Jean-Jacques Birgé

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jeudi 12 mars 2020

Omni-Vermille, vernie !


Pour en arriver là, il avait fallu courir. Courir pour attraper la correspondance à Strasbourg. Notre TGV direct avait été annulé après l'accident de sortie de rails d'un précédent quelques jours plus tôt. Quelques blessés. Déviation. Six minutes pour changer de quai avec armes et bagages. On avait derrière nous les paysages dévastés par les inondations.


Arrivés à Karlsruhe, nous avons loué la personne qui avait eu l'idée géniale de mettre des roulettes aux valises. Direction le ZKM où nous attendait une équipe de choc. Après une première soirée à nous geler les pinceaux dans une salle vitrée immense, inventée par un architecte présomptueux, nous avons commencé à voir et entendre ce dont nous avions rêvé. L'architecte, lui, avait imaginé une île avec de l'eau tout autour ; il y a bien le fossé, mais jamais aucune rivière n'y a coulé. Par contre, les travaux de tous les malins qui ont choisi de construire des complexes culturels autour du ZKM ont fendillé la plate-forme comme si le bâtiment avait vécu un tremblement de terre. Je m'égare. Anne-Sarah rajoute deux écrans sur le côté comme c'était prévu au début. Je fais ravancer et écarter les haut-parleurs qui jusque là ne diffusaient que l'ombre de ma musique. Les grands écrans empêchaient le son de passer, il n'y avait que des basses floutées. Je pousse les aigus au maximum et je retrouve ce que j'ai joué, chaque fois d'une seule prise. À l'avant les quatre écrans principaux sont arrosés par deux vidéoprojecteurs laser...


Pour que cela marche comme Anne-Sarah l'a programmé, nous sommes aidés par Dirk, Werner et Clara qui font des pieds et des mains pour que tout soit en place en temps et en heure. Dirk a plus d'un tour dans son sac pour synchroniser les six écrans...


Il faut voir la mine réjouie de l'artiste lorsque tout fonctionne enfin dans le bureau. Il suffit ensuite d'installer les écrans et de centrer les images. J'écris "il suffit", mais ce n'est pas si simple pour que tout soit raccord. Werner s'occupe des écrans tandis que Dirk contrôle les images depuis son bureau éloigné d'une centaine de mètres. Au moins lui est au chaud, les vitrines ajourées laissant passer certes le son, mais aussi le vent qui souffle sur le Land de Bade-Wurtemberg.


Anne-Sarah entame une danse du feu devant les affiches du ZKM. La nôtre est encadrée par celle du Bauhaus et le prochain niveau du Game Play ! Sur ma photo on ne voit pas celle qui revendique le Female Pleasure, un poing levé les ongles vernis de rouge. C'est évidemment le vermillon qui a donné son titre à Omni-Vermille.


Il restait encore une journée pour relever quelques petits challenges techniques comme Dirk appelle les derniers problèmes à régler pour être prêts pour le vernissage qui a eu lieu le troisième soir après notre arrivée... Le résultat est somptueux. Nous pouvons aller nous coucher. Demain soir, Anne-Sarah a un autre vernissage, exposition collective Fragilités à La Ruche, Paris XVe...

mardi 10 mars 2020

Omni-Vermille au ZKM



Pour annoncer notre installation d'Omni-Vermille au ZKM (Zentrum für Kunst und Medientechnologie Karlsruhe), Peter Weibel a choisi l'image d'Anne-Sarah Le Meur qu'il préférait, un plissé vert sur lie de vin avec un bout du code informatique imprimé en vernis brillant. On la retrouve en kakémono, affiche et carte postale ! Sur le site du ZKM, c'est une image bleu-vert avec un trou noir qui apparaît en son centre.


Déjà en 2011, Anne-Sarah y avait exposé son cylindre à 360°, Outre-Ronde. Depuis les années 1990, elle explore dans ses œuvres la relation entre l'art numérique et la peinture. Son code informatique, basé sur des images 3D générées en temps réel, fait osciller des lumières sur un fond noir. Les couleurs bougent parfois dynamiquement, à d'autres moment calmement sur la surface de projection. Elles évoluent toujours dans une profondeur intrigante. "Taches lumineuses oscillant dans l'obscurité, des couleurs s'animent, lévitent, semblent respirer. Un va-et-vient diffus passe des tons chauds (rouge, sombre ou vermillon, orangé, rose fuchsia...) à leurs contrepoints verts et turquoise. Une tache noire apparaît, persiste, rode. Ombre ou trou ? Astre, orifice ou pupille ? La surface ondule, vibre ponctuellement, habitée parfois par de puissants remous qui dispersent les zones colorées. La fin de chaque cycle bascule dans un fond rouge saturé. Puis les phénomènes reprennent un cours plus tranquille, aux métamorphoses lentes, continues, duveteuses, à la fois fascinantes, apaisantes et énigmatiques.
 Comment ? Ces images-là ne seraient produites que par de simples nombres, de la géométrie ? Il existerait donc une mathématique-informatique au potentiel sensuel ?
 Quant aux sons, ils épousent les formes, s’assemblant ou se désolidarisant grâce à toutes sortes de morphings. Les interludes, plus chaotiques, marquent des pauses animées avant chaque mouvement, plus amples, glissant d'une émotion à une autre, en fonction des couleurs. Les plissés de la musique obéissent à leur propre logique indépendamment de ceux des images, selon les lois merveilleuses du synchronisme accidentel."


Nous travaillons évidemment le soir pour régler les projections, mais le son sort bien depuis que nous avons écarté et rapproché les haut-parleurs disposés de chaque côté pour éviter que les six écrans leur fassent (écran !). Le vernissage est mercredi soir.

vendredi 28 février 2020

Mort de Guy Pannequin, le plus méchant des Macloma


Guy Pannequin est mort libre comme il avait toujours voulu gérer sa vie. J'ignore les circonstances, mais la Grande Faucheuse l'a emporté à Bénarès, en Inde où il avait l'habitude de voyager lorsqu'il faisait trop froid dans le Lot. Nous avions découvert les Clowns Macloma au Théâtre Dunois en 1979. Guy, maquillé en noir, était le méchant, celui qui faisait peur aux enfants ; nous adorions l'ambiguïté de son personnage. Francis Gorgé, lorsqu'il ne travaillait pas avec Un Drame Musical Instantané, accompagnait leurs spectacles en direct avec sa guitare et quantité d'effets sonores aussi drôles que provocants. Ce furent QQQ, La repasseuse et Imbroglio. Lorsque le trio de clowns prit la direction du Théâtre Déjazet, nous y jouâmes souvent. C'est là que nous avons monté à Paris L'homme à la caméra, mais aussi L'argent de L'Herbier et l'intégralité des Fantômas de Feuillade. En 1989 nous avions engagé Guy pour Zappeurs-Pompiers 2 co-écrit avec la chorégraphe Lulla Chourlin (Card). Il se donnait à fond, tant et si bien qu'il se cassa le pied pendant les répétitions, but the show must go on ! et il assura la création au Cargo à Grenoble pour les 38e Rugissants.


Francis, qui a continué à le voir jusqu'à lui envoyer encore hier matin un message qu'il ne recevra jamais, se souvient des esclandres hors scène de notre ami. Au restaurant j'ai ainsi appris la différence entre pétoncles et Saint-Jacques ! Sur son site, assezvu.com, Francis livre un extrait d'un ouvrage de Bernard Bennech sur les Macloma non publié. Lui qui n'a jamais été meilleur qu'en onomatopées et borborygmes salés, en gestes menaçants et corps déglingué, donne un interview passionnant. Les Macloma avaient cédé à la proposition du Cirque du Soleil où ils officièrent une dizaine d'années, mais le retour en France fut décevant. Chacun partit de son côté, et Guy a finalement arrêté son cirque à Bénarès. Et pour une fois, il ne nous fait pas rire.

lundi 24 février 2020

Et Charles Ives laissa l'univers incomplet


Je ne suis pas aussi emballé qu'Antonin par la mise en scène de Christoph Marthaler du spectacle sur Charles Ives, mon compositeur "classique" préféré avec Edgard Varèse, mais je suis resté scotché à l'écran pendant les deux heures dix de la projection. Marthaler, au moins, n'illustre pas, il marche à côté. Mais il passe aussi à côté de ce qui inspira le compositeur américain : la Nouvelle Angleterre, les Transcendantalistes, la manière de gagner son pain, la démocratie directe, le risque de déplaire... Si sa chorégraphie intrigue, n'est pas Beckett qui veut. Son utilisation du gigantesque plateau de la Halle de Bochum est évidemment spectaculaire, mais les corps animés finissent par paraître démodés. C'est tout le problème de la mode. Charles Ives y a échappé toute sa vie. Où qu'on l'attende, il est déjà ailleurs. L'inventeur de presque tout ce qui fait notre contemporanéité ne l'a souvent pratiqué que le temps d'une pièce, arpentant les possibles comme la surprise infinie que lui procurait la nature. Détachés du contexte, les acteurs jouent le contrepoint de la musique comme si c'était une entité abstraite. Le romantisme flagrant de Ives est gommé au profit de grimaces qui ne sont pas les siennes. Certains seront irrités par cette scénographie à la fois minimaliste et grandiloquente, d'autres adoreront en pensant que c'est moi ! Quoi qu'il en soit, c'est quelque chose, ce qui est devenu rare.


La musique, exclusivement due à Charles Ives, y est exceptionnelle. Extraits ou intégrales, les pièces choisies offrent une approche cohérente de l'œuvre. De la Symphonie de l'Univers, prévue à l'origine pour 4250 exécutants à la Concord Sonata, de La Question Sans Réponse aux pièces pour piano en quarts de ton, des hymnes au psaumes, du second quatuor aux chansons, tout y est, y compris l'enregistrement de Ives lui-même hurlant They Are There au piano. En écrivant « Au cas où je ne finirais pas cela, quelqu'un aimerait peut-être travailler l'idée, et les esquisses que j'ai déjà faites auront plus de sens pour ceux qui les regarderont en ayant lu l'explication. », Charles Ives laissait libre quiconque d'interpréter, d'arranger, de prolonger son rêve. Comme Christoph Marthaler, le chef d'orchestre Titus Engel et la scénographe-costumière Anna Viebrock ont participé activement à la création de Universe, incomplete à la Ruhrtriennale 2018, avec l'aide de seize performeurs, capables de chanter et danser, de l'Orchestre Symphonique de Bochum (hors-champ jusqu'au salut), le Rhetoric Project (un ensemble mobile), le Quatuor de Percussions de Cologne et des étudiants percussionnistes.
J'ai replongé mon nez dans les six ouvrages que je possède sur lui ou de lui, comme mon exemplaire de ses Essays Before A Sonata, publiés à compte d'auteur, où Ives a écrit quelques mots de sa main au crayon noir, probablement en 1920. Conçue de 1911 à 1928 pour plusieurs orchestres, l'Universe Symphony présente trois parties sans pause : Le passé (du chaos à la formation des eaux et des montagnes), Le présent (la Terre et le firmament, évolution de la nature et de l'humanité) et L'avenir (le paradis, l'élévation de tout vers la spiritualité). Dès l'ouverture, je retrouve la partie pour vingt percussionnistes dans une version différente de celle complétée par Larry Austin en 1994 qui m'avait tant impressionné...


Il n'y a pas tant de vidéos sur Charles Ives... L'objet est incontournable, d'autant qu'un second DVD accompagne celui du spectacle. Le documentaire d'Anne-Kathrin Peitz, The Unanswered Ives, Pioneer in American Music, est remarquable. Composé de larges extraits musicaux, de témoignages de première main, d'archives locales et de la visite de la ville natale du compositeur, Danbury dans le Connecticut, le film dresse un portrait très juste de celui qui fut aussi l'inventeur de l'assurance sur la vie, le laissant libre de créer sans mettre en danger la subsistance de sa famille ! Il pouvait ainsi financer d'autres compositeurs, leurs partitions, des concerts. Arnold Schönberg écrit de lui : « Il existe un grand homme vivant dans ce pays, un compositeur. Il a résolu le problème de se préserver lui-même et d'apprendre. Il répond à la négligence par le mépris. Il n'est forcé d'accepter ni la louange ni le blâme ; son nom est Ives ». Il n'y a pas de musique américaine sans lui. Il en est le père, admiré par Henry Cowell, Nicolas Slonimsky (premier à enregistrer Ives en 1933 avec la Barn Dance et In The Night, en même temps que la première de Ionisation de Varèse), Elliott Carter, Lou Harrison, Bernard Hermann, John Cage, Frank Zappa, John Adams, Ornette Coleman, John Zorn et tant d'autres qui s'en inspirèrent des minimalistes aux maximalistes ! À son copiste il avait écrit "Les fausses notes sont justes, de crainte qu'il les corrige. Comme Gustav Mahler, Charles Ives aimait intégrer des citations dans ses pièces. Il laissa une œuvre immense, inachevée, écrite entre 1891 (sublimissimes Variations on America pour orgue, qui préfigurent la musique de film avant l'invention du cinéma !) et 1928, année où il ne se sentit plus capable de composer quoi que ce soit. Problèmes de santé (cœur, diabète générant un tremblement de la main...) ? Désespoir face à la brutalité du monde avec la Première Guerre Mondiale ? Ayant pris sa retraite des assurances Ives & Myrick en 1930, la plus importante du pays, il s'occupa de travailler sur ce qu'il avait déjà imaginé, de révision en revision. Il mourut en 1954 sans avoir pu entendre une grande partie de son œuvre.

→ Charles Ives, Universe Incomplete / The Unanswered Ives, Christoph Marthaler – Titus Engel – Anna Viebrock, 2 DVD Accentus, 32€
À noter que le documentaire est sous-titré en français, mais bizarrement pas le spectacle, dont les quelques interventions en allemand ne sont pas traduites !

mercredi 12 février 2020

L'intelligence artificielle en MOOC


Peur de l'IA ? J'étais terrorisé, non par l'intelligence artificielle qui est le sujet du MOOC de Class'Code, mais par son générique que je devais composer en plus de tout le reste. Le reste, ce sont toutes les vidéos, bande-annonces, Questions, Découvertes, en musique et bruitages comme d'hab... Il fallait différencier les humains des machines, sur trois écrans simultanés avec une piste différente pour chacun. J'aime bien tester des choses inédites. Faire ce qu'on sait faire, c'est gérer. Faire ce que l'on ne sait pas faire, c'est créer. Je me suis tout de même planté dans mes expérimentations vocales transposées en midi. Cela ne marchait pas du tout. Je suis reparti dans une autre direction. J'ai enregistré le programme du synthétiseur qui m'avait servi pour la bande-annonce, mais à un autre tempo et sur d'autres accords. Son timbre ressemble à une voix qui répète un truc du genre " I A ". Ensuite j'ai ajouté ma propre voix. J'ai mis le synthé à gauche, mon scat au milieu et j'ai demandé à Sonia d'enregistrer la voix féminine de son côté pour la diffuser à droite. A priori cela devrait faire l'effet escompté. En attendant j'ai soigné les panoramiques de l'ensemble...
Quatre bandes-annonces sont déjà en ligne sur YouTube...


Class'Code propose une formation "pour tous de 7 à 107 ans, pour se questionner, expérimenter et comprendre ce qu’est l’Intelligence Artificielle…. avec intelligence !" Il y a 3 modules : Vous avez dit l’IA ? C’est quoi l’intelligence artificielle ? (acquérir une première compréhension de que l’on entend par IA et de ce que ce n’est pas), Boosté à l’IA ! Du machine learning et des données (comprendre les principes du machine learning et la place cruciale que joue la maîtrise des jeux de données), Humains et IA… L’intelligence artificielle à notre service ? (comprendre les enjeux et les leviers pour que l’IA soit au service de l’humain). Chaque module est composé de 4 parties : se questionner, expérimenter, découvrir, s’approprier. Chaque partie propose des vidéos et expériences interactives, des fiches pédagogiques, des ressources complémentaires, un forum.
Les inscriptions sont déjà ouvertes sur FunMooc ou Class'code et cela commence le 9 avril 2020.
Notre équipe de 4 minutes 34 avait déjà travaillé avec l'INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique) sur l'enseignement en Sciences Numériques et Technologies (SNT) pour un autre MOOC (Massive Open Online Course, ou FLOT pour Formation en Ligne Ouverte à Tous, ou CLOM pour Cours en Ligne Ouvert et Massif). On trouve là 7 petits films. Ou comment s'amuser en travaillant ! Sonia Cruchon et Sophie de Quatrebarbes ont écrit les sketches interprétés par Guillaume Clemencin, Mikaël Cixous a réalisé les animations, Nicolas Le Du a filmé tout cela et l'a monté. Sophie s'est occupée de la production tandis que Sonia et Nicolas réalisaient. J'ai donc la responsabilité du son et de la musique. Chaque fois que j'œuvre sur ce genre de projets je dois trouver un style, une charte sonore qui colle au sujet. La couleur du son est liée au sens de ce que l'on doit exprimer. Je fabrique et synchronise sur les images montées par Nicolas. Ce n'est pas toujours simple de sonoriser la bande-annonce avant d'avoir abordé le corpus global ! Il est donc important d'anticiper en imaginant ce à quoi cela ressemblera...

vendredi 3 janvier 2020

Algues vertes, l'histoire interdite


Si les documentaires politiques, philosophiques ou militants m'ennuient lorsqu'ils ressemblent à de la radio filmée, les enquêtes en bande dessinée trouvent plus facilement leur légitimité, leurs auteurs se sentant obligés d'inventer des modes graphiques là où les filmeurs sont souvent paresseux. Ce sont évidemment des généralités. Il y a heureusement quelques cinéastes qui savent se servir des images et des sons. Pour Algues vertes, l'histoire interdite le dessinateur Pierre Van Hove illustre l'enquête d'Inès Léraud en cases et phylactères, mais il ne faut pas oublier la mise en couleur de Mathilda qui participe à l'ambiance puante d'œuf pourri de l'hydrogène sulfuré (H2S) meurtrier.


L'enquête sur les plages bretonnes relève du thriller politique. Il aura fallu un demi-siècle avant que l'assassin, qui tua au moins 3 personnes et 40 animaux, soit démasqué et reconnu. Les algues vertes sont essentiellement la conséquence de l'expansion de l'élevage de porc longtemps encouragé par le gouvernement centralisateur. Les laboratoires sont complices de l'omerta. Il aura fallu des lanceurs d’alerte, scientifiques, agriculteurs et politiques pour briser le silence de mort. À la fin de l'ouvrage, les auteurs livrent les documents, lettres, photos et coupures de presse de cette passionnante enquête révélant la mauvaise foi, l'incompétence et la manipulation criminelle des responsables. Combien de temps faudra-t-il ailleurs, sur d'autres fronts, pour que soit révélé qu'on nous empoisonne ou nous irradie sous prétexte de rentabilité économique ?

→ Inès Léraud et Pierre Van Hove, Algues vertes, l'histoire interdite, La Revue Dessinée, ed. Delcourt, 19,99€ (13,99€ édition numérique)

mardi 17 décembre 2019

Kyldex 1, l'opéra cybernétique de Nicolas Schöffer


La semaine dernière, Eléonore de Lavandeyra Schöffer organisait des projections exceptionnelles de Kyldex 1, spectacle cybernétique luminodynamique expérimental, dans l'atelier Nicolas Schöffer, sis Villa des Arts à Paris. La création de cet incroyable projet « pluriartistique » se tint en 1973 à l'Opéra de Hambourg dirigé par Rolf Liebermann avant qu'il ne prenne possession de celui de Paris. Il ne fut jamais rejoué depuis, malgré l'immense succès qu'il rencontra alors, probablement pour une question économique, l'addition se montant à 1 milliard de Deutsche Mark, l'équivalent de 150 millions d'euros ! Nicolas Schöffer, génial précurseur de l'art interactif, cinétiste féru de cybernétique, en avait confié la chorégraphie à Alwin Nikolais et la musique à Pierre Henry. Le film, ici découpé en quatre parties, ne rend que très partiellement la réalité de l'œuvre. Les caméras de Klaus Lindermann restent axées sur le centre de la scène alors qu'il se passait quantité d'évènements sur les côtés et la copie de la Nord Deutsche Rundfunk aurait bien besoin d'une remasterisation tant pour l'image que pour le son. L'archive n'en est pas moins étonnante.


Si vous n'êtes pas germanophone, sautez les présentations en allemand de Rolf Liebermann et de la traductrice Helen Gerber !
En 1973 la mode était encore à la participation du public. Nicolas Schöffer avait confié à chaque spectateur un petit sac contenant cinq panneaux lui permettant d'exprimer son désir avant chacune des douze parties. Un rond rouge signifiait "halte", un triangle vert "plus vite", un losange bleu "plus lent", un triangle jaune "répéter" et un carré blanc "expliquer". Le spectacle s'organisait en fonction de la majorité, même si cette illusoire démocratie m'apparaît toujours comme une manipulation démagogique. Cela n'est nullement différent de notre vie politique ! Il n'empêche que le public est là très actif, invectivant entre les épisodes Schöffer et Lieberman qui ne respectent pas toujours son choix. De soir en soir les représentations pouvaient prendre des tournures très différentes. Lors de la première, les spectateurs ayant demandé de revoir une séquence cette fois sans la musique, Pierre Henry boude, refuse de diffuser la suite et se fait finalement prier.
Les mouvements des danseurs étoiles Carolyn Carlson et Emery Hermans s'inspirent de ceux des machines, leur opposant magistralement la souplesse des corps.


Si Schöffer laisse Nikolais libre de chorégraphier le corps de ballet de l'Opéra de Hambourg, il est plus directif avec Pierre Henry. J'ignore qui de l'un ou de l'autre en est à l'origine, mais la musique est trop illustrative à mon goût, malgré la richesse des timbres. 1973 marque aussi un basculement de la musique électroacoustique. Pierre Henry utilise les techniques qu'il a inaugurées avec Pierre Schaeffer alors que les synthétiseurs vont révolutionner une fois de plus l'histoire de la musique. Cette année-même j'achèterai d'ailleurs mon ARP 2600 ! Le film ne rend hélas pas compte de la spatialisation sonore comme de celle des effets de lumière qui encerclent les spectateurs.


Pour toutes ses fabuleuses machines Schöffer a dû inventer des systèmes préfigurant les ordinateurs. Il serait aujourd'hui fasciné d'utiliser leurs ressources. Kyldex 1 fut rendu possible grâce à l'informatisation récente de la scène de l'Opéra de Hambourg, chose alors exceptionnelle. Pour son spectacle multimédia il utilise deux eidophores qui lui permettent de capter des images du public ou des danseurs et de les projeter sur grand écran. Il intègre des extraits de la télévision allemande en temps réel. Ses sculptures cybernétiques sont télécommandées...
Pour les séquences érotiques au milieu des sculptures molles il choisit trois prostituées du quartier rouge de Sankt Pauli plutôt que des danseurs. Après la première représentation, suite aux critiques féminines qui ne voient pas pourquoi on ne dénude que les femmes, deux danseurs mâles se portent volontaires pour danser nus. Ils traverseront la scène peints en or comme deux statues grecques.
1973 est encore une époque où les provocations étaient de mise, même si la nudité était devenue chose banale dans les spectacles d'avant-garde.


Après l'entr'acte de ce spectacle qui dure plus de trois heures, un prisme de 12 mètres de haut envahit la scène. Ce jeu de miroirs réfléchit les effets visuels et la troupe des danseurs. Les qualités d'homme-orchestre de Nicolas Schöffer lui permettent de mêler la sculpture, l'architecture, la musique, l'ingénierie et les sciences pour créer ses ballets de machines et de lumières...
Après la projection Eléonore de Lavandeyra Schöffer, toujours aussi fringante, 94 ans au conteur, euh conteuse, témoigne de la création de ce 9 février 1973 en révélant quantité de détails passionnants qui aident à découvrir le génie de son mari disparu. Il est certain que Nicolas Schöffer n'a pas la place qu'il mérite dans l'histoire des arts du XXe siècle. Je regrette de ne pas avoir connu son travail lorsqu'à la fin des années 60 je montai mon groupe de light-show, il m'aurait certainement influencé et donné nombre d'idées...

N.B.: si vous souhaitez visiter la caverne d'Ali Baba, l'Atelier Nicolas Schöffer organise des visites le premier samedi de chaque mois à 17h. Vous pouvez réserver pour les 4 janvier, 1er février, 7 mars...

lundi 9 décembre 2019

Mélusine d'Emmanuelle K


La poésie a le grand mérite d'être circonlocutoire. Elle ne vise pas le centre. Elle tourne autour. Et contrairement aux sciences dites exactes, elle n'est jamais démentie par l'Histoire. J'ignore si elle est mieux considérée dans les autres pays, mais en France on se targue d'avoir de grands poètes en évitant soigneusement de les lire. Le genre reste l'apanage de l'underground. J'ai enregistré deux CD avec Michel Houellebecq qui se sont plutôt moins bien vendus que mes propres œuvres alors que c'est ce qu'il a fait de mieux, de son propre aveu et à mon goût, sans parler de sa notoriété ! Ses livres de poésie ont d'ailleurs une audience cent fois moins grandes que ses romans. Alors lorsqu'on est une poétesse et sans battage médiatique, j'imagine que c'est forcément un sacerdoce.
Il y a une décennie j'avais reçu un émouvant coffret de quatre livres d'Emmanuelle K intitulé Quand l'obéissance devient impossible. Il rassemblait les recueils Vertige de l'écart, Les brutes, L'indépendance du sourire et Les chemins du désir. L'année précédente, soit en 2007, Emmanuelle K avait publié Mélusine, un livre d'artiste à tirage limité avec 26 aquarelles de Pierre Jaouën. Le prix de l'objet le rendant inaccessible à la plupart, il est heureux que le texte de Mélusine soit sorti accompagné d'un DVD et d'un CD. Le premier réunit trois films d'Emmanuelle K, le second treize "chansons" interprétées par l'autrice avec Emmanuel Bex au piano et à l'orgue Hammond, Simon Goubert à la batterie, François Verly aux percussions et l'électro-acousticien David Trescos. La voix est traitée par de nombreux effets spatiaux s'inspirant de réverbération, délai, harmoniseur, etc., mais sans utiliser aucun artifice électronique, tandis que le trio se livre à un jazz virtuose qui donne des ailes aux textes érotiques transformés en chansons. Quant au livre d'artiste, il est actuellement exposé à la Galerie Hebert à Paris.


Le DVD présente d'abord le projet né il y a plus de 20 ans, puis Emmanuelle K filme les aquarelles de Pierre Jaouën, aujourd'hui disparu, en lisant son texte. Le ton souligne les années passées depuis ce qui l'a dicté, transformant l'aventure en récit. La musique paysagère, soutien rythmique de la voix, substitue la profondeur du champ au chant éclaté du CD. Sur les quatorze mètres de frise sur papier velin, les taches de couleurs vives deviennent abstraites et renvoient à l'espace qui distille les mots imprimés. Le va-et-vient dément la chronologie. Sous couvert de making of, le troisième film raconte ce qu'est un livre d'artiste avec le témoignage de Dominique Bernard, éditeur à l'origine, et de l'imprimeur Didier Guibert qui explique la technique de l'estampe numérique. Le terme d'abstraction lyrique, mouvement auquel Pierre Jaouën est plus ou moins rattaché, convient tant à la poésie et à la musique en général qu'au texte d'Emmanuelle K.
Pour la petite histoire, elle réalisa en 1983 le premier film sur Un Drame Musical Instantané pour la télévision libre Antène 1.

→ Emmanuelle K, Mélusine, livre avec DVD et CD, 35€ - Commandes : melusine.cie(at)sfr.fr
→ Exposition jusqu'au 21 décembre 2019 à la Galerie Hebert, 18 rue du pont Louis-Philippe, Paris 4e.

vendredi 8 novembre 2019

Il faut bien vendre


Enthousiasmé par mes collaborations avec la plasticienne Anne-Sarah Le Meur et le vidéaste John Sanborn, j'ai créé deux petites pages Internet pour promouvoir MELTING RUST avec la première et NONSELVES sur les images du second. Les deux font la paire, mais les deux pièces peuvent aussi être représentées séparément. C'est la première fois depuis un demi-siècle que j'ai du plaisir à jouer seul sur scène. Pas vraiment seul puisqu'il y a le grand écran et qu'Anne-Sarah Le Meur travaille en direct ses images 3D. J'ai demandé à John Sanborn une version de 45 minutes, soit 100 vidéos qui me donnent du fil à retordre, pour ne pas dépasser 1h15 de spectacle en tout. J'ai toujours aimé les contrastes. Les abstractions lyriques et contemplatives d'Anne-Sarah sont radicalement différentes des provocations narratives échevelées de John. Dans les deux cas, je suis au clavier. Pas tout à fait puisque j'utilise une application interactive sur iPad avec l'une et que je mixe de temps en temps ma musique avec les sons synchrones des vidéos de l'autre. NONSELVES est une adaptation de NONSELF commandé à John par le Jeu de Paume, créée au Blackstar à Paris en septembre. La création de MELTING RUST date d'un mois plus tôt cet été, à Victoria en Transylvanie (Roumanie).


Reste à vendre ce spectacle. Je suis évidemment certain de l'intérêt qu'il représente, mais l'idée d'en faire la promotion me rebute. Voilà 25 ans que je ne cherche plus de travail, comme j'ai pris l'habitude qu'il vienne tout seul vers moi. J'envoie tout de même quelques mails, mais j'espère surtout que le buzz prendra comme ce fut le cas, par exemple, avec Nabaz'mob, l'opéra pour 100 lapins connectés que nous avons réalisé avec Antoine Schmitt et qu'il serait d'ailleurs excitant de reprendre à l'occasion. Je préfère écrire et composer de la musique plutôt que me transformer en représentant de commerce. J'espère donc que les deux captations en libre accès sur Internet en dévoileront l'originalité et l'excellence, sachant que chaque représentation est différente, puisque ce sont des improvisations ou, comme je préfère les appeler, des compositions instantanées. Faites passer ;-)

jeudi 7 novembre 2019

Minnie the Moocher par Cab Calloway et Betty Boop


Je ne vais pas remonter au concours de twist organisé par France I (devenue France Inter), gagné avec ma petite sœur en 1961, mais celles et ceux présents il y a cinquante ans m'auront vu danser comme une pile électrique, ou plus exactement comme un condamné sur la chaise assassine. Les convives s'écartaient, le cercle s'élargissait, avant que je retombe, épuisé, ne pouvant évidemment tenir qu'une dizaine de minutes, avant les ampoules aux pieds et un essoufflement anticipant de vingt-cinq ans un asthme heureusement dompté grâce à l'homéopathie. Si j'avais connu alors Cab Calloway, j'aurais adopté un style autrement plus swing. Sa musique est une des très rares qui fassent bouger mes jambes malgré moi. Je me lève et je danse, je danse, je danse comme si j'avais chaussé Les chaussons rouges. Jusqu'ici ma référence au premier maître du scat datait du film Stormy Weather tourné en 1943. Je découvre aujourd'hui la petite séquence introductive au dessin animé de 1932 de Dave Fleischer, frère cadet de Max Fleischer, qui porte le nom de la célèbre chanson écrite par l'Hi de Ho man et Irving Mills, Minnie the Moocher.


Cab Calloway a alors 25 ans et une souplesse qui renvoie le moonwalk de Michael Jackson à un pastiche robotique. Les frères Fleischer sont les inventeurs de Koko le clown qui fait une apparition et Betty Boop qui est justement l'héroïne du film. Additionnez un dessin animé aux multiples allusions érotiques, l'orchestre de Cab Calloway, des paroles de chansons provocantes et vous obtiendrez un bijou inestimable. La chanson raconte "l'histoire de la pauvre Minnie la clocharde, prostituée, chaude, rouquine, vulgaire, dure à cuire, chétive, au cœur aussi grand qu'une baleine. Elle traîne avec un cocaïnomane appelé Smokey, qui lui montre comment fumer l'opium dans le quartier chinois. Ça la fait rêver du roi de Suède qui lui offre toute les choses qu'elle désire, une maison en ville en or et acier, une voiture taillé dans le diamant avec des roues en platine, son hôtel particulier, ses chevaux de course, des festins pour douze, et des millions de dollars en pièces de monnaie, qu'elle compte et recompte un million de fois..."


Comme dans Snow White (Blanche-Neige) tourné l'année suivante, soit 1933, une chanson de Cab Calloway accompagne le dessin animé de Dave Fleischer. C'est le tout aussi célèbre Saint James Infirmary Blues, dont la paternité causa maints procès, que joue l'orchestre de Cab Calloway dont les gestes de danseur ont été rotoscopés. Les frères Fleischer sont les inventeurs de cette technique, du moins ceux qui l'ont brevetée. Là encore, Betty Boop est envoyée dans une grotte sombre où chante un drôle de fantôme. Les dessins animés de Fleischer d'une incroyable invention inspireront tout autant Walt Disney (sa Blanche-Neige date de 1937 et on remarquera l'influence de Minnie The Moocher sur la scène de Dumbo imaginée par Savador Dali en 1941) que Tex Avery. Poo-poo-pee-doo !

vendredi 11 octobre 2019

NONSELVES, remix musical des vidéos de John Sanborn


NONSELVES est une adaptation de NONSELF, projet vidéo de John Sanborn commandé par le Jeu de Paume. Après qu'il m'ait demandé d'en composer une version live, le pluriel s'est imposé à ce "ni lui ni moi" et la satire sociale a transformé l'intime en universel. J'ai donc mixé en direct certains sons synchrones des vidéos originales de John, une radiophonie (plunderphonics) que j'ai agencée en 1980 et surtout mon jeu au clavier. Pour YouTube la voix de Blondie qui posait des problèmes de droits d'auteur a dû être supprimée, mais DailyMotion n'a pas fait de difficultés, et John l'a mise en ligne de son côté sur Vimeo. À cause de certains plans assez crus, nous avons empêché les mineurs d'avoir accès à notre travail. De toutes manières les ados savent très bien contourner ce genre d'interdit ! Si vous, vous l'ignorez il suffit de supprimer le contrôle parental en bas de votre page DailyMotion par exemple...


J'ai demandé à John de monter une version de 45 minutes des vidéos de NONSELVES pour composer un programme équilibré avec la performance MELTING RUST que nous avons créée avec la plasticienne Anne-Sarah Le Meur. Notre improvisation à quatre mains dure en effet 30 minutes, ce qui en fait une excellente première partie avant mon solo sur les 100 vidéos de John. Les deux œuvres, extrêmement différentes, abstraction lyrique et satire narrative échevelée, peuvent également être jouées séparément.
C'est la première fois de ma vie que je suis excité à l'idée de jouer seul. Depuis 50 ans j'ai toujours préféré le groupe au solo, la musique m'apparaissant comme une conversation abstraite où nous pouvons tous nous exprimer et écouter en même temps, ce que le langage ne permet pas ! Ce n'est pas non plus un solo absolu puisque Anne-Sarah improvise de son côté ses images 3D temps réel et que j'accompagne les vidéos de John. Pour donner une idée de NONSELVES, j'ai enregistré une version dans les conditions du live, chaque représentation étant différente, comme MELTING RUST. Pour profiter au mieux de ces deux films qui vous donneront un avant-goût du spectacle, passez l'image en plein écran !

Sur sa page FaceBook John Sanborn écrit :
VARIATIONS (on a theme)
My friend and innovative composer Jean-Jacques Birgé has expanded on his improvised sonic response to my interactive work NONSELF. He performed a version live at Blackstar in Paris last month and the result was astonishing (the crowd went, as they say, wild). Now he's going to take it on the road.
A polymorph deeply indebted to plunder-phonics, JJ induces a social satire spin on what was intended to be intimate. He elevates the personal to the universal and back again in a crisp 45:00. Et sur Vimeo : This collaboration is a wild ride of sonic and social satire, mixing serious and silly with equal force.

vendredi 4 octobre 2019

Melting Rust est sur YouTube et Vimeo


Anne-Sarah Le Meur a eu une idée formidable. Elle m'a suggéré de monter un nouveau spectacle avec la performance que nous avons créée ensemble cet été en Transylvanie et celle que j'ai réalisée en septembre à Paris sur la vidéo de John Sanborn. MELTING RUST, dont les images en 3D sont travaillées en temps réel par Anne-Sarah, dure une trentaine de minutes. NONSELVES constitue la seconde partie, soit un montage de 100 vidéos réduit à 45 minutes d'après NONSELF commandé à Sanborn par le Jeu de Paume. Pour ces deux collaborations je joue presque exclusivement du clavier avec l'apport de quelques sons sur iPad, et pour la vidéo de John Sanborn de rares extraits sonores synchrones. Ayant toujours préféré partager la scène avec d'autres musiciens, c'est la première fois que l'idée de jouer seul m'enthousiasme. En réalité ce n'est pas un solo puisque Anne-Sarah improvise également en direct ses abstractions de lumière colorée et que les vidéos figuratives de John sont extrêmement parlantes. Les deux performances sont si différentes qu'elles se complètent merveilleusement.


Aujourd'hui je mets en ligne la captation de MELTING RUST filmée par Irina Botea et Jon Dean à Victoria en Roumanie. Comme pour NONSELVES, chaque représentation est différente puisque nous improvisons, certes selon un canevas composé de choix de timbres, de formes et de couleurs. Ces deux œuvres m'obligent à jongler de manière acrobatique pour charger les sons au fur et à mesure tout en regardant à la fois la projection sur grand écran, ma partition, le chronomètre, mes afficheurs Led et le clavier ! Je mettrai bientôt en ligne une version de NONSELVES qui en donnera une petite idée. Celle de MELTING RUST sur YouTube rend difficilement l'émotion du live, elle est en mono alors que je travaille toujours l'espace sonore et elle a été filmée avec une caméra Blackmagic dans l'obscurité de la salle de spectacle. Malgré la compression qui ne rend ni la fluidité ni la précision des images, son pouvoir de fascination est intact... Pour en profiter au mieux il est évidemment conseillé de la passer en plein écran sur la machine que vous utilisez ou d'assister aux futures performances !

Sur YouTube et Vimeo

mercredi 2 octobre 2019

Mes ancêtres les Gauloises


Chaque fois qu'est paru un livre d'Élise Thiébaut, j'ai rédigé un petit article pour saluer la qualité de son écriture et son universalisme, entendre que c'est une généraliste avec de sérieuses spécialités. J'ai bien connu son papa, un tout petit peu sa maman et plusieurs personnes qu'elle évoque et qui me sont chères dans son autobiographie de la France intitulée Mes ancêtres les Gauloises. Cette précision n'est pas inutile, d'autant qu'elle me cite dans son dernier ouvrage à propos du séquençage de mon génome (recherche d'ADN dans un but plus politique que familial), démarche qu'elle a en fait initiée après m'avoir parlé d'un des livres qu'elle était en train d'écrire. Avant cela elle avait publié Ceci est mon sang, une petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, et très récemment Les fantômes de l'Internationale avec le dessinateur Baudoin. Au delà des sujets principaux toujours passionnants, Élise a le don de digresser en apportant quantité d'informations se révélant le plus souvent des points de vue documentés sur notre environnement social. Son féminisme et sa conscience de classe y sont toujours exprimés avec beaucoup d'humour et un esprit d'à propos qui permettent d'extrapoler sa propre histoire à la nôtre. En s'interrogeant sur sa propre identité, elle aborde le roman national que le racisme, le machisme et la lutte des classes ont façonnés. Comme dans ses précédents ouvrages, les tabous volent en éclats et ce parler vrai, à la première personne bien singulière, fait du bien dans une époque plus coincée qu'on ne veut nous la présenter. Le gnothi seauton socratique y prend tout son sens, car se connaître soi-même est le premier pas vers penser par soi-même alors que la manipulation de masse bat tous les records. Ou encore, comme me l'expliquait André Ricros à propos des musiques traditionnelles, "pour être de partout il faut être de quelque part."

→ Élise Thiébaut, Mes ancêtres les Gauloises, La Découverte, Coll. Cahiers libres, 272 pages, version papier 18 €, version numérique 11,99 €
Sur Mediapart, poursuivant sa démarche, Élise crée l'édition Nos ancêtres les gauloises, suscitant les témoignages : "Raconter le passé pour changer l’avenir ? C’est ce que je vous propose de faire avec cette édition collective Nos ancêtres les Gauloises. En partageant nos mémoires, en creusant les non-dits et les tabous du roman national, il s’agit de donner la parole à celles qui, dans nos généalogies, n’ont pas pu faire entendre leurs voix. Je vous propose ici de partager l’histoire d’une femme de votre famille, dont le destin n’a peut-être pas été conforme, ou dont la mémoire a été effacée."

samedi 21 septembre 2019

Nonself Remix (Birgé-Sanborn)


Pari réussi hier soir au Blackstar. Je regrette de n'avoir pas enregistré. 62 minutes pendant lesquelles mes pieds ne touchaient plus terre. J'en ai oublié mes douleurs lombaires.


Mon installation a fonctionné. C'est souvent une question de disposition dans l'espace, comme pour un batteur ou un guitariste distribuant ses pédales d'effets autour de lui. J'avais tout à ma main, même si j'en manquais. J'aurais aimé en avoir quatre. Pour une fois les pédales de volume et de sustain de mon clavier auront été utiles. C'est surtout une affaire d'écoute. Quand c'est confortable, on peut contrôler tous les paramètres du son, ce qui est crucial pour une improvisation.


Mon petit poème symphonique attribuait un sens nouveau aux images de John Sanborn. J'ai eu l'impression de commettre un remix brechtien de son montage déjà fortement critique. Comme une mise en abyme de poupées gigognes qui n'en finiraient pas de grandir/rapetisser. Simultanément, du microscope électronique à la Terre vue de la Lune.


Derrière moi s'affichait le portrait de Lemmy Kilmister, le bassiste et chanteur du groupe de heavy metal Motörhead ! Sur l'écran John Sanborn psalmodiait tel le récitant d'un opéra multimédia. À suivre...

Photos : Dana Diminescu

vendredi 20 septembre 2019

Je joue Nonselves avec John Sanborn, ce soir au Blackstar


À sa conférence de mardi au Jeu de Paume, John Sanborn jouait avec la vérité comme un chat avec une souris. La vérité de soi. Qui on est, qui l'on n'est pas. C'est l'en-jeu de son Nonself, portrait en creux basé sur le rejet. Or, si l'on suit Jacques Lacan avançant que l'inconscient ignore les contraires, on se focalisera sur le choix des sujets et non sur leur affirmation ou leur négation. Ce qui nous préoccupe fait sens. Tous les doutes sont permis au je du J'aime/J'aime pas. John Sanborn a supprimé les titres (adjectifs précédés de not) du montage des séquences qu'il m'a fourni. Le melting not en devient un melting pot où les plans jouent à saute-mouton pour retrouver un impossible équilibre. Chacun, chacune, ressentira ainsi à sa manière les sentiments d'acceptation et de rejet que les vidéos provoquent. La musique improvisée que j'ai imaginée participe à ce grand chambardement. Elle accentue, contrarie, transforme le regard porté sur notre société saturée d'images, comme Sanborn le suggère dans son accumulation de signes.
J'ai rarement eu autant de mal à préparer un concert. Jouer sur le montage d'une heure des 122 vidéos de John Sanborn m'a obligé à jongler avec le chronomètre, la projection, les chargements de banques de sons tandis que je continue à frapper mon clavier ; de plus, je dois mixer l'instrument avec le montage radiophonique des années 80 et les sons synchrones de Sanborn. Ses séquences ultracourtes divisent parfois l'écran en deux ou trois panneaux séparés. Je dois posséder quatre bras, jouir d'un strabisme divergent et d'une schizophrénie passagère pour conjuguer l'ensemble ! Le solo est un exercice difficile lorsqu'on joue d'instruments électroniques exigeant que l'on regarde les écrans et qu'on lâche de temps en temps le clavier pour le trackpad. Fin octobre à Vienne en Autriche j'ai demandé à Walter Robotka de me faire rencontrer quelqu'un pour éviter la solitude du coureur de fond ; je partagerai donc la scène avec le performeur Didi Bruckmayr sans le connaître. Le mode de la conversation l'autorise ! Mais ce soir au Blackstar je devrai faire l'acrobate sans perdre le fil sensible de ce montage aussi politique qu'esthétique. Cette semaine j'ai trouvé quelques astuces pour que l'ensemble se tienne. J'ai par exemple ajouté une petite réverbération sur les sons synchrones afin qu'ils s'intègrent mieux à mon jeu, et minimisé, soit mieux localisé, les interventions de la radiophonie. Cette salade sera imperceptible au public dont les yeux seront rivés à l'écran de Led géant. Si le son a l'avantage d'être évocateur, l'image focalise massivement l'attention des spectateurs...

→ Vendredi 20 septembre au Blackstar, 6 passage Thiéré, 75011 Paris
20h : ouverture des portes
20h15 John Sanborn Pensées Aléatoires du Futur
21h : le chanteur Pierre Faa accompagné par Paul Abichared
21h45 : vidéos d'Agnès Guillaume, Sarah El Hamed, Héloïse Roueau
22h30 : Nonselves, performance de Jean-Jacques Birgé sur 122 vidéos de John Sanborn
23h30 John Sanborn The Temptation of St. Anthony
Minuit : DJ et video de Marcus Kreiss Souvenirs from Earth
Entrée 10€ allant aux musiciens (chèque ou liquide) / au bar CB acceptée !

mardi 17 septembre 2019

Improvisation live sur NonSelf de John Sanborn (vendredi)


Le vidéaste américain John Sanborn m'a demandé d'accompagner en public 122 vidéos de son projet NonSelf. Tandis qu'il les présente au Jeu de Paume (et dans leur espace virtuel jusqu'en novembre) sonorisées par ses soins, je recrée intégralement la partition sonore de ce « non-autoportrait d’attributs inversés » vendredi prochain au Blackstar à Paris. Composer une heure de ce maelström maximaliste n'est pas une petite affaire !


J'ai choisi d'unifier l'ensemble au clavier avec des orchestrations néanmoins très variées, depuis des ambiances électro-acoustiques jusqu'à un orchestre symphonique en passant par des instruments de percussion et des guitares électriques rock en diable. L'élément le plus original de mon improvisation est une radiophonie réalisée en 1980, plunderphonics avant la lettre, qui découpe l'espace-temps de manière encore plus éclatée, sorte de fractales sonores du montage explosif de John Sanborn. Il me restera à mixer ces deux sources avec quelques évènements synchrones de la vidéo originale, en particulier lorsque l'on voit des personnages parler à l'écran.


Je me demande encore combien de mains il me faudra pour réussir ce tour de force, mais j'adore relever des défis qui me paraissent de prime abord impossibles. Le côté godardien (celui des Histoires du cinéma et du Livre d'image) de Sanborn me séduit par ses évocations narratives. L'afflux de sens monte à la tête, chacun ou chacune y découvrant les portes de la perception vers l'inconscient de l'artiste comme dans le sien propre.


Je me suis passé et repassé les 122 vidéos où la tendresse et la beauté rivalisent avec les provocations toujours teintes d'humour caustique. L'œuvre de John Sanborn est fondamentalement politique, au sens où l'entendent ceux et celles de sa génération qui étaient déjà actifs dans les années 70. Oui, "tout est politique " !


J'ai structuré ma création d'une heure, de manière à alterner les ambiances calmes et excitées. J'avais pensé à une forme sonate, mais je ne pense pas m'y cantonner lorsque je serai en scène, absorbé par les images et concentré sur ma performance shivaïque...


Vendredi 20 septembre au Blackstar, 6 passage Thiéré, 75011 Paris
20h : ouverture des portes
20h15 John Sanborn Pensées Aléatoires du Futur
21h : le chanteur Pierre Faa accompagné par Paul Abichared
21h45 : vidéos d'Agnès Guillaume, Sarah El Hamed, Héloïse Roueau
22h30 : Nonselves, performance de Jean-Jacques Birgé sur 122 vidéos de John Sanborn
23h30 John Sanborn The Temptation of St. Anthony
Minuit : DJ et video de Marcus Kreiss Souvenirs from Earth
Entrée 10€ allant aux musiciens (chèque ou liquide) / au bar CB acceptée !

lundi 26 août 2019

C'est fini. Il est mort.


Argh ! Une fois de plus la rubrique nécrologique de FB apporte de la tristesse. Grâce au commentaire de Jean Rochard j'apprends hélas la mort de Massimo Mattioli. C'est une de nos pochettes que je préfère. Je m'étais aperçu que la réduction des 30 centimètres du vinyle aux 12 centimètres du CD ratait souvent ses effets. Aussi ai-je cherché à agrandir une petite image. Aucun timbre-poste ne faisait l'affaire. Les images de Squeak The Mouse correspondaient parfaitement à notre spectacle Zappeurs-Pompiers avec la chorégraphe Lulla Card Chourlin et le clown Guy Pannequin. Mattioli nous avait aimablement autorisés à en reproduire plusieurs lorsque nous l'avons enregistré pour le disque.


Jean raconte :
Nos camarades d'Un Drame Musical Instantané avaient eu la bonne idée, pour leur album "Qui Vive ?" (GRRR 1989), de confier la couverture au dessinateur Massimo Mattioli, créateur de M le Magicien, Pinky, Frisk the Frog, Superwest, Joe Galaxy, Awop-Bop-Aloobop et les fameuses aventures de Squeak the Mouse, sorte d'interprétation survoltée (pour dire le moins) de Tom et Jerry avec chat et souris explosivement déjantés. Au dos de "Qui vive", le chat disait : "C'est fini. Il est mort." Mattioli vient de nous quitter.


Hélas, voilà, le petit chat est mort. Et Mattioli l'a suivi.

vendredi 23 août 2019

Melting Rust en Transylvanie


Pendant trois jours la ville roumaine de Victoria est en fête. Aujourd'hui avant les chants et danses folkloriques, j'accompagne les images mouvantes d'Anne-Sarah Le Meur, à l'invitation de Dana Diminescu et Tincuta Heinzel. Avec Irina Bucan Botea & Jon Dean, Ştefan Constantinescu, Pauline Vierne, Céline Berger, Andra Jurgiu, Daniel Pop, elles participent à cette présentation liée à une résidence de deux ans autour de la ville utopique créée par les Soviétiques en 1948 et qui s'avérera une terrible dystopie sous le règne de Nicolae Ceauşescu...
Le graphiste Étienne Mineur, qui a réalisé mes dernières pochettes de disques (Long Time Non Sea d'El Strøm et mon Centenaire) et termine celle de la réédition augmentée de L'homme à la caméra d'Un Drame Musical Instantané en CD, travaille sur le livre qu'écrit Dana Diminescu et dont je m'inspire pour un album à paraître en 2021. J'enregistre quotidiennement des sons en field recording qui me serviront à cette occasion.
Pour la performance de ce soir intitulée Melting Rust j'improviserai au clavier en utilisant des banques de sons supportées par les moteurs Kontakt et UVI. Mes mouvements inspirés du morphing seront perturbés par le son de lames acérées et de métaux frappés. La musique suivra les couleurs d'Anne-Sarah, passant du rouge au vert, du bleu à l'orange.

mardi 16 juillet 2019

Les fantômes de l'Internationale


J'ai lu d'une traite l'incroyable saga de l'hymne international composé par Pierre Degeyter sur des paroles d'Eugène Pottier. Élise Thiébaut, à qui l'on doit l'indispensable Ceci est mon sang, livre incontournable sur les règles féminines (et masculines !), a demandé au dessinateur Baudoin d'illustrer la chanson en introduction du livre, puis de l'accompagner tout au long de son récit. La bande dessinée actualise la lutte qui ne semble hélas plus finale avant que l'on suive l'enquête aux nombreux rebondissements. Élise rappelle que je l'avais avertie des dangers de diffuser L'Internationale sur FaceBook pour des questions de droits d'auteur avant qu'elle ne tombe récemment dans le domaine public, et que je l'avais mise sur la voie d'une hypothétique descendance du compositeur. Le parcours de l'hymne planétaire du mouvement ouvrier tient de la course d'obstacles et va de scandale en scandale de la Commune de Paris en 1871 à la Sacem en 2018 ! Comme toujours le ton d'Élise Thiébaut est incisif, drôle et son analyse fondamentalement politique avec des incursions féministes de la plus grande justesse. C'est aux digressions que je reconnais un auteur, à la manière de s'échapper sans s'éloigner de son sujet. Ce peut être aussi en le plongeant dans le bain du réel, de son réel à soi, que l'histoire prend sa forme, se moquant de la frontière qui nous sépare de la fantaisie...

→ Élise Thiébaut et Baudoin, Les fantômes de L'Internationale, ed. La ville brûle, 18€, à paraître le 30 août 2019

lundi 24 juin 2019

Sur le nouveau site de Raymond Sarti


Je devrais peut-être en faire autant. Le scénographe Raymond Sarti a entièrement réactualisé son site personnel.
En 2010, épaulé par Jacques Perconte, j'avais complètement repensé le mien qui datait de 1997. Conçu et réalisé à l'origine par Hyptique avec Étienne Mineur comme directeur graphique assisté d'Arnaud Dangeul, il avait fallu treize ans avant que je me décide, mais là cela ne fait que neuf ans que la nouvelle version est en ligne avec sa radio aléatoire et ses 153 heures de musique inédite. Chaque fois j'avais demandé un petit coup de main au plasticien Nicolas Clauss et ces dernières années Pat Joub en avait assuré la maintenance. La console d'administration est suffisamment bien conçue pour que j'en assume la mise à jour régulière.
Sarti, épaulé par le web designer Philippe Dubessay, a classé quelques centaines de documents en artsde la scène, décors de cinéma ou de théâtre, pour les expositions, les intérieurs et les paysages. J'écris Sarti, mais je devrais plutôt l'appeler Raymond, car je l'ai toujours considéré comme mon petit frère. Nous sommes amis depuis trente ans, depuis qu'il m'a été imposé sur le spectacle J'accuse que j'avais monté avec Un Drame Musical Instantané, l'acteur Richard Bohringer, la chanteuse Dominique Fonfrède et un orchestre d'harmonie de 80 musiciens ! Ahmed Madani, le metteur en scène, aussi doué que mon nouveau camarade, faisait partie de la corbeille de mariage. Le spectacle avait été filmé, mais je suis heureux de découvrir ici des photos dont j'ignorais l'existence...


En 1992 Raymond a réalisé la scénographie du K de Buzzati, toujours avec le Drame et Bohringer, puis Daniel Laloux. Il a commis nombreuses affiches, pochettes de disques, cartons d'invitation, vitrines, costumes pour notre groupe. De mon côté j'ai composé la musique et la partition sonore des expositions Il était une fois la fête foraine à La Grande Halle de La Villette, The Extraordinary Museum au Japon, Jours de cirque au Grimaldi Forum à Monaco, Electra à La Cité des Sciences et de l'Industrie, un atelier au département scénographie de l'ENSAD, etc. Notre plus récente collaboration fut pour moi un modeste environnement sonore au nouveau Conseil Général de l’Ile de la Réunion à Paris. Mais c'est une toute petite partie de l'œuvre de mon camarade.
D'autres projets sur lesquels nous avons planché n'ont d'ailleurs jamais vu le jour. C'est le lot des appels d'offres dont beaucoup sont pipés comme chacun sait. Aujourd'hui les commanditaires font plus attention au budget qu'aux aspects artistiques. C'est un peu partout pareil. L'économie de marché gagnant tous les secteurs d'activité, notre pays s'appauvrit doucement, mais sûrement. Heureusement qu'il continue à y avoir des artistes et des artisans qui ne sacrifient pas leur passion aux chimères du succès. Paradoxalement c'est en restant intègre que l'on a des chances de perdurer. Comme pour tout, le pire des risques est de n'en prendre aucun, et lorsqu'on est prêt à tout perdre, on a de bonnes chances de remporter la timbale.
J'ai toujours adoré la manière de travailler de Raymond, capable de s'adapter à n'importe quelle situation en inventant des cadres qui collent au sens sans sacrifier à la beauté des choses, et ce avec parfois les matériaux les plus simples...
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