'origine de tant de massacres. Aussi éclatai-je de rire à la lecture de l'affichette datée du 10 septembre 1900 :
Considérant qu'il n'est pas juste de laisser le clergé bénéficier d'un régime de faveur lui permettant de se soustraire aux obligations que supportent tous les autres citoyens ; Considérant que le clergé est un groupe de fonctionnaires, qu'il importe particulièrement, en raison de leur nombre, de leur indiscipline naturelle et de la nature même de leur fonction complètement inutile au bien de l'État, de les rappeler en toutes choses au respect absolu de toutes les lois ; Considérant que puisqu'ils profitent matériellement des dispositions de la loi du 18 Germinal An X, il est spécialement utile qu'ils se soumettent à tous les articles de cette loi essentielle ; Considérant, en outre, que si le costume spécial dont s'affublent les religieux peut favoriser leur autorité sur une certaine partie de la société, il les rend ridicules aux yeux de tous les hommes raisonnables, et que l'État ne doit pas tolérer qu'une catégorie de fonctionnaires servent à amuser les passants (...) Est interdit sur le territoire de la Commune du Kremlin-Bicêtre, le port du costume ecclésiastique à toute personne n'exerçant pas des fonctions reconnues par l'État, etc.
L'arrêté est dommageable, car j'imagine comme il serait plaisant de voir sillonner dans les rues et les transports en commun des escouades de clowns chargés de répandre la bonne humeur parmi la population triste et dépressive. Philippe exagère un peu en se glorifiant que sa ville n'abrite aucune église, car seule sa scission d'avec Gentilly la priva d'un monument du culte. Il n'empêche qu'il y a des villes ou des époques où l'air est plus sain(t) qu'ailleurs !

mardi 24 février 2026

Exécution sans jugement chez les rois maures par Regnault (2010)


Hier soir nous parlions philo avec Lulu qui passera bientôt son Bac. La question de la violence a-t-elle quoi que ce soit à voir avec cet article du 25 mai 2013 que j'avais prévu de remettre en ligne aujourd'hui ? Je ne pense pas, mais celle que pratique les êtres humains m'a toujours laissé pantois. Évidemment, dans certaines circonstances, etc.

Un des 23 tableaux filmés par Pierre Oscar Lévy se devait d'être silencieux. En dehors du fait que cela me permettait de souffler un peu la question de l'opportunité d'une sonorisation, et de quelle sorte, remontait à la surface. Le réalisateur n'y est pas allé de main morte en choisissant de filmer l'Exécution sans jugement chez les rois maures de Regnault. Le film est évidemment conçu pour être projeté sur un écran accroché verticalement.

P.S. : En commentaire de Mediapart, Pierre Oscar précise : " (...) souviens-toi je ne voulais pas traiter ce tableau - qui est un tableau orientaliste, euh, colonialiste, et pompier - je n'ai pas eu le choix... J'ai juste accepté parce qu'il y a un vrai morceau abstrait dedant, comme des vrais fruits dans un yaourt."
Raison de plus pour mon silence !


Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique - Jean-Jacques Birgé
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".

lundi 23 février 2026

Piranhas, pamphlet mordant anti-US


Est-ce parce que nous prévoyons une visite aujourd'hui à Océanopolis à Brest que cet article du 22 mai 2013 remonte à la surface ? Ou causé par mon effarement devant le mélange d'habile stratégie, de sénilité, de vulgarité et d'arrogance de Trump ? Allez savoir... Je me souviens seulement en avoir dévoré à Iquitos lors de notre séjour en Amazonie...

Pour une fois, le bonus DVD d'un film me permet de me rafraîchir la mémoire sans avoir besoin de le revoir pour écrire ma chronique. [...] Depuis la projection de Piranhas (1978) qui nous avait fortement impressionnés, pas seulement pour son suspense gore, mais aussi pour sa charge politique contre le gouvernement américain et son humour noir. En général j'ai du mal avec les entretiens qui citent d'abondants extraits du film que l'on vient de regarder, aussi suis-je ravi d'écouter Joe Dante évoquer le tournage de son second long métrage dans [l'édition publiée jadis] par Carlotta. Pour commencer, il rend évidemment hommage à son producteur, le prolifique Roger Corman, cinéaste lui-même, qui donna leur chance à nombreux réalisateurs prometteurs tels Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Joe Dante, James Cameron, Peter Bogdanovich ou Jonathan Demme, et lança des comédiens comme Jack Nicholson, Peter Fonda ou Dennis Hopper.


Joe Dante préfère comparer Piranhas à un film de guerre plutôt qu'à Hitchcock, son scénario dénonçant en sous-main les méthodes des États Unis pendant la guerre du Vietnam, chimie criminelle et manipulations génétiques à la clef. Il est probable que personne n'oserait aujourd'hui aller aussi loin dans le "politiquement incorrect", particulièrement dans les scènes où quantité d'enfants se font dévorer par les vilains poissons mutants. Dante insiste d'ailleurs sur la responsabilité du lobby des armes dans la violence qui s'est multipliée dans son pays plutôt que celle que véhicule le cinématographe. Lointain pastiche des Dents de la mer, Piranhas est un film fascinant qui loin de se complaire dans une horreur confortable et spectaculaire dénonce la bêtise humaine avec un humour saignant et ravageur.

dimanche 22 février 2026

Pointe du Van


Le brouillard, le vent, pas un chat à la Pointe du Van. Nous l'avions pointée plutôt que celle du Raz pour éviter les touristes. C'est ainsi, on fait comme si nous n'en étions pas. La lande est totalement déserte. Au milieu des bruyères et des ajoncs, de la callune et du genêt poilu, nous foulons le gazon d'Olympe lorsque les flaques nous empêchent d'avancer. Demi-tour. Déjeuner chez Chloé et Simon où la grande tempête avait fait tomber les pins maritimes de vingt-cinq mètres sous des rafales de plus de 200 km/h. Ils ont du bois pour je ne sais combien d'hivers, mais quel travail ! Le plus haut avait chu entre la caravane et l'atelier de poterie, un centimètre de chaque côté, il faut bien des miracles au milieu du désastre. Ils ont déblayé, reconstruit. Aujourd'hui les camélias explosent de couleurs vives. Jusqu'ici nous avons échappé à la pluie. Hier l'horizon ressemblait à un Rothko gris bleu, ce matin c'est plutôt Sisley. On espère Monet pour les jours prochains.

samedi 21 février 2026

Du granit


Pas une goutte n'est tombée du ciel jusqu'en début d'après-midi. Le vent étourdit-il ou rafraîchit-il les méninges ? Comme les vagues qui roulent vers ou loin de nous selon les heures. Le va-et-vient se conjugue à tous les tempéraments. Suis-je assez explicite ? Ce sont les vacances. J'envisage les après en faisant des courses à l'entrepôt d'Océane Alimentaire à Saint Guénolé et chez Marinoë à Lesconil. À midi nous nous arrêtons au Guilvinec pour un délicieux filet de lingue bleue qu'on appelle aussi julienne. Au Poisson d'avril les serveurs n'ont d'autre choix que l'humour. Nous nous promenons sur les rochers avant que la marée les recouvre.
Le silence de la mer contraste avec la montée du fascisme qu'encouragent les imbéciles qui n'ont rien appris de l'histoire. Celles et ceux qui me lisent savent tout cela. On ne convainc personne qui ne veuille être convaincu. Et puis on fait ce qu'on peut. J'ai symboliquement accepté de figurer sur la liste municipale la plus à gauche de ma ville en espérant faire bouger les lignes, au moins dans un combat de proximité. On a beau se sentir impuissant, les gouttes d'eau font les grandes rivières. Il faut sauver nos océans.

vendredi 20 février 2026

La mer à boire


Lorsque nous sommes arrivés la marée n'était pas encore vraiment montée. Ni haute ni basse. Elle se préparait pour plus tard. Nous étions simplement heureux d'être là. D'avoir attrapé le train de justesse après une course effrénée parce que le métro s'était arrêté en chemin, les rues embouteillées jusqu'à la gare Montparnasse. Les portillons s'étaient refermés derrière nous. On avait remonté les couloirs jusqu'à la voiture 5. Je pensais à l'arrivée à Quimper depuis des semaines, à cause des sushis du Marché Saint François et du Java de chez Le Meur... Le dernier tournant à gauche à l'Île Tudy ressemble à un lever de rideau. En quelques mètres l'horizon se découvre, magique. On dit toujours qu'en Bretagne il fait beau plusieurs fois par jour. Regardez ce ciel. Mais il n'y a plus de sable devant la maison de Michèle, plus de fucus dont Elsa faisait éclater les vésicules dans sa bouche, plus de palourdes entre les rochers. Dédé m'avait appris à les ramasser, mais à force de retourner les algues les incultes ont détruit les essaims. Je ne viens plus que rarement. Épisodiquement. Mais c'est chaque fois la première.


Le soir les vagues ont arrosé les promeneurs. Coefficient 98, ce n'est pas si mal. L'eau s'infiltre dans les fentes du mur et soulèvent l'asphalte. Si l'on ne fait rien la route s'écroulera, elle disparaîtra comme les falaises qui reculent sans cesse. Devant nous les couleurs changent à vue d'œil. Je filme depuis la terrasse. Demain nous irons nous promener. Probablement les rochers de Saint Guénolé, Le Guilvinec, Lesconil. Samedi nous pousserons plus loin, jusqu'à la fin de la terre. Pour un petit gars de la ville, l'océan est un mystère. Une force surnaturelle. Dans son sublime poème L'ange Heurtebise, Cocteau écrit "en bas la mer ce matin recopie cent fois le verbe aimer".

jeudi 19 février 2026

Les nouveaux exploits de Michel Bouvet


D'une pierre deux coups, le graphiste Michel Bouvet expose 33 nanographies que lui ont inspirées les chansons des Beatles, qui en ont tout de même 260 à leur actif, et il publie un livre monographique suivant son parcours depuis les années 80. L'exposition I Love The Beatles avait déjà été présentée en Hongrie, à Saint-Martin d'Uriage (France) et au Mexique, là voici jusqu'à dimanche à la Galerie des Ateliers de Paris, soit 33 tours rock 'n roll aux à-plats de couleurs explosives, pour ne pas dire psychédéliques. Quant à la somme Backstage qui sent bon l'encre d'imprimerie elle rappelle tous ses voyages, rencontres, amitiés au travers de ses esquisses, archives photographiques et affiches, puisque Michel Bouvet est surtout connu comme affichiste.


Je n'en ai jamais fait mystère, Michel est mon petit cousin, bien qu'il le soit longtemps resté, mystère : nous nous sommes trouvés aux Rencontres d'Arles dont il fit tout l'accompagnement graphique pendant les années Hébel (François Hébel signe la préface de Backstage) tandis que j'assumais le rôle de directeur musical des Soirées au Théâtre Antique (entre autres), mais nous ignorions ce lien de parenté avant que ma tante Arlette me rappelle que nos mères étaient cousines germaines. Nous nous sommes alors découvert tant de points communs que c'en est amusant. Cette fois encore, clin d'œil initiatique, les Beatles ayant chatouillé nos jeunes oreilles, de mon côté en 1965 avec A Hard Day's Night dans un cinéma de Salisbury où les filles hurlaient comme si les quatre garçons dans le vent étaient dans la salle, du sien en écoutant Come Together en 1969. Michel ne savait pas non plus que j'avais joué avec George Harrison ! Mais ce n'est pas tout, car c'est en ouvrant un carton rempli de ses agendas qu'il eut l'idée de ce nouveau livre où il raconte à la première personne tout ce qui l'a nourri. Or c'est en tombant sur les boîtes de diapositives prises lors de mon voyage initiatique aux États-Unis que j'eus l'idée d'écrire USA 1968 deux enfants, alimenté également par le journal de ma petite sœur qui m'accompagnait. Nous prenons souvent des notes sans savoir qu'elles serviront d'autres propos beaucoup plus tard, qu'elles raviveront notre mémoire ou nous permettront de les réinventer, comme chez Michel qui s'approprie graphiquement les chansons qui ont bercé son adolescence ou qui rend hommage à celles et ceux qu'il a croisé/e/s sur sa route, aux lieux traversés, aux émotions qui continuent à le faire rêver.

→ Exposition I Love The Beatles + sortie du livre Backstage (39€, ed. Hartpon). Galerie des Ateliers de Paris, 30 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 Paris - Métro Bastille, du jeudi 19 au dimanche 22 février 2026 inclus de 10h à 19h - entrée libre